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Accueil » Fictions » Le mystère des balles orphelines
par
Alexis Barquin
Ses autres fictions
Le mystère des balles orphelines Septembre 1, 1990
Illustrations © Lysander


Après une semaine fatiguante, mon corps réclamait du repos et j'étais encore au lit lorsque sonna midi. Holmes était parti avant mon reveil. Il avait laissé un mot me faisant comprendre qu'il était impératif qu'il fut seul pour une expédition dans le quartier de Spitalfields. En allongeant le bras, je tirais d'une pile de livres emprunté à mon ami un ouvrage d'un certain Alphonse Bertillon sur le classement des empreintes digitales. Malgré l'intérêt du texte mon esprit ne tarda pas à rejoindre Holmes dans l'East-End. Je l'imaginais façilement côtoyer les pires scélérats dans son costume de guenille, ou gagner les confidences de prostituées en clergyman. Mes rêveries furent interrompues car Mrs Hudson m'annonça un visiteur. L'homme que je recevais dans le salon était grand, maigre et d'un teint mat peu ordinaire. Il était pauvrement vétu d'une veste bleue dotée de gros boutons dorés. Sa casquette ornée d'une ancre couronnait la panoplie du vieux loup de mer parfait. Toutefois, un détail excita mon esprit, depuis peu observateur. Sa barbe était légérement brune par rapport à ses cheveux noirs.
Holmes m'avait trompé plus d'une fois en se faisant passer pour autrui, mais dorénavant, j'étais décidé à ne pas me laisser surprendre. Persuadé d'être en présence de mon ami, je n'hésitais pas à lui tirer frénétiquement la barbe en m'écriant :
- Cette fois Holmes vous ne m'abuserez pas, je vous ai reconnu !
Ma surprise ne fut pas aussi grande que celle de mon interlocuteur.
- Tonnerre de Dieu ! en voila des manières, s'écria-t-il en me repoussant.
Quelques uns de ses poils me restèrent dans les doigts.
Réalisant ma grossière erreur, je bafouillais quelques excuses maladroites et invitais mon visiteur à s'asseoir.
C'était précisement moi qu'il voulait voir puisqu'il venait de la part de Sherlock Holmes, comme il me l'expliqua :
- J'étais sur les quais de Bermondsey, j'attendais deux lascars qui devait me donner ma part d'argent gagné sur certains paris. A la place, j'ai vu venir trois marins à la mine patibulaire. Ils m'auraient s-rement étripés si M'sieur Holmes était pas intervenu illico. Comme j'savais pas comment le remercier, il m'a confié la mission de venir vous porter un message. Non, il est pas écrit, il avait pas l'temps, j'vais vous répéter ses paroles tels qu'il me les a dit.

"Rendez vous au 27 de Christchurch Road. L'inspecteur Lestrade est sur place. Commencez sans moi. Passerait plus tard pour nouvelles."

Je remerciais chaudement ce brave homme en le raccompagnant à la porte et m'empressais de sortir. Rares étaient les occasions où Holmes me confiait une enquête, et cette manifestation de confiance me toucha. De prime abord, je pensais que cela serait simple, mais il devait en être autrement puisque l'inspecteur Lestrade avait fait appel aux dons de mon ami. Dans le cab qui se dirigeait vers le sud, je passais en revue les méthodes que Holmes m'avait enseignées. Une demi-heure plus tard, le cocher stoppa devant une grande maison. Elle avait un style moderne, mais restait conventionnelle. Dans le jardin, Une foule de gentlemen, de ladies et de domestiques discutaient créant un brouhaha digne d'un jour d'affluence à la bourse. L'inspecteur Lestrade m'accueilla non sans un certain soulagement, et nous nous frayâmes un chemin à travers la foule. Puis nous nous arrétâmes dans le hall de la maison.
- Merci d'être venu docteur Watson, je regrette fort que Mr Holmes soit absent, mais il nous a assurés tout à l'heure que vous sauriez le remplacer.
