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Accueil » Fictions » Le violon mystérieux (conte de Noël)
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
Le violon mystérieux (conte de Noël) Décembre 25, 2005
Illustrations © Lysander


Aux approches de Noël, la neîge s'était mise à tomber sur Liège avec une violence inhabituelle. Ce samedi là pourtant, les bourrasques s'étaient calmées et un timide soleil d'hiver dardait ses pâles rayons à travers la fenêtre de notre living.
- Ce serait peut- être le moment d'aller faire une petite promenade, me dit ma femme.
Je levai les yeux du dessin que j'étais en train de terminer.
- Bin, tu sais il me reste trois illustrations à terminer pour le site de la SSHF.
Daniela poussa un soupir .
- Ils n'en ont pas marre de recevoir sans cesse tes dessins ? Tu es pire qu'une usine ! Si tu les laissais un peu souffler ?
Ses yeux verts lançaient des éclairs. Comme chaque fois qu'il était question de ce qu'elle appellait, non sans une ironique tendresse, "ma puérile passion pour ce détective coiffé d'une casquette ridicule".
Je déposais ma plume et entrepris de me rouler une cigarette.
Daniela ouvrit la bouche mais, exploit dont je ne fus pas peu fier, je la pris de vitesse.
- Je sais, comme disais Jean Gabin quand la fantasie lui a pris de se lancer dans la chanson ! Mes marqueurs tumoraux sont trop élevés... Pas la peine de remettre ça sur le tapis chaque fois que j'allume une de ces saletés !
- Tu sais pourtant que ça m'inquiète énormément ! Ce n'est pas pour t'emmerder, Jean-Claude, mais, si je me retrouve veuve...
- Oui ! Tu vas t'ouvrir les veines sur ma tombe avec le couvercle d'une boîte de cassoulet ! Si on changeait de sujet ?
Pour toute réponse, Daniela décrocha mon vieux pardessus noir de la patère et me le tendit.
- Enfile ça et allons nous balader !
- Tu fais quoi sinon ? Tu me frappes avec la télécommande ? Bon, on fait un deal...On va faire un tour mais, en contrepartie, tu me débarasse de ce diplodocus qui nous sert de chat ! Ta soeur ne veut pas un deuxième bestiau ? C'est presque Noël, elle pourrait faire une crèche vivante avec le boeuf et l'âne !
- Ne traîte pas notre chat de boeuf !
- Par contre, je peux traîter celui de ta soeur d'âne, tu n'en a rien à cirer ?
Daniela fit des yeux ronds et passa une main dans ses longs cheveux bruns en me fixant avec insistance.
- Félicitations, dit- elle au bout d'un moment.
- Pourquoi ?
- J'imagine l'effort surhumain produit par tes cordes vocales pour ne pas ajouter "ne vois tu rien venir ?" après " je peux traîter celui de ta soeur d'âne" !
- Ahah ! J'avoue n'y avoir pas pensé, mentis-je éffrontément.

Dix minutes plus tard, nous marchions sans but précis dans la neîge craquante.
La ville était parée de toutes ces fanfreluches propres à cette période de fête. La voix de Bing Crosby dégoulinait de hauts- parleurs disséminant les rues, en alternance avec celle de Rosemary Clonney, la tante à George.
Après avoir avalé un café en vitesse à la terrasse couverte du "Richelieu", en face de l' Opéra, nous reprîmes notre périple tout en échangeant des commentaires acerbes ou simplement débiles concernant la musique et les guirlandes.
- Et si on allait là où l'homme n'est jamais allé ? fis-je.
- Tu veux dire sur Vulcain ou dans la salle de bains de Gainsbourg ?
- Bravo ! Emballe moi ça, je rigolerai une fois à la maison... Le froid a gélé mes zygomatiques ! Non, je voulais dire, quitter le centre ville... Aller dans le quartier nord par exemple.
Daniela fit une grimace des plus expressives.
- Le quartier nord ? C'est un coin plus effrayant que la cuisine de ta mère !
- Evite de parler de la cuisine de ma mère et je jure de ne plus me moquer de ton père quand il chante les standards de Mario Lanza en fin de soirée !

