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Accueil » Fictions » Le cas du cousin retrouvé
par
Lucie Boura
Ses autres fictions
Le cas du cousin retrouvé Octobre 6, 2005
Illustrations © Lysander


Merci à Eric Honoré pour l'aide qu'il m?a apportée à la rédaction de cette histoire.

Un après-midi d'octobre, Holmes et Watson, lassés de leur appartement, décidèrent d'aller se promener. A peine avaient-ils fait quelques pas dans Baker Street qu'une bagarre éclata sur le trottoir d'en face.
Deux hommes en étaient les protagonistes. Ils se faisaient face et se regardaient avec haine. l'un, vêtu d'une ample cape noire qui le couvrait entièrement et d'un chapeau à larges bords noirs, avait des yeux bleus cruels, un air farouche, un menton volontaire et une haute stature. l'autre, habillé d'un complet veston vert bouteille, avait comme son adversaire le teint légèrement bronzé et des yeux bleus. Il avait de fines et longues mains que l'on devinait puissantes, un port de tête fier, un nez aquilin, un menton proéminent, des cheveux noirs, une carrure solide et il était de taille moyenne.
Ils se fixaient, chacun guettant les moindres gestes de l'autre. Mais l'homme en vert jetait de temps à autres un regard vers le poignard que tenait l'homme en noir à la main. Soudain, d'un même élan, ils se jetèrent l'un sur l'autre et tout devint confus jusqu'à un hurlement de douleur qui sépara les deux hommes.
Visiblement, l'homme en noir avait planté son poignard dans l'épaule droite de son adversaire. Celui-ci retira l'arme avec sa main gauche puis pris la lame entre son pouce et son index droits. Il fit mine de le lancer sur l'autre, qui fit un bond de côté. Mais finalement il projeta l'objet en l'air qui atterrit dans le montant de la fenêtre de l'appartement de Holmes et Watson. Ces derniers avaient, comme toutes les personnes présentes, regardé la scène avec stupéfaction et avaient suivi du regard la trajectoire du poignard. Pendant ce temps-là l'homme avait été maîtrisé Dieu seul sait comment par l'autre et des policiers arrivèrent, alertés par des gens du coin.
- Que se passe-t-il ici ? demanda le chef de patrouille.
- Rien de grave, brigadier. Juste une violente altercation entre ces deux hommes. Pour faire le rapport, vous devrez vous contenter de l'homme au chapeau car l'autre n'est pas en état de répondre à vos questions. Watson va s'occuper de lui. Quant au prisonnier, dites à Lestrade que je lui enverrai mes instructions par télégramme, répondit Holmes qui s'était approché avec Watson lors de l'arrivée des forces de l'ordre.
- Bien, M.Holmes.
Une fois les agents partis, l'homme en vert (dont la veste était devenue marron à cause du sang) observa Holmes et Watson d'un regard vif puis s'adressa à eux d'une voix claire, quoique un peu affaiblie :
- Ainsi vous êtes le fameux Sherlock Holmes. Justement il fallait que je vous voie pour vous parler. Et vous docteur, vous seriez bien aimable d'examiner le cadeau que m?a fait mon cousin.
Et sans un mot de plus, il s'effondra sur le sol. Watson, suivant son instinct médical, s'exclama :
- Vite Holmes ! Transportons-le là-haut ! Sa vie peut dépendre de notre rapidité ! »
Une fois dans l'appartement, le blessé fut étendu sur le divan et pendant que le docteur le déshabillait de moitié, le détective ouvrit la fenêtre, prit le poignard avec son mouchoir et allait l'examiner lorsque Watson l'interrompit :
- Holmes, allez me chercher ma trousse de médecine. Elle est derrière la porte de ma chambre sur une table.

Le ton impérieux et l'enjeu obligèrent le détective à obéir sans discuter. Quand il revint, il demanda :
- c'est grave Watson ?
- Je ne sais pas encore. Il semble avoir perdu beaucoup de sang et son pouls est faible. Tout dépendra de la rapidité et de l'efficacité de mon intervention.
