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Accueil » Fictions » L'aventure des 101 dalmafiens
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
L'aventure des 101 dalmafiens Novembre 5, 2011
Illustrations © Lysander


Une aventure de Shamrock Horse et du docteur Hansom

Un beau jour du mois de juillembre 1889, Shamrock Horse, en proie à un mouvement d'humeur, écrivit une suite à Guerre et Paix, de Tolstoï, et la jeta au feu après avoir mangé deux ou trois lasagnes.
« Pourquoi faites-vous ça ? m'enquis-je.
- Pourquoi je fais quoi, Hansom ?
- Pourquoi jetez-vous au feu ce que vous avez écrit ? »
Shamrock Horse piqua une colère monstrueuse: il m'arracha les cheveux et me cracha dans l'œil.
Ensuite, il s'assit en tailleur dans l'évier et, calmement, alluma son violon.
« Pour votre gouverne, Hansom, fit-il en tirant de longues bouffées, c'est une très mauvaise idée que d'essayer d'écrire une suite à un chef d'œuvre.
- Personne ne vous a obligé. »
Le détective grogna.
« C'est plus fort que moi, Hansom ! J'ai toujours trouvé cette fin idiote: Rhett Butler qui fout le camp dans la nuit en disant à Scarlett qu'il n'en à rien à cirer...
- Ce n'est pas la fin de Guerre et Paix, ça, c'est la fin de Autant en emporte le vent. »
Horse rit de toutes ses dents.
« Sacré Hansom, toujours le mot pour rire ! »
Je jugeai prudent de ne pas insister et me replongeai dans la lecture de l'étiquette du bocal de mayonnaise posé sur mes genoux.
« Un ouvrage intéressant, Hansom ? me demanda Horse au bout d'un moment.
- Trop d'huile ! » répondis-je.
Horse soupira.
« Faut vraiment qu'on se fasse chier pour en être réduits à ce genre de conversation ! Il est grand temps qu'une affaire sanglante, mystérieuse et sanglante se présente à notre attention !
- Vous avez dit deux fois "sanglante", Horse.
- Et alors ? Z'êtes qui ? Mon biographe ?
- Ben... oui, justement.
- C'est pourtant vrai, hahaha !
- Hihihi !
-Finalement, qu’est-ce qu’on se marre, Hansom ! »
A cet instant, notre logeuse, Mrs Hickson, introduisit un visiteur.
Coiffé d'un parapluie à fleurs, chaussé d'une paire de lamproies, le nez plus rouge que l'une de ces choses dont on garnit les pizzas et dont le nom m'échappe, l'individu ne présentait rien de remarquable.
Il était aussi terne qu'une peinture de Salvador Dali, qu'une bonne sœur morte dans un champ de radis, qu'un tricycle oublié dans le désert de Gobi, qu'une clé à molette perdue dans un grand magasin, qu'un chien qui chie dans la poche d'un dentiste, qu'un...
« Ca suffit, Hansom !
- Vous avez raison, Horse: je m'égare dans les descriptions ! »
Notre visiteur s'assit à même le sol (faut dire que les huissiers avaient emporté tous nos meubles ainsi que le tourne-disque et ma collection de revues pornos), nous salua et demeura muet pendant plusieurs semaines.
«  J'ai besoin de vous, M.Horse, finit-il par dire d'une voix gravement fluette.
- Vous m'en voyez ravi, répondit Horse du tac au tac.
- Moi aussi, fis-je pour dire quelque chose.
- C'est à propos de mes cent et un dalmatiens, poursuivit notre visiteur en se passant une langue gourmande dans les cheveux.
- Ca fait beaucoup ! s'esbaudit Horse.
- Tout à fait ! » surenchéris-je.
A cet instant, l’homme fondit en larme et s'essuya les yeux avec un morceau de pizza qui traînait près de la cheminée.
« Ce sont mes chéris !
- C'est émouvant, fit Horse en se mouchant dans ma robe de chambre.
- Ils ont disparu !
- Pas banal !
- N'est-ce pas ?
- Encore un peu de tarte aux pommes ?
- Non, merci.
- Vraiment ? C'est de bon cœur, je vous assure. Perso, je n'en veux plus: Hansom a fait ses besoins dessus par inadvertance.
- Non, merci, vraiment, sans façon.
- C'est vous qui voyez... vous me parliez de vos chats, je crois ? »
Notre visiteur se récria.
« Pas du tout, M. Horse ! »
Mon vieil ami donna un coup de pied dans la figure de l'individu. 
«  Non mais ! Dites tout de suite que je n'ai pas de mémoire !
- Ve parlais de mes fiens, articula péniblement notre visiteur en crachant sept dents et un vestige de côte de porc.
- Vos fiens ? Qu'est-ce donc qu'un fien ? Vous avez une idée, Hansom ? »
Je cachai en vitesse, derrière mon dos, le morceau de côte de porc que j'avais ramassé.
« Pas la moindre… mais vous savez bien que je suis con comme un manche !
- Ce n'est pas faux.
- Mes fiens ! s'emporta l'édenté. Les fent et un dalmafiens qui ont difparu ! »
Horse se frotta longuement le menton avec la patte arrière d'un dogue allemand qui passait dans le salon.
« Je me demande en quelle langue cet individu baragouine ? Peut-être s’agit-il d’un ancien dialecte des Cornouailles, Hansom ?