Le quartier nord était un véritable coupe gorge.
Une fois dépassé le parking qui s'étend sur l'ancien emplacement de la prison St Léonard, on arrivait dans un labyrinthe de ruelles lugubres, éclairées ça et la par l'enseigne d'un bistrot rempli de gusses à la mine patibulaire.
Mais on y trouvait aussi pas mal de boutiques de brocanteurs.
Or, j' étais dans cet état d'esprit, assez fréquent, où l'envie de m'offrir un quelconque " ramasse poussières", pour peu qu'il entretienne un vague rapport avec l'univers holmésien, était plus forte que tout.
Quelques mois auparavant, j' y avais déniché, pour une poignée d'euros, une vieille seringue qui était aussitôt allé grossir les rangs des "sherlockonneries" dont notre maison est encombrée.
- Si tu t'imagines que je ne sais pas ce que tu as en tête, fit ma femme en s'imiscant dans mes pensées.
- C'est pas de jeu si tu penses que j'ai envie d' une cigarette ! J'ai envie à longueur de temps, sauf quand je dors, et encore je n'en suis pas sûr ! D'ailleurs passe- moi une de tes cochonneries mentholées, fait trop froid pour en rouler une!
En soupirant, Daniela me tendit son paquet et j'allumai une de ses infâmes clopes au goût de chewing-gum.
- En fait je ne parlais pas de ça mais de cette lueur malsaine qui brille dans tes yeux: tu espères trouver un " Gadget Sherlock Holmes " !
A cet instant, nous passions précisément devant une vieille boutique, tout droit sortie d'un roman de Jean Ray.
Comme j'avais repéré du coin de l'oeil trois types, bâtis comme des armoires normandes et manifestement bourrés, qui s'avançaient vers nous, je poussai ma femme à l'intérieur sans lui laisser le temps de protester tout en envoyant d'une chiquenaude le cadavre de ma cigarette valdinguer sur le trottoir.
- Qu'est ce qui se passe? Tu as froid à ce point? On peut trouver mieux comme endroit pour se réchauffer tu sais!
Nous nous retrouvâmes dans une espèce de caverne d'Ali Baba, un véritable bric à brac à côté duquel le légendaire grenier de ma grand- mère faisait figure de clinique.
Les lampes sur pied cotoyaient les anges en porcelaine et les sabres de cavalerie rivalisaient d'éclat avec de vieux tromblons.
Des armées de soldats de plombs paradaient dans des vitrines et d'étranges masques en papier mâché pendaient du plafond. Un piano mécanique, sur lequel reposaient des poupées d'un autre âge, occupait le fond de la boutique.
Un mannequin, vêtu en hussard, semblait monter la garde auprès d'un vieux rideau cramoisi qui s'écarta bientôt pour laisser passer le maître des lieux.
- Que puis- je faire pour un aussi gentil petit couple?
C'était un personnage des plus pittoresque: gras à lard, le crâne chauve et luisant comme auréolé d'une couronne de cheveux roux, des besicles défiant la mode et la pesanteur posées sur son nez du plus beau vermillon. Il était vêtu d'un antique costume anthracite et arborait une cravate constituant la plus cinglante injure au bon goût qu'il me fut jamais donné de voir.
- On regarde, c'est tout ! fis- je en adoptant le ton du type qui passe sa vie à errer chez les antiquaires sans jamais rien acheter mais à qui on ne la fait pas.
Le gros homme sourit et s'installa derrière un vieux comptoir en bois tout en balayant la pièce d'un théâtral geste du bras.
- Faites comme chez vous, mes amis.
Daniela se mit à farfouiller d'un air résigné dans une caisse remplie de vieux bouquins tandis que je passais en revue les soldats de plomb avec toute l'atention d'un général inspectant ses troupes à la veille du défilé de la fête nationale.
La vision d'une figurine m'arracha un cri à faire grincer les gencives d'un édenté.
- Qu'est- ce que tu as vu ? demanda ma femme. Un Sherlock Holmes en plomb?
- Ne plaisante pas avec ça !
