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Accueil » Fictions » L'aventure de l'arme secrète
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure de l'arme secrète Décembre 27, 2006
Illustrations © Lysander


Ce matin là, l’humeur maussade de Holmes associée à l’invraissemblable puanteur dégagée par sa pipe m’avaient chassé de notre salon avec l’idée bien arrêtée d’aller écluser quelques bonnes pintes au pub du coin. Et tant pis s’il n’était pas encore dix heures ! Que ceux qui n’ont jamais eu le malheur de vivre avec Sherlock Holmes et ses abominables marottes me jettent la première pierre !
Une fois mon manteau enfilé et mon chapeau posé bien en équilibre sur ma tête, en poussant un soupir de soulagement, je me ruais dans la rue...et heurtais brutalement
un obstacle massif autant qu’imprévu !
Un homme (ou du moins, une créature qui avait vaguement l’apparence d’un homme avec, en surplus, quelques caractéristiques du singe ) se tenait sur le seuil, prêt à sonner à la porte. Il me lança un regard à couler le HMS Pinafore avant de ramasser l’objet étrange qu’il avait laissé tomber quand nous nous étions rentré dedans.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? fis-je , sans songer à demander à cet espèce de clochard s’il allait bien.
Le curieux personnage, un grand flandrin à la tignasse grise et filasse, au nez en pomme de terre et aux épaules recouvertes de pellicules, émit un borborygme sauvage (ou que j’interprétais comme tel ) et montra sa gorge avec insistance.
- Je vous ai fait mal à la gorge ?
Pas de réponse en dehors d’un autre vague grognement porcin .
- Vous voulez voir Sherlock Holmes ?
Il fit ballotter les lobes de ses oreilles avec deux doigts aussi épais que des boudins au chou .
- Vous avez perdu vos boucles d’oreilles ?
L’individu me regarda avec un air de méduse morte qui me mis très mal à l’aise.
- Bon, on ne va pas s’en sortir ! Je suppose que vous voulez voir Holmes pour lui soumettre une affaire en rapport avec cette...cette arme étrange que vous tenez et qui ne m’évoque rien que je connaisse ? Et vous ne voulez pas m’en parler parce-que c’est confidentiel, c’est ça ?
Mon interlocuteur (si j’ose ainsi m’exprimer) se mit à faire de grands gestes avec les bras tout en produisant des gloussements de dindon.
- Suivez-moi, on va monter voir Holmes, d’accord ? Faut pas vous vexer mais je ne comprends pas un traître mot de...enfin, je veux dire, je ne comprends rien de ce que vous voulez dire...enfin, de de ce que vous voulez me faire comprendre.
Nous grimpâmes l’escalier quatre à quatre, le mystérieux personnage me précédant (en toute logique puisque je le poussais dans le dos) et fûmes accueillis dans le living par la voix sarcastique de Holmes.
- Je sais que vous êtes rapide quand il s’agit de lever le coude et de vider une pinte d’ale, Watson, mais il me semble que vous avez battu votre record cette fois ! Tiens ? Vous avez ramené un de vos petits camarades de beuverie à la maison ! Encore un ancien du quatrième Fusilier du Northumberland ?
Je haussais les épaules et poussais le visiteur au centre de la pièce.
- C’est un client, fis-je d’une voix autoritaire.
Holmes examina ledit client comme s’il se fut agi d’une nouvelle espèce de rat mutant, croisé avec un chimpanzé.
- Sans rire !?! fit-il sans rire.
- Je l’ai trouvé sur le pas de la porte mais il ne veut parler qu’avec vous ...si j’ai bien tout compris !
Le détective indiqua un fauteuil mais l’homme refusa de s’asseoir. C’est du moins ce qui ressortait d’une espèce de pantomime à laquelle il se livra sous nos yeux ébahis, battant des bras, montrant sa bouche, tripotant ses oreilles, grognant, dansant d’un pied sur l’autre et brandissant cette arme étrange qu’il avait apporté avec lui et qui semblait constituer le noeud de l’affaire.
- Attention, s’écria Holmes. Il est armé !
Ce disant, il se rua sur le tiroir de son bureau et en extirpa le vieux revolver avec lequel il avait l’habitude de canarder les murs du salon afin des les orner de jolis dessins.
Notre visiteur, bien plus rapide que ce que sa lourde carcasse pouvait laisser supposer, envoya, d’un simple revers de la main, Holmes valdinguer à l’autre bout de la pièce.
- Watson, maîtrisez-le ! hurla mon ami d’une voix suraiguë.
