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Accueil » Fictions » Si proches des ténèbres
par
José Delporte
Ses autres fictions
Si proches des ténèbres Mars 19, 2018

La mort de Marie m'a beaucoup affecté, celle de ma deuxième femme également. Entre temps, je suis revenu vivre avec Sherlock Holmes dans son appartement. Vous savez qu'il comportait deux chambres, en sus du studio. Il a toujours refusé de sous-louer à quelqu'un d'autre que moi, même lorsque celui-ci était vide (de fait, pendant les années qu'ont duré mon mariage avec ma chère Marie Morstan). Holmes a dû penser que je reviendrais vivre avec lui. Je ne blâme pas là, ses talents de déducteur. Bien au contraire. Vous n'ignorez pas combien à la fois ils m'exaspèrent et combien ils m'éblouissent.

La guerre 14-18 a pris encore plusieurs personnes de ma famille. Si bien que je me suis habitué à perdre les miens et mes semblables. Jamais, je n'aurai imaginé que l'existence soit si cruelle. Mais, c'est bien ainsi que nous survivons... La joie de rencontrer Holmes, celle d'aimer Marie et ma seconde femme, sont d'immenses cadeaux. Or, la guerre et ses horreurs, la souffrance et les maladies, vous emportent un entourage en si peu de temps qu'il est parfois bien difficile de supporter cette situation. Je crois que pour cette suffisante raison, Holmes ne s'est attaché à personne d'autre qu'à lui seul. Son frère Mycroft est fait selon les mêmes lois. Comme nos moines et les disciples les plus fervents du bouddhisme, ils se passent de tout et de tout le monde.

(Je commets une erreur et je dois la réparer immédiatement, sans rayer une seule ligne précédemment écrite) Holmes a cependant fait une seule et unique concession à cette doctrine d'ascète ; mon humble personne. Ce n'est aucunement un trait égocentrique de ma part, c'est la plus pure des réalités. Il ne s'est pas attaché à mes femmes et à ma progéniture. Non. Seulement à moi et à moi seul.

Jamais je ne vous dirai que cette chambre, lorsque je l'ai reprise était complètement vide et bien tenue. Je crois que vous ne trouverez nulle part, le moindre détail sur ce sujet dans le canon holmésien. Tant de choses ont été dites et écrites que je ne peux le certifier, mais ai-je seulement dit que madame Hudson ne pouvait pas même y faire un brin de ménage. En l'espèce, Holmes avait destiné cette pièce à d'étranges occupations. Il y rangeait ses fioles, entreposait des morceaux de cadavres de chiens des rues, de chats de gouttières ou de rats d'égouts. Personne ne sut jamais qu'il me fallut plus de trois jours pour venir à bout des immondices qu'il avait accumulé pour ses satanées expériences et encore plus de nuits pour vaincre l'odeur pestilentielle régnant dans cette endroit. Non, je crois que personne ne le sait, où alors je perds la mémoire !

Toujours est-il que lorsque je présentais cette nouvelle à mon éditeur, il la rejetait systématiquement. Elle n'avait pour lui, aucun attrait, mettant l'accent sur les talents d'Holmes et pas sur une enquête précise. J'avais été témoin de plusieurs résolutions simultanées d'affaires et cela « tuait l'intrigue » (c'était ses propres mots). Alors je décidai de l'oublier. Elle fait pourtant part, dans une certaine mesure, des capacités de mon ami, mais également de l'impossibilité d'être moi-même, son égal...

- Deux meurtres ! Deux meurtres en deux jours et la presse et surtout la police n'y trouvent aucun lien, s'écria Sherlock Holmes alors qu'il décortiquait le journal tout en prenant notre petit-déjeuner.

Je m'étonnais de la réaction de mon ami. Des crimes se perpétuaient chaque jour dans la vieille Albion et de nombreux dans Londres, sans qu'ils n'aient le moindre lien entre eux.

- Affirme-t-on que le tueur connaisse ces deux femmes ?

- C'est plus que probable, mon cher Watson ! Elles ont approximativement le même âge, un physique hors pair et on surligne de surcroit qu'elles vivaient au sein de pâtés de maisons qui s'effleurent.

