Société Sherlock Holmes de France Encyclopédie de l'oeuvre de Conan Doyle

L'Association
Qui sommes-nous ?
Statuts
Inscription
Historique
Publications
Réunions
Expositions
Boutique
Dons
Contact

Forums

Travaux
Articles (90)
Critiques (581)
Fictions (117)

Outils
Bibliographie (3610)
DVDthèque (211)
Encyclopedia (3426)
Argus (2184)
Recherche canonique


Et en anglais...
Encyclopedia (3426)
Arthur Conan Doyle
   Biography
   Chronology
   Complete Works
Sherlock Holmes
   Canonical search
   Stories
   Characters
   Sherlockiana
     Definition
     Studies
     Scholars
   Adaptations
     on Paper
     on Screen
     on Stage
     on Radio
   Sherlockian FAQ
Search Encyclopedia



Accueil » Fictions » L'aventure de la cachette extraordinaire
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure de la cachette extraordinaire Septembre 11, 2006
Illustrations © Lysander


Ce matin là, Sherlock Holmes s'était montré sous son plus mauvais jour.

Il faut dire, à sa décharge, qu'aucune affaire digne d'intérêt ne s'était présentée depuis plusieurs semaines.

De plus, Juillet ayant apporté la canicule à Londres, tout un chacun avait de solides excuses pour être nerveux. A plus forte raison quand, comme c'était le cas chez Holmes, la nervosité était un état quasi permanent, même au coeur de l'hiver le plus rigoureux.

Au cours de l'avant-midi, Holmes avait proprement mis à la porte une vieille dame ayant égaré son chat et un jeune homme très agité, qui n'avait cessé de faire les cent pas dans notre living durant sa brève visite et qui voulait l'engager pour surveiller sa fiancée dont la moralité lui causait des inquiétudes.

Et puis, sans raison apparentes, vers onze heures, l'humeur de mon vieil ami changea du tout au tout.

Il alluma un cigare et s'installa confortablement dans son fauteuil favori.

- Vous vous souvenez de mon frère Mycroft, Watson ?

- Je ne suis pas amnésique, Holmes ! Ni idiot ! Bien sûr que je me souviens de votre frère !

Le détective me scruta brièvement, comme s'il cherchait sur les traits de mon visage une confirmation de mes dires .

- Non, finit-il par admettre comme à contrecoeur, vous n'êtes pas idiot.

- Ravi de vous l'entendre dire. Vous me parliez de votre frère Mycroft...

Holmes souffla un gros nuage gris vers le plafond.

- Oui, ce cher Mycroft. Et bien figurez vous que nous allons recevoir sa visite.

Je ne pus m'empêcher de pousser une exclamation de surprise.

- Sa visite ? Mais il ne se déplace pour ainsi dire jamais ! Je soupçonne que si le Club Diogène ne subvenait pour ainsi dire à tous ses besoins, il se laisserait mourir de faim plutôt que de faire un saut à la boulangerie !

Holmes ricana silencieusement.

- Et pourtant il va bientôt franchir le pas de la porte, Watson !

- Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?

- L'affaire est d'importance !

- L'affaire ? Quelle affaire ? Il fait un peu chaud pour jouer aux devinettes mon cher ami... si vous alliez droit au but pour changer un peu ?

A cet instant, Mycroft Holmes fit son apparition dans l'encadrement de la porte.

- Quelle histoire, Sherlock !!!

Le detective jeta à son frère un regard amusé.

- Oui merci, je vais bien. Parfois un peu d'acidité au niveau de l'estomac à cause des plats trop relevés préparés par Mrs Hudson mais, d'une manière générale, la santé est bonne. Et toi ? Pas trop incommodé par la chaleur ?

L'aîné des Holmes leva les bras au ciel.

- Il s'agit bien de la chaleur ! Ne perdons pas de temps en futilités, Sherlock ! L'affaire est grave !

- Bonjour Mycroft, fis-je, jugeant que le moment était opportun pour manifester ma présence.

- Bonjour docteur Watson. Désolé de me montrer si malpoli mais ce qui m'ammène est vraiment très grave... la paix en Europe est menacée !