- Maîtrisez-le vous même ! répondis-je du tac au tac.
L’homme se rua sur la porte, me balayant sur son passage comme si je n’étais qu’une poupée de chiffon.
Un coup de feu claqua et notre visiteur, touché à la jambe gauche (ou au bras droit... j’ ai un peu oublié les détails) s’écroula comme une masse.
Holmes, comme mû par un ressort, se redressa, revolver au poing.
- Alors comme ça, je raterais un éléphant dans un couloir, pas vrai Watson ? Ce gentleman n’a certes pas la corpulence d’un de ces sympathiques pachydermes mais il est au moins aussi imposant que...disons qu’une vache, vous l’admettrez. Il faudra donc revoir votre jugement !
- Passez-moi ma trousse au lieu de vous gargariser avec vos piètres talents de tireur, Holmes ! Je parie que vous visiez la tête !
- Pas du tout, rétorqua Sherlock Holmes sans que je parvienne à le croire.
Je m’aperçus que la balle n’avait fait qu’érafler la jambe de l’inconnu, arrachant un bout de chair au passage. Une blessure spectaculaire mais bénigne.
- Passez-moi le brandy à présent.
- Dites donc, Watson, je ne suis pas votre infirmière !
De mauvaise grâce, Holmes s’exécuta.
Tandis que je forçais le blessé à boire, le détective se pencha et l’examina d’un peu plus près.
- Je constate que notre homme est venu à pied et est passé par Marylebone, toujours en travaux, ainsi que le prouve la boue qui macule le bas de son pantalon. Il est gaucher puisque c’est avec la main gauche qu’’il m’a giflé par surprise et qu’il vous a littéralement balayé de son chemin...
- Giflé ? Il vous a giflé ? J’ai bien cru qu’il allait vous arracher la tête, oui !
Holmes se rengorgea.
- Vous exagérez, une fois de plus. En fait, j’ai accompagné le coup afin de pouvoir, une fois à l’abri, tirer sur ce fauve en toute tranquillité !
- C’est évident !
A cet instant , le blessé revint à lui et poussa un nouveau grognement bestial.
Sa main gauche ( Holmes avait raison sur ce point ) se tendit en direction de l’arme étrange qui avait glissé entre les pieds d’un fauteuil.
Vif comme un saumon remontant le courant, Sherlock Holmes, ramassa le mystérieux objet.
- Jamais rien vu de pareil, fit-il en examinant l’arme tout en la faisant tourner entre ses doigts pendant que notre visiteur n’en finissait pas de grogner.
- Parlez-plus clairement ! Ca commence à bien faire !
- Je disais, Watson, que je n’avais jamais rien vu de pareil.
- Ce n’est pas à vous que je m’adressais, bon sang !
Durant quelques secondes, Holmes sembla se demander à qui j’avais bien pu m’adresser puis ses talents de détective reprirent le dessus et il comprit.
- Je pense, Watson, que notre homme est sourd et muet !
Je me frappais le front un peu trop violemment ce qui me fit légèrement chanceler.
- Mais bien sûr ! Comment n’y ai-je pas songé plus tôt ?
Sherlock Holmes s’empara d’un calepin et d’un crayon et tendit le tout à notre visiteur que j’avais aidé à s’installer sur le canapé.
- Il est à moitié sonné, Holmes. N’espérez pas qu’il vous écrive son autobiographie !
Le blessé regarda calepin et crayon et secoua la tête en poussant un nouveau borborygme. Il battit à nouveau des bras, haussa les épaules et se gratta la cuisse, visiblement mal à l’aise.
- Il est analphabète, m’écriai-je. Voilà qui ne va pas nous simplifier la tâche !
- Sourd, muet et analphabète ! Le client idéal ! Jamais un tel cas ne s’est présenté ! Vous imaginez, Watson ? Nous ne savons rien de cet homme et il ne peut rien nous dire quant aux raisons de sa visite ou à la fonction réelle de cette mystérieuse...arme.
Pour la première fois, je regardais attentivement l’étrange objet que Holmes agitait au bout de son bras.
C’était, fiché dans un manche de bois, une sorte d’enchevêtrement de fils métalliques d’apparence menaçante.
- Ca ne m’évoque vraiment rien mais...comment dire ? Cela semble terriblement dangereux, voire maléfique ! Il se dégage de cette chose des ondes négatives !
Holmes me jeta un regard méprisant.
- Ne dites pas de bêtises ! Votre incurable romantisme est en train de noyer votre cerveau dans la confiture ! "Des ondes négatives"...et puis quoi encore ?!?