Je fronçai les sourcils, en poussant l'avant de mon corps au dessus de la petite table qui nous séparait tous deux et me surpris à dire :

- Cela suffit-il à éveiller en vous l'hypothèse d'une attache quelconque entre ses deux créatures ?

Il me dévisagea et plissa ses paupières jusqu'à ce que celles-ci forment deux fentes semblables :

- Il nous en faut plus, bien évidemment ! Ne me faites pas dire, ce que je n'ai pas dit, Watson ! Mais les preuves s'éprouvent, puis s'approuvent ! D'ailleurs, Lestrade nous demandera de l'aide, s'il n'avance pas plus avant dans cette affaire.

- Croyez-vous mon cher ?

Il reprit la même mimique l'instant d'après.

- Assurément ! Si tant est qu'il soit chargé de l'enquête !

Je saisi le journal d'hier en guise de réponse et consultai l'article du premier meurtre.

« Une jolie femme de trente ans avait été assassinée. Un coup de tranchoir, à ce qu'on pensait. Mais rien n'était certain. On n'avait retrouvé sur place aucun bijou et pas d'argent ». Le journaliste détaillait déjà la possibilité d'un crime crapuleux. « La victime travaillait comme lingère au sein d'un hôtel renommé. Elle devait épouser un conducteur de trolley. Celui-ci avait été conduit à l'hôpital, tant l'annonce du crime lui avait paru insupportable. La police avait pu longuement l'interroger, mais en vain ; Il transportait des clients, au moment du meurtre ».

« Rien, dans la vie paisible de la jeune femme ne laissait présager de tels faits. Tout le monde l'appréciait dans le quartier. On disait qu'elle n'avait aucun parent connu ». Enfin, le dernier point précisait que l'assassin avait laissé la porte d'accès au garni entr'ouverte. C'était à peu près tout.

Je relisais l'article de presse à Sherlock Holmes, sachant qu'il devait connaître la moindre ligne et, ce faisant, il alluma sa pipe, avant de me laisser poursuivre :

- On parle d'un maraudeur. Votre article, comporte t-il ce genre de commentaire ?

- Idem, mon cher docteur ! Voyez vous-même, ajouta-il en me tendant le journal au dessus de notre petit déjeuner.

Dans le même temps, j'attrapai ma tasse de café noir, but une gorgée et juste après, je me mis à parcourir le quotidien.

« La deuxième femme était actrice. Elle vivait de ses cachets (c'est-à-dire bien peu) et comme la première, elle semblait mener une vie sans histoire. On ne lui connaissait aucun homme ni la moindre amie. Elle ne sortait jamais, sauf pour manger et se rendre au théâtre. Ce qu'elle s'apprêtait à faire, puisqu'elle portait une écharpe et son manteau lorsqu'on l'avait retrouvée morte ».

- Elles sont toutes les deux célibataires, m'écriai-je. Voilà un point commun essentiel !

- Lisez plus bas. L'actrice partageait l'appartement avec une colocataire.

- En effet, admis-je dépité. Je me ravisai en continuant ma lecture. Je dus convenir qu'Holmes avait une nouvelle fois raison : Ces meurtres avaient peut-être été perpétrés par le même assassin. Aucune monnaie et aucun bijou n'avait été retrouvé sur les lieux du crime et c'est sa tirade suivante qui finit de me convaincre :

- Elles connaissaient toutes les deux le meurtrier !

- Ah oui ?

- Ces deux femmes ont ouverts, sans crainte. Il est dit que les accès n'ont pas été forcés. Que les clés étaient dans les serrures. Cette personne connaissait ses victimes !

- Holmes ! Cette dernière rentrait tout simplement chez elle, lorsque l'assassin a fondu sur elle.

- Non, d'après ce que je comprends, les clés se trouvaient à l'intérieur des appartements. Notre homme est minutieux et prépare ses coups à l'avance. C'est un tueur de la pire espèce. Il n'a aucune morale et ne laisse aucun témoin.

