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Accueil » Fictions » L'aventure du canapé volatilisé
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure du canapé volatilisé Décembre 27, 2005
Illustrations © Lysander


Une enquête de Shamrock Horse et du docteur Hansom.

Ce jour là, à Baker Street, l'ambiance était à la fête.
Shamrock Horse avait déjoué les plans des machiavéliques anarchistes visant à assassiner le premier ministre en lui faisant manger des cuisses de grenouilles et du Roquefort.
Pour célébrer l'évènement, le détective et moi même avions décidé de jouer aux cow-boys et aux indiens.
Retranché derrière la table renversée je repoussai les attaques de Horse, complètement nu, qui me bombardait de harengs avariés et de photos de Sarah Bernardht.
C'était l'été mais, malgré la chaleur écrasante, Horse avait allumé un grand feu de cheminée pour faire griller des haricots rouges.
Soudain, la porte s'ouvrit et madame Hickson, notre logeuse, introduisit une visiteuse.
Il s'agissait d'une dame encore jeune, vêtue d'un manteau en crocodile et coiffée d' un bonnet en laine de lama.
Elle tirait de longues bouffées gourmandes sur un cigare épais comme ma cuisse.
- Lequel d'entre vous est Shamrock Horse ? demanda-t'elle d'une voix où percaient des traces d'accent anglais.
- C'est moi, répondit mon ami en cachant sa nudité à l'aide d' une peau de zèbre oubliée par un client distrait.
- J'ai grand besoin de votre aide !
Horse changea d'expression et pria notre visiteuse de s'asseoir sur le dos du groom Willy qui, pour se faire de l'argent de poche, acceptait de se mettre à quatre pattes tous les jeudis et faisait ainsi office de fauteuil.
- Je suis Lady Nozor et mon canapé a disparu !
- Votre canapé, répéta Horse en réeunissant l'extrémité de ses oreilles dans un geste familier. Vous parlez d'une de ces petites choses que l'on grignote à l'appéritif au risque de se couper l'appétit ? Ou de ces grands machins sur lesquels on se couche pour regarder la fumée de cigarette monter au plafond en d'originales arabesques ?
- Je parle du canapé de mon salon, celui qui est si confortable pour manger des olives en écoutant les chasseurs jouer du cor dans le jardin.
Shamrock Horse s'était emparé de son violon et l'enduisait machinalement de confiture.
- Sans ce canapé je me sens si seule ! C'est l'unique souvenir qui me reste de mon mari, le fameux explorateur.
- Votre mari est mort ? demandai-je pour dire quelque chose car cela faisait longtemps que je n'avais pas ouvert la bouche excepté pour déloger, à l'aide du tisonnier, un demi poulet coincé entre mes molaires depuis neuf ans.
- Je l'ignore, répondit Lady Nozor. Il a disparu lors d'une expédition aux antipodes.
- En Orient ? En Amérique du sud ? En Belgique ?
- Non, à Whittechappel mais là n'est pas la question, je veux retrouver mon canapé !
Bien qu'il semblât se concentrer sur le dragon qu'un vieux chinois entré en coup de vent lui tatouait sur l'avant bras gauche, je sentais que Horse était prodigieusement intéressé par cette ténébreuse affaire.
- Hansom, rendez vous utile au lieu de d'essayer de toucher votre nez avec votre langue, passez moi le Bradshaw !
- C'est inutile, fit Lady Nozor, j' habite à dix minutes en cab.
- Vous permettez !!! mugit Horse . C'est moi qui prend l'affaire en mains ! Hansom apportez le Bradshaw !
Après deux ans de recherches, je mis enfin la main sur le Bradshaw que j'avais par inadvertence glissé sous mon postérieur et je le tendis à Horse .
Il le cala entre son épaule et son menton et fit glisser sur la couverture l'archet de son violon .
Ensuite, en un geste familier, il le jeta au feu .
- Allons, scanda-t'il en enfilant un pantalon , il faut nous rendre sur les lieux du drame .
