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Accueil » Fictions » La Mélancolie du détective
par
Delphine M.
Ses autres fictions
La Mélancolie du détective Janvier 11, 2010

L'homme marchait lentement à travers le brouillard londonien, et la grisaille de la fin de l'automne, qui serait bientôt remplacée par la froideur de l'hiver. Il ne portait pas de chapeau. Ses yeux perçants, entraînés à l'analyse, étaient ternis, comme si un voile était tombé sur eux. Il était grand, élancé, maigre aussi. Il avait un visage pâle, des pomettes saillantes, et des cernes sous les yeux. L'insomnie s'était encore abattue sur lui, avec la fatigue et l'inaction. L'apathie. La mélancolie. Il longea un parc. Là, des enfants riaient. Il les entendait derrière les haies. Il croisa deux hommes qui riaient entre eux. Puis un autre homme qui donnait le bras à une femme. Ils souriant. La femme était sûrement infirmière, et l'homme devait exercer un métier manuel. Il l'avait remarqué au premier coup d'oeil. Puis, un homme avec deux enfants passa à sa droite, alors qu'il continuait sa route sur les trottoirs humides. Le ciel était gris.
L'allée dans laquelle il tourna était bordée d'arbres. Sa canne qui claquait sur les pavés à un rythme régulier le rendait somnolent. Son esprit était embué. Cela lui arrivait si rarement. Peut-être parfois, lorsque seule la drogue pouvait contenter son esprit bourdonnant, que seule la réflexion contentait.
C'est alors que le poids de sa solitude s'abattit sur lui. Il ne s'était jamais sentit seul. Il n'avait jamais eu mal au coeur en prenant conscience qu'il n'avait personne d'autre que lui-même. Jamais. Il avait toujours trouvé cela délectable. Agréable. Apaisant. Et pourtant, il était là, ce poids sur son coeur, ces doigts griffus qui s'y enfonçaient lentement. Et une voix cruelle lui résonnait dans la tête. « Tu n'as ni femme, ni enfants, tu n'as que très peu d'amis, et tu voudrais faire croire au monde que tu n'es pas seul, et que ta solitude te plaît ? ».
Il entra dans le parc, s'engagea d'un pas vif dans l'allée. Puis, lorsqu'il fût assez loin des familles qui étaient assises à l'entrée du parc, il s'assit sur un banc. Il joignit les mains sur sa canne et s'y appuya, plongé dans les pensées qui le submergeaient, le regard vide.
Le ciel gris, le parc qu'il connaissait si bien, n'ajoutaient aucun réconfort à son mal. Les pathétiques oiseaux qui picoraient devant lui d'invisibles miettes n'ajoutaient aucune présence à sa solitude. La pâle lueur d'un soleil sans chaleur n'apportait aucune lumière à ses sombres pensées. Il avait froid. Et pas seulement aux mains, comme toujours, à cause du sang qui peinait dans ses veines. Il avait froid, et c'était ce froid qui lui serrait les entrailles. Un froid glacial, triste. Terne.
C'était agaçant. Il haïssait sa faiblesse. Croyait-il vraiment pouvoir duper par les apparences ? Cette apparence froide, raide, du logicien rationel et cartésien, comme un masque devant ses sentiments. Son retranchement. Son excentricité. Son silence. Sa seule et unique façon d'être. Il n'en avait jamais été autrement. Le mal qui lui serrait le coeur lui était inconnu. Et pourtant, une part inconsciente de son esprit si ordonné en connaissait le nom et l'origine. Peut-être avait-il déjà éprouvé cela, il y avait si longtemps qu'il ne s'en souvenait pas.
Il ferma les yeux pour chasser ces pensées superflues. Pourquoi n'y parvenait-il pas ? Elles restaient imprégnées, accrochées à lui comme des sangsues, tenaces. Elles ne voulaient pas s'en aller. Mais il refusait d'y penser, il ne voulait pas que ces griffes restent plantées dans son coeur. Il se sentait trop faible, trop humain. Cela le déchirait.
Puis, soudain, derrière lui, dans l'allée, il entendit un pas familier. Pressé, mais pas assez pour que cela soit indécent. Et une respiration légèrement éssouflée. Alors, ce fût le petit rayon de soleil qui transperça l'ombre qui l'avait gagné, l'ombre qui l'avait cerné. Toutes les pensées qui l'avaient assailli disparurent comme une bulle éclate.
– Holmes ! Holmes !
La voix familière de son ami balaya les restes des braises qui brûlaient son coeur. Il n'était pas seul. Il n'était pas seul. Il réussi à sourire, et se retourna, posant son coude sur le dossier du banc. Un homme à l'air sympathique s'assit à l'autre extrémité du banc, et dit d'une voix quelque peu essouflée :
– Holmes, je vous ai cherché partout !
Alors, il répondit, avec un sourire au coin des lèvres et d'une voix qui résonna étrangement à ses oreilles :
– Eh bien, Watson, qu'aviez-vous de si urgent à me dire ?



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