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Accueil » Fictions » L'aventure de l'épouse disparue
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure de l'épouse disparue Novembre 15, 2005
Illustrations © Lysander


"It is an old maxim of mine that when you have excluded the possible, whatever remains, however impossible must bu the truth" - Sherlock Holmes (The Beryl Coronnet)


Extraits du journal intime de Mary Watson :


Le 3 septembre 1891

Depuis la mort de Sherlock Holmes, en mai dernier, mon pauvre John devient de plus en plus irritable. Il passe le plus clair de son temps replié sur lui même, à potasser ses archives ou à prendre des notes, enfermé dans son bureau.
Lors de ses rares apparitions, généralement aux heures des repas, il se montre d'un commerce désagréable, grognant pour un rien : des légumes trop cuits, un gigot trop salé... Toutes sortes de petites saillies sans importances mais qui, mises bout à bout, finiraient par mettre sérieusement notre couple en danger!
De plus, John délaisse sa clientèle ainsi que nos rares amis.
N'étant pas de nature à me plaindre ni à aborder des sujets scabreux, je me refuse à parler de notre vie sexuelle, fut-ce dans l'intimité de ces pages.
Je comprends et, dans une certaine mesure, je partage le chagrin de mon mari, mais force est de constater que mes nerfs sont mis à rude épreuve.


Le 4 septembre 1891

J'ai réussi, sans trop de mal je dois l'avouer même si ça me laisse une terrible sensation de vide dans la poitrine, à convaincre John de la nécessité d'une séparation momentanée.
Un séjour au bord de la mer, dans l'atmosphère vivifiante du grand large, me fera le plus grand bien.
D'aucun trouveront sans doute assez lâche de ma part d'abandonner mon époux en pleine période de crise, d'autant qu'il me fut d'une aide innapréciable lorsque j'appris, avec dix ans de retard il est vrai, la mort de mon malheureux père.
Cependant, je demeure persuadée que ces deux semaines passées loin l'un de l'autre ne feront que renforcer les liens qui nous unissent ou, dans le pire des cas, mettre fin à une situation dont la prolongation serait sans issue.
J'ai fait réserver une chambre dans un bon hôtel et préparer mes affaires par notre femme de chambre, Mary-Jane.
Cette dernière ne m'accompagnera pas. J'ai besoin de solitude absolue.


Le 5 septembre 1891

Les adieux ne furent pas déchirants et pour cause! John ne m'accompagna même pas à la gare!
Plongé dans je ne sais quel compte rendu, il me gratifia d'un rapide baiser sur sur le coin des lèvres en marmonnant un "à bientôt très chère" des plus impersonnels.
Je pleurais sans discontinuer, mais de la façon la plus discrète possible, tant au cours du trajet en cab que lors de mon installation dans le compartiment réservé en mon nom. Mon nom de jeune fille!
Une fois le train lancé à travers la campagne aux couleurs mordorées de l'été finissant, le paysage défilant sous mes yeux rougis m'hypnotisa lentement et, bientôt, je m'endormis, épuisée moralement autant que physiquement.


Le 8 septembre 1891

Il m'est arrivé une curieuse mésaventure alors que je me promenais, au couché du soleil, le long des escarpements rocheux surplombant la mer, éternellement fouettés par le vent salé.
John occupait toutes mes pensées, malgré d'incessants efforts pour l'en chasser et tenter de profiter du moment et de l'endroit.
Mes pas m'avaient menée jusqu'à un petit banc de pierre, faisant face à la mer, aux abords d'un vieux cimetière.
Suite aux protestations répétées de mes pauvres pieds, peu habitués à d'aussi longues escapades, je m'y laissais tomber plus que je ne m'y assis.
Un sublime panorama s'offrait à moi... Mais, un léger mouvement, à l'orée de mon champ de vision me fit sursauter.
Au milieu des vieilles croix de bois rongées par les embruns, debout dans la flamboyance du soleil déclinant, se tenait une silhouette familière.
C'était Sherlock Holmes!
Il me fixait. Du moins est-ce l'impression que donnait son visage tourné vers moi car son regard était masqué par des lunettes aux verres fumés.
Je ne savais si j'allais me trouver mal ou me jeter dans les bras de celui que, à l'instar de mon cher John, j'ai toujours considéré comme le meilleur et le plus sage parmi les hommes.
Sherlock Holmes, de ce pas élastique reconnaissable entre mille, se mit en mouvement et fut à ma hauteur en l'espace de quelques secondes à peine.
Il n'avait pas changé : le même profil d'oiseau de poie, le même port de tête arrogant et, surtout, le même sourire teinté d'ironie.
La seule différence notable consistait en la présence d'une courte barbe.
Il était vêtu avec une élégance un peu anachronique en ce lieu sauvage et, hormis un teint assez pâle, semblait se porter le mieux du monde.
- Ainsi vous êtes vivant, soupirais-je assez sottement, et pourtant... Vous êtes mort !
Une expression indéfinissable, faite de surprise et d'amusement, glissa furtivement sur les traits de son visage.
- C'est une façon de voir assez juste, répondit-il d'un ton badin.
- Mais, Holmes, vous n'imaginez pas l'état dans lequel est plongé John! Que se passe-t-il ? Pourquoi vous faire passer pour mort?
Le détective se pencha vers moi et me baisa la main.
- Je ne peux rien vous dire pour l'instant, chère amie. Nous nous retrouverons plus tard, voulez vous ?
Il me demanda où je logeais puis me salua en soulevant son chapeau haut de forme et tourna les talons sans prolonger la conversation...Si toutefois notre bref échange de propos énigmatiques peut être ainsi défini.
Je restais quelques instants encore sur mon banc, hébétée, en proie à des sentiments contradictoires dont l'un au moins surnageait : l'apparition soudaine de Holmes , revenu d'entre les morts, avait éveillé en moi un trouble étrange. Un trouble d'une nature fort peu avouable pour une femme de ma condition, une femme mariée!
Ma tête tournait, j'ose à peine écrire "délicieusement", lorsque je repris à pas lents le chemin du village.
(Note: plusieurs pages du carnet faisant suite à ce passage ont été arrachées.)