Soudain, le blessé tenta de se lever et d’arracher l’arme des mains de Holmes mais, à peine debout, il dodelina du chef et retomba lourdement sur le canapé.
- Quoi-que ce soit, fit Holmes, notre ami semble décidé à le reprendre par tous les moyens !
- Dans ce cas, on se demande pourquoi il l’a apporté ici .
- C’est là toute la beauté du problème Watson !
Holmes s’interrompit et approcha son long nez à quelques centimètres de la semelle des chaussures de notre visiteur, qui tenta vainement une sorte de petite ruade avec la jambe comme pour chasser un moustique.
- Regardez ! C’est de la terre de Sumatra ! Notre homme est passé par les docks, c’est une évidence. Et voici de la fiente de mouette pour confirmer cette hypothèse. A l’odeur je dirais, avec un pourcentage de possibilités d’erreurs quasi nul, que ce sont les Victoria docks. En route Watson ! Tenez cet homme en respect avec votre revolver, votre canne, un livre d’Oscar Wilde, peu importe, et attrapons un cab !
- The game is afoot ?
- Ne me piquez pas mes répliques, je vous prie !
Quelques instants plus tard, toujours accompagnés, à son corps défendant, par notre mystérieux visiteur, nous prîmes place dans un cab en direction des Victoria docks.

Durant tout le trajet, observant à s’en user les yeux l’étrange arme blanche, Holmes demeura silencieux.
Le sourd-muet continuait à faire de grands gestes, tendant tour à tour le doigt vers l’arme ou vers la rue que l’on voyait défiler par les fenêtres de la voiture, l’air de vouloir nous supplier de faire demi tour.
- Il nous faut trouver un navire en provenance de Sumatra, décrèta Holmes aussitôt que nous prîmes pied sur les docks.
- Ca ne va pas être du gâteau !
- Watson, vous devriez surveiller votre langage mon vieux ! Vous parlez comme un personnage de roman populaire français !
Holmes s’interrompit et pointa un index jaune et décharné en direction d’un voilier amarré non loin de l’endroit où le cab nous avait déposés.
- Un vrai coup de chance ! Voici le "Giant Beaver" qui, si je ne me trompe, a jeté l’ancre hier au terme d’un voyage qui l’amenait d’Indonésie.
- Tout ça est trop facile, si vous voulez mon avis, Holmes !
Notre prisonnier tenta subitement de prendre ses jambes à son cou mais j’agitais mon revolver sous son gros nez en patate et il sembla se résigner.
- J’y pense, fis-je, peut-être que notre homme a des papiers d’identité ? On aurait du vérifier depuis longtemps, non ?
Sherlock Holmes haussa les épaules et me regarda comme si j’étais un idiot congénital.
- Bien sûr qu’il doit avoir des papiers d’identité. J’attendais le moment psychologique pour m’en assurer !
- C’est quand, "le moment psychologique" ?
- Disons...maintenant.
Le détective me sembla curieusement soulagé quand il constata que les poches du sourd-muet ne contenaient rien qui fut susceptible de l’identifier. Cela lui évitait de reconnaître que sa négligence pouvait porter à conséquence.
Je désignais le navire à notre prisonnier.
- Toi avoir voyagé à bord grand bateau ?
Holmes me donna une bourrade dans le dos.
- Cessez de faire l’andouille, Watson. Vous vous adressez à un sourd-muet, non à un indigène des îles Andamans !
Sans me laisser le temps de répondre, Holmes , de sa démarche élastique, se dirigea vers le "Giant Beaver" et escalada la passerelle d’embarquement.
Je lui emboîtais le pas, précédé du sourd-muet, résigné, toujours sous la menace de mon arme.
Un vieux marin borgne et à moitié édenté surgit d’on ne sait où et coupa le chemin à Holmes.
- Vous pensez aller où comme ça ? fit-il d’une voix de crécelle qui contrastait avec son physique massif.
Pour toute réponse, Holmes brandit l’arme mystérieuse sous l’oeil unique du matelot.
Celui-ci arbora une expression d’ébahissement des plus sincères ou des mieux imités.
- Euh...qu’est-ce que c’est que ce truc ?
- Je vous retourne la question, lança le détective d’un ton triomphant.
Le marin semblait complètement dépassé par les évènements. Il se balançait d’un pied sur l’autre et, soudain, son poing partit à la vitesse de l’éclair et cueillit Sherlock Holmes à la pointe du menton.
Mon ami bascula par dessus le bastingage et j’entendis un gros "plouf" quand il heurta la surface des flots.