Holmes ne se trompait pas. La suite des événements confirmèrent ses déductions. Lorsque Lestrade entra chez nous avec un air très détendu, malgré ses échecs avoués en lien avec les meurtres de femmes. Mon ami répéta ces quelques détails de l'affaire et ceux là même, laissèrent pantois notre nouveau venu. Avant que les lèvres du policier ne se descellent, Holmes reprit de plus belle :

« Vous chercherez un homme de race blanche. La recherche d'hindi ou d'afghan, serait une perte de temps ! 98 pour cent de la population de Londres est constituée d'européens. Un tueur de femmes de sa trempe chasse toujours dans sa propre ethnie. Un blanc, donc !

- Tueur de femmes ! Comme vous y allez, Holmes ! Même s'il s'agit du même type pour ces deux personnes, rien ne prouve que...

- Tut, tut. Taisez-vous Lestrade et apprenez que les mortes du 5 février, du 18 mars de l'année passée ou du 15 décembre sont du même homme !

J'intervins alors, à mon tour :

- Holmes ! Ne me dites pas que vous vous intéressez à cette affaire depuis l'année dernière ?

- Maintenant, si. Vous savez qu'en outre, j'ai la capacité de retenir les détails de centaines de crimes, commis autour de nous. Il y a trop de portes mal refermées dans Londres, de nos jours. Et je n'aime pas cela !

- Dam ! Puisse le diable ne pas vous entendre. Un tueur de femmes, dans notre capitale ? Ce serait une catastrophe !

- Pour le public, oui. Mais pour votre carrière, c'est une aubaine.

Holmes se leva, termina son breuvage et attrapa sa redingote.

« Laissez-moi fouiller les deux garnis et je vous promets une belle piste pour coincer ce meurtrier. »

- Vous croyez, Holmes ?

- Quelques heures suffiront pour renifler sa trace, sinon pour le tenir au chaud derrière de solides barreaux !

- Quelques heures ? dis-je. N'êtes-vous pas un peu vantard, Holmes ?

Sherlock pivota sur lui-même, comme il le faisait souvent, puis il porta son estocade :

- Non, je me trompe. Il se peut que quelques minutes suffisent, à notre affaire !

Ni Lestrade ni moi ne répliquions, de peur d'être ridiculisés. Holmes était en capacité de mettre la main sur certains gredins, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. S'agissant de cette énigme, il serait faux de croire qu'il résolut l'enquête en quelques secondes. Il nous fallut quand même plusieurs heures, car nous devions changer d'appartements.

Cependant, à peine avions-nous passé l'un des seuils d'un garni que mon ami expliqua sa méthode :

- Tout est fort simple, en vérité !

- Ah bon ? Vous m'étonnez, Holmes ? intervint Lestrade d'un ton suspicieux.

- Il suffit de faire l'inventaire des objets que possédaient les deux demoiselles et nous aurons le début d'une piste, si certains d'entre eux se croisent.

J'en convaincs et je me mis immédiatement au travail.

- Ce n'est pas une tâche facile, mais le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Nous triâmes tous les biens de la première femme, puis nous les inscrivîmes sur des listes. Livres compris. La besogne fut aisée car la pauvre en possédait très peu. Nous procédâmes de la même manière dans le deuxième studio et nous n'arrivâmes à rien de déterminant. Je visai le regard d'Holmes. Il semblait quelque peu abattu par la situation.

- J'étais pourtant certain que ces jeunes femmes avaient quelques objets en commun. Des bas, un savon, un égouttoir...Que sais-je ? Une inscription quelconque à un conservatoire de musique ou à une association caritative ? Ou encore, ma foi : la possession d'un dessin ? Mais rien !

Lestrade réagit et ces propos stimulèrent le cerveau d'Holmes.

- J'ai cru à vos fantasmes de détective ! Me voilà bien pris, à présent !

Holmes lâcha quelques onomatopées à l'encontre du policier professionnel (je me dispense de les répéter, ici) :

- Je n'ai pas dit mon dernier mot. Allons voir les cadavres de ces pauvres filles ! Elles avaient peut-être le même tatoueur, sait-on jamais ?

Je ne pus contenir un rire et celui-ci s'évada dans le ciel de Londres. Pendant les quelques pas qui nous séparait encore des locaux de la morgue, Holmes s'amusa avec Lestrade :

- Dure journée pour un policier qui suit plusieurs lièvres à la fois. Quand je pense que ce matin, il courait sous la pluie après un train à bestiaux, au travers des rails de notre capitale. Il a rattrapé le wagon, y est monté et y est redescendu, suant et perlant, comme un bœuf. Le coupable a été arrêté, c'est là le principal...

