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Accueil » Fictions » Le cadavre exquis
par
Ysabelle Salembier-Picard
Ses autres fictions
Le cadavre exquis Janvier 1, 2001

Il était neuf heures du soir le 2 août (le plus terrible des mois d'août de l histoire mondiale). quand le Docteur John Watson prit sa plume pour écrire ces quelques lignes. Seul, à nouveau veuf et vieillissant, il se sentait très las ce soir là.

"Il est vraiment étonnant qu'un problème complexe et extraordinaire comme j'ai rarement vu au cours de ma longue carrière active se soit présenté à moi après la retraite, et presque à ma porte je dis "presque" alors qu'en fait c'est chez moi que se passe cet événement curieux, jusqu'alors inconnu de moi : je me sens horriblement seul, ma dernière épouse ayant quitté ce monde (j'épargnerai au lecteur le nombre exact de mes mariages, la vie m'ayant cruellement infligé de nombreux veuvages) et mon ami s'étant retiré, la lassitude et la nostalgie m'envahissent. Moi qui fut tout au long de ma carrière un respectable médecin, en bonne santé, je ressens des troubles étranges. Est-ce une comédie ou une tragédie ? J'incline à penser, ou tout au moins à éprouver que cette solitude et cette nostalgie tenace sont plutôt une tragédie.

Aussi, C'est avec tristesse que je prend ma plume pour évoquer une dernière fois les talents prestigieux qui firent de mon ami M. Sherlock Holmes un être exceptionnel. Mais, commençons par le début !

En 1878, reçu médecin à l'Université de Londres, je me rendis à Netley pour suivre les cours prescrits aux chirurgiens de l'armée ; et là, je complétai mes études. Comme je l'ai relaté ensuite dans "une étude en rouge", j'ai trouvé, peu après mon retour des Indes, un colocataire nommé Sherlock Holmes, grâce à mon ami Stamford, une connaissance commune.

Maintenant, je peux bien avouer que notre vie commune n'a pas été de tout repos et qu'il fallut un peu de temps pour que chacun trouve sa place. Dans le caractère de mon ami Sherlock Holmes, une anomalie m'a souvent choqué ; bien que dans sa démarche intellectuelle il fût le plus méthodique et le plus ordonné de tous les hommes, bien qu'il affectât aussi pour s habiller une certaine élégance du genre strict, il pratiquait dans la vie courante un débraillé qui aurait jeté hors de ses gonds n'importe quel compagnon d'existence. ce qui ne l'empêchait nullement de faire des remarques, parfois désobligeantes sur ma tenue : Mais pourquoi cette mode turque ? s'écria M. Sherlock Holmes en regardant fixement mes souliers alors que moi, je m'efforçais de garder une élégance permanente !

Quant à Elle, Mme Hudson, la logeuse de Sherlock Holmes, était d'une patience éprouvée. Pour Sherlock Holmes, elle est la femme. et ce n'est que bien mérité, au vu de tous les tracas que notre brave logeuse a dû accepter sans broncher. Ainsi, M. Sherlock Holmes se levait habituellement fort tard, sauf lorsqu'il ne dormait pas de la nuit, ce qui lui arrivait parfois. Un exemple me vient à l'esprit : Pendant la troisième semaine de novembre 1895, un épais brouillard jaune s'établit sur Londres. Mais celui-ci semblait insignifiant devant l'épais nuage de fumée qui envahit notre appartement tout au long de cette période où mon ami eut à résoudre le problème de Lord Saint-Simon, fumant pipe sur pipe. Mais maintenant, Le mariage de lord Saint-Simon et sa curieuse conclusion ont cessé depuis longtemps d'être un sujet de conversation dans les milieux éminents que fréquente l'infortuné jeune marié. Je ne parlerai pas non plus des désagréments causés par ses manies farfelues ou ses expériences chimiques malodorantes.

