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Accueil » Fictions » L'aventure du Lexington Pub
par
Lucie Boura
Ses autres fictions
L'aventure du Lexington Pub Avril 25, 2005
Illustrations © Lysander


Un après-midi, je reçus un télégramme ainsi conçu :

17 août 1888
Cher ami,
Rejoignez-moi ce soir au Lexington Pub à White Chapel. Je vais avoir besoin de vous pour arrêter l'homme qui nous intéresse depuis deux semaines. Habillez-vous le plus simplement du monde pour ne pas attirer l'attention, je serai pour ma part vêtu en ouvrier. Soyez au rendez-vous à 21h et n'oubliez pas votre revolver, il ne nous sera sans doute pas inutile.
Holmes.


Je ne fus pas surpris quand je le reçus. Je l'attendais presque. C'est pour cela que je n'étais pas sorti de l'appartement de la journée. Vers 20h, j'allai me changer dans ma chambre. A 20h15, j'étais prêt et mis mon revolver d'ordonnance dans ma poche avec quelques cartouches en plus. Je descendis dans la rue et prévins au passage Mme Hudson que Holmes et moi ne savions pas à quelle heure nous rentrerions. Puis je montai dans le fiacre appelé par le gamin de courses. Joeindiquai l'adresse au cocher puis nous partîmes.
Je ne connaissais pas l'endroit où je devais rejoindre Holmes. Je savais juste que c'était un lieu peu recommandable. En regardant par la fenêtre, je m'aperçu que nous avions changé de décor. Les rues étaient sombres et sales. Des gamins déguenillés, avec des cernes sous les yeux, à la mine pas brillante et aux cheveux sales et emmêlés traînaient, fouillant les poubelles dans l'espoir d'y trouver quelque chose à manger. Tandis qu'ils s'écartaient pour livrer le passage au fiacre, je détournais la tête en me disant :
- Holmes m'a déjà entraîné dans des endroits peu engageants, mais là, il exagère. J'espère que son plan va marcher. Je ne voudrais pas faire de vieux os ici.
La voix du cocher me fit sursauter :
- Nous sommes arrivés, monsieur.
- Très bien, je vous remercie.
Je le payais, puis il s'en alla dans la rue déserte. Je le suivis des yeux ce dernier signe rassurant de vie quotidienne, avant de me tourner vers la porte qui se trouvait à ma gauche. Juste au-dessus, une pancarte de bois vermoulu indiquait : ?Lexington Pub? en lettres écaillées qui ne devaient pas avoir vu de peinture fraîche depuis longtemps. Les murs environnants étaient dans le même état, et le cadre de bois de la porte était rongé aux mites et commençait à pourrir. Respirant un grand coup, je poussais la porte et entrais dans le pub.
Il y avait une bonne demi-douzaine de clients, tous ouvriers. Ils se turent à mon entrée, et leurs conversations ne reprirent que lorsque je m'assis à une table un peu à l'écart. Le serveur, ayant fini de livrer une commande, s'approcha de moi et me demanda :
-Qu'est-ce que vous voulez ?
- Un whisky.
-Ok.
Après son départ, je sentis un frôlement derrière moi. Instinctivement, je me retournai vivement et saisis au col la personne qui se trouvait là. C'était un ouvrier. Mais ce n'en était pas un. Je connaissais trop Sherlock Holmes et ses déguisements pour ne pas le reconnaître. Je le lâchais et, d'un geste, le conviai à s'asseoir à ma table. Il me fit remarquer en remettant son col en ordre :
- Eh bien, Watson ! Vous n'êtes pas rassuré, eh ?
- Oui, je dois reconnaître que cet endroit ne me dit rien qui vaille.
- Le contraire m'aurait étonné. Bien, je vois que vus avez suivi mes conseils en changeant de tenue et en prenant votre revolver. Dites-moi, vous rappelez-vous notre cible malgré le peu que je vous ai dit pendant ces deux semaines ?
- Bien sûr ! Vous poursuivez le bras droit du bras droit de feu le professeur Moria ?
- Taisez-vous, Bon Dieu !, s'exclama-t-il à voix basse en plaquant sa main contre ma bouche. Ecoutez-moi bien, continua-t-il en le retirant, celui que l'on cherche est le serveur. Les clients sont des agents de Scotland Yard. Loeun d'eux est Lestrade.Quand le ?serveur? vous apportera votre boisson, prenez-lui les mains et maintenez-les pendant que je lui passerais les menottes. Ensuite, l'inspecteur et les autres prendront la relève. Puis vous donnerez votre whisky : le ?serveur? vous a peut-être reconnu et a pu mettre un alcaloïde quelconque dedans.