Pendant que Watson s'occupait de l'homme, Holmes alla s'asseoir dans son fauteuil et saisit délicatement le poignard qu'il avait posé sur la table et l'examina minutieusement.
Quand le docteur le rejoignit, il reposa l'objet, se cala confortablement dans son fauteuil, prit sa pipe et l'alluma, puis joignit l'extrémité de ses dix doigts et lui demanda :
- Comment va-t-il ?
- Bien. Pour le moment il dort. Sa blessure est juste une belle égratignure. Je l'ai rhabillé avec quelques-uns de mes vêtements. qu'avez-vous déduit de ce poignard ?
- Pas grand-chose, à part que le propriétaire de ce joujou le tient de sa famille qui est riche eta vécu en Inde. Ne prenez pas cet air incrédule et regardez plutôt cette divinité en or massif au nom imprononçable qui représente la destruction sur ce manche d'ébène. Et juste au-dessous, le blason des Moran.
- Et ? ?
- Evidemment cela me fait tout de suite penser à Sebastian Moran. Je pense que vous vous souvenez de lui ?
- Bien sûr ! Il a vainement essayé de vous tuer à deux reprises.
- Exact et ...
- On m?a dit que vous étiez perspicace, M.Holmes, mais vous dépassez tout ce que m'avais imaginé, fit une voix grave.
Holmes et Watson sursautèrent, puis se tournèrent vers le divan, mais il était vide. l'inconnu se trouvait à présent dans un fauteuil entre ceux de ses hôtes face au feu, souriant légèrement de leur surprise.
- Vous êtes surpris, n'est-ce pas ? Oui, m'aime bien surprendre mon entourage. Comme vous le disiez à l'instant, ce poignard est bien dans la famille Moran depuis la nuit des temps. En ce moment c'est Cecil Moran, que vous avez eu l'occasion de voir tout à l'heure dans la rue, qui en a la possession. Il voulait tenter sa chance là où son frère avait échoué. Il voulait vous tuer.
- Une intention fraternelle je suppose, déclara Holmes en rallumant sa pipe.
- Oui, mais pas seulement. Pour que vous compreniez, je vais vous expliquer les positions de chacun. Tout d'abord, apprenez que je suis Edouard Vernet, petit-fils de feu le peintre Horace Vernet et ?
- Un instant ! l'interrompit Holmes. Je suis moi-même un petit-neveu de cet homme, ce qui signifierait que vous seriez ?
- Votre cousin au second degré oui. c'est une des raisons pour lesquelles je vous ai sauvé la vie dans la rue.
- Et les autres seraient ? ? questionna Holmes.
- Mais il se trouve que je suis aussi un cousin des frères Moran, donc ils seraient pour vous des cousins au troisième degré ou quelque chose comme ça. Si je vous gêne vous le dites, lança-t-il.
En effet le détective s'était levé après avoir posé sa question et avait rédigé un télégramme ainsi conçu :

« Lestrade, Gardez sous clef le prisonnier habillé de noir qui est arrivé il y a moins d'une heure jusqu'à nouvel ordre. Je vous donnerais des explications si vous venez demain à 8h pour le petit-déjeuner. Holmes. »

- Excusez-moi, répondit le détective après avoir sonné. Mrs Hudson, faites porter ce télégramme à Lestrade de toute urgence.
Et faites nettoyer ces vêtements, continua-t-il en montrant ceux du visiteur. Continuez je vous prie, fit-il en se tournant vers Vernet une fois la logeuse partie.
- m'ai rencontré les Moran en Inde. Ce poignard a été transmis dans la famille des Moran de génération. Sebastian l'a donné à Cecil à une occasion quelconque. Tous deux étaient ralliés au professeur Moriarty à la triste mémoire. Ils vous haïssaient, car vous agissiez contre leur maître. s'ils vous avaient eu, il ne fait aucun doute que m'aurais été leur prochaine cible.
- Pourquoi donc ? demanda Watson.
