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Accueil » Fictions » Une enquête pour John Watson
par
José Delporte
Ses autres fictions
Une enquête pour John Watson Novembre 18, 2015

J'ai toujours porté une attention toute particulière aux écrits de mon ami, le docteur Watson. C'est un homme de grande tempérance et doté d'une plus grande intelligence, encore. Tout au long du récit de nos aventures, j'ai pris rarement la plume mais aujourd'hui je dois faire une exception. (Je devrais évoquer plutôt la machine à écrire, puisque j'en possède une désormais et je m'en sers bien plus volontiers que ces antiques plumes d'oie. Nous les affutons sans cesse, alors qu'elles accrochent la trame de notre papier à lettres).

En réalité, peu de gens savent que Watson a mené seul quelques enquêtes palpitantes. Parfois, de très belles réussites d'ailleurs et qui sont sans nul doute, à élever au rang de celles que j'aie pu conduire moi-même. Malgré ce talent exceptionnel, il se refuse pourtant à les compter au grand public, préférant les dissimuler aux lecteurs, de peur d'avoir à en rougir. Pourtant et sans vergogne, il met en scène ses doutes et ses erreurs de point de vue, lorsqu'il narre mes aventures. Pour quelle raison, préfère-t-il alors se taire au sujet de ses investigations dont les issues sont positives ? Tel un chien fouineur dans le labyrinthe qui mène à la vérité, il a su se faufiler comme personne. Lisant l'aventure qui va suivre, je l'incitai à une mise en lumière pour la faire découvrir au monde. Tout d'abord, il refusa ma proposition. Puis, la réflexion se faisant et après de solides arguments de ma part, il abdiqua enfin.
Sherlock Holmes

Holmes se trouvait à l'autre extrémité de Londres. Je n'avais pu l'accompagner, car j'avais un grand nombre de malades à visiter. Les températures descendaient parfois jusqu'à moins vingt degrés (Celsius) pendant la nuit et les malades étaient légions. Le confrère à qui j'avais vendu ma clientèle, m'avais expressément demandé de le remplacer, arguant qu'aucun collègue médecin ne pouvait prendre le relais. J'acceptai donc le service et m'attelai immédiatement à la tâche.

C'est dans ce contexte que l'inspecteur de police Lestrade, vint me voir pour que nous l'aidions à propos d'une affaire. J'évoquai l'absence de Sherlock Holmes et le priai de revenir dans quelques jours, mais rien n'y fit. Lestrade me parla d'un futur avancement probable, le concernant et d'une commission de contrôle qui viendrait statuer sur son cas.

Vous comprendrez sans peine mon embarras et ma perplexité lorsque et malgré mon refus, il m'exposa les faits suivants :

- C'est une bien sombre et singulière affaire que je dois vous soumettre Watson, débuta le policier. Son visage se figea et je vis distinctement le voile de l'inquiétude passer dans son regard. Le meurtre de l'homme dont il s'agit s'est passé à quelques rues d'ici. Près d'Hanover square.

- En effet, ce n'est pas si éloigné de Baker street, dis-je.

- Alors qu'un premier équipage de police remontait saint George street à l'endroit où la rue se scinde en deux parties distinctes, des cris retentirent au sein d'une masure délabrée occupant le terrain central. Ces deux acres obligent la voie à prendre la forme d'une fourche, juste avant le parc. Des hurlements affreux, insupportables à des oreilles pourtant rôdées aux horreurs humaines, furent perçues par la cohorte, mais également par deux autres agents qui arpentaient l'autre côté de la bâtisse : Cette fois-ci, en sens opposé. Nul forfait de cette ampleur, n'a jamais été aussi bien cerné par la police, et pourtant, nous n'avons pas trouvé trace de l'assassin.

De mémoire, je crois ne jamais avoir observé un tel désappointement, chez l'inspecteur de police. Il affichait une mine de plâtre et je crus que sa peau allait s'émietter devant moi.