Sherlock Holmes poussa un bruyant soupir.

- Encore ! Grands Dieux ! La paix en Europe ne dépendra t'elle jamais que d'obscurs documents dérobés dans tes bureaux ? Une véritable passoire, tes bureaux, entre parenthèses ! Quand on y vole pas des traîtés secrets ce sont des plans de sous-marins révolutionnaires ! Tu devrais mieux choisir tes collaborateurs mon cher Mycroft vu que la plupart du temps c'est l'un d'eux qui est à l'origine du vol !

Mycroft balaya l'argumentation d'un geste de la main et se laissa tomber sur le canapé.

- Comment sais-tu qu'on a volé un important document, Sherlock ? Je n'ai pas parlé de document. En tout cas je ne crois pas... j'ai parlé d'un document, docteur Watson ?

- Excusez-moi mais, je me servais un verre de brandy en attendant la fin de votre petite escarmouche empreinte de rivalité fraternelle et je n'ai pas trop prêté attention à vos propos...vous disiez ?

Mycroft Holmes leva à nouveau les bras au ciel comme s'il avait déja pris goût à cet exercice.

- Vous désirez un verre ? demandai-je par pure politesse car la bouteille était vide.

- La bouteille est vide ! fit l'aîné des Holmes avec à propos. Vous oubliez, docteur Watson que je possède les mêmes facultés d'observation que mon frère.

- Impressionnant ! fis-je sur un ton de sincère admiration. Si un jour le public se lasse des petites historiettes dans lesquelles je raconte les exploits de votre frère, je pourrais toujours me pencher sur votre cas... "Le mystère de la bouteille vide: une enquête de Mycroft Holmes" !

Le detective éclata de rire ce qui lui attira un regard foudroyant de la part de son aîné.

- Cessons ces enfantillages, fit ce dernier. Sherlock, j'ai grand besoin de tes services. Comme tu l'as bien deviné, un document extrêmement important a disparu. Il s'agit d'un traîté ultra secret entre...

Holmes secoua la tête en jetant son cigare consumé par la fenêtre.

- Epargne ta salive, Mycroft.

- Mais si une certaine grande puissance découvrait l'existence de ce traîté, nous...

- Epargne ta salive, te dis-je. Peu m'importe le contenu de ton papier ultra secret...je m'intéresse peu à la politique et, de toutes façons, au demeurant, je le connais déja !

Mycroft Holmes faillit s'étrangler en avalant cette fameuse salive que son frère lui conseillait d'épargner.

- Tu le connais déja ? Et tu vas peut-être me dire que tu connais le voleur aussi... au point où nous en sommes !

Mon vieil ami arbora un de ces sourires horripilants dont il a le secret.

- Bien sûr.

Mycroft semblait sur le point d'exploser . D'ailleurs, j'avoue que, bien qu'habitué aux méthodes de Sherlock Holmes, je partageais l' étonnement sans borne de son aîné.

- Holmes, intervins-je. Comment diable pouvez vous connaître le voleur ?

- De la même façon que vous le connaissez vous même, Watson ! Et de la même façon que vous sauriez où se trouvent les documents si, comme je vous l'ai déja souvent fait remarquer, vous observiez au lieu de regarder ce qui vous entoure avec la même placidité qu'un bovidé fasciné par le passage d'un train.

Je rougis sous l'insulte et envisageai sérieusement, durant un moment très bref, de saisir mon vieux revolver d'ordonnance afin de faire ravaler ses paroles à Holmes !

Mycroft, selon sa déja vieille habitude, leva les bras au ciel.

- Pas de scène de ménage je vous en prie ! Revenons à nos moutons ! Ainsi, Sherlock, tu prétends savoir où se trouve le traîté ? Comment est-ce possible ?

Holmes s'approcha du seau à charbon où il rangeait ses cigares .

- C'est grâce à la canicule, fit-il . Veux-tu un cigare, Mycroft ?

L'aîné des Holmes refusa du geste.

- Bon sang, Sherlock ! Je t'en prie, arrête ton numéro ! Où est le traîté ?

