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Accueil » Fictions » L'aventure du client aux deux visages
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure du client aux deux visages Décembre 20, 2005
Illustrations © Lysander


Une enquête de Shamrock Horse et du docteur Hansom.

Ce matin là, Shamrock Horse était de fort méchante humeur. Il faut dire que , la veille, sur le coup de midi, tandis que je dévorai un sandwich à la menthe fraîche et aux champignons des bois, le redoutable "équarisseur de Plumb Street" lui avait échappé de justesse à cause d'une religieuse ivre, d'un groupe de mendiants sourds et d'une éléphante sur le point de mettre bas.
Selon son habitude lorsqu'il était nerveux, il arpentait le salon dans tous les sens en marchant sur les mains, ne s'interrompant de loin en loin que pour prendre une bûche entre les dents et la jeter dans la cheminée.
- Au nom du ciel, Horse ! Cessez ce manège, vous allez me rendre chèvre !
Le détective retomba sur ses pieds et, après un silence de trois quarts d'heure, se tourna vers moi.
- Vous avez raison, Hansom !
- A propos de quoi ?
- De ce que vous pensez en ce moment précis.
- Horse, comment diable...?
- C'est élémentaire. Un simple enchaînement de déductions.
Une fois de plus, j'étais bluffé.
- Vous êtes vraiment très fort, Horse ! m'exclamai-je en ôtant mes bottes en caoutchouc.
- La pêche a été bonne? demanda Shamrock Horse en se passant machinalement la langue dans les cheveux.
- Pas terrible. Je me suis levé à quatre heures pour aller taquiner le goujon à travers la grille d'égoût du trottoir d'en face mais je suis rentré bredouille.
- Sale affaire.
- Triste histoire.
- J'irai jusqu'à dire "sombre drame", si vous le permettez, Hansom ?
- Faites.
- Sombre drame !
A cet instant précis, quelqu'un frappa sur la sonnette de la porte d'entrée.
- Un client , Hansom ! hurla Horse en soulevant le tapis de sol et en glissant dessous les quarante danseuses déguisées en otaries avec lesquelles nous avions fait la bringue une bonne partie de la nuit et qui cuvaient leur vin.
La porte du salon s'ouvrit juste au moment où je refermai celle du placard sur l'orchestre bavarois de Hans Büttermilch.
Madame Hickson, notre logeuse, introduisit, à coups de pied, un individu bien mis, portant monocle et boucles d'oreilles, coiffé d'un canard mort.
Horse , dans un geste familier, joignit aussitôt les extrémités de ses narines et s'assit sur la caisse de bananes lui tenant lieu de fauteuil depuis le passage des huissiers.
- Mais, c'est Lord Nythorink ! hurla le detective d'une voix aiguë. Que nous vaut l'honneur de votre visite ? Veuillez vous asseoir.
J'ouvris le premier tiroir du bureau et en chassais le groom Willy qui y faisait une sieste, couché en chien de fusil.
- Asseyez-vous dans ce tiroir, Mylord, fis-je d'un ton badin, nous n'avons plus de fauteuil.
Lord Nythorink s'exécuta et je m'assis à mon tour sur le piano à queue qui traînait négligement entre un élan endormi et un cardinal empaillé.
- Votre affaire doit être de première importance, poursuivit Horse en mâchant bruyament des chips qu'il piochait dans un seau à glace .
- Comment avez vous deviné, monsieur Horse ?
- Elémentaire, vous êtes sorti de chez vous avec un canard mort sur la tête !
Lord Nythorink leva les yeux et jeta la bestiole dans la cheminée.
- On a assassiné ma femme, monsieur Horse !
- Qu'est ce qui vous faire dire ça ?
- Elle est morte !
Horse me lança un regard approbateur.
- Cet homme aurait fait un excellent détective, chuchota-t'il avec admiration.
