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Accueil » Fictions » Le pied quadrillé
par
Romain Chassagne
Ses autres fictions
Le pied quadrillé Mars 7, 2008
Illustrations © Didier Heynemans


Cette histoire est peut-être la plus exotique qu'il m'ait été donné de vivre avec mon ami Sherlock Holmes. Elle s'est déroulée pendant l'hiver de 1885, un mois auparavant Gordon Pacha mourait à Khartoum lors de l'assaut final donné par le Mahdi.
Je rentrais tout juste de visiter mes malades, nombreux en ce froid terrible qui glaçait et figeait littéralement Londres depuis plusieurs semaines. Tous les matins des cadavres de miséreux était ramassés dans les rues.
Depuis un mois Holmes n'avait pas eu d'affaire, et je craignais en poussant la porte du salon commun de le découvrir au plus mal et ainsi s'adonner à la morphine ou autres cocaïnes. J'achetais toujours pour cela la dernière édition du Times, aspirant désespérément y trouver une affaire pour remettre en route le plus brillant esprit de son temps. Ce matin-là, il devait être dix heures et je découvris le pire de ce à quoi je m'attendais. Holmes gisait dans son fauteuil, les rideaux étaient tirés et une seringue reposée sur le petit guéridon à coté de son fauteuil visiblement il s'était une fois de plus adonné à son vice. En me rapprochant je constatais que mon jugement était quelque peu hâtif, en effet la seringue était encore pleine, Holmes le bras tendu et la manche retroussée s'apprêtait à procéder. Je m'empressai alors de lui faire la lecture du Times et en particulier des articles qui me semblaient les plus pertinents, sachant bien qu'il ne se droguerait pas en ma présence.
- Lord Beminger fit une chute mortelle dans les highlands, peut-être l'a-t-on aidé, dis-je. Toujours pas de nouvelle de l'assassinat à Paris du capitaine et polytechnicien Jules Brunet. Probablement une affaire aux rouages complexes, enchaînais-je, espérant ainsi susciter un intérêt chez mon ami.
- Un assassinat crapuleux dans le quartier de East end. J'allais même jusqu'à espérer qu'il voulût bien sortir le soir venu :
- Demain soir à Covent Garden, le royal Italian Opera Orchestra avec en violon solo Mr J. T. Carrodus. Holmes d'un revers de la main me signifia son désintérêt profond pour tous mes articles cités et en particulier l'opéra italien qu'il trouvait vulgaire. Sur ce, on frappa à la porte et un policier fit irruption cherchant sa respiration et nous fit part de la demande de l'inspecteur Lestrade requérant notre présence, pour un crime aux attraits un peu étrange dans le quartier de East end. Holmes se leva d'un bond vif et marmonna qu'après tout cela lui fera au moins faire une balade et surtout il ne m'entendrait plus. Le policier nous conduisit jusqu'à la scène de crime où Lestrade nous attendait. Holmes et moi-même examinâmes le corps gisant dans une petite ruelle battue par un courant d'air, rendant encore plus piquant le froid déjà intense. Pendant que nous examinions le corps, Lestrade nous fit un bref résumé de la situation. La victime se nommait Armand Cazeneuve, un français, l'inspecteur nous parla de traces de pas peu communes autour du cadavre. On avait l'impression d'une grille aux mailles serrées en guise de semelle. Holmes les remarqua très vite et les examina quasiment couché sur le sol la loupe collée à l'œil. Alors que je le regardais s'affairer, il me dit d'examiner la blessure fatale plus en précision. Il lui semblait qu'elle était très nette et propre malgré la couche de vêtements de rigueur en cette saison.