Pour toute réponse, le détective plongea la main dans sa poche et tendit une liasse de papiers à son frère.

- Tiens, voila ton précieux document.

- Holmes! hurlai-je. C'est donc vous le coupable !

Sherlock Holmes haussa les épaules.

- Ne faites pas l'imbécile, Watson. Bien sûr que non ! Je suis innocent comme la chevrette qui vient de naître.

- L'agneau ! corrigeai-je mécaniquement.

- Ne soyez pas misogyne, mon vieux ! Et après ça, vous direz encore que c'est moi qui méprise le beau sexe !

Pour changer, Mycroft leva les yeux au ciel.

- Vous me rendez fou, tous les deux ! Et le coupable, Sherlock ? Il est aussi caché dans ta poche ?

Le détective devint songeur. Pendant un moment, il me sembla qu'il allait, de fait, extirper le coupable de sa poche !

- Comment se nomme , cette fois, le jeune homme qui travaillait pour toi et qui a disparu en même temps que le traîté ?

- Cardigan Osgood ! Un garçon que je croyais au dessus de tout soupçon !

- Comme d'habitude !

Durant un instant j'eus la vague impression que j'allais assister à une reconstitution très détaillé du meurtre d' Abel par Caïn ! Cependant Mycroft, au prix d'un effort considérable, parvint à se contenir.

- Ce jeune homme, poursuivit Holmes, est le criminel le plus habile que j'aie jamais eu l'occasion de rencontrer. Un véritable génie ! Je pense qu'il me rendra visite demain...l'inspecteur Lestrade sera prévenu et toute l'affaire sera à classer au rayon "tout est bien qui finit bien" . Si tu veux être des nôtres, Mycroft, tu es le bienvenu. Seulement je ne peux pas te donner une heure précise, il te faudra sûrement passer une partie de la journée en notre compagnie...j'espère que ta santé mentale y survivra !

Mycroft Holmes, complètement chamboulé, nous quitta sans un mot .

Le reste de la journée se déroula de la manière la plus ordinaire: Holmes refusa de répondre à mes questions, tortura quelque peu son violon, tira au revolver sur les murs, fit fondre une barre de fer au dessus de sa table de laboratoire dans je ne sais quel but obscur, enguirlanda Mrs Hudson parce-qu'il y avait des croûtons à l'aïl dans le potage et accomplit encore quelques exploits du même accabit dont la teneur exacte ne s'est pas imprimée dans ma mémoire.

Le lendemain, nous étions sur le pied de guerre !

Lestrade, préalablement mis au courant, était caché derrière l'un des rideaux de la fenêtre tandis que Mycroft avait pris place derrière l'autre.

- Il fait chaud, maugréa l'aîné des Holmes. J'espère que nous n'allons pas attendre ainsi toute la journée.

Sherlock Holmes, assis en face de moi près de la cheminée, un cigare au coin de la bouche, le rassura.

- Ne t'en fais pas, ton calvaire sera de courte durée: j'entends des pas dans l'escalier.

J'assurais ma prise sur la crosse du revolver glissé dans ma poche.

- Ne jouez pas au cow-boy, Watson. Tout se passera très bien.

La porte s'ouvrit à la volée et un jeune homme très agité fit son apparition.

- Monsieur Holmes ! Pardonnez-moi de revenir à la charge mais des témoins dignes de foi m'ont garanti avoir aperçu ma fiancée, Miss Honoriah Bassingdale, au bras d'un bellâtre moustachu dont la descrption, entre parenthèses, correspond assez bien à celle de votre colocataire ! Je...

Holmes l'arrêta d'un geste.

- Assez de sornettes, monsieur Osgood !

A cet instant seulement, je reconnus le jeune homme de la veille, celui qui doutait de la moralité de sa fiancée !

Mon vieil ami frappa dans les mains et, surgissant de derrière le rideau, Lestrade ceintura notre visiteur.

Mycroft, plus embarrassé du fait de sa corpulence, émergea à son tour de sa cachette.

A sa vue, Cardigan Osgood devint livide.

- Osgood ! fit Mycroft.

- Mycroft Holmes! fit Osgood.