A Baker Street, nous avons assisté à plusieurs entrées et sorties dramatiques. Mais en dehors de ses clients, mon ami recevait peu de visites, pas même de sa famille ; d'ailleurs Tout au long de mon intime amitié avec M. Sherlock Holmes, je ne l'avais jamais entendu faire la moindre allusion à sa famille et il était rare qu'il évoquât le temps de son enfance. En dehors des rares visites de son frère Mycroft, je me souviens toutefois d'une exception : M. Lestrade, de Scotland Yard, ne dédaignait pas de passer chez nous le soir et ses visites étaient bien accueillies par Sherlock Holmes : elles lui permettaient de se renseigner sur tout ce qui se disait au quartier général de la police.

Puis, au fil du temps, je suis devenu le biographe de celui qui devint mon ami. Les dons exceptionnels de mon compagnon m'ont permis d'être l'auditeur, et parfois l'acteur, de drames étranges. Si l'on veut bien songer que M. Sherlock Holmes a exercé son activité pendant vingt-trois ans et que pendant dix-sept de ces vingt-trois ans j'ai pu collaborer avec lui et prendre des notes sur ses exploits, on conviendra que je dispose d'une masse considérable de documents. J'ajoute que De tous les problèmes que mon ami Sherlock Holmes a été sollicité de résoudre au cours des années où nous étions intimement liés, deux seulement lui ont été soumis par moi.

Au terme d'une soirée d'été quelques mois après mon mariage, j'étais assis dans mon salon, fumant une dernière pipe et somnolant sur un roman, car j'avais eu une journée particulièrement harassante. Je n'avais pas eu, depuis un certain temps de nouvelles de mon ami qui déplorait mes voeux de vie conjugale et domestique. Toutefois, mon ancien compagnon sollicita à nouveau mon concours et c'est avec joie que je répondis à son appel, pour une nouvelle aventure ! Mes écrits témoignent de ces fructueuses occupations !.

D'ailleurs, Quelque part sous les voûtes de la Banque Cox & Co, à Charing Cross, il y a une malle en fer blanc cabossé qui a beaucoup voyagé et qui porte sur le couvercle mon nom : "John H. Watson, docteur en médecine, démobilisé de l'armée des Indes". Ce que le lecteur ignore, c'est qu'une malle identique regroupe , entre autres, tous mes récits qui ont été publiés. Et c'est devant cette malle que je me retrouve aujourd'hui, submergé par mes souvenirs. En parcourant la série assez incohérente de ces mémoires où je m'efforce de démontrer les extraordinaires qualités mentales de mon ami M. Sherlock Holmes, je me rappelle les difficultés auxquelles je me suis heurté pour le choix des exemples répondant parfaitement à mon dessein. En choisissant quelques affaires typiques qui illustrent les remarquables qualités mentales de mon ami Sherlock Holmes, j'ai autant que possible accordé la préséance à celles qui, moins sensationnelles peut-être, offraient à ses talents le meilleur champ de manoeuvres. J'ai ici quelques papiers, me dit mon ami Sherlock Holmes un soir d hiver où nous étions assis de chaque côté de la cheminée, qui selon moi mériteraient que vous y jetiez un coup d'oeil. J'avais d'abord pensé que l'aventure du manoir de l'abbaye serait le dernier récit consacré aux exploits de mon ami M. Sherlock Holmes. mais je trouvais encore matière dans ces papiers pour augmenter le nombre de mes récits.

Je me suis efforcé de faire de mon mieux et mon agent littéraire a semblé satisfait de mes écrits, même si Holmes a souvent critiqué mes façons de procéder. Me voilà donc devant cette malle dans laquelle je revois défiler avec nostalgie, les grands moments de ma vie.

Peu de temps après mon mariage, j'avais acheté une clientèle dans le quartier de Paddington Le mois de juillet qui suivit mon mariage a été rendu mémorable par trois affaires du plus grand intérêt et à l'occasion desquelles j'ai eu le privilège d'être associé à Sherlock Holmes et d'étudier sa manière. Un matin, nous étions assis, ma femme et moi, devant notre petit déjeuner, quand la bonne m'apporta un télégramme. Dieu sait que Nous avions l'habitude de recevoir d'étranges télégrammes à Baker Street ! Mais dans ce télégramme, mon ami, aussi laconique qu'à son habitude, me demandait de l'y rejoindre au plus vite pour poursuivre notre coopération...