Quelques instants plus tard, nous étions dans le salon de Lady Nozor .
Horse , allongé sur le sol inspectait l'endroit où s'était tenu le canapé.
Il sortit une loupe de sous le tricorne qui remplaçait sa deerstalker depuis que je lui avais fait remarquer que ce couvre-chef était inélégant.
- C'est bien ce que je pensais, hurla-t-il en acceptant une part de tarte aux mûres que lui tendait obligement la maîtresse de maison.
Il indiqua une petite flaque s'étalant sur le parquet .
- Qu'est ce que c'est ? demandai-je par pure politesse .
- C'est de la bave, Hansom !
Puis il se tourna vers Lady Nozor, occupée à bouchonner un cheval dans un coin de la pièce .
- Votre canapé est retourné à l'état sauvage, Madame ! Il a du être mordu par quelque chose atteint de la rage...Un chien, une suffragette, un libéral, un castor, voire même un autre canapé déja contaminé !!!
- C'est horrible, geignit Lady Nozor en jouant "La marche funèbre " de Chopin avec deux cuillères à café qu'elle tapait contre ses cuisses.
Horse m'envoya chercher Boby chez le vieux Shellman et nous nous lançâmes sur la piste du canapé enragé .
Bientôt, nous arrivâmes à Trafalgar Square où un spectacle invraissemblable nous attendait !
Une femme lavait son linge de corps dans une des fontaines !!!
Mais ce n'était pas le pire !!!
Un peu plus loin, une créature monstrueuse semait la terreur parmi les badauds .
Nous arrivions juste à temps .
Le canapé enragé ( car c'était lui ! ) s' était attaqué à la foule et avait déja dévoré deux policemen . Aucune perte humaine n'était à déplorer, fort heureusement !
- Tirez, Hansom, tirez !!! rugit Shamrock Horse en renouant son lacet.
- Avec quoi ? Je ne suis pas armé, cette affaire ne m'avait pas l'air bien dangereuse !
Le canapé se tourna dans notre direction et se rua à l'assaut.
Boby s'interposa courageusement, aidé par les coups de pied que Horse lui envoyait dans le derrière .
Hélas, le canapé enragé n'en fit qu'une bouchée.
Horse sortit un violon de sa poche et joua le salut aux morts tandis que la foule se recueillait en silence et que, à des milliers de kilomètres, un esquimau se disputait avec sa femme parce-qu'il n'y avait plus de mayonnaise pour accompagner le phoque frit.
Nullement rassasié, le canapé se jeta sur Horse .
Tout se passa très vite : la femme qui lavait son linge se mit à brailler des chansons à boire en Hébreu, l' esquimau jeta son assiette de phoque frit par la fenêtre de l'igloo, un pigeon fit ses besoins sur la tête de la statue de Nelson et Lady Nozor arriva à cheval en brandissant une Winchester dans chaque main .
Elle vida les deux chargeurs en direction du canapé.
Celui-ci, frappé à mort tournoya sur lui-même en poussant des gémissement de porc-epic écrasé par un fiacre.
Lady Nozor sauta à bas de sa monture et s'approcha du cadavre.
- Pauvre canapé, fit elle en sanglotant et en se mouchant dans la casaque de mousquetaire que Horse avait pris l'habitude de porter depuis ma remarque acerbe sur l' aspect un peu trop voyant de son Mc Farlane.
- Il est mieux là où il est, lui dit Horse tout en la frappant subrepticement sur la tête afin qu'elle lache sa casaque.
- Il me manquera !
Shamrock Horse me fit un signe discret à l'aide d'un drapeau de chef de gare et je compris qu'il était temps de nous retirer.
- Une affaire rondement menée mon cher Horse, remarquai-je quelques heures plus tard alors que nous tricotions au coin du feu dans le living du 221b Baker Street.
- Dommage pour Bobby, soupira mon vieil ami assis sur le dos de madame Hickson qui avait pris la relève de Willy.
- Ce n'était qu'un chien, Horse. C'est tout de même mieux que si le canapé vous avait dévoré !
- Certes mais demain ça devait être son tour de faire le fauteuil !
- Damned !!!



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