- Pour les mêmes raisons que M.Holmes et aussi parce que je les avais empêchés de commettre un second meurtre. Messieurs, il se fait tard je vais rentrer, continua-t-il en se levant, ne voulant visiblement pas s'étendre sur le sujet.
- Où logez-vous ? questionna Holmes.
- A l'hôtel Northumberland pourquoi ?
- Une fois m'ai envoyé un client à la mort et je ne voudrais pas que cela recommence. De plus, vous êtes de ma famille et le seul membre que je connaissais jusqu'à ce soir était mon frère Mycroft. Il faudra d'ailleurs que je vous présente. Comme vous venez de le dire, l'heure est avancée et le divan est confortable. Et demain vos vêtements seront propres et secs.
- Ma foi, ce n'est pas de refus, répondit Vernet en se rasseyant.
- Bien. Faites-vous entrer le violon dans la catégorie des bruits fâcheux ?
- Non, je suis moi-même violoniste à mes heures.
- A la bonne heure ! Watson, passez-moi mon violon, je vous prie.
- Avant que vous commenciez, avez-vous des feuilles de papier vierges ? demanda Edouard.
- Oui, moi m'en ai, répondit Watson. Combien en voulez-vous ?
- Deux si possible.
- Au fait pourquoi en voulez-vous ?
- Vous le saurez en temps et heure.
- Bon. Je vais chercher ce qu'il vous faut. »
Watson alla chercher le matériel demandé et prit un roman pour son usage personnel. Quand il revint, Holmes et Vernet s'étaient attablés, le dîner étant servi. Le docteur posa ses affaires sur une chaise et tous dînèrent tranquillement.
Quand ils eurent fini de manger, Holmes reprit son violon, et se remit à jouer. Watson commença à lire son roman, confortablement calé dans son fauteuil et Vernet prit une des feuilles et le crayon et observa attentivement son cousin, comme pour graver ses traits dans sa mémoire. Puis il se mit à griffonner sur la feuille. Aux alentours de 23h, ils se couchèrent.
Le lendemain matin, quand Watson se leva, il trouva Holmes en train d'éplucher le Times et Vernet noircissait l'autre feuille. A peine le docteur s'était-il assis que Mrs Hudson entra, portant le plateau du petit-déjeuner suivie de Lestrade.
- Vous êtes ponctuel, Lestrade, s'exclama Holmes. Avant que vous me posiez des questions inutiles, permettez-moi de vous présenter mon cousin Edouard Vernet. Vernet , voici Lestrade, inspecteur à Scotland Yard. »
Tous deux s'observèrent, comme pour se jauger, puis se serrèrent la main sans un mot. Puis l'officiel déclara :
- Vous ne vous ressemblez pas beaucoup pour des cousins.
- c'est normal, nous ne le sommes qu'au second degré, répondit Vernet.
- Avez-vous le même talent que votre illustre cousin ?
- Non, mais ?
- Oh oh ! Mais qu'est-ce donc ?! s'exclama Lestrade en s'emparant des feuilles utilisées par Vernet. Mais c'est vous Holmes ! Qui a dessiné ces chefs-d'?uvre ?
- Rendez-moi ces feuilles, s'écria Vernet.
- Vous pouvez bien attendre deux minutes.
- Je vous préviens ! Je ne suis pas très patient et lorsque je suis en colère je ne me contrôle pas !
- Et que feriez-vous ? fit l'officier nullement impressionné. m'ai bien envie de donner ces dessins à celui que vous avez représenté.
- Grâce à Watson, je sais que Holmes relève chez vous un certain manque de tact et une stupidité affirmée. Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire. Maintenant je ne le sais que trop. Et je répète pour la dernière fois : rendez-moi ces feuilles.»
Holmes et Watson observaient la scène en silence, regardant alternativement les deux hommes au fur et à mesure qu'ils parlaient. Le détective avait vu son cousin devenir rouge. Ses yeux étincelaient et il serrait ses poings convulsivement. Alors Holmes déclara :
- Lestrade, rendez ces feuilles à son propriétaire. Vernet, calmez-vous, je ne pense pas que ce soit la peine de s'énerver autant pour si peu.