L'air ahuri, Lestrade s'effondra dans le fauteuil qui m'était ordinairement dévolu. C'est-à-dire face à la fenêtre. Holmes, pour sa part, s'asseyait toujours à contre jour, dos aux fenêtres du living-room. Cette technique lui permettait de percevoir au mieux les traits des invités qu'il avait à observer. En effet ceux-ci, toujours placés dans le troisième siège, étaient installés en pleine lumière.

- J'ai quelques difficultés à suivre votre affaire, Lestrade. Si vous commenciez par son début ? Qu'en pensez-vous ?

- Je vous le concède, Watson ! reprit Lestrade. Ma confusion est dû au fait que la commission va juger mes actes et mon incapacité à résoudre cette énigme. Et non, mes succès passés...

- Tout mystère à sa solution, inspecteur ! Nous en arriverons à bout, dis-je, sans toutefois percevoir la portée de ces paroles. Et vous aurez votre avancement ! Allez-y !

- Lorsque nos hommes sont entrés, les quatre enfants du couple se tenaient devant le corps de leur père. Vous n'imaginez pas la misère qui se dégageait de cet endroit. Mis à part la bonne odeur exhalait par la cuisinière à bois au fur et à mesure de notre investigation, tout montrait l'état de délabrement du foyer dans lequel vivaient le couple et les quatre jeunes mômes. Le père avait le crâne très abimé. Vous savez docteur, comme ces zones corporelles sont innervées et combien elles saignent abondamment. L'épouse, Elein Dilen, était aux fourneaux, vous dis-je. Elle préparait quelques morceaux de coq, lorsque le meurtre a eu lieu. Les enfants jouaient à l'étage : Une seule pièce borgne, en fait de niveau. Le corps se trouvait au milieu de la salle du bas. Un espace humide, couvert de champignons et de salpêtre, autant que je pus en juger. Car j'entrai à mon tour depuis cette rue fourchue jusqu'au Yard, moins d'une heure après que le meurtre eut été commis et qu'on m'eut prévenu...

- Une femme à la cuisine, le mort et les enfants, à l'étage, donc ? résumai-je avec méthode.

- C'est cela, oui. Après la fouille des lieux on ne trouva personne d'autre. Le tueur n'avait pu sortir par la porte, puisque le premier équipage barrait le passage. Il n'aurait pu non plus s'extirper de ce lieu par son aspect opposé, sans croiser la seconde patrouille.

- Alors, il est sorti par le toit ou par la cave ?

- La maison est dépourvue de sous-sol et la pièce du haut ne comporte aucune issue ni aucun accès au toit, monsieur Watson.

- Alors ? fis-je en comprenant soudain l'embarras du policier assis devant moi, avant de reprendre la parole. « Lorsque ces événements se sont produits, était-ce en plein jour ou dans la soirée ? »

- En fin de matinée, hier ! Il faisait très froid comme vous le savez. Très froid, mais clair.

J'imaginais la scène sous ces basses températures et dis :

- Mmm. Cet hiver est l'un des plus rudes qui soit, Lestrade. J'en conviens ! Mais reprenez ! Je vous coupe sans cesse la parole. Je vous prie de me pardonner.

- Assurément, ce n'est rien.

- Qu'ont pu dire les enfants ?

- Rien. Ils sont prostrés et leurs yeux sont profondément enfoncés dans leurs orbites. On remarque tout de suite leur teint pâle, leurs joues creuses. Tandis que leurs côtes saillent sous leurs guenilles.

- Avec un ventre proéminant et une tête assez grosse ?

- Oui ! C'est tout à fait cela.

- Alors ils ne mangent pas à leur faim tous les jours, diagnostiquai-je.

Quelque chose me gêna très vite dans ce récit et je mis quelques secondes avant de comprendre ce sentiment de malaise. J'en fis part à mon visiteur :

- Mais ce jour là, leur père s'apprêtait pourtant à manger du coq ! N'est-ce pas un peu étonnant pour des gens si miséreux ?