-Voilà pour vous. Et vous, qu'est-ce que vous voulez ?
Le serveur ! Il posa le verre sur la table, et, avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, je le tenais et Holmes lui avait passé les menottes autour du poignet. Les agents bondirent pour le maintenir car il avait commencé à se débattre. Moi, je donnais mon whisky à un agent pendant que l'homme était conduit, non sans difficultés, hors du bar.
- Watson, je vous félicite ! Vous avez agit comme il fallait quand il fallait !
- Je n'ai fait que ce que vous m'avez dit de faire, protestais-je pour la forme mais heureux comme un roi.
- Bien, je suppose que vous ne serez pas fâché de rentrer à Baker Street fumer une bonne pipe autour d'un bon feu ?
Et nous repartîmes en fiacre jusqu'à notre appartement, où, à notre stupéfaction, nous attendait Mycroft Holmes. Mon ami et moi fûmes tellement surpris que notre visiteur éclatât de rire :
- Vous ne vous attendiez pas à ça, pas vrai ? Eh oui, je suis là. Je voulais savoir comment l'arrestation s'était passée, car je savais que le bonhomme pouvait devenir très dangereux.
- Ne toeinquiète plus. Comme tu le vois, nous sommes en parfaite santé et je peux t?assurer que, malgré une certaine stupidité, Lestrade a su conduire son prisonnier en toute sécurité dans une geôle.
Sherlock Holmes avait parlé d'une voix calme, neutre, mais dans ses yeux brillait une lueur qui montrait qu'il était beaucoup plus touché par cette attention fraternelle qu'il ne voulait le faire croire.
- En effet. Bien, je vais rentrer à Pall Mall. Du travail en quantité appréciable m'attend demain. Bonne nuit docteur. Bonne nuit, Sherlock.
Et Mycroft partit. Pendant qu'il parlait, nous n'avions pas pensé à enlever nos chapeaux. Nous le fîmes, puis Holmes prit sa pipe, l'alluma, s'enfonça dans son fauteuil et étendit ses jambes interminables vers le feu. Quand je vis son regard se perdre dans un fil de pensées indéchiffrables, j'allai dans ma chambre pour me changer de nouveau. Puis je revins dans le salon car je n'avais nullement sommeil. Retrouvant Holmes dans la même position, je m'assis et attendis qu'il entame la conversation, car je savais que si je ne le faisais pas, je n'aurais en réponse que le silence ou un grognement impatient. Je n'eus qu'à attendre que deux ou trois minutes :
- Voyez-vous, Watson, la visite de Mycroft m'a ému plus que je ne saurais le dire.
- Je sais. Vos yeux ont parlé pour vous tout à l'heure. Et je sais aussi que votre frère ne change ses habitudes qu'encas de force majeure.
- Exact. Je suis d'autant plus ému que je ne savais pas qu'il tenait tant à nos vies, en particuliers à la mienne. Toute sa physionomie me le disait. Elle me disait que Mycroft pensait on ne peut plus ce qu'il disait. Je crois vous avoir déjà dit que je considérais le cerveau comme un grenier où il ne faut mettre que ce que l'on juge utile et que le reste allait dans l'arrière boutique pour le ressortir plus tard en cas de besoin. Je crois que je vais ranger ce souvenir dans un tiroir spécial de mon grenier. Maintenant pouvez-vous me passer mon violon s'il vous plaît ? Merci.
Et il joua. Au bout d'un certain temps, j'allai me coucher en le laissant avec sa musique et en repensant aux évènements qui venaient de se produire. Pendant le reste de la nuit, il gratta les cordes de son instrument, tirant des sons mélancoliques.
Le lendemain matin, Holmes n'arbora aucune trace de la scène de la veille au soir et n'en parla pas. Je ne le fis pas non plus. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il n'y aurait pas d'autres moments comme celui que nous avions vécu, Holmes et moi, dans notre appartement ce soir du 17 août 1888.



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