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Accueil » Fictions » Les illustres ancêtres
par
Ysabelle Salembier-Picard
Ses autres fictions
Les illustres ancêtres Mars 1, 2000

En ce 6 janvier, notre appartement de Baker Street baignait dans une atmosphère paisible. Ce début d'année entretenait une certaine oisiveté dont mon ami Holmes était peu coutumier. Il consacrait une bonne partie de son temps à classer dans ses archives personnelles les articles qu'il avait découpés tout au long de ses dernières semaines dans ses journaux de prédilection.

Depuis plus d'une bonne heure, il tirait nonchalamment de son Stradivarius des notes harmonieuses, témoignant de son humeur adoucie.

Son dernier coup d'archet annonça que l'heure du souper approchait. Mrs Hudson avait pour l'occasion préparé un repas fort délicieux : foie gras en croûte, cailles farcies et une galette, dans laquelle elle avait malicieusement glissé une fève à l'effigie de la reine Victoria.

Nous nous substantions avec délectation quand nous entendîmes des pas précipités gravir les dix-sept marches qui conduisent à notre appartement. Mrs Hudson, qui n'avait pas entendu retentir la sonnette, sursauta et failli lâcher le plat qu'elle avait en main ; elle en fit une tâche sur son tablier jusqu'alors immaculé.

"B'jour, Monsieur Holmes, b'jour Monsieur Watson. !" lança Wiggins. Wiggins avait assurément couru pour venir jusqu'à nous car sa crinière ébouriffée était semblable à celle d'un lion.

J'invitais Wiggins à s'asseoir à notre table, curieux de connaître les raisons de sa visite.

- Je veux tout d'abord vous présenter tous mes voeux pour cette nouvelle année, commença le garçonnet en se tortillant et en baissant les yeux.

- Mais encore, Wiggins ? interrogea mon ami qui n'avait jusqu'alors pas pris la parole.

- J'ai un problème, Monsieur Holmes, ou plutôt plusieurs problèmes et je crois que vous seul pouvez m'aider car j'ai assisté depuis quelques jours à une succession de choses étranges, avec un sentiment de déjà-vu sans pouvoir pour autant leur trouver de signification logique.

Holmes, souriant, s'emmitoufla dans sa robe de chambre, pris place au pied de la cheminée, sorti sa blague à tabac de sa babouche persane, bourra soigneusement une pipe, l'alluma, puis invita Wiggins à lui raconter ses aventures.

- Voilà Monsieur Holmes, comme vous le savez, c'était Christmas il y a quelques jours. Ma famille était exceptionnellement réunie au grand complet pour cette occasion.

L'oie qui nous fut servie avait une étrange pierre bleue dans son jabot ; cette pierre avait dû être ramenée par notre chien Mazarin au cours de ses nombreuses et interminables escapades et avait, par je ne sais quel truchement, été ingurgitée par l'oie. Notre cuisinière, qui n'y prêta guère une attention particulière sur le moment, me relata cet événement par la suite. Mais ce n'est pas tout !

Wiggins repris son souffle et poursuivit son récit :

"A l'issue du repas, j'allais rejoindre mes camarades habituels lorsque je fut témoin d'un incident hors du commun à l'angle de Shoscombe Old Place, devant la boutique de change, là où était auparavant installée la boutique d'un marchand de couleurs, maintenant à la retraite.

Charles Auguste Milvertone, le célèbre entrepreneur de Norwood que vous connaissez certainement, voulait absolument convertir en monnaie du jour les 6 napoléons en or que lui avait donné son grand oncle, un vieil aristocrate célibataire, soucieux de répartir équitablement avant sa mort les quelques richesses encore en sa possession.

Mr Milvertone, aurait dû autrefois, d'après nos informations, épouser la tenancière de la boutique de change, Lady Carfax et leur idylle, en son temps, alimenta les commérages du quartier.

Mais Milvertone tomba brusquement souffrant d'une longue et étrange maladie.

L'illustre client fut ainsi longtemps pensionnaire, en traitement contre son mal, de la mystérieuse maison de soins de Wistéria Lodge, située au creux du Val Boscombe. Il y passait la majeure partie de son temps, cloîtré dans sa chambre, à traduire et interpréter Platon, son philosophe grec préféré. Son travail acharné et minutieux fut d'ailleurs traité en aval par tous les critiques littéraires comme tout simplement remarquable.

Des années plus tard, enfin guéri, il chercha un moyen pour revoir celle que son coeur n'avais pas oublié et le prétexte des napoléons tombait fort à propos.

