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Accueil » Fictions » Chère... Lock Holmes
par
Louis Valentin
Ses autres fictions
Chère... Lock Holmes Octobre 1, 1979

Nouvelle parue dans "LUI" n°189 - Oct. 1979.

Louis Valentin, l'un des moins sérieux des spécialistes de la nouvelle histoire, lève enfin Le voile sur une grosse affaire : Sherlock Holmes et Watson vivaient à la colle...

L'Angleterre sous le règne de Victoria : le puritanisme, la pudibonderie. C'est aussi l'époque de Sherlock Holmes et de son fidè]e Watson. Dans une période trouble oû l'on appelait les pantalons des "inexpressibles", le terme "fidèle Watson" peut apparaitre comme un doux euphémisme pour exprimer les relations de ce couple qui certainement aurait fini dans les ge6les du Royaume Unis si Holmes, du temps de sa splendeur, n'avait eu la chance de dépêtrer certaines histoires libidineuses dans l'entourage même de la Reine. Le sexe était objet de déchéance et d'opprobre. Dans un tel climat de frustration, il apparaît évident que le grand détéctive ait eu quelques faiblesses. Les lignes qui suivent - extraites d'un ouvrage pub)ié "sous le manteau" prouveront, à elles seules, qu'Holmes et Watson ne furent pas toujours blanc-bleu. Blanc comme la voile. Bleu comme la vapeur.
" A 20 h 30, j'étais à Baker street et Holmes n'était pas encore de retour. La logeuse m'indiqua qu'il était sorti un peu après 17 h. Cela n'était pas dans ses habitudes de me laisser sans nouvelles et, d'instinct, je mis ce retard sur le compte de la bouderie. Holmes n'est pas toujours facile à vivre et, si nous n'étions pas aussi attachés l'un à l'autre, je serais en mesure de croire qu'il veut me répudier.
Ce matin, nous prenions un bain ensemble, lui, côté fenêtre, moi, côté robinetterie, lorsque j'éprouvai le besoin puéril de m'adonner à une facétie qui, depuis longtemps, nous fait rire aux larmes. Je plongeai ma main le long de ses cuisses et déclarai en pouffant :
- Holmes ! Je crois que je suis une grosse affaire !
Au lieu de se gausser, il a jeté dans l'eau sa casquette - je l'appelle la Janus à cause des deux visières - et il m'a jeté comme ça :
- Watson, mon chou, je vous interdis. Même à Oxford entre camarades, je n'aurais pas toléré ce geste.
Je connais Oxford tout de même. C'est faux. ça, c'est faux et méchant.
- ...Je préfère mettre cette bévue sur le compte de nos relations qui, depuis un an, deviennent un peu trop prévisibles.
J'étais meurtri. Réellement meurtri. Il a ajouté :
- D'autre part, je constate que vous avez pris de l'embonpoint.
Etant donné qu'en sortant de l'eau, j'avais rentré le ventre, nul n'aurait pu s'apercevoir qu'effectivement j'avais un peu grossi. Il enchaîna :
- ... Mon cher, remarquez cette trace de mon rouge à lèvres que j'ai faite ici sur l'émail de la baignoire. Elle remonte à deux mois. Notez ! La surface de l'eau la surpasse d'un bon inch. En m'appuyant sur le principe d'Archimède, j'en conclus que vous avez dû prendre trois ou quatre livres... Je dirais plutôt quatre ! Vous vous goinfrez !
Il ferma les yeux comme chaque fois qu'il plonge dans ses réflexions et m'enjoignit de lui passer un crayon et un vieux Times qui trainait sous ma chemise de nuit. Il s'abima alors dans une série de problèmes de robinets, reprit plusieurs fois ses calculs alors que l'eau commençait à refroidir. Je connais suffisamment Holmes pour savoir qu'il cherchait à me faire de la peine. Il y avait réussi pleinement et tout le restant de la matinée, nous ne nous adressâmes point la parole si ce n'est que je lui demandai de m'aider à éplucher une tomate pendant que je faisais rissoler des échalotes que je reçois de ma nièce du Suffolk. Ce ne fut qu'à l'instant de la sieste que je décidai d'oublier nos peccadilles et de faire le Chien des Baskerville, une position dont il raffole et aiguise tous ses sens. Alors que je commençais à partir dans la lune, il stoppa net.