Lestrade s'arrêta d'un coup et saisit la manche du vêtement du détective amateur.

- Vous m'avez fait suivre, ma parole ? Comment savez-vous toutes ces choses ? Il est impossible autrement de savoir que j'ai poursuivi fort tôt ce matin, un escroc notoire ; que celui-ci s'était caché dans un convoi en partance pour le nord.

Je scrutai la mine de Lestrade et ses atours, mais ne constatai rien qui put me mettre sur la piste, mis à part, ses chaussures sales.

- Il a plu très tôt ce matin et pas une seule fois dans la journée d'hier, répondit d'un ton crâne Sherlock Holmes. Voilà un premier point. Quelques éclaboussures de boue maculent le bas de vos pantalons et vos semelles. Vous avez une escarbille sombre sur la tempe et vos chaussures sont pleines de poussière d'anthracite. Il est clair que vous avez traversé des rails et que vous les avez longées assez longuement. Vous courriez donc après un train en marche. Ce faisant, vous vous êtes retrouvés dans l'alignement des rejets de la locomotive. D'où cette poussière que vous avez précipitamment écarté de votre œil, car elle vous gênait. Vous en avez encore quelques unes dans le pavillon de vos oreilles.

Tout en se touchant ses deux lobes d'oreilles, Lestrade observa ses pieds :

- J'aurais pu charger mon poêle à charbon et me salir, ainsi.

- Que nenni. Les boulets de charbon pour le chauffage sont polis et arrondis, ils ne peuvent vous avoir marqués, ainsi. En revanche, ceux formant les ballastes supportant les rails de chemin de fer, sont roides et tranchants. Vos chaussures, en plus d'être noircies, sont rayées et éraflées. Sous le coup de l'effort, vous avez fini par rattraper ce train car ces derniers démarrent doucement, lorsqu'ils quittent une gare !

- C'est vrai, finit par admettre le policier. Mais comment savez-vous que j'ai pu y grimper et que j'en suis redescendu ?

- Si vous êtes devant moi ! Fatalement vous êtes redescendu du wagon à bestiaux dans lequel vous étiez montés !

- Je le conçois ! Chose étonnante, vous savez que c'était un wagon destiné au transport des bêtes ?

- C'est assez simple, mais la déduction est un peu plus risquée : Vous avez des brins de paille sur le côté gauche de votre veste. Vous êtes monté ainsi (Holmes mima le geste de Lestrade, en levant le bras et la jambe correspondants). En outre, j'ai remarqué que le haut de vos pantalons, cette fois-ci à droite, portaient ces mêmes débris. Vous avez quitté le wagon par la droite. Lorsqu'on attrape un marchepied et qu'on se hisse à la hauteur du wagon, on souille le vêtement porté le plus haut sur notre corps. Au contraire, lorsqu'on descend de celui-ci, nous avons tendance à accrocher en premier, nos habits portés à un niveau du corps légèrement inférieur... Je peux vous dire que cette voiture était vide ! Enfin, la paille suggère la présence d'animaux d'abattage. Elle a sans doute servie toute la nuit de litière à des moutons ou autres ovins. Ceux-ci sont plus nombreux dans nos contrées que les bœufs.

Je lui indiquai qu'il était vraiment le plus fort.

- Non. C'est tout à fait basique ! La plupart des trains transportent des marchandises et non des voyageurs.

- Deviner que Lestrade est monté dans un train vide et qu'il avait peu avant transporté des bêtes, c'est assez fou ? Malgré tout.

- Il était vide, car vous indiquiez qu'il repartait pour le nord. Sachant qu'il transportait un troupeau, j'ai compris qu'il s'agissait d'un transport nocturne de moutons vers la capitale et non son contraire. Il n'y a pas de prairies à Londres, le convoi regagne donc la campagne à vide où il se chargera à nouveau d'animaux engraissés et destinés ordinairement aux abattoirs de notre cité... L'escarbille et le charbon suggère le train. La paille, là encore, renforce cette supposition. Les auréoles de sueur sur votre chemise, montre que vous avez couru après ce train, sans aucune discussion possible, mon brave. Tout cela est assez limpide !

