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Accueil » Fictions » L'aventure du castor mort de vieillesse
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure du castor mort de vieillesse Mars 29, 2006
Illustrations © Lysander


Une enquête de Shamrock Horse et du Dr Hansom
(Ce texte est une version remaniée de celui publié dans le fascicule "Holmes made in Belgium")

Mon agenda en fait foi, c'est en mars 188... euh, il est où, mon agenda ? J'ai pourtant bien spécifié à notre bonne, Mary-Jane, de ne jamais faire le ménage dans mon bureau. Déja, la dernière fois, elle avait endommagé la tête empaillée du colonel Sebastian Moran en voulant passer le chiffon à poussière sur ses moustaches !

Soit...Je vais écrire de mémoire. Après tout, les évènements sont assez récents et encore relativement clairs dans ma tête. Et je suis affublé d'une mémoire de ...de... vous voyez de quoi je parle?...ces bestioles assez bedonnantes et odorantes avec des oreilles de taille variable selon le continent où ils sévissent ...des morses ?

Or donc, c'est au cours des années 80, durant un mois de mars particulièrement vide d'évènements marquants ( si l'on excepte la tentative ratée de Mrs Hickson, la logeuse du grand détective, visant à distribuer le courrier en patins à roulettes) que mon ami, Shamrock Horse, eut l'attention attirée par par l'étrange affaire du castor mort de vieillesse.

Je me souviens très nettement de l'enquête éclair menée par Horse dans le Shropshire. Ou peut-être était-ce dans le Northumberland ? De toute façon peu importe: il n'y a que le résultat qui compte, l'essentiel n'est pas de gagner mais de participer, c'est celui qui le dit qui l'est et toutes ces sortes de choses.

- Hansom, passez moi le Bradshaw ! avait ordonné le détective ce matin là, tandis que je répétais le rôle d'Ophélie pour un spectacle de charité en faveur des victimes de l'alcoolisme résidant quelques maisons plus loin: le couple Taylor-Burton.

J'en déduisis que nous allions prendre le train et l'avenir immédiat me donna raison.

Installés confortablement dans un compartiment de première classe, Horse et moi même, passâmes une partie du voyage à jouer aux charades et à tirer intempestivement le signal d'alarme mais, vite lassés de ces jeux puerils, nous préférâmes nous endormir pelotonnés l'un contre l'autre.

Lorsque j'ouvris un oeil, Horse était parfaitement réveillé, rasé de près, douché et sortait manifestement de chez un bon coiffeur. Il terminait les mots croisés du Sergeant Paper tout en mâchouillant avec application une des oreilles de sa légendaire casquette.

C'est à partir de là que les choses deviennent plus floues !

A notre arrivée à la gare de Startingblock-on-the-rocks, une jeune femme nous attendait. C'était la plus délicieuse créature qu'il me fut jamais donné de contempler malgré son nez couperosé et un début de moustache.

L'accorte demoiselle (ai-je déja souligné que c'était la plus délicieuse créature qu'il me fut jamais donné de contempler ? ) nous raconta, durant le bref trajet en char à boeufs qui nous conduisit à sa résidence, que son castor de compagnie avait été sauvagement assassiné à l'aide d'un camembert bien fait. Ou d'une pizza aux anchois, les détails m'échappent quelque peu .

- C'est horrible, se lamentait-elle . Pauvre Pollux !

- Votre castor s'appelait Pollux ? demanda Horse en réeunissant , en un geste familier, l'extrémité de ses chaussures.

Il s'ensuivit une discussion animée portant sur la pluie, le beau temps, les castors, les prénoms ridicules et...euh...les caleçons molletonnés je crois.

Au moment où j'écris, un doute affreux me ronge: je me demande si toute cette affaire n'est pas plutôt une histoire drôle que m' a contée un jouer de cymbales ivre dans un pub de Stout Street ?

Auquel cas, le castor était une belette et la jeune fille un marin portugais souffrant de strabisme. Mais, je perds le fil...

Horse, après avoir examiné le cadavre de la bestiole à l'aide d'une loupe qu'il avait fait surgir de sous sa casquette, fit trois fois le tour de la maison de Miss Gertrude et grimpa sur le toît où il termina ses mots croisés.

Ensuite, il redescendit en fredonnant un air guilleret , voire primesautier, tiré d'un opéra de Wagner et pointa un doigt accusateur vers notre hôtesse.

- Vous essayez de me rouler dans la farine ! lança t'il d'une voix tonitruante qui fit fuir une horde de ragondins occupés à construire un home pour personnes âgées dans un buisson tout proche.

C'est alors que tout se précipita.

La jeune femme ( la plus délicieuse créature qu'il me fut jamais donné de contempler, entre parenthèses) se remit à pleurer et à arracher les fleurs du jardin qu'elle mangeait ensuite avec une moue gourmande.

- Cette femme est folle, fis-je.

- Voila qui ressemble fort à un pléonasme, répondit Horse en rugissant de rire tout en assommant Miss Gertrude d'une manchette bien placée.

- Miss Gertrude est en effet complètement cintré, Hansom ! poursuivit - il en roulant un cigare cubain sur sa cuisse gauche après avoir relevé sa jambe de pantalon. Qui d'autre qu'une personne mentalement déficiente irait s'encombrer d'un castor en guise d'animal de compagnie ?

Je me frottais le menton en arborant un air songeur.

- En ce qui me concerne, Horse, j'aimerais assez posséder un manchot ( je parle de cette espèce de pingouin, n'est-ce pas ? Pas d'un mutilé de guerre !) mais ma femme n'est pas trop chaude quant à cette idée. Quoique , l'idée du mutilé de guerre semble avoir plus de grâce à ses yeux.

- Les femmes sont des créatures étranges, mon cher Hansom. Prenez celle-ci...

Comme j'allais m'exécuter, le détective me donna une petite tape sur la tête afin de me stopper dans mon élan.

- C'est une image, bougre d'andouille ! Prenez celle-ci, disai-je. Une créature sans malice, voire bête comme ses pieds. Un examen rapide m'a permis de déduire que son castor était tout simplement mort de vieillesse. Elle a organisé cette ridicule mise en scène pour m'attirer ici !

- Mais dans quel but ?

Horse désigna le jeune femme, toujours inanimée, et lui flanqua subrepticement un coup de pied dans le ventre.

- Pour le plaiir de me faire perdre mon temps, Hansom ! Miss Gertrude est en réalité une cousine éloignée du professeur Moriarty !!! J'ai, par inadvertance, trouvé son acte de naissance sur le toît tandis que je terminais mes mots croisés !!! elle a voulu venger son parent, de sinistre mémoire, en me faisant perdre plus de trois heures avec cette affaire !!!

- Que va t'il lui arriver à présent ?

Horse, dans un geste familier, joignit l'extrémité de ses genoux derrière sa tête.

- La pendaison !!! c'est la seule punition pour un crime d'une telle ampleur !

Ainsi fut fait: Gertrude Moriarty fut pendue à Newgate, après un simulacre de procès car Shamrock Horse avait acheté le jury.



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