- Watson, vous me trompez !
- Certainement pas, Holmes !
Il tenait entre le pouce et l'index de sa main gauche, une sorte de poil que l'on ne trouve que dans les régions pubiennes. Il roula sur le lit, ce qui me permit de constater que ses hanches n'étaient plus de toute fraîcheur, se saisit de la loupe qui traîne toujours sur notre table de chevet.
- Mon cher ! Je pourrais même vous dire que votre amant a vingt-cinq ans, qu'il est blond et mesure un mètre soixante-quatorze, qu'il est champion de natation et exerce à la piscine de Fleet street !
Cette description me jeta dans le plus grand dtsordre. Elle correspondait à James, un garçon que j'avais connu dans un bain-douche alors qu'Holmes était sur une affaire (dans le Sussex évidemment). Une aventure sans lendemain que j'aurais oubliée s'il n'y avait pas eu ce poil malencontreux.
- Mais enfin Holmes, sur quoi appuyez-vous ces affirmations ?
- Elérnentaire, mon cber Watson ! La kératine est vigoureuse et notez ici, le côté tuilé des cellules. Elles indiquent que le sujet est jeune et certainement sportif. D'autre part, la fourche que vous apercevez prouve que votre client doit avoir entre vingt-quatre et vingt-cinq ans. Quant à la piscine de F]eet street, elle est la seule à doser son eau d'un volume de chlore dont la valence est supérieure à sept. Ce qui donne cette couleur un peu mauve à la base. Ne niez pas mon cher. Je ne suis qu'un homme qui souffre et...
Je l'arrêtai net :
- Mais le mètre soixante-quatorze ? Holmes se rnit à rougir. Soudain, je me souvins que moi aussi, j'avais dû m'absenter une longue semaine pour aller soigner une cliente à Douvres...
- Holmes ! l'ous connaissez les bains-douches de... ?
- De Saint James Street ? Bien sûr, mon cher Watson. Ils sont indiqués dans le Daily Mirror avec cette mention qui, je vois, ne vous a pas échappé . " For men only ".
Nous éclatâmes de rire. Soulagé, je repris ma position du chien des Baskerville en moins cambré mais en plus féroce.
Donc, il était 20 h 30 et Holmes n'était toujours pas rentré. Je me rongeais les sangs ]orsqu'on tambourina à la porte. J'enfilai une robe de chambre à ramages et allai ouvrir. C'était une femme d'une soixantaine d'années, rougeaude, outrageusement maquillée, avec un chapeau à fleurs du plus mauvais goût. Le talent de mon mari pour se déguiser m'était connu mais je dus le regarder à plusieurs reprises avant d'être certain que c'était bien lui. Il m'embrassa à la hâte. Je constatai qu'il avait bu. Il partit s'enfermer dans notre chambre et revint habillé comme à son ordinaire lorsque nous sommes seuls : un petit chemisier cramoisi et une jupe-culotte eri tissu des Uplands. Il me dit :
- Watson ! Je parie que vous ne devinciez jamais comment j'ai employé cette fin de journée ni ce que j'ai fini par faire.
Je nie gardai bien de lui dire que pendant ce temps là j'avais fait une grosse lessii e et que j'en... avais assez d'être son souffre-douleur. Je m'assis à ses pieds et posai ma main sur ses genoux.
- Je vous écoute, Holmes !
- Je suis allé à Soho par Charing Cross. V'ous souvenez-vous de l'affaire de l'éventai) des Indes et de Sir Henry Broms ?
- Certainement !
- Vous ai-je dit que cet homme m'avait fortement impressionné à l'époque et, qu'étant donné votre aventure avec ce James de Fleet street, je commençais à douter de moi...
- Quoi ! Ne me dites pas que vous avez... Avec sir Henry Broms ?
- Si Watson ! Vous connaissez le goût immodéré de Broms pour les filles des rues ? J'ai choisi ce déguisement pour le prendre dans mes rets. J'ai dû un peu boire pour me donner du courage...
- Miais vous êtes un monstre ! C'est un crime !
- N'exagérons rien. Il s'agit seule-ment d'un de ces nombreux incidents baroques qui ne manquent pas de se reproduire à Londres lorsqu'un homme se sent délaissé.
- Mais Broms n'est même pas de notre bord !