- Une telle superposition d'habits aurait dû freiner la lame et rendre ainsi la blessure moins franche, conclut mon ami. Lestrade enchaîna en nous pointant de l'index une femme au bout de la rue, qui s'avéra être une prostituée. Elle nous fournit une heure assez précise de la mort entre 3h et 3h15 du matin. L'inspecteur du Yard nous résuma sa déposition en sortant son petit carnet et lut ses notes : «Ils étaient deux hommes à chercher les faveurs d'une femme dans cette ruelle, lorsqu'un troisième surgit de nulle part, tel un démon, il a à peine effleuré la victime qui s'écroula sur le sol bruyamment, raide morte. Il la fouilla rapidement, puis il talonna l'autre homme qui s'enfuyait déjà. L'assassin m'a vu, mais à aucun moment ne m'a manifesté d'hostilité, il poursuivit sa route vers l'autre homme. L'homme mesurait environ 1m70-75 en habit de gentilhomme..., voilà son témoignage.
Holmes reprit :
- Je suppose Lestrade que vous avez essayé de suivre les traces de semelles étranges laissées par l'agresseur, mais qui très vite, s'effacent sous la neige fraîchement tombée, sinon vous ne nous auriez pas appelé.
- En effet, répondit Lestrade un peu prit de court.
Holmes salua Lestrade lui disant que l'affaire avait des attributs intéressants et qu'il allait peut-être s'y pencher. Je me rendis compte rapidement, dans le cab qui nous ramenait à Baker Street, que Holmes allait mieux, et que ses cellules grises étaient déjà au travail. Son regard fixant la rue, ses lèvres esquissant un petit sourire, autant de signes qui trahissaient probablement un embryon d'idée chez mon brillant ami.

De retour à Baker Street, Holmes repartit aussitôt sans me dire mot de ses projets. A midi, il rentra et nous avons savouré un excellent repas préparé avec soin par Mrs Hudson. L'après-midi, Holmes le passa à compulser sa documentation et à fumer sa pipe. Au tea time, notre logeuse vint nous annoncer Mr Wiggins, le chef des irréguliers de Baker Street. Holmes se leva promptement et invita Wiggins et ses compagnons, meurtris par les morsures de l'hiver, à venir se réchauffer prés du feu crépitant. Holmes semblait satisfait du rapport que les irréguliers lui rapportaient. Il somma Mrs Hudson d'apporter aux pauvres petits bougres un goûter et un thé bien chaud. Mon ami me regarda et me dit:
- Watson, cette nuit nous sommes de sortie, couvrez-vous chaudement, peut-être faudra-t'il attendre
sous la neige qui recommence à tomber.
Tout cela m'intriguait mais je savais que Holmes, dans ces moments de dénouements préférés, proposait ces solutions après confirmation de celle-ci par des faits irréfutables. Je m'abstins donc de le questionner déjà.
Vers 23h, Holmes et moi-même nous enfoncions dans le quartier pas très fréquentable de East end . Sur le chemin je demandais à Holmes ou nous allions et pourquoi. Il m'expliqua alors les investigations de Wiggins. Et me dit que sur ses ordres Wiggins avait réussit à trouver une auberge du nom de « l'auberge du sanglier » tenue par un français - qui a l'habitude de louer ses chambres à des compatriotes peu recommandables - dans laquelle étaient arrivé hier en fin d'après-midi deux mangeurs de grenouilles. La bande de petit diable avait réussit à avoir leur nom : Cazeneuve et Bouffier. Holmes conclut qu'il n'y avait donc aucun doute sur le fait que la victime ait logé dans cette auberge. Nous allions donc essayer de trouver des indices dans sa chambre mais aussi d'intercepter le deuxième français, celui qui avait pris la fuite selon le témoignage de la prostituée. Nous arrivâmes devant l'auberge discrètement et nous nous sommes caché derrière des tonneaux face à l'auberge. De cette petite place nous pouvions observer toutes les allées et venues. Nous attendions que les derniers clients sortent et que le tavernier aille se coucher pour enfin entrer. Le chef de bande des irréguliers de Baker Street nous apprit que la chambre qui nous intéressait se trouvait en haut d'un escalier au bout de la bâtisse, en ligne droite par rapport à la porte d'entrée, le tenancier logeant lui sur une petite excroissance de l'auberge sur notre gauche. Toutes ces indications se révélant fortes utiles pour s'aventurer sans bruit dans la nuit en terra incognita. Vers 2h30 du matin, il n'y avait plus aucun signe d'activité. Holmes et moi, engourdis par le froid, entreprîmes de forcer l'entrée du lieu en toute illégalité, ce qui n'était pas la première fois et probablement pas la dernière.