- c'est vrai, mais je n'ai pas encore appris à me contrôler. Oh et puis, puisque MONSIEUR a parlé, prenez-les, ils vous étaient de toute manière destinés. »
Holmes fut surpris, mais ne laissa rien paraître. Par contre, il ne put dissimuler son étonnement lorsqu'il vit les dessins.
L'un le représentait, jouant du violon, les yeux fermés par la concentration. l'autre le montrait, confortablement calé dans son fauteuil, les paupières à-demi closes, lesextrémités de ses dix doigts jointes, pipe en bouche, les traits plissés par la réflexion. Machinalement, le détective les passa à Watson, qui laissa échapper une exclamation de surprise lorsqu'il les vit, puis il déclara d'une voix admirative :
- Vous avez dit que vous n'étiez pas doué en déduction, mais vous dessinez remarquablement bien !
- C'est vous qui le dites. Ceux-là sont acceptables, répondit Edouard avec une franche modestie.
- Nous ne sommes pas là pour discuter peinture !! hurla Lestrade.
- Oui, mais c'est vous qui avez mit le sujet sur le tapis, rétorqua Holmes. Enfin, revenons à nos moutons. Nous allons vous exposer ce qui s'est passé et après vous nous poserez des questions.
Une demie-heure plus tard, l'inspecteur de Scotland Yard connaissait les faits, mais il avait encore une question.
- Vous avez dit Vernet, que vous aviez empêché un second meurtre, la tentative contre M.Holmes étant la troisième fois. Qui a été la victime du premier ?
- Je ne sais pas. Cela s'est passé à Paris. A l'époque m'habitais dans un appartement qui donnait sur la Seine. Il était environ minuit, mais je ne dormais pas à cause d'une période d'insomnie. Je me trouvais dans mon petit salon, réfléchissant à autre chose, lorsque m'ai entendu un bruit mat, comme si quelque chose de lourd était tombé sur le sol de l'appartement du dessus. Je me suis précipité à la fenêtre et regardé de tous les côtés. Il n'y avait personne dans la rue, mais une échelle pliable était adossée au mur. Je l'avais à peine vue que deux hommes sortirent par la fenêtre supérieure et commencèrent à descendre. m'eus juste le temps de rentrer ma tête, fermer la fenêtre, éteindre la lumière et me plaquer au mur. l'instant d'après, ils passaient devant chez moi et arrivaient dans la rue. Ils replièrent l'échelle et partirent en l'emportant. Quand ils passèrent sous le réverbère, je reconnus les frères Moran. Le lendemain, on retrouvait le cadavre du locataire.
- Et qui était-il ?
- Je n'en sais rien. c'était un homme arrivé dans la journée.
- Bon, et vous avez empêché le meurtre de qui ?
- Lady Frances Carfax.
La nouvelle les ébahit tous. Holmes, qui regardait fixement le feu, tourna vivement la tête en direction de son cousin. Watson, qui guettait les réactions de son ami tout en écoutant, fit de même. Lestrade, lui, bondit de son fauteuil. Vernet, sourit légèrement et continua son histoire.
- Vous vous demandez sûrement comment c'est arrivé. Pendant qu'elle rentrait à Londres avec Henry Peters, les frères Moran, qui savaient que vous vous occupiez de cette affaire, Holmes, ont tenté de l'assassiner. Mais je veillais au grain. Alors que la lady et Peters étaient dans un hôtel à Calais, les Moran l'ont enlevée et alors que je m?interposais il y eut une bagarre semblable à celle d'hier.
- c'est sans doute juste après que vous avez appris à écrire de la main droite, l'interrompit Holmes.
- Exact. m'ai continué à écrire de la main droite, bien qu'initialement je sois gaucher. Vous avez sans doute remarqué que je tiens mon stylo de manière anormale et que la feuille sur laquelle m'écris penche aussi vers la droite.
- Oui je le reconnais, avoua Holmes. Mais m'ai aussi remarqué votre cicatrice.
- Comment est-ce arrivé ?, demanda Lestrade.