- Rassurez-vous, nous n'avons fait que nous tenir la main, mais je peux vous affirmer qu'il a déjà eu des rapports avec un terrassier du Pays de Galles. que ce garçon souffrait d'une conjonctivite chronique, qu'il adore les chats et que sa mère est pianiste...
- Mais comment avez-vous déduit cela, Holmes ?
- Elémentaire, mon cher Watson. Il me l'a dit.
Est-ce l'andropause, le flair de mon ami s'est terriblement émoussé et Holmes n'a pratiquement plus de clientèle. Sa manie de respecter l'adage "Cherchez la femme" s'est transformée, depuis quelques anntes, en "Cherchez l'homme". Cela crée des erreurs parfois redoutables et si ce n'était les rapports de la vieille Holmes avec Scotland Yard, il y a longternps qu'elle serait sous les verrous, surtout après la sombre affaire de la vespasienne de Picadilly Circus oû on l'a retrouvé avec un jeune voyou simulant un poignardage dans le dos. Depuis, tout va à vau-l'eau. C'est moi qui fais bouillir la marmite. Je fais des traductions en cachette. Holmes ne supporte pas de me voir noircir des feuilles de papier. Il entre dans des fureurs. Mais des fureurs ! Le mois dernier, il m'a cassé deux pipes. "Watson, si vous préférez vos fadaises littéraires à ma cornpagnie, vous n'avez qu'à le dire". Comme les larmes me montaient aux yeus, il s'est radouci : "Mais enfin, Watson, il m'a dit. Pourquoi ces traductions ?" Je hoquetai : "Alimentaires, mon cher Holmes, alimentaires !"
Son esprit lucide et froid répugiie à toute émotion et, pourtant, je sais qu'il me tricote un pull. Sans avoir ses dons d'observation, j'ai trouvé dans son placard, deux aiguilles N° 3 que l'on ne trouve que dans Chelsea, et sur la page des petites annonces du Daily Télégraph ces deux lignes cerclées de roupe : "A vendre, stock de laine pur Shetland, couleur kaki. Faire offre". Je ne sais pas oû il tricote mais j'en conclus que ce doit être dans les cabinets de toilette oû il reste des heures et des heures.
Ce soir-là, nous étions paresseusement étalés sur le canapé, Il avait à portée de la main gauche, son ratelier à pipes. Au moins onze. A la portée de la droite, moi et, déjà, la douzième. Nous savourions une meri eilleuse demi-heure lorsqu'un frappa à la porte. Nous en fûmes contrariés. Qui venait à une heure aussi tardive briser cette douce intimité ? La porte s'ouvrit sur un homme de forte corpulence qui se rua sur nous et nous traita de "sales tantes". Puis, il repartit en claquant l'huis.
Holmes retira sa main de dessous le patchwork, se frotta le menton. Il se leva et commença à arpenter la pièce d'un pas rapide, impatient. Puis il revint s'allonger à mes côtés. Je connaissais suffisarnment ses habitudes pour deviner qu'il allait reprendre son travail. Et bien non ! Il me dit :
- Watson ! I.'homme qui vient d'entrer est notre voisin de palier. Il est originaire d'Ecosse et il est fortement membré.
- A quoi voyez-vous cela ?
- Mon cher, il portait un kilt, ce qui prouve ma deuxième affirmation. Pourquoi notre voisin ? Tout simplement parce que vous avez la triste habitude de haleter trop fort et que les murs sont épais comme du papier.
- Mais fortement. membré ?
Mon ami se décoritenança à peine. Il répondit sur le ton de la confidence :
- Je ne pense qu'à ça !