Lady Carfax, ignorant les raisons de sa longue et brutale absence en avait jusqu'alors conclu à un abandon pur et simple et ne put jamais lui pardonner. Elle réagit violemment à son apparition dans sa boutique et, encore meurtrie et rancunière, elle se refusa à lui donner le change devant son employé, un nouvel agent chaudement recommandé par sa tante. Elle préféra disparaître subitement, sans lui laisser le temps de s'expliquer.

Mr Milvertone s'en fut, en proie à une grande tristesse, non sans en alerter bruyamment le voisinage.

Je voulai remédier à cette incompréhension et partir à la recherche de Lady Carfax, lorsque l'un de mes amis, Bruce Partington, venu sur la place alerté par le bruit, déjoua mes plans.

Il attira mon attention sur une scène étrange :

Une jeune fille en bicyclette, richement vêtue, arborant un pince-nez en or, semblait à la recherche d'un ami qui devait fêter, en compagnie d'autres étudiants et amis son dernier diplôme couronnant une étude sur l'emploi du rouge chez Carpaccio. Elle se renseignait auprès de tous ceux qu'elle pouvait rencontrer pour retrouver sa trace. Un ingénieur qui flânait par là, lui indiqua nonchalamment du pouce la direction à suivre, là même où des échos de rires et de chansons lui étaient parvenus la veille au soir.

La cycliste solitaire pédala ainsi de toutes ses forces sur la route qui mène au manoir de l'abbaye. Curieux, nous nous lançames à sa poursuite. Nous parvenions ainsi au manoir et y appercûmes un homme tout simplement monstrueux : un homme tordu, à la lèvre supérieure également tordue, avec un pied gauche qui avait l'air cornu comme celui du diable. L'ensemble lui donnait un faciès de vampire tout droit sorti des Carpates ou du Sussex. Cet homme grimpait le long des hêtres qui bordaient la grande maison que je croyais vide et auxquels la saison donnait une teinte rouge sang. Les trois pignons sur l'aile droite du manoir penchaient dangereusement. Dans l'allée qui y menait, le sol dallé, blanchi à la chaux, accentuait cet effet.

Cette vision effrayante nous glaça et je me cachais dans les buissons, espérant découvrir les fins de l'homme qui grimpait toujours péniblement. Enfin parvenu dans le manoir, l'homme trouva des débris de beuverie, laissés là par les étudiants qui s'étaient mêlés à des marins en goguette. Loin d'être inoccupée comme je l'avais cru jusqu'alors, la maison grouillait de corps jonchés ci et là et d'hommes passablement éméchés, dansants sur une musique qu'eux-seuls pouvaient percevoir. A travers la fenêtre, je reconnu parmi eux l'un de nos informateurs, Peter, complètement noir, qui tentait d'aider 3 étudiants de l'école du prieuré qui étaient désespérément à la recherche d'un trois-quarts appartenant à l'un d'eux et qui contenait des papiers semble-t-il importants.

La jeune fille, qui ne semblait guère rassurée, arriva enfin sur les lieux et y retrouva l'homme hideux, qui ne lui était de toute évidence pas étranger. Ils partirent ensemble à la recherche de celui que je supposait être l'ami de la demoiselle et arrivèrent enfin auprès d'un petit groupe de trois hommes étalés sur des sofas. Les 3 garrideb, un peu penauds après leur nuit d'ivresse, accueillirent néanmoins, avec une joie aux élans douteux, la jeune fille qui emmena précipitamment celui qui s'avérait être son frère (le cas de son identité semblait ainsi résolu) pour le reconduire, non sans le sermonner, dans le giron familial.

Holmes se leva brusquement, arpentant notre salon de long en large, d'un air mystérieusement amusé. Wiggins, poursuivit néanmoins son récit, sans se décontenancer : "Laissant à leur sort les acteurs de cette scène, Bruce et moi-même rejoignîmes notre petit groupe de galopins qui nous attendait pour la cérémonie traditionnelle.

En effet, un rituel que mon copain Musgrave avait mis en place consistait, chaque 6 janvier matin, à confronter entre nous nos chiens favoris pour une course qui devait déterminer celui qui recevrait, pour un an, le diadème de Beryls, trophée que nous avions nous-même fabriqué avec les menus éléments que nous avions glanés le long des quais et pompeusement nommé ainsi en hommage à notre ancien camarade et collègue, Sherlock Beryls, qui s'embarqua il y a de cela quelques années pour l'Amérique.