-Mais, lançai-je sans réfléchir, elle est peut-être morte de causes naturelles, comme un typhon, une invasion de sauterelles, de la cuisine française, un spectacle de Gilbert et Sullivan, un roman d' Emily Brontë, un accident de chasse, une baleine blanche, un castor enragé, une partie de bridge entre amies, un sandwich au concombre, une pièce de William Gillette, un duel avec un contrôleur fiscal, la grippe espagnole, Oscar Wilde, mon oncle...
- Hansom ! interrompit Horse en me frappant sur la tête avec violence et un exemplaire du Times plié en deux.
Je haussais les épaules et me remis à tricoter des chaussettes .
- Poursuivez, Lord Nythorink.
- J'ai trouvé ma femme dans la cuisine, la tête enfoncée dans un bol de fromage blanc!
- My God ! mugit Shamrock Horse. On trouve de grands bols dans votre cuisine !
- Quelle mort atroce, ajoutai-je en terminant de raser mes favoris passés de mode.
- Vous avez prévenu la police ? cracha Horse avec un mépris tellement palpable qu'il avait huit pattes.
- Oui, mais ils m'ont rigolé au nez !
Horse sortit de sa poche une pipe en forme de calmar.
Il l'alluma posément et tira quelques bouffées.
- Ca ne m'étonne pas de la part de ces incapables, fit-il au bout de six heures.
- Pouvez-vous m' aider, monsieur Horse ? Et connaissez vous la différence entre une vache et un lampadaire ?
Le détective haussa un sourcil touffu comme une cheville de danseuse à Drury Lane.
- La vache a des cornes !
Nous rîmes de bon coeur pendant plusieurs jours, bien que je n'eusse rien compris. A un moment donné, Horse battit des mains et les danseuses surgirent de sous le tapis en se trémoussant tandis que l'orchestre de Hans Büttermilch émergeait du placard et entamait "The Beer Barrel Polka". Je me mis à jouer du piano avec mes pieds puis je brûlai l'instrument. Horse lança des chips et des boîtes de thon à travers la pièce et Lord Nythorink jongla avec des nains de jardin.
Puis, Horse battit à nouveau des mains et tout redevint calme.
- Trève de plaisanteries, Professeur Mornarty !!!
Lord Nythorink palit et tenta de sauter par la fenêtre , mais il se prit les pieds dans un plateau de charcuterie et s'étala de tout son long en poussant un cri de belette qu'on égorge.
Horse sortit des bas nylon de la poche de sa robe de chambre.
- Attachez-le avant qu'il ne se sauve par le passage secret dissimulé dans le frigidaire, Hansom !
Je m'assis sur le dos de Mornarty et lui attachai les mains et les pieds .
Shamrock Horse éclata d'un rire triomphal, se coiffa d'un chapeau en carton, lança des poignées de confettis et souffla dans une" langue de belle mère".
- Comment m'avez-vous reconnu, geignit Mornarty, écrasé sous mon poid d'hiver.
- C'est élémentaire, Professeur ! Lord Nythorink n'est pas marié, il préfère les hommes !
- Il les préfère à quoi ? demandai-je avec à propos.
- Allons Hansom, il les préfère aux...Ah flûte, j'ai un trou de mémoire ! Aux comment déja...Il y en a plein sous le tapis...
- Aux moutons ?
- Non ! A ces créatures qui se parfument et empoisonnent leurs enfants pour toucher l'assurance ! Quand je vous dirai de quoi il s'agit, vous répondrez "Mais oui, bien sûr"... Les...Les...Les femmes !!!
- Mais oui, bien sûr !
- Vous êtes si prévisible, Hansom !
- Mais oui, bien sûr !
- Soit ! Le fait est que j'ai tout de suite compris que Mornarty voulait nous attirer dans un piège afin de nous règler notre compte.
- Vous êtes un sorcier, Horse !
Sur ce, Shamrock Horse s'empara de son violon et se le planta dans le bras.




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