- Qu'est- ce que tu as vu alors ?
- Un Sherlock Holmes en plomb ! T'as mis dans le mille !
- Demande le prix.
L'étrange personnage nous avait entendu depuis son comptoir.
- Je vois que monsieur est un amateur du détective de Baker Sreet.
Malgré moi, j'émis une espèce de ricanement nerveux,
- C'est rien de le dire!
Daniela me regarda en secouant la tête.
Je pouvais lire dans ses yeux aussi facilement que madame Soleil dans sa boule de cristal.
"Vas- y, fais lui bien comprendre que tu es prêt à mettre une fortune pour cette babiole" disaient les yeux de ma femme.
- Dans ce cas, poursuivit l'antiquaire en se frottant le nez comme s'il ne brillait pas suffisement, j'ai quelque chose qui peut vous intérêsser.
Il se pencha malaisément sous le comptoir .
- Si c'est une Deerstalker ou une pi...
L'homme avait remonté un étui à violon, un étui d'un âge vénérable à en juger par son apparence.
Il en sortit un splendide instrument et un archet.
- Ahem, toussota Daniela en me donnant un coup de coude dans le dos.
Bon. Il fallait être fort ! La dernière chose à faire était de demander combien coûtaient la figurine et le violon !
- Combien coûtent la figurine et le violon ? demandai- je .
- Ahem, ahem, ahem !!!
- Toi, tu as pris froid, dès qu'on est à la maison t'iras te coucher avec une bouillotte ! fis- je sans me retourner.
L'antiquaire me tendit le violon.
- Tactique de vente, chuchota Daniela dans mon dos. Une fois que tu l'auras entre les mains...
Je saisis l'instrument et l'inspectai sous toutes ses coutures.
- Cinquante euros, lança l'homme depuis son comptoir.
- Ce n'est pas dans mes moyens...Attendez, vous avez dit cinquante ?
- J'ai dit cinquante.
Je me tournai vers ma femme.
- Il a dit cinquante?
- Il a dit cinquante!
- Et je vous offre la figurine, ajouta l'antiquaire.
- Vous me l'offrez ?
Je me tournai à nouveau vers Daniela.
- Il me..
- IL TE L'OFFRE, OUI ! ALORS, PRENDS TOUT AVANT QU'IL NE CHANGE D'AVIS !!!
Je regardai à nouveau le violon, puis la figurine, puis ma femme, puis l'espèce de Père Noël derrière son comptoir, puis ma femme, puis le violon, puis la figurine, puis...
Violente bourrade dans mon dos.
- Je prends le tout, Père Noël...Je veux dire Monsieur !!!
Un billet de cinquante euros changea de propriétaire ainsi qu'un violon et une figurine en plomb.
- Tu te la pète avec ton étui à violon, ricana ma femme quand nous fûmes de retour sur le trottoir enneîgé.
Je souris.
- Bon, on rentre à la maison, Stradivarius ?
Je souris.
- Tu veux une cigarette ?
Je souris.
- C'est bien ce que je pensais, tu es parti sur l'île aux enfants ! Allons, en route.
La neîge se remit à tomber avec violence et nous étions glacés lorsque nous arrivâmes chez nous.
Daniela me regarda installer le violon et la figurine parmi mes "Sherlockonneries".
- C'est cool, non?
- Vachement cool, répondit- elle avec une conviction feinte tout en préparant du café dans la cuisine attenante.
Notre chat obèse me jetait des regards exaspérés . On sentait qu'il se retenait de me livrer le fond de sa pensée.
Nul besoin d'être fin psychologue pour deviner que ce bestiau me considérait comme un imbécile, un imbécile incapable de se demander pourquoi diable ce violon lui avait été pour ainsi dire donné par l'étrange antiquaire au crâne chauve.
- Ne me juge pas ! Sinon tu pourras te brosser quand ce sera l'heure de ta pâtée ! Et ne me dis pas que c'est tout le temps l'heure de ta pâtée, je le sais ! Je travaille uniquement pour te nourir !
- Comment ?
- Je parle au chat ! Cet abruti me fait des reproches !