J’allais utiliser mon arme contre le matelot belliqueux mais notre prisonnier me devança. Un des ses énormes battoirs, aussi grand qu’une enclume, balaya l’air, heurta le borgne de plein fouet et l’assomma pour le compte.
- Tout va bien, Holmes ? criai-je tout en apercevant du coin de l’oeil cinq ou six autres matelots qui se précipitaient sur nous.
- Parfaitement, Watson ! Je n’ai pas lâché "l’arme secrète"...tenez bon, mon vieux ! Je m’extirpe de cette situation aussi humide que ridicule et je viens vous prêter main forte !
Cela partait d’une bonne intention mais c’était parfaitement inutile.
En poussant un grognement de fauve blessé, le sourd-muet s’était jeté sur les nouveaux arrivants et, ruant comme un beau diable, en avait déja proprement envoyé une bonne moitié au tapis !
- Brave bête ! pensais-je avant de me rendre compte de l’énormité de ce que je venais d’énoncer dans le secret de mon esprit tortueux.
Il ne restait qu’un matelot face à celui que j’étais bien forcé, dans ces circonstances, d’appeler notre allié.
Ce dernier , après avoir envoyé son ultime adversaire au pays des songes grâce à un impressionnant moulinet, se retourna vers moi...et se prit les pieds dans un cordage qui traînait sur le pont.
Dans un fracas épouvantable, il dévala cul par dessus tête, après un intéressant vol plané au dessus d’une large trappe ouverte, un escalier qui menait apparement à la cale.
Sur ces entrefaites, Holmes, trempé comme un haricot en sauce, réapparut sur le pont.
- Vite, Watson ! Allons voir s’il est en un seul morceau !
Quelques secondes plus tard nous étions dans la cale et j’examinais le grand corps contusionné de notre nouvel ami.
Il était couvert de bleus mais, bien qu’à moitié sonné, ne souffrait d’aucune bessure grave.
Holmes se frottait le menton avec une telle énergie que je crus un instant que cela allait produire des étincelles.
- Le reste de l’équipage doit se trouver à terre. Il nous faut profiter de cette aubaine pour fouiller le navire et découvrir quelle scélératesse il cache en ses flancs !
A cet instant un coup de sifflet strident retentit sur le quai, aussitôt suivi d’une galopade sur la passerelle d’embarquement puis sur le pont.
La tête rougeaude et moustachue d’un policeman se découpa dans l’ouverture de la trappe, à quelques mètres au dessus de nous.
- Sortez de là, mes gaillards, et gardez les mains bien en vue ! lança, avec une pointe d’accent écossais, cette digne incarnation du bras vengeur de la loi .
- Que s’est-il passé ici ? Poursuivit la tête rougeaude et moustachue (dont nous pouvions à présent constater qu’elle était attachée à un corps musculeux revêtu d’un uniforme de sergent) quand nous fûmes de retour au grand jour et entourés d’une dizaine de policiers.
- Je suis Sherlock Holmes, laissa tomber mon ami avec toute la morgue dont il est généralement capable. Mon ami Watson et moi même sommes sur la piste de ce que j’ai tout lieu de considérer comme une dangereuse bande d’anarchistes.
Ce disant il produisit la redoutable "arme secrète" sous le nez poilu du sergent.
- Ca ne m’explique pas pourquoi vous avez pris ce navire d’assaut et fait de la bouillie pour chat avec les membres d’équipage ! L’agent Mac Guffin, qui faisait une ronde sur le quai, a tout vu et a aussitôt fait chercher du renfort !
Ce disant, le sergent indiquait un petit policier malingre dont on comprenait, rien qu’à le voir, pourquoi il n’était pas intervenu seul et avait préféré attendre la cavalerie.
A cet instant, le sourd-muet, que je soutenais tant bien que mal depuis notre remontée de la cale, piqua une nouvelle colère et se rua sur les représentants de l’ordre.
- Bon sang ! mugit Sherlock Holmes, il remet ça !
On ne pouvait mieux décrire la situation.
- Venez Watson, me souffla Holmes à l’oreille, je crois qu’il vaut mieux ne pas moisir ici !
- On ne fait rien pour aider ces malheureux qui, après tout, ne font que leur devoir ?
- Libre à vous de jouer les héros, mon vieux ! Moi, je n’ai aucune envie de me retrouver au poste simplement parce-que notre nouvel ami aime jongler avec des policemen !
Je voulus répondre quelque-chose d’intelligent mais rien de tel ne me passa par la tête à cet instant précis.
Holmes m’attrapa par le revers de mon manteau et m’entraîna à sa suite dans une fuite éperdue.