Quand je feuillette mes notes de l'année 1882 à 1890, je constate que Sherlock Holmes a été mêlé à beaucoup d'affaires.

Au printemps de 1884, tout Londres s'émut et la haute société s'épouvanta de la mort de l honorable Ronald Adair assassiné dans des circonstances étranges, inexplicables. et il a fallut toute la perspicacité de mon ami pour venir à bout de cette énigme.

Dans mes notes, je retrouve la date : fin mars 1892. Depuis quelques heures, Holmes était assis en silence, son long dos maigre courbé au dessus d'un récipient chimique dans lequel il faisait infuser un produit particulièrement malodorant. Puis, Pendant un long moment, Sherlock Holmes demeura penché au-dessus d'un microscope à faible grossissement. En publiant de temps à autre quelques-unes des expériences curieuses qui sont le fruit de ma longue et intime amitié avec M. Sherlock Holmes, je me suis constamment heurté à son aversion pour la publicité Certaines de ses expériences chimiques, dont celle qu'il réalisa ce jour-là, s'il avait voulu en faire connaître les résultats, auraient cependant fortement aidé aux progrès de la criminologie...

Entre 1894 et 1901 inclusivement, M. Sherlock Holmes fut très occupé. Quand je compulse les trois énormes volumes manuscrits qui contiennent tout notre travail pour 1894, j'avoue qu'il m'est très difficile, devant une telle richesse de matériaux, de sélectionner les cas qui à la fois sont par eux-mêmes les plus intéressants et mettent en lumière les facultés particulières qui ont rendu mon ami célèbre. Si Au printemps de 1887, la santé de mon ami, M. Sherlock Holmes, s'était trouvée ébranlée par un surmenage excessif, Je ne me rappelle pas avoir connu mon ami dans une meilleure forme, physique et intellectuelle, qu'au cours de l'année 1895.

Au cours de l'année 1895, une combinaison de circonstances dont le détail serait sans intérêt pour le lecteur nous incita, M. Sherlock Holmes et moi, à séjourner pendant plusieurs semaines dans l'une de nos grandes villes universitaires où il nous arriva l'aventure, modeste mais instructive, que je vais maintenant vous conter. De nombreuses années se sont écoulées depuis les événements que je vais raconter et c'est pourtant avec réticence que j'en aborde le récit. Mais la vieillesse commence à produire ses effets car j'ai déjà relaté cette histoire ; je peux néanmoins ajouter que Sherlock Holmes m'avait toujours encouragé à publier le récit de l'aventure du professeur Presbury, ne fût-ce, me disait-il, que pour répondre une fois pour toutes aux bruits désobligeants qui circulèrent dans l'Université il y a vingt ans et furent colportés dans les milieux scientifiques de Londres. Même si Maintenant, elle ne peut nuire à personne. Il faisait très froid ce matin-là de l hiver 1897, où je fus réveillé par une main qui me secouait l'épaule. Je crois qu'aucune de mes aventures avec M. Sherlock Holmes n'a débuté d'une manière aussi brusque ou aussi dramatique que celle des Trois-Pignons.

Ma voisine, Madame Warren, une vieille mégère acariâtre m'arracha brutalement de ma rêverie douloureuse ; elle était désespérément à la recherche de son chat, disparu depuis deux jours. Décidément, Madame Warren, je ne vois pas que vous ayez un motif réel d'inquiétude et je ne comprends pas davantage pourquoi moi, dont le temps est précieux, j'interviendrais. lui répondis-je un peu sèchement avant de retourner dans mon salon, face à mes souvenirs, pour poursuivre ces poussiéreuses méditations nostalgiques.