- Tout de même, comment savez-vous que j'ai pu appréhender le coupable ? Car, c'est bien l'entière vérité. A l'heure où nous parlons, il est encagé au sein même du Yard en attendant que je le soumette à une confrontation de témoins. Celle-ci, de façon évidente, le mènera jusqu'à la prison.

- Voyant votre mine ravie, lorsque vous êtes montés chez nous, afin de demander de l'aide sur des affaires non résolues, il n'était pas bien difficile de saisir que pour vous, la journée avait bien commencé, mon cher inspecteur ! Vous ne courriez pas après un train vide pour la gloriole, non ?

- Holmes ! C'est tout simplement, un bel exemple de vos capacités d'analyse !

- C'est si peu, répondit Sherlock Holmes (je crus, un instant qu'il rougissait. Mais cette observation fut si fugace, que j'en doute encore, à présent).

Le dépôt vers lequel nous nous dirigions n'était plus très loin, à présent. Tout en marchant, Lestrade reprit, sans perdre une seconde:

- Si je puis me permettre, monsieur Holmes. Si j'osais, J'aimerais vous soumettre ceci. Si vous pouviez me donner votre avis, cela nous permettrait de gagner du temps.

L'inspecteur de police tendit un papier plié en quatre, qu'il venait de sortir de l'une de ses poches.

- Un dessin d'enfant ! dit Sherlock Holmes en fronçant les sourcils. Il tourna et retourna la feuille plusieurs fois de suite, il n'y avait pourtant aucun dessin au revers de celle-ci.

- Nous avons trouvé ceci, devant la porte du yard. Il n'y pas de nom, mais ce dessin, nous a tout de même posé question. Il s'agit peut-être d'un appel au secours. Qu'en, pensez-vous ?

Quelqu'un avait crayonné un adulte constitué de sombres nuances. La silhouette menaçait un petit enfant blond à la chevelure hérissée. L'enfant détenait des armes, qui elles-mêmes étaient représentées sur le coin droit du dessin.

Holmes leva ce qu'il tenait dans la main et le mit face au soleil.

- Mmmmoui. Je vois que votre personnel a marché dessus. Il y a l'empreinte d'une ou deux semelles de chaussures.

- Oui. C'est le cas.

- Papier sans filigrane. Peu ordinaire à vrai dire. Quoiqu'un peu épais, il n'est toutefois pas de premier prix. C'est le fils d'un peintre ou d'un dessinateur professionnel qui a commis cela ! Cherchez dans le milieu de l'art, mon brave ! l'auteur n'a que cinq ou six ans, car les attaches des membres des personnes dessinées sont encore stylisées. Mais, c'est un enfant précoce ! Vous avez raison de vous inquiéter, cet enfant est certainement victime de sévices. Comme tant d'autres, d'ailleurs dans Londres.

- Comment déduisez-vous ces choses ? Pourquoi, selon vous s'agit-il d'un garçon ?

- Le trait est déjà celui d'un homme. Les filles représentent fort peu des armes blanches et des fusils.

- C'est certain.

- Et pour le milieu artistique, dans lequel il évolue ? fis-je, intrigué.

- L'enfant dessine à l'aide de pastel à l'huile. Qui peut se payer de tels outils, si ce n'est un peintre renommé. Le pastel gras coûte son prix, le savez-vous, Lestrade ?

- Bien entendu. C'est très élémentaire et nous aurions pu deviner tout cela, nous-mêmes !

- Je ne vous le fais pas dire !

Je décidai de me mêler de la conversation, alors que nous poussions la porte de la morgue :

- Le père sera donc vite entendu. Car ce genre de profession n'est pas très répandu. Faire le tour des ateliers sera simple et vos hommes lorsqu'ils mettront la main sur les pastels, auront tôt fait d'interroger ce père.

Holmes me jeta un regard acéré. Je sus à l'instant que j'avais commis une erreur dans mon raisonnement.

- Bien entendu, mais elle doit considérer que si il y a violence, son bourreau est la mère ou une tierce personne, issue de la famille. Une femme, assurément !

- Une femme ?

- Regardez la silhouette menaçante. Il y a deux petites pointes au niveau du torse.