- Ma foi, je ferais de mon mieux. Que s'est-il donc passé pour créer tant d'émotions ? Questionnais-je alors que nous montions au premier.
- Tous les gens que vous avez vu dehors sont les hôtes de Mr et Mrs Ohlssen. Ils recevaient leurs amis, dont je faisais parti, à l'occasion de leur dixième année de mariage. Vers huit heures, on vit deux des invités monter au premier étage, il s'agissait de Mr Mitchell et de Mr Alvarez. Personne n'avait de raison de s'inquiéter car le salon étant très bruyant, il était compréhensible que deux gentlemen éprouvent le besoin de se retrancher quelques instants pour parler d'affaires personnelles. A neuf heures, un coup de feu retentit à travers la maison. Après quelques minutes d'étonnement, la panique s'installa parmi les invités. Mais déjà les domestiques avait découvert le lieu du drame. J'accourais le plus vite possible. C'était une chambre du premier étage, Mr Mitchell y était, mort, une balle logée dans la tête. Et à ma grande surprise, Mr Alvarez était encore là, assis dans un fauteuil, fumant un cigare, impassible. Après une série de questions, je procédais à son arrestation, ses réponses étaient confuses. Il n'avoue rien mais n'a pas d'explication à donner, pourtant il reconnait qu'il n'a pas quitté la chambre un seul instant. Il répéte sans cesse :

"Puisque vous êtes si certain de ma culpabilité, montrez moi l'arme qui a tué Mitchell !"

Et c'est ici que se pose le problème car l'arme a disparue. Et si je ne la trouve pas rapidement, je me verrais contraint de relacher Alvarez, c'est la loi. Bien sur, je vais le retenir le plus longtemps possible. Car c'est lui l'assassin, j'en mettrais ma main au feu.
La chambre était large mais on ne s'y déplacait pas aisément. Elle était remplie de meubles et de grosses plantes. Une multitude de piedestaux soutenaient des bibelots qui font la passion des collectionneurs de souvenirs. Il n'y avait pas de traces de lutte. De la porte à la fenêtre tout était intact.
- Je suppose que vous avez consciencieusement fouillé la chambre, qu'avez-vous trouvé ?
- Après une recherche sommaire, j'ai trouvé cinq balles de calibre 8 près du corps. C'est le seul indice concret.
- Je suppose que Mr Mitchell a reçu une balle de ce calibre.
- Tout juste.
- Comment expliquez-vous ce fait, inspecteur ?
- Quel fait ?
- Eh bien, le fait que l'assassin se débarasse de l'arme, mais prend d'abord la précaution de retirer les balles.
- A vrai dire, je n'en sais rien. répliqua-t-il pensivement.
Sur ce, entrèrent cinq policemen.
- Voilà du renfort ! s'écria Lestrade. Nous avons l'autorisation des Ohlssen pour tout démonter avec précaution. Du sol au plafond, tout sera éxaminé.
- Dites inspecteur, Alvarez aurait-il eut le temps d'ouvrir la fenêtre, de jeter l'arme, de la refermer, et de se rasseoir avant votre arrivée ?
- C'est peu probable. répliqua-t-il d'un air sceptique.
- Mais c'est possible... Je serais d'avis, en attendant que vos hommes terminent leur recherche, que nous allions voir le jardin.
Nous descendîmes sans trop croire que l'arme se trouverait dans l'herbe. D'ailleurs l'assurance d'Alvarez confirmait cette idée. Deux hypothèses s'opposaient alors dans ma tête, soit l'arme était cachée d'une telle manière qu'on ne la trouverait que difficilement, soit l'arme était déjà loin d'ici dans les mains d'un complice. La première était risquée, et la deuxième s'avéra impossible lorsque nous éxaminâmes le jardin.