Le 14 septembre 1891

Mon état de faiblesse m'inquiète mais malgré cela, j'évite autant que possible de rester dans ma chambre, siège de tant de turpitudes, fussent-elles oniriques.
En effet, la réalité m'apparait comme à travers un filtre déformant et j'ignore si les visites nocturnes de Holmes sont une réalité, tout ce qu'il y a de plus charnelle, ou appartiennent à l'univers des rêves.
Mes promenades deviennent pourtant de plus en plus courtes, se limitant aux environs immédiats de l'hôtel.
Ce matin, la journée s'annonçait si radieuse pour la saison que j'ai du me proccurer une ombrelle afin de ma protéger de l'éclat du soleil.
Dans les rues du village, mon chemin croisa une procession funéraire.
Un autochtone me fit comprendre, avec le grasseyant accent de la région, qu'il s'agissait des obsèques d'une toute jeune fille et de sa mère, décédées à quelques heures d'intervalle, la première après une foudroyante maladie, la seconde de chagrin.
A ma grande surprise, je reconnus dans le cortège, un jeune médecin aléniste qui était, sinon un ami, du moins une relation de mon tendre John.
Il nous avait fait plusieurs fois le plaisir de sa visite lorsque ses affaires le menaient à Londres.
Assez curieusement pourtant, le nom de ce sympathique jeune homme m'échappait.
Je suivis discrètement la procession éplorée, dont la lenteur solennelle convenait parfaitement à mon état de fatigue et, après l'émouvante cérémonie, allais présenter mes codoléances au jeune médecin.
Celui-ci se montra, malgré les funestes circonstances, charmé de me revoir. Mais, bien vite son expression se fit alarmée.
- Vous...Vous aussi! s'écria t'il de façon incompréhensible.
Il me soutint car je me sentais au bord de l'évanouissement.
- Professeur, venez vite, je vous en prie.
Un homme trappu, d'apparence énergique, roux comme la flamme accourut aussitôt.
Il m'inspecta des pieds à la tête sans aucune gêne et, finalement, m'ordonna plus qu'il ne me conseilla de regagner immédiatement mon hôtel.
- Accompagnez cette dame, Jack ! ajouta t'il à l'adresse du jeune médecin. Et ne la quittez pas d'une semelle jusqu'à ce que j'arrive.


Le 16 septembre 1891

Je peux à peine écrire car mon état empire de minute en minute.
Quelle est donc ce mal étrange qui m'emporte?
Oui, qui m'emporte ! Car je ne puis me voiler la face : la mort rôde dans cette chambre.
John est à mon chevet et, malgré ses efforts, il ne peut empêcher les larmes de couler en silence le long de ses joues mal rasées.
Mon cher époux s'est précipité à Whitby toute affaire cessante dès qu'il a reçu le télégramme du jeune docteur Jack.
Ce tantôt, alors qu'il me croyait endormie, il a longuement parlé avec le professeur roux.
Hélas leurs chuchotements étaient si faibles que je ne compris que quelques mots vides de sens.
Mais, la voix de John se fit, comme malgré elle, plus forte lorsqu'il conclut la conversation.
- Puisque le mal est trop avancé pour réagir, nous ferons ce qu'il faudra le moment venu. Cette histoire est incroyable et pourtant... Pourtant vous m'avez convaincu, professeur Van Helsing.
Mon époux étouffa un sanglot et vint me rejoindre.
Je suis si lasse.



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