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Accueil » Fictions » L'aventure de la veuve explosive
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure de la veuve explosive Juillet 7, 2005
Illustrations © Lysander


Au cours de mes années d'association avec Sherlock Holmes, j'ai été mêlé à une soixantaine d'affaires criminelles, allant de la plus banale à la plus extraordinaire. Pourtant, l'aventure que je vais conter aujourd'hui est un cas unique dans les annales du Grand Détective.
Cette histoire, proprement scandaleuse, est la plus choquante jamais rapportée dans mes chroniques... Exception faite, peut- être, du cas étrange de la cantatrice aux pieds palmés.
Elle ira d'ailleurs, sitôt sa rédaction achevée, rejoindre d'autres textes, relatifs à des affaires peu reluisantes, au fond d'une cantine militaire enfermée dans les caves de la banque Cox de Londres.
Toute publication sera interdite avant... Disons les premières années du XXIème siècle !
A présent reportons nous dans le passé et, plus précisement, en cette froide soirée de Novembre 1889.
Marié depuis deux ans à la délicieuse Mary Morstan, j'étais venu, ce soir là , rendre visite à mon vieux compagnon dans son meublé de Baker Street.
Mon épouse jouait au bridge en papotant avec quelques-unes de ses insupportables amies et m'avait accordé la permission de minuit.
Je trouvais Holmes en proie à une crise de morosité comme chaque fois qu'aucune affaire digne d'intérêt ne se manifestait à son attention.
D'après l'éclat vitreux de son regard, je devinais un abus récent de la trop fameuse solution à 7 % de cocaïne.
- Nom d'un Setter Irlandais rachitique, Holmes ! Quand donc comprendrez-vous le tort causé à vos merveilleuses facultés par l'accoutumance à...
- Allons, Watson. Vous n'allez pas recommencer ! N'avez-vous pas, chez vous, une épouse à qui casser les pieds en toute impunité plutôt que de venir me relancer jusqu'ici ?
Sur ces paroles empreintes de mesquinerie, il sortit un revolver de la poche de sa robe de chambre et fracassa deux vases Afghans posés sur le manteau de la cheminée.
- Vous êtes infernal, Holmes, littéralement infernal.
A cet instant, alors que la colère montait en moi d'une manière irrépressible, la sonnette de l'entrée tinta.
- Je me demande ce que veut cette dame, Watson, fit Holmes en jetant par dessus son épaule le revolver encore fumant.
- Comment diable pouvez-vous savoir qu'il s'agit d'une dame?
- J'ai l'ouïe fine, cher ami, le martèlement d'escarpins féminins de fabrication Italienne, dont le gauche est légèrement abîmé au niveau du talon, vient de retentir sur le trottoir.

Quelques minutes plus tard, madame Hudson, la logeuse du Grand Détective, introduisait une grande et belle dame aux cheveux bruns.
L'arrivante était manifestement de type méditéranéen et appartenait à une classe élevée de la société.
Je fis mine de m'éclipser discrètement mais Holmes me retint du geste tout en invitant la dame à s'asseoir dans un fauteuil encombré de seringues hypodermiques, de vieilles revues scientifiques et d'un reste de sandwich au concombre.
- Que puis-je pour vous, Lady Charmichaël?
- Vous savez donc qui je suis, fit la visiteuse sans le moindre soupçon d'étonnement dans la voix.
- Votre portrait a paru dans divers journaux,Madame. J'ajouterai que c'était souvent en regard d'articles à caractère scandaleux.
Mon haggis de midi fit trois tours complets dans mon estomac.
- Holmes ! m'écriais-je, indigné , vous êtes un mufle !
La dame, pourtant, ôtant lentement ses longs gants, ne semblait pas vexée par l'incroyable grossièreté de mon ami.
- Laissez, docteur Watson. Vous êtes bien le docteur Watson, n'est-ce pas? Monsieur Holmes a raison, la presse s'évertue à me traîner dans la fange, une certaine presse du moins.
Elle soupira.
- Tout cela n'arriverait pas si nous n'étions victimes d'une société hypocrite gouvernée par un vieux laideron.
D'un coup, d'un seul, le col de ma chemise devint trop étroit de plusieurs tailles !
Holmes lui-même semblait quelque peu ébranlé !
- Allons, messieurs, reprit Lady Charmichaël d'une voix suave, vous êtes deux grand garçons. Vous savez aussi bien que moi que la seule chose importante dans la vie est... Le sexe, non?
Holmes chercha des yeux son revolver tandis que je m'approchais subrepticement du tisonnier.
- Voyez-vous, monsieur le Grand Détective, reprit l'effrontée, en venant ici ce soir, j'avais un but bien précis.
Une étrange lueur brillait au fond de ses yeux noisette.
La peur me paralysait et, pour ce qui en était de Sherlock Holmes, je l'avais vu plus à son aise face au chien des Baskerville.
- Je suis veuve depuis peu, cher monsieur Holmes. Et, savez-vous de quoi est mort mon pauvre Herbert?
- La presse a parlé d'une crise cardiaque.
- Je l'ai tué, voilà la vérité !
Aussitôt, Holmes changea d'expression. Il me fit soudain penser, toutes proportions gardées, à un épagneul à l'affût.
- Vous l'avez tué, madame?
- Oui, il n'arrivait pas à éteindre l'incendie, vous comprenez? Le pauvre chou est mort d'épuisement !
- L'in... L'incendie, demandais-je, totalement hébété.
- Celui qui brûle en moi, docteur Watson. J'ai rendu fous d'amour des hommes de tous les continents. Des grands savants, des artistes célèbres ont désiré mon corps. Le Roi de Bohême s'est traîné à mes pieds pour passer une seule heure dans mon lit !
- Il n'en était pas à son coup d'essai, fit sèchement remarquer Holmes, en coulant un regard mélancolique vers la photo d'Irène Adler accrochée au mur du coin laboratoire.
La visiteuse se mit à trembler de rage et de frustration.
- Faites donc le malin, Sherlock Holmes !... Alors, comme çà, vous êtes froid comme de la gelée royale? Les femmes ne vous intéressent pas? Et bien vous allez changer d'avis car je vais vous ajouter à mon tableau de chasse ! Et Watson, ici présent fera office de dessert !