- C'est ce que nous nous sommes dit. Nous avons interrogé l'épouse : Une pauvrette à la poitrine maigre, apeurée par l'afflux constant de policiers. Elle n'a rien vu. Elle était dans une petite pièce qui sert de cuisine : Une sorte de débarras sombre, en fait. Une heure après, nous lui avons demandé ce qu'elle servait aux enfants qui avaient fini par s'attabler. Au vu de la viande, je lui demandai d'où celle-ci provenait.

Je me mis à froncer les sourcils.

- Oui ?

- Elle l'ignorait. Pourtant elle pensait qu'elle provenait du boucher du coin.

- Comment le père se l'était-il procuré ?

- Mystère. Personne n'en sait rien. Nous avons tout de suite imaginé que la victime avait en fait volé cette viande. - Ce doit d'ailleurs être le cas. Comment trouver une autre explication ? - Nous avons alors foncé tout droit chez le boucher pour l'arrêter, car il avait pu commettre ce meurtre pour se venger de son voleur. Mais à cette heure, une bonne dizaine de témoins jurent que l'artisan se trouvait dans sa boutique et ses deux employés, itou.

- Alors ?

- Alors ? Nous en sommes là. Coincés entre la poire et le fromage... Nous ne progressons pas. J'ai vraiment besoin de votre aide, séance tenante !

Je le dévisageai avec l'insistance d'un homme qui ne peut plus rien pour son patient et je dis à regret :

- Mais Holmes n'est pas là. Je ne suis que médecin, pour ma part et...

- Il vous a forcément transmis son savoir. Vous ne pourriez écrire de cette manière et retranscrire les enquêtes d'Holmes, sans que sa méthode transpire sur vous et ne vous imbibe l'esprit.

- Ce n'est pas tout à fait faux, admis-je. J'ai forcément subi son influence et je m'en trouve imprégné. Seulement, il faut me jurer que si j'échoue, vous ne porterez aucun grief à mon encontre !

- C'est d'accord !

L'espoir revint chez Lestrade. Son corps devint plus chaud et reprit quelques couleurs (A moins que ce fût l'âtre de la cheminée qui le réconforta et le transforma ainsi).

Lorsque j'entrai dans la masure, la description du lieu faite par l'inspecteur, me revint en mémoire. L'immense partie des londoniens échappaient au confort dont Holmes et moi, jouissions chez madame Hudson. Et que dire des gens beaucoup plus fortunés que nous et qui vivent depuis toujours dans une opulence bien plus grande ? Notre société baigne dans l'injustice. Les écarts se creusent entre les pauvres et les riches, alors que nous rêvions du contraire lorsque nous étions jeunes...

La famille Dilen, vivait dans un état de dénuement à peine croyable. Il n'y avait aucun meuble ou presque, mis à part un poêle, une table, trois chaises bancales, une antique cuisinière, un crochet installé à l'extérieur sur la fenêtre, une bassine, trois patères et quelques bouteilles vides. En haut, dans la chambre, des sortes de paillasses sans forme gisaient à même le sol. Un bougeoir et une vieille lampe à pétrole constituaient les seuls biens matériel de l'endroit. Il faisait un froid mordant et pourtant, c'était souvent là que les enfants se tenaient. Ils étaient si jeunes qu'ils n'avaient pu commettre le meurtre de leur père. C'était à exclure totalement. La femme, quant à elle, était la fille la plus frêle que j'ai jamais rencontré de ma vie. Je me demande toujours par quel miracle, elle tenait debout ? Comment arrivait-elle même à se déplacer, tant ses deux genoux se touchaient, lorsqu'elles se déplaçaient. Elle n'avait plus de viande sous ses yeux, sous cette surface du visage qu'ordinairement on nomme la joue. J'inspectai ce qui lui servait de cuisine. On y trouvait une boite à épices, un tranchoir émoussé, un couteau et le rasoir de feu monsieur Dilen. Aucune de ces armes potentielles n'avaient pu servir à l'assassinat, car l'homme n'avait pas été victime d'une arme blanche.

- Le meurtrier n'a pas pu sortir par l'une des deux portes que compte cette maison, reprit Lestrade, posté derrière moi.

- Avez-vous retrouvé l'arme du crime ?

- Rien. Aucun de ces objets ne porte la moindre trace de sang ou de cheveux. Nous avons tout vérifié. Absolument tout.