Pour lui remettre en tête le bon vieux temps et exercer ses taleiits, je lui cache ses affaires dans l'appartenient. Il doit les trouver. Je chronomètre : une minute pour ses bas-résilles, deux pour son sac à main, six pour sa gaine thermolactyl. Il a un flair, mon grand ! Un vrai limier. En plus, je lui brouille les pistes : "Vous chauffez ! Vous êtes dans l'eau ! Vous gelez !" Je dis tout à l'envers. Exprès. Pendant ce temps, il court partout avec sa loupe : "Watson ! Vous n'avez pas balayé sous le lit. Il y a des moutons !". Toujours à chercher la petite bête. Il m'agace des fois. Parfois, c'est moi qui me cache, parfois, lui. Je fais semblant de ne pas le trouver alors qu'il est dans le placard et quand je le trouve, ce sont des fêtes, des fêtes ! Ce que je n'aime pas c'est quand il cache le porte-monnaie. On a très peu pour vivre. On ne joue pas avec de l'argent Si seulement il se remettait à "chercher la femme". Il pourrait remonter dans le train, si j'ose dire. Ce n'est pas avec notre retraite de vieilles travailleuses qu'on peut faire des merveilles. J'essaie bien de l'aider, je lui pose des énigmes : "Holmes ! Un homme vit à la campagne avec ses deux filles qui l'adorent et son fils qui le hait. Il n'y a qu'eux dans le village. L'homme est poignardé. Qui est le coupable ?" Il répond : "Ce sont les filles !" Il les déteste toutes. Et toujours ses grands airs : "Elémentaire, mon cher Watson ! Elémentaire !" C'est lui qui est élémentaire !
Là, on revient de la chasse dans le Herefordshire.
Holmes ne veut pas que nous ayons de chien. Il dit que c'est tout poil et que c'est le diable quand ça se met dans la moquette. En fait, je crois, primo qu'il est jaloux, secundo qu'il préfère faire lui-même le chien quand on part chasser la grouse. C'est un réel plaisir de le voir. Il sort sa loupe, s'allonge sur son imperméable pour ne pas abîmer ses effets et il commence à partir sur les traces. Il marche, il court dans un sens puis dans un autre, parfois trouvant la piste, parfois la perdant. Il faut le voir s'aplatir, pousser des petits cris de satisfaction. Il furète, retourne les feuilles et les branchages secs. Il ramasse tout ce qu'il trouve et le met dans des enveloppes. Avec sa loupe, il egamine non seulement le sol mais aussi le tronc des arbres. Avec tout son raffût, la grouse, il y a longtemps qu'elle est rentrée chez elle. Il s'en moque. De retour à l'hôtel, il sort ses découvertes : un bout de papier gras,, un ou deux mégots, une boîte de conserve. Quand il part dans toutes ses théories, j'ai beau avoir l'habitude, j'en reste comme deux ronds de flanc.
Il a de la méthode. C'est mon Holmes, Je l'ai tellement dans la peau. J'en suis marteau...
- Watson, je peux vous dire que le terrain sur lequel nous étions a été l'objet de la visite d'un couple d'amoureux. Il est gaucher, il boite et a vécu longtemps en Amérique centrale.
- A quoi voyez-vous ça, mon chou ?
- Regardez bien. Ce mégot appartient à un cigare que l'on ne trouve qu'au Mexique. N'oubliez pas que j'ai écrit une petite monographie sur les cendres de cent quarante variétés de cigares, cigarettes et blagues à tabac. Je m'y connais. Gaucher ? C'est simple. Regardez, le mégot est mâché sur le côté gauche.
- Mais un mégot n'a pas de côté gauche !
- Erreur, mon cher Watson. Un homme amoureux veut montrer à. la personne qui l'accompagne qu'il est riche, distingué et volontaire. Ce sont trois éléments fondamentaux dans un couple...
Je me gardai bien de le couper. Pour une fois qu'il me montrait un peu de tendresse.
- ...Or, regardez encore. Notre homme ri'a pas arraché la bague de son cigare. Comme elle représente en quadrichromie un taureau combattant un aigle, il est à parier qu'il a mis ce blason mexicain bien en évidence, c'est-à-dire côté moustaches. D'ailleurs, notez ce poil pris dans le repli de la bague. Notre homme fume donc à gauche. Il est gaucher... Les traces dans le sol indiquent qu'il est boiteux. L'empreinte du pied droit est moins distincte que celle du pied gauche.
- Mais sa fiancée ? A quoi voyez-vous qu'il était accompagné ?
- J'ai remarqué à côté de ses traces, celles d'une semelles plus large que la sienne. Je dirais du quarante-cinq...
- Mais Holmes ! Ce n'est pas une mesure ordinaire pour une femme !
- Qui vous parle d'une femme, Watson ? Vous avez des idées qui me révoltent. Je me demande si vous n'êtes pas affreusement normal. Normal ou communiste !
Nous avons souvent des mots comme ça. Comme dans n'importe quel couple. Je pardonne. Ce qui m'agace un peu, c'est sa casquette. Avec les deux visières, je ne sais jamais par quel côté le prendre."



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