- c'est ce poignard, que je commence à bien connaître, qui m?a blessé au poignet et failli causer ma mort par la même occasion.
- Bon si je résume, vous avez rencontré pour la première fois les Moran en Inde, puis vous les avez retrouvés à Paris où il ont assassiné votre voisin. Ensuite vous leur avez collé aux basques discrètement pour que cela ne recommence pas et c'est ainsi que vous avez empêché le meurtre de Lady Frances Carfax. Et pour finir vous leur avez mit de nouveau un bâton dans les roues pour qu'ils ne tuent pas M. Sherlock Holmes. c'est bien cela ? fit l'officiel.
- Oui c'est exact.
- Bien, mon travail ici est terminé. Ne vous inquiétez pas, Cecil Moran ne sortira pas de sitôt de sa geôle.
- Sauf s'il s'évade, fit remarquer Holmes.
- On ne s'évade pas si facilement à Scotland Yard, rétorqua Lestrade.
- Mais bien sûr, ricana le détective. »
Sur ce le policier sortit, l'air offensé. Le silence se fit dans la pièce. Holmes et Vernet repensaient à la conversation, et Watson se taisait, respectant le mutisme des deux autres. Au bout d'un certain temps, le détective rompit le silence :
- Avez-vous quelque chose de prévu pour aujourd'hui ?
- Rien de très spécial.
- Bon, eh bien je vous présenterais ce soir à mon frère Mycroft. Allez régler vos affaires, et revenez ce soir à 17h20.
- Cela me convient parfaitement. A ce soir messieurs.
- A ce soir, répondirent Holmes et Watson en ch?ur. »
Après un moment de silence, le détective déclara :
- Quelle opinion avez-vous de Vernet Watson ?
- Il m?a l'air de quelqu'un de volontaire à qui on peut se fier.
- Bon, je sors, je serais de retour avant l'arrivée de Vernet.»
Il prit son chapeau et sortit. Quand il revint à 17h10, il avait l'air satisfait. Il s'installa confortablement dans son fauteuil et déclara :
- Mon cher Watson, notre invité ne devrait pas tarder, je serais donc bref. Comme vous devez vous en doutez, m'ai vérifié les dires de Vernet, et m'ai constaté qu'il n'avait pas menti. Tiens, ce doit être lui qui arrive.
En effet la sonnette venait de retentir, et peu après la porte s'ouvrit sur Lestrade, qui s'écria :
- Holmes ! m'ai une mauvaise nouvelle ?
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il fut interrompu par la sonnette puis des pas dans l'escalier. Cette fois-ci ce fut Vernet qui entra, et il ne fut pas peu surpris de voir l'inspecteur dans l'appartement. Ce dernier déclara :
- Comme je le disais avant que vous n'arriviez, m'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer.
- Vous diriez que Cecil Moran s'est évadé que je n'en serait pas surpris, fit Holmes.
- Vous êtes un sorcier, Holmes ! Comment avez-vous deviné ?
- Lestrade, pour la énième fois, je ne devine jamais, c'est une habitude déplorable qui détruit les facultés de déduction. Et puis, les évasions ne sont pas si rares à Scotland Yard, ajouta-t-il en ricanant. A part ça, rien de neuf ? Non ? Alors venez avec nous à Pall Mall.
- qu'allez-vous y faire ?
Holmes regarda longuement Lestrade, puis lâcha en soupirant :
- c'est vrai que vous ne lisez pas les récits de Watson. A Pall Mall se trouve le Club Diogène, créé par mon frère Mycroft qui m?est supérieur en intelligence.
- Ah d'accord mais ?
- Allons-y maintenant.
Un fois dans le fiacre, Lestrade déclara d'un ton un peu timide :
- Euh ? M.Holmes, je voulais vous dire ?
- Quoi donc ?, répondit l'intéressé d'un ton indifférent.
- Cecil Moran s'est évadé, mais pas n'importe comment ?
- Ah oui ? Et comment a-t-il fait alors ?, fit Holmes déjà plus intéressé.