J'aime quand tout le monde est d'accord !

Tandis que Lestrade passait les menottes au jeune homme, Sherlock Holmes joignit les extrémités de ses doigts sous son menton.

- Voulez-vous nous raconter votre histoire, M. Osgood ? Ou préférez-vous que je le fasse moi-même ?

- Je vais tout vous dire, commença le prisonnier. Tout a commencé le...

- Or donc, l'interrompit Holmes comme si le jeune homme n'avait pas ouvert la bouche, vous préférez vous murer dans un silence obstiné ? Soit ! C'est toujours une corvée pour moi d'être obligé de retracer tous les tenants et aboutissants d'une affaire mais je vois que, une fois de plus, il va falloir y sacrifier !

Osgood haussa les épaules et laissa parler le détective.

- Voila comment cela s'est passé... Afin d'éponger des dettes de jeu ( le pli de votre pantalon est caractéristique du joueur invétéré ainsi que la minuscule trace de craie sur le lobe de votre oreille gauche ) vous avez décidé de voler ces documents "top-secret" dans le but de les vendre à une puissance étrangère que je ne nommerai pas. La chose la plus urgente, une fois votre coup fait, était de trouver une cachette pour les documents. Et là, vous avez fait preuve d'un évident génie dans le machiavélisme. Sous un prétexte quelconque et sachant que mon frère allait fatalement me confier l'enquête, vous vous êtes précipité ici ! Tout en racontant absolument n'importe quoi à propos de votre pseudo-fiancée , vous faisiez les cent pas dans la pièce. C'est seulement après votre départ , quand j'ai voulu allumer un cigare, que j'ai trouvé le traîté caché dans le seau à charbon !

Nous étions tous suspendus aux lèvres de Sherlock Holmes ! Quelle extraordinaire affaire ! Je n'avais pas connu pareil dénouement depuis la sinistre aventure du joueur de marracas borgne et des quatorze chamois mélomanes et fugueurs !

- Votre raisonnement était excellent ! D'une part, mon appartement était le dernier endroit où je songerais à chercher le traîté, d'autre part il était fort peu probable, étant donné la canicule, que qui que ce soit s'approche du seau à charbon avant un bon moment. Pas de danger que les documents soient trouvés par hasard ! Le problème est que, dans votre précipitation vous n'avez pas noté la présence de mes cigares dans ledit seau à charbon !

- Vous êtes très fort, M. Holmes, fit le jeune Osgood en souriant.

- J'allais le dire, renchérit Lestrade.

- Votre histoire de "fiancée", poursuivit Holmes en faisant un effort visible pour paraître insensible aux compliments, était un excellent prétexte pour venir me relancer à intervalles réguliers et, à l'occasion d'une de ces visites éclairs, une fois l'affaire tassée, de récupérér les documents pour aller les vendre à votre aise.

- C'est idiot ! fit Mycroft.

- C'est génial ! ajoutai-je dans la foulée.

- Et lui même, demanda Lestrade, où se cachait-il pour échapper aux recherches ?

Holmes indiqua du doigt la pointe des chaussures d'Osgood.

- Indiscutablement, d'après ces taches de graisse, il s'est fait engager comme serveur dans un "Fish and Chips" . Vous penseriez à aller chercher le responsable de la disparition d'un traîté dont dépend la paix en Europe dans un "Fish and Chips" Lestrade ? Je vous le répète , cet homme est un criminel de génie !


Après le départ de nos hôtes, je félicitai Holmes une nouvelle fois:

- A mon avis, cher vieil ami, c'est votre réussite la plus éclatante !

- J'aime assez faire la nique à mon frère, répondit Holmes avec un ricanement. Cet Osgood aurait travaillé pour moi, il ne s'y serait pas pris autrement...

Là dessus, il s'empara de son revolver et se remit à tirer sur les murs.

- Je vous préviens, Watson, qu'une fois cet exercice terminé, je compte essayer ma nouvelle formule de gaz paralysant. Si vous voulez aller faire un tour à votre club, c'est peut-être le moment ou jamais !



---

© Société Sherlock Holmes de France
Toute reproduction interdite