Comme indiqué par Wiggins nous sommes allé vers l'escalier du fond après nous être assuré discrètement que le propriétaire des lieux dormait bel et bien à l'endroit indiqué. En haut des escaliers on trouva la porte de ladite chambre. J'avais pris soin de prendre mon revolver d'ordonnance, mon ami m'emboîta le pas et ouvrit la porte brusquement, la pièce était sombre et froide lorsque soudainement une masse sombre surgit de nulle part projeta Holmes de manière expéditive, je n'eus pas le temps de réagir et sans réellement comprendre ce qui m'arrivait je me retrouvais moi aussi à terre. Le temps de reprendre mes esprits et je voyais Holmes aux prises avec une inquiétante silhouette, c'était l'une des rares fois ou je voyais mon ami totalement maîtrisé par son adversaire, je m'empressais de saisir mon revolver et le pointa sur notre agresseur en le prévenant que j'allais faire feu.
Sur ces mots, il lâcha Holmes qui, tout en se relevant, me dit : «Watson ne tirez pas, je vous présente Daisuke, un japonais sur notre sol anglais pour retrouver un document ancestrale dérobé par Jules Brunet, ou tout du moins emporté durant son expédition japonaise. En résumé, Bouffier et Cazeneuve ont assassiné Brunet pour lui prendre le document et le revendre à un probable collectionneur londonien.
L'homme mystérieux répondit avec un fort accent en disant qu'il était surpris de voir que nous savions qui il était, alors que lui ignorait tout de nous. A ces mots, Holmes referma la porte et me demanda d'allumer une lampe, il remua en hâte le fourbi de la chambre et il sembla se satisfaire d'un télégramme posé négligemment sur la table au centre de la pièce. Pendant qu'Holmes s'agitait dans sa quête d'indice, on entendit du bruit dans la pièce du bas. Pour éviter toute confrontation nous avons préféré quitter les lieux par une petite fenêtre faisant face à la porte, Holmes la désigna comme étant la fenêtre que Bouffier emprunta pour échapper à la surveillance de Daisuke la nuit dernière. Tout en déambulant sur les toits jusqu'à atteindre la terre ferme, mon brillant ami qui manifesta une fois de plus sa remarquable qualité de raisonnement fit les présentations en bonne et due forme et m'expliqua de façon plus complète l'intrigue en question sous les assentiments étonnés de Daisuke.
- Rappelez-vous Watson, dans le journal de ce matin, vous m'avez évoqué l'absence de réponse de la police parisienne à l'assassinat de Jules Brunet, polytechnicien promotion 1857, qui fut envoyé au Japon pour une mission militaire française qui consistait à moderniser l'armée du Shogun.