- Ben, il a fait sauter la partie de la prison où il était.
- Pardon ? Je n'ai pas bien entendu.
- Il a fait sauter la prison.
- Si m'ai bien comprisil a ? IL A FAIT SAUTER LA PRISON ?!?!
- Ben euh ? c'est à dire que ? ben ?euh ?oui.
- Me dites pas que vous ne l'avez pas fouillé avant de le mettre en geôle ?!
- Ben si, mais il avait mis des bâtons de dynamite miniatures dans un endroit que l'on a pas l'habitude de fouiller, si vous voyez ce que je veux dire.
Holmes restait cloîtré dans un silence obstinément exaspéré. On le sentait sur le point d'étrangler l'inspecteur qui semblait vouloir disparaître. Watson et Vernet se taisaient eux aussi, mais se retenaient à grand peine d'éclater de rire devant la situation dans laquelle Lestrade s'était mis. Pas un mot ne fut prononcé jusqu'à Pall Mall. Lorsqu'il furent dans le bâtiment, Holmes les dirigea tout droit vers son frère, qui fut surpris de le voir, et surtout dans cet état. Il salua le docteur Watson, et d'un regard lui demanda qui étaient les personnes qui les accompagnaient et si elles étaient la cause de l'énervement de son frère. Le docteur déclara alors :
- M. Mycroft Holmes, voici M.Edouard Vernet, et l'inspecteur Lestrade, de Scoltand Yard.
A ces mots, Sherlock Holmes grommela quelque chose d'inintelligible, mais cependant assez clair pour montrer son hostilité du moment à l'encontre de l'inspecteur. Mycroft demanda :
- Pourrais-je savoir ce qui c'est passé pour que Sherlock soit aussi énervé et où avez-vous rencontré M.Vernet ?
- c'est une longue histoire, répondit Watson. »
Puis il entreprit de la raconter, interrompu parfois par Vernet qui ajoutait un détail par-ci par-là. d'autres fois c'est Sherlock Holmes qui intervenait, mais c'était plus rare. A la fin, Mycroft Holmes, après un moment de réflexion, déclara lentement :
- Si m'ai bien compris, M.Vernet, vous êtes un cousin au second degré, vous avez découvert que les Moran avaient tué un de vos voisins, puis vous avez empêché le meurtre de Lady Frances Carfax et ensuite celui de Sherlock.
- c'est exact, répondit Edouard.
- Donc ? Oui, qu'y a-t-il ?
Un valet s'était approché et murmura quelque chose à l'oreille de Holmes senior. Celui-ci eut l'air surpris et se tourna vers son interlocuteur :
- Vous en êtes sûr ?
- Tout à fait sûr, monsieur.
- Allez prévenir Baddle que je l'attends dans les plus brefs délais. Ne lui donnez pas ou peu de détails.Excusez-moi, une affaire urgente à régler, continua-t-il lorsque le valet fut parti. M.Vernet, heureux d'avoir fait votre connaissance. Sherlock, on garde le contact. Dr Watson, inspecteur Lestrade, au plaisir de vous revoir.
Après quelques poignées de mains,ils sortirent du Club Diogène. Sur le trottoir, Watson prit une cigarette et en proposa aux autres. Vernet et Holmes en acceptèrent une, et, après avoir allumé et tiré quelques bouffées de la sienne, ce dernier déclara :
- Je crois, mon cher cousin, que nos routes vont se séparer ici. Mais m'espère que nous nous reverrons.
- m'y compte bien aussi, répondit Vernet. Prenez bien garde à vous, avec Cecil Moran en liberté, vous devez vous attendre à tout.
- m'en ai l'habitude, répondit Holmes en souriant. Vous pouvez en être certain.
- Mais je n'en ai jamais douté, rétorqua Edouard tranquillement.
Après quelques saluts, ils se séparèrent. Lestrade retourna à Scotland Yard, Vernet à son hôtel, et Holmes et Watson à Baker Street. Comme ils l'espéraient , leurs chemins se croisèrent plus tard, mais ceci est une autre histoire.



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