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Accueil » Fictions » L'aventure de la fiancée trahie
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure de la fiancée trahie Janvier 22, 2006
Illustrations © Lysander


- La recherche des fiancés disparus n'est pas précisément de mon ressort, miss Merryvale.

Sherlock Holmes, assis en tailleur au fond du canapé, tirant des bouffées de sa pipe en terre, s'adressait à une jeune fille blonde, de constitution délicate, introduite dans notre salon quelques instants plus tôt par la brave Mrs Hudson.

- Je me doute, fit-elle d'une voix étonnement bien timbrée pour une personne d'apparence aussi fragile, que les histoires de coeur n'entrent pas dans le cadre des énigmes aptes à éveiller votre intérêt, Mr Holmes, cependant...

Holmes fit entendre le léger ricanement qui, chez lui, faisait office de rire.

- Histoires de coeur ! Voila une formule bien mélodramatique pour ce qui ressemble surtout à un canular !

Miss Merryvale rougit sous le sarcasme et se dirigea vers la porte.

Je la retins tout en lançant un regard noir à mon ami.

- Voyons, miss, ne vous vexez pas. Holmes a une façon bien à lui de présenter les choses.

Depuis le canapé, Sherlock Holmes émit un borborigme indistinct.

- Soit, soupira t'il, je n'ai rien de mieux à faire en ce moment de toutes façons. Racontez nous votre histoire dans ses moindres détails miss Merryvale.

A tout hasard, je m'emparai de mon carnet de notes tandis que le jeune femme entamait son récit.

- Comme vous le savez, mon nom est Violet Merryvale. Mes parents sont morts l'an dernier dans un terrible accident de chemin de fer, monsieur Holmes. Depuis leur disparition j'ai été confiée à mon oncle, le major Hubert Stratton, qui vit comme un reclus dans une vieille demeure sise à Threeoaks, un petit village du Kent. Le major est veuf, taciturne et, hors la domesticité, la seule autre personne à partager sa solitude avant mon arrivée, était sa fille, ma cousine Lisbeth.

Holmes avait fermé les yeux et pianotait avec les doigts sur l'accoudoir du canapé.

- Lisbeth est un grande fille un peu sauvage, poursuivit miss Merryvale, plus douée pour les affaires de chevaux et de chasse que pour les ouvrages de broderie. Elle est brusque dans ses manières et son parler mais dotée d'un coeur d'or. Elle me fut d'un grand soutien moral au cours de cette pénible affaire.

La jeune femme s'interrompit devant l'attitude de plus en plus distraite de Holmes qui, les yeux toujours fermés et la tête renversée en arrière, fredonnait entre ses dents.

Je lui adressai un sourire d'encouragement et elle poursuivit son compte rendu.

- Il y a trois mois, au cours d'une kermesse organisée par la paroisse, je fis la connaissance de Mr Peter Barton, une jeune clerc de notaire. Notre sympathie spontanée se transforma rapidement en un sentiment plus tendre. Peter et moi nous rencontrâmes souvent durant les semaines qui suivirent. Il me fit des déclarations enflammées et , bientôt, nous décidâmes de nous fiancer. Mon Dieu, que n'ai-je écouté les mises en garde constantes de ma cousine Lisbeth !

Sherlock Holmes souleva une paupière et cessa de pianoter sur l'accoudoir.

- La semaine dernière, j'ai trouvé cette lettre sur les marches du perron. Elle est de la main de Peter.

Holmes s'empara de la missive que lui tendait miss Violet.

- C'est une lettre d'adieu tout ce qu'il y a de plus banale, fit-il froidement après l'avoir parcourue.

- Banale ? Mais elle est incompréhensible, au contraire ! La veille encore, Peter me jurait un amour éternel ! Il a du se passer quelque-chose de terrible pour que se produise un pareil revirement !

Le détective haussa les épaules.

-Les jeunes gens sont souvent d'humeur changeante, dit-il d' un ton sentencieux.

Miss Merryvale secoua vigoureusement la tête.

- Pas mon Peter, c'est un garçon très sérieux . Depuis que j'ai reçu cette lettre, je ne vis plus, monsieur Holmes! Malgré les attentions constantes que me prodigue ma cousine Lisbeth. Mais il me faut à présent vous conter ce qui s'est passé hier.

- Je bous littéralement d'impatience, railla mon vieil ami.

- En me promenant du côté de Springfield , un bourg voisin relativement isolé, je suis tombée nez à nez avec Peter ! Il était méconnaissable, vêtu comme un ouvrier, mal rasé, décoiffé. Lorsqu'il me vit, il poussa un cri et s'enfuit aussitôt. Je le poursuivis mais il courait comme s'il avait vu le diable et il disparut rapidement de ma vue.

Holmes leva une main pour imposer le silence à notre visiteuse.

- Habillé comme un ouvrier , c'est bien cela ? demanda t'il .

- Exactement.