- Personnellement, j'incline à pencher pour une sorte de patois assez courant dans la banlieue de Grimbergen, en Belgique. »
Shamrock Horse me donna une grande tape sur l'épaule.
« Bravo, Hansom ! J'ai toujours dit que, sans être une lumière vous-même, vous êtes un excellent conducteur de lumière.
- En effet, je me souviens très bien du soir où vous avez voulu me mettre une ampoule dans le derrière afin que l’on réalise des économies d'électricité.
- Hahaha, quel excellent souvenir ! Rien ne vaut la vie de deux vieux célibataires ! »
Horse rit à s'en décrocher les tympans.
Ensuite, après avoir enduit ses dents de sauce tartare parce qu'il trouvait que ça lui donnait un air plus intelligent, il se tourna vers l'homme toujours en pleurs.
« Dites-moi, ami belge, la signification du mot "fien" dans votre aimable patois. »
Notre visiteur commença à s'agiter dans tous les sens en poussant un caddie de grand magasin qu'il avait trouvé sous le tapis.
« Des fiens ! Des fiens ! Fent et un dalmafiens !
- On dirait qu'il est en proie à une crise de malaria ! fis-je d’un ton doctoral.
- Ou alors aux affres de la peste ! rétorqua Horse en se curant le nez avec l'archet de son violon.
- Plutôt une crise de paludisme, alors.
- Des fiens ! Des fiens !
- Et pourquoi-pas un genre de délirium trémens, Hansom ?
- Le mal des profondeurs ?
- L'ivresse des sommets ?
- Des fiens ! Des fiens ! F'est quand-même fimple à comprendre !
- Le syndrome Gilles de La Tourette ?
- Ou alors le mal de Bright ?
- Ne dites pas de conneries, Hansom ! Je ne distingue sur sa personne aucune trace de sauce Worcester alors qu'on consomme cette denrée en quantité industrielle sur l'île de Bright… notre homme n'y a jamais foutu les pieds !
- Mes fiens ! Mes fers petits fiens ! Mes trévors !
- Trevor ! rugit Horse en me frappant le front avec le tisonnier. Cet homme est la victime des agissements malfaisants d'un nommé Trevor ! Je suis un génie ! »
Horse grimpa sur les épaules de notre visiteur et l'éperonna.
« Va, mon fidèle coursier ! l'encouragea-t-il. Conduis-nous à ce Trevor qui te fait des misères. »
L'homme piaffa et se mit en route au galop.
« Et moi, je fais quoi ? demandai-je par acquis de conscience.
- Trouvez-vous une monture et suivez-nous, Hansom, joyeux compagnon ! Je sens que c'est une question de vie ou de mort ! Guidap ! Guidap ! »
Aussitôt, je sonnais le groom Willy, je le sellai et nous partîmes au grand galop afin de rejoindre Horse.
Nous le retrouvâmes dans la rue.
« Fier palefroi que vous avez là, mon fidèle Hansom ! Allons-y ! Au galop ! Sus ! Sus ! Noël ! Liesse ! Joie ! Décadence ! Ratatouille ! Ralliez vous à ma casquette à carreaux ! »
Soudain, hélas, ma monture se brisa une jambe à cause de travaux à hauteur de Cheddarguinness Street.
« Il faut l'abattre, Hansom ! s'écria Horse sans descendre de cheval. C'est cruel mais nécessaire. »
Je sortis mon vieux revolver de sous mon chapeau et logeai deux balles dans la tête de Willy.
« Bravo, mon fidèle compagnon d'aventures ! De plus, en tant que groom, il ne valait pas un pet: il renversait toujours le thé sur mon journal !
- C'est scandaleux ! Voila un détail que j'ignorais, Horse !
- Qu'importe ! Le problème, c'est que vous voici sans monture, mon joyeux compagnon ! »
A cet instant précis, le cheval de Horse le désarçonna et l'envoya bouler sur les pavés.
« F'est pas bientôt fini, fes conneries ? Ve ne fuis pas un feval et ve veux mes fiens ! »
Horse alluma sa pipe en poil de yack et s'assit sur un tas de cailloux.
« Voila qu'il recommence avec cette histoire de fiens !
- Mes fiens fe font envolés !
- Crotte ! Il s'énerve encore !
- Malaria ? »
Horse me lança un regard iceberg.
« C'est rigolo une fois, Hansom, mais les plus courtes sont les moins longues !
- MES FIENS ! »
Horse m'arracha le revolver et abattit son cheval d'une balle en pleine tête.
« Ce belge devait être fou à lier... à mon avis il nous a fait perdre notre temps. Surtout le mien ! Car je suppose que vous n'aviez rien de particulier de prévu pour aujourd'hui, Hansom.
- Manger ma collection de timbres.
- Ah oui, en effet, vous m'en aviez parlé hier. »
Il héla un cab qui nous déposa bientôt au milieu de notre salon.
« Et bien bon appétit, Hansom.
- Merci.
- En ce qui me concerne, je vais jouer un peu de Wagner avec mes maracas. »
Ainsi se termina cette étrange affaire dont, aujourd'hui encore, je ne suis pas certain d'avoir bien saisi tous les tenants et aboutissants.
Mais, bon, faut dire aussi que, comme le répète souvent Horse, je suis un peu con.



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