Je me saisis du dessin. Le personnage colorié de noir, arborait bien des seins, mais ils étaient quasiment invisibles. Il fallait des yeux de rapaces, comme les siens, pour les discerner.

« L'enfant peut d'évidence entrer dans l'atelier du père et se servir de couleurs coûteuses. On observe au dos, des tâches de peintures, de poudre de pastel ou encore de fusain. Voilà tout ce que je puis dire, il n'y a plus qu'à chercher... mais reprenons le fil de notre enquête, se mit à dire Holmes, lorsqu'on nous montra les corps des deux femmes assassinées chez elles.

- Encore une dernière chose, avant de passer à l'observation des victimes ! insista Lestrade d'un air confus.

- Allez-y !

- Pourquoi avez-vous dit que nous avions affaire à un enfant surdoué ?

- J'ai dit précoce. Le style graphique du dessin, le montre. S'il a cinq ans, il est forcément assez doué pour s'être échappé de chez lui, sans que son tyran s'en aperçoive. Il doit être doté d'un grand sens de l'orientation et de l'observation, simplement pour déposer son appel au secours devant le commissariat. Il fallait qu'il soit en mesure de pouvoir le faire et au préalable qu'il conçoive ce projet.

- Vous croyez ?

- Cherchez le logis d'un artiste en vue autour du Yard et vous résoudrez ce mystère. Un môme de cet âge n'a pu traverser que quelques rues sans être écrasé par les charrettes et les voitures qui sillonnent Londres dans tous les sens. Sans doute n'avez-vous pas retrouvé le cadavre d'un jeune enfant, mort de cette façon, la nuit dernière ?

Lestrade fit un signe négatif. Nous observâmes les deux femmes, sans plus perdre de temps. Elles n'étaient pas de taille identique. La longueur de leurs cheveux différait, tout comme celle de leurs iris. C'était le constat que nous étions forcés d'admettre, lorsque Holmes, en renard avisé, extirpa quelque chose des cheveux bruns de la deuxième victime.

- Qu'est-ce ? l'interrogeais-je, en attendant impatiemment sa réponse.

- Montrez-voir, si l'autre chevelure contient ceci.

L'objet se trouvait si serré entre ses doigts qu'il nous était impossible de le discerner.

- De quoi s'agit-il ? Holmes, ragea Lestrade.

Holmes extirpa un objet très menu de la chevelure de la première victime.

- Je m'en doutais ! Elles ont des épingles à cheveux, identiques ! Fabriquée à la main et non à la machine, comme on en voit tant, nouvellement. Courrez chez le vendeur ! Voyez quel était le comportement de ces deux clientes et glanait tout ce qu'il sait d'elles. J'ai pu remarquer une mercerie à deux pas du domicile concerné par le premier meurtre. Comparez le passé des employés et des fournisseurs ! Je gage que vous aurez votre homme, Lestrade ! Vous êtes encore là ? Mais qu'attendez-vous, nom d'une pipe ? Vous devriez déjà y être. Appelez une escouade, sonnez le renfort ! Investissez la boutique !

Holmes hurlait à tue-tête et les employés de la morgue intervinrent pour qu'il se taise. Lestrade resta un instant interdit, puis quitta l'institution de façon précipitée. Le policier avait disparu, mais Holmes criait encore. De vous à moi, Holmes savait tout à fait ce qu'il faisait. Il savourait son génie. Voilà tout.

Nous ne fûmes pas autorisés à assister à l'enquête, mais nous fûmes informés de quelques détails. Voilà l'une des nombreuses raisons expliquant le refus de mon éditeur.

Pour ne pas laisser le lecteur manquer la conclusion de cette affaire, je peux vous en faire le résumé : Le tueur était un ancien employé de la boutique. Il venait de quitter son emploi, deux semaines avant. Il fut facile de le retrouver. Il avoua une dizaine de meurtres de femmes. Il raconta en détail les actes sanglants dont elles avaient été victimes. Il sembla aux collègues de Scotland Yard qu'il se délectait de ses meurtres. Certains de ses voisins et anciens employeurs le décrièrent presque tous, comme un être tout à fait charmant, attentionné avec les clientes et plein d'humour...

La noirceur de l'âme humaine n'a pas de limite et m'étonnera toujours...



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