Après une traversée d'un parcours semé d'embûches, baptisé "vallée de la peur", les chiens devaient atteindre un grand cercle rouge qui marquait la fin de l'épreuve.

Tous les participants portaient des noms un peu ronflants. Ainsi "Flamme d'argent", "Victoria Régina" ou "Gloria Scott", nouveaux venus dans la compétition, dont les propriétaires, les frères Reigate, étaient très fiers. "Mazarin" devait défendre mes couleurs mais sa langue haletante, résultat probable de sa dernière et récente cavalcade, laissait présager de piteux résultats.

La course débuta sous les encouragements et les acclamations de notre bande et chacun, par des procédés plus ou moins honnêtes, essayait de faire triompher son pensionnaire, voilé pour l'occasion, tant pour pimenter l'épreuve que pour ne pas effrayer les concurrents.

Cette année, c'est "Saint-Joanis", l'un des chiens des frères Baskerville qui remporta l'épreuve et John Baskerville, l'ainé, prit place au milieu de nous pour recevoir son trophée, sous les hourras des membres de notre équipe qui ne manquèrent pas de le congratuler avant de se disperser."

Wiggins, un peu pâle, poursuivit : "Je vous soumet enfin mon dernier problème : j'ai eu parmi mes cadeaux, dans une boite en carton joliment décorée, une orange. J'allais joyeusement la déguster sur les quais, au dessous du pont de Thor, quand je m'aperçu d'un détail curieux : celle-ci n'avait que cinq pépins.

Je vous conjure Monsieur Holmes de m'aider à y voir plus clair dans toutes ces histoires abracadabrantes."

Holmes rassembla le bord de ses dix doigts blancs et maigres, réfléchi profondément puis parti dans un grand éclat de rire, étirant ses jambes interminables en direction de la cheminée. Il dit à Wiggins qui le regardait, ahuri avec un intérêt certain :

- "Je crois que tous ces événements ont la même source et, ménageant son effet de surprise comme il aimait s'y prêter parfois, il ajouta : Ne seriez-vous pas, mon jeune ami, l'innocente victime de ceux que l'on appelle en France les Quincailliers de la Franco-Midland ? Mes archives dont je suis justement en train de faire la mise à jour indiquent la création de cette association peu commune le 14 janvier 1993. Leur large documentation et leur intérêt pour tous nos ancêtres respectifs : le mien, l'incontournable Sherlock Holmes, célèbre détective entre tous qui malheureusement décéda, peu le savent, a l'issue d'une longue agonie ; celui de Watson, le docteur qui fût son ami ; le vôtre, cher Wiggins, auquel mon aïeul avait parfois recours en l'échange de quelques guinées et même jusqu'à celle de Mrs Hudson, laissent à penser que ce genre de manifestations et ces savantes mise en scène ne leur serait pas étrangers.

D'ailleurs, voici un message de leur sympathique webmaster qui confirme mes présomptions et me demande si nous avons découvert le nombre d'aventures auxquelles il est fait allusion dans votre récit", dit Holmes en consultant la messagerie de son ordinateur.

Nous partîmes tous d'un grand éclat de rire qui masquait un peu notre confusion de ne pas y avoir pensé plus tôt. L'affaire de Wiggins étant résolue, Holmes demanda gaiement "que diriez-vous de partager notre dessert, une délicieuse galette des rois préparée par Mrs Hudson ?. Wiggins, accepta avec joie. Mrs Hudson essuya soigneusement ses mains sur son jean's et se joignit à eux. Sous son tablier sage, sa tenue un peu bohême, un ruban moucheté de paillettes nouant ses longs cheveux rouquins ligués en tresse, ne semblait pas soulever de scandale particulier parmi la gente masculine.

Soudain, Holmes sauta sur ses pieds en brandissant une petite figurine et s'exclamant "Je suis le roi de l'année 2000, j'ai eu la fève !" et, découvrant le motif de cette dernière dont la figure avait toutefois été quelque peu jaunie par la cuisson, il se précipita pour inscrire sur l'un des murs le monogramme "V.R.". Encore tout à sa joie, il déboucha, sous nos yeux ahuris et pétillants, une bouteille de Chassagne Montrachet 1877, et porta un toast victorieux : "A nos célèbres ancêtres !". Mrs Hudson, entrechoquant son verre un peu trop fort, fit alors une deuxième tâche sur son tablier.

Le signe que s'échangèrent alors les 4 convives témoigna de leur complicité.



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