Tout en vociférant, elle s'était redressée telle une Déesse barbare et vengeresse.
Elle poussa un hurlement de triomphe... Et retroussa sa robe !
My God !L'incroyable vision !
Jamais,ni auparavant ni depuis, même au cours de la campagne d'Afghanistan, je ne vis une chose pareille.
LA VEUVE CHARMICHAEL NE PORTAIT RIEN EN DESSOUS ! ! !
Notre Walkyrie se rua sur Holmes mais ce dernier l'envoya valdinguer par dessus son épaule grâce à une habile prise de Baritsu.
Le détective s'empara alors de son violon, qui traînait entre une paire de harengs sechés, et le brandit au dessus de sa tête, tel un glaive de justice.
- Madame, dit-il à la furie en train de se relever, si vous approchez de moi, je vous écrase cet instrument sur la figure, ce qui serait fort dommage car il s'agit d'un authentique Stradivarius.
Il faut croire que notre visiteuse avait peu de goût pour la musique en général ou le violon en particulier car elle chargea comme un taureau.
Pris de vitesse, le torse comprimé par les bras puissants de la créature, Holmes parvint toutefois à lui fracasser son violon sur le crâne.
Mais le seul effet visible fut de décupler l'énergie de cette folle furieuse.
Les deux antagonistes roulèrent sur le plancher, non sans renverser un fauteuil au passage.
- A l'aide Watson, faites quelque chose, cette créature est forte comme un ours de Sibérie !
J'étais cependant incapable de lever le petit doigt, comme hypnotisé par un python royal.
Heureusement, en cet instant fatal, la providence, sous les traits énergiques de madame Hudson vint au secours du Grand Détective.
Sans doute alertée par le vacarme, elle surgit dans la pièce, armée d'un balai et s'arrêta net devant le spectacle.
- Monsieur Holmes, rugit-elle, expliquez-moi, je vous prie, ce que vous fabriquez dans cette position?
Holmes, coincé sous la veuve, arborait une inquiétante teinte aubergine.
- Aidez-moi, chère madame Hudson, parvint-il à éructer. C'est une folle qui en veut à ma vertu ! ! !
Aussitôt, n'écoutant que son courage, la logeuse, balai abaissé comme la lance d'un chevalier, se précipita à la rescousse de son infortuné locataire.
Exténué par cette suite d'évenements dramatiques, Je m'affalai sur une assiette d'oeufs brouillés oubliée sur le canapé.
Un combat de Titans s'engageait...
Madame Hudson, en quelques coups de balai bien placés, sépara l'improbable couple.
Elle combattait comme une louve défendant sa portée.
La furie essayait de se défendre mais l'impitoyable logeuse la força à battre en retraite vers la porte.
Lady Charmichaël, échevelée, couverte de bleus, les vêtements déchirés, dévala les dix-sept marches de l'escalier et sortit dans la rue en hurlant:
- Bande de foutus invertis ! ! !
Puis elle disparut dans la nuit.

Holmes se remit péniblement debout.
- Madame Hudson, vous avez droit à ma reconnaissance éternelle. Si j'avais du compter sur cet empoté de Watson !
- Vous êtes injuste, Holmes. Je ne pouvais rien faire contre une femme.
- Une femme? Un monstre vômi par l'Enfer plutôt ! ! ! Et avec çà, mon violon est fichu. J'aurais du utiliser cette fiole d'acide que m'a confié Lestrade afin que j'y trouve d'éventuelles empreintes.
Le Grand Détective semblait avoir pris dix ans en dix minutes.
Madame Hudson balaya les vestiges du Stradivarius à l'aide de son arme improvisée, revenue à ses fonctions premières.
Ensuite, elle retourna dans ses quartiers, non sans s'être assurée une dernière fois que Sherlock Holmes ne souffrait d'aucune blessure mortelle.

- Quelle aventure, me dit mon ami après le départ de la brave Ecossaise, alors que nous sirotions un verre de brandy. Je crois avoir affronté ce soir le plus redoutable adversaire de ma pourtant longue carrière.
- Vous exagérez, Holmes. Pensez à cet alligator qui avait avalé votre casquette préférée !
- Oui, ami Watson, c'est vrai: J'ai déjà fait face à des ennemis terrifiants, ne serait-ce que cet emmerdeur d'Oscar Wilde au cours du mémorable "Five o'Clock Tea" organisé par Lady Windermere ! Mais je vous assure que, toute ma vie, je me souviendrai de cette soirée.
Ce disant, il s'empara de son manteau et de son chapeau.
- Venez, Watson, il me faut prendre un peu l'air. Et si par hasard nous passons devant un "Fish and Chips" encore ouvert, faites moi penser à acheter une énorme portion pour madame Hudson. Je crois que son chat adore ça.



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