Lors de l'entrée progressive d'autres fiefs dans le conflit, les puissances occidentales dont la France se déclarèrent neutres. Jules Brunet désobéit aux ordres, de par ces liens d'amitiés avec des chefs de guerre qu'il avait entraînée et son envie de continuer à aider le Shogun, qu'il avait d'après mes renseignements rencontrés au moins une fois, cette guerre fut un échec. Jules Brunet fut contraint de fuir avant la reddition sur un bateau français la « Duplex » ancré au large de Hakodate. Le gouvernement impérial réclama son arrestation. Il finit par rentrer en France et y est condamné par la cour martiale, à la fin de l'année 1869. Voilà ce que j'ai pu compiler avec des télégrammes envoyés à mes correspondants à Paris, mes propres archives et celle de la bibliothèque. Il est, dès lors, très probable que Brunet s'étant lié d'amitié avec ces samouraïs, ait reçu où prit des documents ou un petit objet précieux ancestral. Il est très envisageable également que ce dit objet lui fut dérobé à son tour, après avoir été assassiné par ses anciens acolytes, Cazeneuve et Bouffier, motivés par l'appât du gain d'un riche collectionneur londonien. Je dis documents ou petits objets, en raison du témoignage de la prostituée qui a vue Daisuke fouiller les poches de Cazeneuve. Pour être mis dans une poche cela ne peut qu'être un document où un petit objet. En observant les traces quadrillées laisser par les semelles il s'agissait donc d'une chaussure de paille où de corde tressée, et toujours d'après le témoignage de la prostituée, l'homme était bien habillé et n'avait rien d'un vulgaire assassin. Il semblait chercher quelques choses de précis et ne s'en tenir qu'a cette quête. Ce qui laisse donc supposer que le choix des chaussures est par envie, non par défaut. C'est alors que je consultai une vieille monographie que j'avais faite il y a un certains temps sur les traces de pas, et j'y avais mentionné ce type de chaussure dont m'avait parlé mon professeur de baritsu. J'ai ensuite consulter les listes des nouveaux arrivants de ces 2 derniers jours par bateaux en cherchant un nom Japonais et je n'en ai trouvé qu'un, par chance les Japonais ne voyagent pas en bande Watson ! Mais écoutons à présent Daisuke pour combler mes lacunes concernant ce mystérieux artéfact séculaire.
Daisuke poursuivit:
- En effet Mr Holmes, Jules Brunet avait en sa possession les Densho de Kukishiden ryu, une école d'arts martiaux fondée sous l'ère Kamakura par Izumo Kanja Yoshiteru, c'est pour mon clan un héritage inestimable qui ne peut être perdu, voilà pourquoi j'ai été envoyé chercher les densho. On avait perdu leur trace depuis quelques années lorsque le gouvernement Anglais, espérant ainsi favoriser les rapports commerciaux naissant avec le Japon, nous fit part de la présence des écrits à Paris détenus par Jules Brunet. Les français sont encore bien embarrassés par cette affaire alors qu'ils cherchent de bons rapports diplomatiques et commerciaux avec mon pays en pleine émergence. Eux aussi, au même titre que les allemands, les hollandais et les américains cherchent des contrats commerciaux avec mon pays.
Holmes m'a beaucoup aidé dans la traduction et la compréhension de l'environnement japonais, une fois de plus il m'a impressionné par sa culture et sa capacité rapide à chercher, puis engranger des informations. C'est jusqu'à présent la seule histoire où il a bien voulu m'aider dans mon récit. Les Densho sont des écrits transmis de génération en génération, qui rassemblent les techniques guerrières d'une école. L'ère Kamakura se situe à environ 1180 après J.C.
Une fois rentrée à Baker Street, nous allâmes nous coucher, il était bien tard et Holmes nous annonça de manière énigmatique que la nuit prochaine allait être la nuit où le rideau allait tomber sur cette affaire. Holmes dormit dans le canapé du salon et laissa sa chambre à Daisuke qui préféra dormir sur le sol, le matelas étant trop moelleux pour lui.
Le lendemain matin au petit-déjeuner, Holmes reçut un télégramme de son frère Mycroft, lui demandant de traiter son affaire orientale actuelle en toute discrétion, espérant qu'elle trouve une fin favorable à l'échange commercial naissant entre l'empire britannique et l'empire du soleil levant. Je demandais discrètement à Holmes ce qu'il comptait faire de Daisuke, après tout, il avait commit un crime. Holmes me répondit sereinement qu'au vu du message de son frère qui allait dans le sens de ses propres sentiments personnels, il n'était pas question de livrer notre nouvel ami à Lestrade. Je poursuivis en l'interrogeant sur la suite des évènements en supposant donc d'après sa réponse précédente que nous allions aider Daisuke à retrouver les écrits.