Il se trouvait derrière la maison, nous y entrâmes par un haut portique. Cette première excursion dans le jardin fut assez courte, car nous ne savions pas que deux chiens, qui n'avaient rien à envier à celui des Baskerville, y montaient la garde. Malgré ma jambe faible, je réussis à avoir deux longueurs d'avance sur Lestrade. Lors de notre deuxième tentative, les chiens avaient été attachés, et nous p-mes circuler en sécurité. La pelouse coupée à ras s'étendait sur une centaine de mêtres jusqu'au mur délimitant la propriété et un petit sentier de gravier le traversait de part en part, longeant la maison.
- Les chiens étaient-ils là cette nuit ? Oui, donc mon hypothèse selon laquelle Alvarez avait un complice semble à écarter.
- De plus, il n'aurait pu jeter l'arme au delà du mur, continua Lestrade.
En réfléchissant mes yeux tombèrent sur une fenêtre du premier où deux passereaux se reposaient. Une idée originale germa alors dans mon esprit.
- Inspecteur, m'écriais-je, je tiens une hypothèse digne de mon ami Holmes.
- Aïe ! Je m'attends au pire !
- Pour l'instant nos réflexions se basent sur l'idée selon laquelle l'arme est à l'extérieur de la chambre. Bon, mais puisqu'il faut admettre que personne n'est venu par le bas, c'est que quelqu'un est venu par le haut, et ...
- Excusez-moi Dr Watson, mais j'ai déjà inspecté le toit avec Mr Ohlssen et il n'est pas possible d'y accéder sans passer par la maison. De plus, il se situe deux étages plus haut, et personne n'aurait pu s'échapper, ni par derrière ni par devant, sans se faire remarquer.
Lestrade me lança d'un coup ces quelques phrases, concluant par un sourire rempli de satisfaction.
- Bravo inspecteur, mais je ne pensais vraiment pas à cela.
- Vous n'allez pas prétendre qu'il s'est envolé, tout de même ! rétorqua-t-il en tournant ses talons vers un parterre de bégonias.
- Si.
Il se retourna d'un bond et se rapprocha de moi.
- Avez-vous toute votre tête, docteur ?
- Certainement. Si vous ne m'aviez pas interrompu, j'aurais eu le temps de m'expliquer. Voyez-vous, lorsque je pratiquais en Inde, j'ai eu l'occasion de voir des indigènes utiliser des oiseaux de proies, souvent des éperviers, pour chasser bien sûr, mais surtout pour porter des messages d'un bout à l'autre du Pendjab. Vous saisissez tout de suite le rapprochement, Alvarez aurait confié son pistolet à ce genre d'oiseau dressé spécialement pour cette mission.
- Cela concorde avec le fait qu'il ait retiré les balles, s-rement pour alléger l'arme. C'est forçément cela. s'écria-t-il triomphalement.
Pourtant, après quelques minutes de réflexion, nous nous aperç-mes que cette hypothèse était plutôt bancale. En effet, comment Alvarez aurait-il pu faire comprendre à l'oiseau où aller, puisque, selon le témoignage des Olhssen, il n'était jamais venu ici. Et même si il avait tenté de lui montrer la fenêtre, il n'aurait pu le faire à moins de cent mêtres, à cause des chiens. De plus, je crois me rappeler que l'entrainement d'un tel oiseau peut durer plusieurs semaines. Sur un intervalle de temps aussi grand, on aurait forçément remarqué l'homme et son animal. Décidemment, tout semblait nous ramener vers la chambre du meurtre.
Nous nous y rendîmes donc, mais les policemen n'avaient rien trouvé, pourtant pas même un grain de sable n'aurait été capable de se dérober à leur recherche.
Lestrade et moi nous regardâmes l'un l'autre, à court d'idées.
- Il faut se rendre à l'évidence, l'arme a bel et bien disparue. Excusez-moi docteur mais j'aimerais que Sherlock Holmes soit ici.
Lestrade fut éxaucé, Holmes apparut sur le pas de la porte.
- Alors Messieurs, où en êtes vous ?