Je retrouve également, dans le fond de cette malle, un triste récit inachevé :

Un jour de l'automne dernier, je m'étais rendu chez mon ami Sherlock Holmes. (Il est inutile de préciser que Le docteur Watson fut ravi de se retrouver une fois de plus dans l'appartement mal tenu du premier étage de Baker Street, point de départ de tant d'aventures extraordinaires.) Sherlock Holmes, tout pratique et actif qu'il fût, était ce matin-là d'humeur mélancolique et philosophante. Nous étions assis au coin du feu dans son logement de Baker Street, et Sherlock Holmes me dit : La vie, mon cher, est infiniment plus étrange que tout ce que l'esprit humain pourrait inventer ! L homme qui a la passion de l'art pour l'art, déclara Sherlock Holmes en reposant la page d'annonces du Daily Telegraph, tire souvent ses plaisirs les plus délicats de manifestations mineures ou soi-disant inférieures. Du point de vue de l'expert criminel, me déclara M. Sherlock Holmes, Londres est devenue une ville sans intérêt depuis la mort du regretté professeur Moriarty ! Puis, il m'avait cité Nietzsche "Qui vit de combattre un ennemi a intérêt à le laisser en vie". Et il est vrai que depuis la mort de Moriarty, mon ami n'était plus le même. La lassitude qu'il éprouvait devant les affaires que l'on lui soumettait témoignait du peu d'intérêt qu'il y portait. Tout en soupirant, Sherlock Holmes prit la bouteille au coin de la cheminée, puis sortit la seringue hypodermique de son étui de cuir. J'ai toujours déploré cette fâcheuse habitude. De même, Isa Whitney, frère de feu Elias Whitney et docteur en théologie, directeur par surcroît du Collège de théologie de Saint-George, s'adonnait beaucoup à l'opium. Je me suis d'ailleurs toujours demandé si ce n'était pas lui qui avait inculqué cette mauvaise manie à mon ami.

Le surlendemain de Noël, dès le matin, je m'étais rendu chez mon ami Sherlock Holmes pour lui offrir mes voeux. Celui-ci avait pris sa décision de se retirer de la scène du crime et de la loi, sa décision était prise et ses bagages prêts. Holmes avait attentivement lu une lettre que lui avait apporté le dernier courrier. Je crains, Watson, d'être obligé d y aller !me dit-il en empoignant son manteau de voyage. Je su plus tard que cette lettre indiquait que mon ami était attendu dans sa fermette, fin prête pour l'accueillir pour sa retraite. Holmes ! appelai-je Mais je n'obtins pour seule réponse que le claquement de la porte du rez-de-chaussée...

John Watson, les yeux embués de larmes, referma lourdement le couvercle de la malle et reprit son récit.

Voilà maintenant plusieurs années que mon ami est parti dans le Sussex pour s'occuper de ses abeilles. Voici huit ans que j'étudie les méthodes de mon ami Sherlock Holmes avec ces petite bêtes. Je ferais mieux de dire que j'observe de loin avec, je l'avoue, beaucoup de curiosité, ses essais en matière d'apiculture. "Mon ami Watson n'a pas beaucoup d'idées ; mais il s'entête sur celles qui lui viennent à l'esprit" avait coutume de dire mon ami. J'estime toutefois que sa passion pour les abeilles dépasse l'entêtement et je ne serai pas surpris qu'à son tour il écrive un jour une monographie à ce sujet..."



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* Dans le texte ci-dessus, figure chacune des premières phrases des aventures du Maître (d'après la collection "Bouquins" aux éditions Robert Laffont), dans l'ordre suivant :

LAST / LION / 3GAR / VALL / FINA / STUD / MUSG / LADY / DYIN / SCAN / HOUN / BRUC / NOBL / PRIO / GREE / SIXN / YELL / VEIL / ENGR / CROO / THOR / RESI / CARD / GLOR / SECO / STOC / NAVA / BOSC / MISS / FIVE / EMPT / WIST / DANC / SHOS / DEVI / SOLI / GOLD / REIG / BLAC / 3STU / CHAS / CREE / ILLU / ABBE/ 3GAB / REDC / REDH / MAZA / RETI / IDEN / COPP / NORW / SIGN / TWIS / BLUE / SUSS / SILV / BERY / SPEC / BLAN.



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