Nous entendîme bientôt un pas lourd sur nos talons et, risquant un regard en arrière, j’aperçus le gigantesque sourd-muet qui, après avoir endormi tous les agents sans l’aide de la moindre berceuse, nous avait emboîté le pas.
Un cab en maraude fit son apparition sur le quai et nous nous y engouffrâmes tous les trois après que Holmes eut lancé notre adresse au cocher.
- Cette affaire semble tourner court, fit le détective en grinçant des dents. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot !
Quelques instants plus tard, le fiacre nous déposa devant le 221b, Baker Street.
Mrs.Hudson était fort occupée à balayer vigoureusement le trottoir.
- Bonjour M. Haskins, fit-elle en apercevant notre petit groupe.
- Holmes, rétorqua mon ami, Sherlock Holmes. Et voici mon ami et collègue, le Dr Watson. Depuis le temps que nous habitons ici, vous devriez le savoir !
Notre logeuse haussa les épaules et leva les yeux au ciel.
- Ce n’est pas à vous que je m’adressais mais à M. Haskins! Grands Dieux que lui avez vous fait ?
- Vous connaissez cet individu ? s’étrangla Sherlock Holmes.
De fait, l’armoire à glace sourde et muette arborait à l’adresse de Mrs. Hudson un sourire charmeur quoique dépourvu d’un certain nombre de dents.
- Bien sûr que je le connais ! C’est Myron Haskins, un marin à la retraite, il habite dans Marylebone et, quand il ne se promène pas sur les docks en évoquant ses souvenirs, il rend de menus services à droite et à gauche...
Holmes me regarda.
Je regardai Holmes.
Un ange passa.
- De menus services ? demanda le détective, blème.
- Il est très bricoleur , répondit notre logeuse. A ce propos...
Elle se mit à agiter les bras comme un sémaphore à l’intention, manifestement, du dénommé Haskins.
Ce dernier fit une grimace et se contenta d’indiquer Holmes d’un mouvement du menton.
- Comment ? C’est vous qui avez mon fouet, M. Holmes ? interrogea la brave femme.
- Votre quoi ?
- Mon fouet, voyons ?
Un second ange passa, plus gras et plus rose que le premier.
- C’est de ça que vous parlez ? s’enquit Holmes en sortant l’arme secrète de la poche de son manteau.
- Bien sûr que c’est de ça que je parle !
Mrs.Hudson arracha l’objet des mains de Holmes et l’examina attentivement avant de faire une nouvelle série de gestes et de grimaces à l’adresse de Haskins.
Ensuite elle plongea la main dans son tablier et en sortit une poignée de pièces qu’elle tendit, avec un sourire, au bricoleur sourd-muet .
Celui-ci fit un petit salut de la main et s’éloigna en direction de Marylebone.
Holmes s’adressa à la logeuse d’une voix blanche.
- Voudriez me dire à quoi sert cette chose, Mrs. Hudson ?
- Mais enfin, c’est mon fouet ! Un fouet de cuisine , quoi ! Pour battre les oeufs en neige et ce genre de choses...un fouet !!! Le manche en bois était fissuré et menaçait de se briser complètement. J’ai demandé à M. Haskins s’il pouvait me le réparer...
Un troisième ange passa. Le Gargantua, le Moby Dick des anges.
Je tapotais l’épaule de Holmes.
- Si je comprends bien, Holmes, tous ces matelots n’avaient rien à se reprocher ?
Le détective secoua la tête et s’engouffra à l’intérieur.
- Les matelots, on s’en fiche, Watson ! fit-il en escaladant les dix-sept marches menant à nos appartements. Par contre, les policiers...
J’eus un peu de mal à déglutir.
- On fait quoi, Holmes ?
Sans répondre, Sherlock Holmes disparut dans sa chambre et revint, quelques secondes plus tard, avec la vieille valise bourrée à craquer qu’il tenait toujours prête, juste au cas où.
- Vous faites ce que vous voulez, Watson. En ce qui me concerne, je pense qu’un petit voyage sur le continent ne peut pas me faire de tort. Voulez-vous consulter le Bradshaw et me dire à quelle heure je peux attraper un train pour Douvres ?
- Je vous accompagne...d’ailleurs, je pense que nous devrions sortir par les toits !
Holmes me rejoignit près de la fenêtre. Deux voitures venaient de s’arrêter sur le pas de notre porte et un flot de policiers, menés par un Lestrade à la mine réjouie, envahissait le trottoir.
- Pour une fois, je dois vous donner raison, Watson !



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