- Votre affaire est peut-être moins banale que je ne l'avais tout d'abord envisagé. Elle présente même certains aspects hors du commun, malgré sa simplicité.

Je me tournai vers le détective.

- Vous ne voulez pas dire que vous avez déja compris ce qui s'est passé, Holmes ?

- C'est pourtant élémentaire, Watson. Vous avez tous les éléments et vous connaissez mes méthodes, qu'en concluez vous ?

Je ne pus qu'avouer mon incompréhension d'un ton penaud.

- Que comptez vous faire, monsieur Holmes ? demanda miss Merryvale avec un regard angoissé.

- Vous accompagner à Threeoaks et faire tomber les masques !

Je crus que miss Violet allait battre des mains pour manifester sa joie.

- Je connais assez bien la région où vous demeurez miss, annonça Holmes alors que nous étions installés dans le train en direction du Kent. J'y ai jadis résolu la petite affaire du chanoine mélomane. Aussitôt rendus, vous irez m'attendre dans la maison de votre oncle. Watson vous accompagnera. Le temps d'un bref détour par Springfield et je vous rejoindrai.

Ansi fut fait.

Miss Merryvale me présenta à son oncle, un homme bougon et sec comme une trique, arborant une moustache rousseâtre, qui marmonna quelques paroles de bienvenue avant de se retirer dans son bureau afin, dit-il, de mettre à jour sa collection de timbres.

Lisbeth Stratton était une personne autrement remarquable que son père: grande, habillée comme un cavalier, elle avait quelque chose d'altier voire de légerement méprisant.

Sans me laisser le temps de me présenter, elle s'enquérit de mon identité auprès de miss Merryvale puis me toisa des pieds à la tête.

Nous nous installâmes devant une tasse de thé en attendant l'arrivée de Sherlock Holmes.

Ce dernier apparut bientôt, accompagné d'un jeune homme à l'air farouche, visiblement très mal à l'aise de se retrouver en ces lieux et en cette compagnie.

- Peter ! s'écria miss Merryvale en laissant échapper sa tasse qui se brisa sur le parquet.

Et elle se précipita, bras ouverts, vers le jeune homme plus troublé que jamais.

Le teint de miss Lisbeth était devenu cadavérique.

- Et oui, fit le détective. Tout est fini, miss Lisbeth, votre petite machination est éventée, j'en suis navré.

L'amazone eut un tremblement de machoire imperceptible et baissa la tête vers sa tasse.

- Mais enfin, s'exclama la pauvre miss Violet, pourrait-on m'expliquer ce qui se passe ici ?

Holmes alluma une pipe et se laissa choir sur une chaise.

Il darda son regard sur la cousine de miss Merryvale.

- Voulez vous tout raconter à votre cousine ou préférez vous que je le fasse moi même, demanda t'il d'une voix dont la douceur me surprit.

Miss Lisbeth resta obstinément silencieuse.

- Soit, je vais donc retracer le cours des évenements . Voyez vous, miss Merryvale, toute cette comédie a été mise sur pied par votre cousine avec la complicité de ce jeune homme.

Peter Barton ne savait pas où se mettre, son regard fuyant semblait chercher un trou de souris.

- Il s'agit d'un jeune maçon de Springfield . Votre cousine, du fait de sa mine engageante et des ses larges épaules, l'a engagé afin de vous faire la cour !

- Mais, dans quel but ?

Holmes soupira et joignit l'extrémité de ses doigts sous son menton.

- Par amour, tout simplement !

Miss Merryvale afficha une expression d'incomprésion presque comique malgré les circonstances.

- Votre cousine Lisbeth a imaginé ce petit stratagème afin de ...Comment dire ? De vous convaincre que les hommes sont une engeance redoutable, si j'ose ainsi m'exprimer.

- Vous ne voulez pas dire que...

- Que votre cousine vous aime, miss Merryvale, parfaitement ! Mr Barton, qui est finalement le plus coupable dans cette histoire, a été payé pour vous déclarer sa flamme et vous abandonner sans explications. Cette pauvre Lisbeth, dont le portrait que vous m'avez dressé à Baker Street m'avait fait entrevoir la nature des sentiments, s'imaginait que cette déception allait vous jeter dans ses bras.

Des larmes silencieuses roulaient à présent sur les joues de miss Lisbeth.

Holmes se leva et se dirigea vers Peter Barton.

- Filez, jeune homme ! Filez avant que je ne vous fracasse la tête! Et ne vous avisez plus jamais de jouer avec les sentiments d'une jeune femme !

Le gaillard s'enfuit sans demander son reste.

- Venez Watson, nous n'avons plus rien à faire ici.

Sans un regard pour les deux femmes anéanties, il quitta la pièce.

Je bredouillais de vagues excuses et lui emboîtai le pas.

- Watson, me dit Holmes d'une voix lasse lorsque nous fûmes hors de vue de la maison, il ne se passe pas un jour, croyez moi, sans que je ne rende grâce au ciel de n'avoir jamais été amoureux !



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