Tout en buvant mon café, j'admirais encore un moment mes aquisitions puis je me remis à mes dessins.
Daniela s'installa devant la télévision et je fus obligé de coiffer mon casque anti- bruit pour échapper aux barissements d'une bande d'éléphants. Barissements que tentait de recouvrir la voix de Pierre Arditi expliquant les moeurs amoureuses de ces ravissants pachydermes.
Quelques heures plus tard, après avoir envoyé mes dessins, fait un tour sur le site de la SSHF, mangé une assiette de pâtes , régardé un vieux nanar de Roger Corman avec ma femme, donné un coup de pied au chat dont les reproches continuels commençaient à m'agacer, lu quelques pages du dernier Masterton, balancé une série de coups de poing dans le punching ball installé dans l'atelier et diverses autres petites choses, je rejoignis Daniela dans la chambre à coucher, non sans avoir jeté un dernier regard à mes miraculeuses aquisitions du jour.
Pourtant, le sommeil s'ingéniait à me bouder, comme si je lui avais personnellement fait une vacherie quelconque.
- Tu dors? demandai- je à Daniela dont la respiration régulière ne laissait aucun doute à ce sujet.
Si j'allumais la lampe de chevet afin de pouvoir lire cela risquait de la réveiller.
D'un autre côté, à force de tourner comme un derviche, j'allais quand même finir par la réveiller de toute façon: un choc brutal était peut- être préférable à une longue torture !
Je ne puis dire avec précision quand je m'endormis mais je dus forcément m'endormir car je fis un rêve étrange...
Il me sembla que de la musique provenait du living !
Une mélodie très douce, indiscutablement jouée au violon.
- Ca y est, me dis- je. Cette histoire de violon m'a tapé sur le crâne comme un foutu coup de soleil...J'ai des hallucinations auditives.
Un rapide regard vers ma femme me confirma que la musique ne l'avait pas réveillée.
Le plus doucement possible, je m'extirpai de sous l'édredon, chaussai mes espadrilles antédilluviennes et, en louvoyant pour éviter le chat qui s'était mis à courir dans mes pieds, me dirigeai vers la source de cette étrange musique.
- Si le violon joue tout seul, j'arrête de fumer !!!
Il ne jouait pas tout seul !
Le chat se mit à souffler en découvrant le spectacle qui nous attendait dans le salon. Il se hérissa et fila comme une flèche par la porte ouverte menant au rez- de- chaussée.
Un homme était tranquillement assis dans un de mes fauteuils "armée du salut grande époque" et tirait de l'instrument acheté chez l'étrange brocanteur des sonoriteés mélancoliques.
- Vous allez réveiller ma femme! fis-je, assez bêtement.
L'inconnu s'arreta de jouer et me considéra longuement de son regard gris.
- Je suis désolé mais il y a si longtemps que je n'ai pas joué.
- D'accord , mais mon living n'est peut être pas l'endroit le plus indiqué ! Surtout à cette heure ! je ne sais pas, moi... Inscrivez- vous au Concours Reine Elisabeth, on vous trouvera sûrement un endroit plus adéquat pour répéter !
L'inconnu posa le violon sur la table, se leva et se mit à faire les cent pas.
- Ne répondez pas si je suis indiscret, avancai- je en ayant déja l'impression d'entendre la sirène de l'ambulance qui n'allait pas tarder à m'emmener à l' hôtel des boulons déserrés, mais vous ne seriez pas Sherlock Holmes ?
L'homme émit un petit ricanement.
- Vous êtes bien placé pour le savoir, si j'en juge par la décoration de votre intérieur.
- Donc vous êtes Sherlock Holmes ! Je ne bois jamais d'alcool mais j'avoue que j'ai rarement ressenti à ce point le besoin d'un bon verre de Cognac ! A défaut, vous ne m'en voudrez pas si je fume une cigarette ?
Il sourit et fit un geste de la main, comme pour dire " ce sont VOS marqueurs tumoraux".
- Vous en voulez une, peut- être?
- Volontiers.
Je lui tendis le paquet ainsi que du feu.
- Quelle horreur, s'écria- t'il en aspirant la première bouffée.