Je lui expliquais tous les détails de l'affaire, puis nos conclusions :
- Nous sommes arrivés à un paradoxe puisque l'arme ne peut se trouver ni à l'intérieur, ni à l'extérieur de cette chambre. Or il faut bien qu'elle soit quelquepart. J'ai bien utilisé votre fameuse rêgle selon laquelle lorsque l'impossible a été éliminé, ce qui reste doit être la vérité. Mais ici le problème est qu'une fois l'impossible éliminé, il ne reste rien.
- Dans ce cas cela signifie qu'une erreur s'est glissé dans votre raisonnement, répliqua Holmes simplement. En fait, vous avez certainement appliqué la bonne règle, mais vous avez omis un détail. Un détail capital. Réflechissez. Que manque-t-il dans cette pièce dont vous n'avez pas tenu compte ?
- Les Olhssen nous ont assurés que tout était en place. Répondit Lestrade.
- A part le corps de Mitchell et Alvarez, ajoutais-je, je ne vois pas ce que...
- Alvarez ! voilà le détail Watson ! C'est lui que vous avez oublié. Je crois que vous ne possédez pas encore l'impartialité absolue qui fait le bon raisonnement logique. Votre esprit se refuse à dépasser les limites du plausible.
- J'ai bien peur de vous décevoir Mr Holmes, la fouille complète d'Alvarez a été une de mes premières préoccupations et aucune arme ne se trouvait sur lui.
- Bien entendu, nous avons affaire a un homme hors du commun. Je me demande s'il n'est pas préférable de vous laisser chercher plutôt que de vous apporter la solution sur un plateau.
Il me fallut bien vingt minutes avant de comprendre où voulait en venir Holmes. Pour lui, le fait le plus extravagant n'était qu'un simple élément contenu dans la suite de ses déductions. Je fis un effort d'imagination suprême. Puisque les recherches devaient se focaliser sur Alvarez, mais pas sur ses vêtements, j'en vint à la conclusion forçée mais absurde qu'il avait avalé l'arme !
- Holmes ! m'écriais-je. Connaissez-vous la taille d'un pistolet de calibre 8 ? Médicalement, votre idée est irréalisable.
- Ah, Watson ! lança Holmes. vous êtes excellent. Oui, je suis persuadé qu'il a avalé l'arme. Déjà, avant de vous envoyer sur cette affaire, le nom 'Alvarez' excita ma mémoire. Après avoir réglé mes problèmes, je passais à Baker Street et compulsais mes archives. J'y trouvai un article intéressant qui amorça plusieurs hypothèses. Votre exposé leva toutes les incertitudes. Regardez cet article.
Il s'agissait en fait d'un compte-rendu tiré du Times. Il énumérait les spectacles d'un cirque dont la vedette était le célèbre avaleur de sabre, Fernando Alvarez.
- Vous rappelez-vous, dit Holmes, du fusil à vent du Colonel Moran, conçu spécialement pour son compte par un ingénieur allemand. Je pense qu'Alvarez trouva pareillement un armurier ingénieux, peut-être le même, qui lui permit de démonter l'arme en plusieurs parties. La suite se devine facilement. Lestrade, convoquez un médecin et envoyez-le à Scotland Yard pour examiner Alvarez, il saura confirmer mes dires. Y a-t-il des questions ?
- Oui, Mr Holmes, dit Lestrade. Pourquoi n'a-t-il pas avalé les balles dans la foulée ?
- Watson, sauriez-vous répondre à ma place ?
-Je crois que les balles sont constituées en grande partie de plomb et il est connu que le plomb et ses sels peuvent provoquer de graves troubles lors de l'absorption d'une dose trop élevée. Notament, le saturnisme.
- Bien Watson, maintenant que tout est réglé nous pouvons rentrer à Baker Street, j'ai besoin de vous pour une autre affaire.
Une fois dans le cab de retour, Holmes posa une main sur mon épaule et murmura :
- Watson, je suis fier de vous.






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