Des tâches de sang maculaient encore le sol, mais on avait ôté le corps du père de famille.

- Est-il tombé face contre terre ? M'enquis-je.

- Oui. On la touché par l'arrière du crâne.

Je trouvai le mystère relativement épais. Personne n'était sorti de la maison, on ne retrouvait pas d'arme qui eut pu sortir de cette dernière et le forfait s'était produit en quelques secondes. Juste le temps pour que les deux patrouilles de police n'entrent à l'intérieur. C'était fou.

- A-t-on signalé des cris provenant d'une lutte ?

- Non. Nous nous sommes renseignés. Cependant, l'homme n'était pas apprécié dans le quartier. Personne n'a rien entendu pour cette fois-ci. Mais il était connu comme soiffard, voleur et bonimenteur. En clair, il devait avoir un tas d'ennemis.

- Un type violent, en somme ?

- Tout à fait, Watson.

- Alcoolique ?

- Oui. Nous avons examiné les bouteilles qui gisent dans le coin de la pièce principale. La femme aurait pu les utiliser pour assommer son mari. Mais là encore, nous avons du nous résoudre à abandonner cette hypothèse. Elle n'aurait pas eu le temps matériel d'effacer les indices. Les chiffons ou autres loques, ne montrent rien non plus. Nous avons fouillé tout le monde. Nous n'avons rien décelé de suspect. Il n'y a pas d'indice. Nous n'avons ni mobile, ni arme, ni présence d'un meurtrier. Tout cela est horrible et incompréhensible !

Selon moi, le meurtrier se trouvait forcément quelque part dans la maison. S'il n'avait pu sortir, il s'y trouvait encore, lorsque vous êtes entrés.

- Dommage que Sherlock Holmes n'assiste pas cette affaire ! m'entendis-je répondre, alors que j'éprouvais en silence plusieurs hypothèses. J'étais pourtant persuadé que la présence de la viande de coq était au centre du problème qui nous préoccupait. Toutefois, je ne saisissais pas comment cet élément s'articulait avec le meurtre.

- Holmes a une doctrine très simple, dis-je soudain. Il fait concorder trois paramètres.

- Qui sont ? me demanda Lestrade qui s'extrait soudain de ses pensées.

- Un, le tueur doit avoir un mobile. Deux, il doit avoir la possibilité de commettre son crime. Donc les moyens

- Et trois ?

- Il doit posséder les capacités d'effectuer son forfait. Le mobile, les moyens, les capacités. Si un homme réunis ces trois critères, nous tenons notre coupable.

Lestrade parut fort déçu du produit de ma réflexion.

- C'est une méthode de Sherlock Holmes ? Vraiment, docteur ? souligna t-il, comme pour me signifier que je n'étais décidément pas un professionnel de l'enquête.

Je fus très désappointé par son attitude à mon égard. J'allais ouvrir la bouche, quand le puzzle d'investigation proposé par Holmes, m'éclaira sur le coupable. Ni mes mots ni mes lèvres ne me trahir, mais mon regard le fit, si bien que Lestrade me prit la manche et se mit à me questionner :

- Que se passe-t-il ? Vous avez une piste ? Vous savez qui cela peut-être ?

Je ne pipais pas un mot, mais je ne pus retenir un sourire. Oh ! A peine un rictus, en fait de sourire. Or cela suffit à mettre l'inspecteur de police de Scotland Yard dans tous ses états.

Je sortis de la maison pour rafraichir mes idées et je dois dire que le temps glacial m'y aida.

- Alors, Watson ? Quel chat vous titille ? fit le policier en suivant mes pas. Rentrez, vous allez attraper la mort !

- Tout au contraire, vous ne pouvez pas savoir combien ce temps hivernal peut vous aider à résoudre cette énigme.

- Comment ?

- Avez-vous récupéré les restes de la volaille, Lestrade ? Dis-je alors que mon haleine s'échappait sous forme de vapeur dans l'air londonien.

- Pourquoi non ?

- Vous en avez mangé peut-être ?