- Oui, je sais. Ce sont celles de ma femme. On s'y fait, faute de mieux...Euh, je parle des cigarettes bien sûr !
Il s'approcha de la fenêtre et regarda la neîge tomber.
- On aura un Noël blanc! lancai- je pour dire quelque chose.
Pas de réponse...De toute façon je n'en attendais pas !
- Et...Euh...Comment va le docteur Watson ? ( Pin Pon Pin Pon, faisait la sirène dans ma tête ! )
- Il est mort, répondit Holmes en se détournant du spectacle des flocons virevoltants.
- Ma foi, à son âge, ce sont des choses qui arrivent.Et vous ? Ca va la petite santé ? (Pin Pon Pin Pon)
- Je suis mort également.
- Suis- je bête ! Un petit café peut- être ? C'est du déca je vous préviens ! ( Camisole, douche froide, cellule capitonnée ! )
- Non, merci. Je suis juste venu reprendre mon violon.
- Votre violon ? Oui, bien sûr, votre violon ! Tout cela est d'une logique imparable. Je vais tout de même préparer du café, il me semble que ça me fera du bien.
Je farfouillais quelques minutes dans la cuisine et revins m'asseoir sur le canapé avec ma tasse fumante.
Holmes avait glissé le violon et l'archet dans leur étui.
- Je ne peux pas m'attarder, dit-il.
- Loin de moi l'idée de vous retenir, cependant...
- Oui, je comprends. Vous tenez à être dédommagé pour la perte de cet instrument.
Je bus une gorgée de café brûlant.
- Ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire, mais puisque vous en parlez.
Holmes haussa les épaules.
- Je n'ai pas d'argent.
- Au point où nous en sommes, vous savez, ce n'est pas bien grave.
- Mais, je tiens à faire quelque-chose pour vous.
- Ca, c'est gentil de votre part ! Un petit mot pour mon psy ? Juste histoire de lui prouver que je n'ai pas rêvé et que je ne suis pas non plus totalement à la masse...
Il fit surgir de sa poche une liasse de papiers froissés.
- Tenez. Faites en bon usage.
- No problemo, j'ai toujours adoré les vieux papiers qui sentent un peu le moisi ! Vous êtes sûr de vouloir échanger le violon contre ces vieux chiffons puants ? Vous n'y perdez pas au change, au moins ?
Holmes me tendit la main et je la serrai par réflexe.
Elle était sèche et froide.
- Bonne nuit, fit le détective.
- Bonne nuit, monsieur Holmes.
C'est à cet instant que je me suis réveillé, tout courbaturé, pour constater que j'étais répendu sur le canapé.
Un jour pâle entrait par la fenêtre.
- Pour un rêve idiot, c'était un rêve idiot!
Ma femme préprait le petit déjeuner.
- Tu t'es encore endormi sur le canapé. Je suppose que tu as une fois de plus passé une bonne partie de la nuit devant l'ordinateur. Ah oui, autre chose: quand tu fais du café , essaye de ne pas renverser la moitié à côté de la tasse !
- Mouarf.
Soudain mon regard se posa sur l'étagère où j'avais posé le violon.
Il n'était plus là !
En m'approchant, je vis que la figurine avait disparu elle aussi.
- Logique, fis- je en me frottant le menton crissant de barbe.
Les détails de mon rêve revinrent en force et je songeai à la liasse de vieux papiers.
Elle avait glissé au pied du canapé.
Je la ramassai et lu:
- "L'aventure du phare, du politicien et du cormoran" par John H. Watson. Bin voyons!

Voilà, vous connaissez tous les détails de mon aventure. Inutile de dire que je n'ai jamais revu le violon ni la figurine. Plus étrange encore, en retournant me promener dans le quartier nord, je n'ai jamais pu retrouver la boutique où j'en avais fait l'aquisition.
Par contre, je connais les détails d'une affaire singulière qui n'a jamais été rendue publique.
C'est quand même intelligent un cormoran ! J'aurais jamais cru ! Faudrait qu' Arditi nous parle de cet oiseau là un de ces quatre !



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