- Pour ma part, non. Le coq avait déjà été grignoté depuis quelques jours. Il restait les deux cuisses. Il est vrai et malgré la situation délicate que deux de mes hommes se sont attablés avec les enfants pour y goûter, lors de l'enquête. Croyez-vous que la viande soit empoisonnée ? Que je sache, le père Dilen n'est pas mort de cette façon, mais assommé !

- Je n'ai jamais dit cela ! Je précisais que l'hiver prenait une part essentielle dans cette affaire.

Lestrade resserra son manteau et fit mine de se retourner. Il hésita un instant, car il devina que j'allais lui donner la réponse à la question qu'il se posait. Et c'est ce que je fis :

- Le meurtrier est une meurtrière. Il s'agit de madame Dilen. Avez-vous remarqué les ecchymoses qui parsèment son corps ?

- En... en effet. Oui, ou... peut-être, balbutia Lestrade.

- Son mari la battait. Voilà, pour le mobile. Elle était tout près de lui dans les lieux et elle l'a estourbi. C'est pour cette raison que vous n'avez vu personne sortir de la maison. Ni par devant ni par derrière. Vous cherchiez un coupable et il était devant vous ! Voici donc pour la faisabilité ! Il est certain que des enfants en bas âge n'ont pu tuer leur père. C'est donc la mère !

- Soit. Mais avec quoi l'aurait-t-elle assommé ? Il n'y a aucune trace de quoi que ce soit sur les objets de la maison ! Ses propres poings, alors ?

- Mieux que cela ! L'une des deux cuisses du coq que vos hommes ont ingurgité ! Voilà pour le moyen !

Lestrade se mit à rire et me tira, afin que nous rentrions tous les deux dans la masure.

- Enfin, vous êtes navrant ! Je n'aurai jamais dû vous demander de venir ici. Tuer quelqu'un avec la patte d'une volaille ! Voici la plus grande ânerie jamais entendue de toute ma carrière !

J'étais hors de moi, le policier m'offensait tant qu'en d'autres temps, je l'aurais défié en duel.

Je récupérai mon chapeau à l'endroit où je l'avais laissé à l'intérieur de la maison, puis ressortis dans George street pour regagner Baker street. Arrivé au 221 B, ma rage ne s'était pas consumée. Je ne décolérai pas de la soirée, même lorsque Holmes pénétra dans le studio au sein duquel je l'attendais. Je lui racontai ce que je considérais maintenant comme une mésaventure. Et il intervint d'une manière posée :

- J'ai eu vent de votre affaire, me dit-il finalement. La police cherche toujours son meurtrier fantôme. Mais il vaut peut-être mieux que la pauvre femme ne soit pas inquiétée, ne croyez-vous pas ? Il est évident qu'elle et ses enfants subissaient bien des outrages de la part de la victime. A cette heure, la pauvrette est toujours libre et certainement pour longtemps encore!

- Bien sûr... Je n'ai pas eu le temps de terminer ma démonstration, car Lestrade a de suite rejeté mon hypothèse ! Et je lui en veux pour cela ! Il ne m'a pas laissé le temps de lui parler du crochet suspendu à la seule fenêtre de la maison. Cet inspecteur est d'une telle incompétence qu'il n'a su faire quoique ce soit de cet émerillon ?

- Oui, le coup de la cuisse de coq ! Aucun policier n'a compris qu'elle avait auparavant été congelée par sa nuit passée à l'extérieur.

Holmes était vraiment très intelligent et clairvoyant et c'est avec cette analyse en tête que je conclus, enfin :

- Dans le but de conserver cette partie de la carcasse avec sa sœur jumelle, le mari a certainement laissé les cuisses du volatile suspendues aux effets d'une température éminemment négative.

- Il devait ignorer que quelques heures plus tard, son épouse voyant la chair ainsi durcie, lui appliquerait avec force celle-ci sur le crâne. C'est de cette manière que la viande a servi d'arme et qu'une fois mise à cuire, elle a perdu sa faculté de tuer. Bien joué Watson ! Je crois que je n'aurais pas fait mieux !



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