- Absolument Watson ! me dit-il sèchement.
- Quelle est donc la prochaine étape ?
- J'ai trouvé sur la table dans l'appartement des deux français, un télégramme où il était inscrit :
« Rendez-vous au lieu convenu ce soir à l'heure convenue. »
Suivi d'un post-scriptum : « N'oubliez pas de venir élégamment vêtu.»
- En quoi cela nous avance-t'il ? repris-je.
- En tout, Watson ! Nous connaissons, du coup, l'heure et le lieu.
- Je ne vois vraiment pas en quoi ces éléments lapidaires pourraient nous indiquer un lieu ni même une heure.
- Réfléchissez Watson, que diable ! Bouffier est étranger, il y a fort à penser qu'il ne connaît donc
pas Londres, ou du moins, c'est ce que pense notre acheteur, il propose donc un lieu de rendez-vous facile d'accès et connu. Notre acheteur est prudent, il n'a pas mentionné dans le télégramme les éléments précis du rendez-vous, mais il l'a fait alors que Cazeneuve et Bouffier étaient encore à
Paris. Je coupais Holmes brutalement, ne comprenant pas du tout où il voulait en venir :
- Mais justement ce n'est pas avec un habit de nanti qu'on passe inaperçu !
- ça dépend où, me répondit-il. Où pourrait-t-on passer inaperçu habillé en gentleman ? Parmi une foule de semblables, avec le même accoutrement et en extérieur, il est ainsi plus facile de se diffuser et de disparaître qu'en intérieur. Je viens de vous donner là Watson, le lieu et l'heure.
- Mais bien sûr ! m'écriais-je, au Théâtre Royal Covent Garden, il y passe ce soir un opéra italien, Quant à l'heure, comment savoir si ils ont rendez-vous au début où à la fin ?
- Il ne s'est pas précipité dès leur arrivée pour récupérer le document, poursuit Holmes, il veut être discret et prudent dans cette transaction, le télégramme énigmatique nous le prouve et il n'est pas à quelques heures prêt, de plus, c'est un connaisseur et homme de goût, adorateur de culture, en effet Watson, vous en conviendrez avec moi qu'il faut posséder une culture aiguisée pour rechercher ses Densho. J'en conclus qu'il ne voudra pas se couper de l'ambiance de l'opéra ni avant ni même durant l'entracte. Le faire au début n'est pas le moment où la foule du public en habit de soirée est la plus dense, mais bel et bien à la sortie. Ils ont donc rendez-vous à la fin de l'opéra dans un endroit délimité par la foule pour passer le plus inaperçu, et probablement, tout particulièrement là où la foule sera la plus dense, juste devant la sortie.
- Nous ne connaissons ni Bouffier ni l'acheteur comment les trouver dans cette foule ? dis-je?. C'est là le point délicat, je n'ai obtenu qu'une très vague description de Bouffier, trop banale pour nous servir la nuit tombé, il va falloir chercher quelqu'un qui regarde partout qui semble en situation d'attente, anxieux et oppressé par cette foule qui s'agite autour de lui, et enfin pour toute confirmation un fiacre qui ne semble pas connaître s'arrêter et le faire monter.
- Brillant, Holmes, brillant, m'exclamais-je sous le silence attentif et curieux de Daisuke qui écoutait interloqué les déductions de Holmes. Nous passâmes la journée paisiblement tout en se préparant à l'affrontement final, concluant cette affaire.
A l'heure de thé, notre ami japonais nous fit déguster du matcha, une variété de thé vert de la région de Nishio, il nous fit également l'honneur de nous initier à la cérémonie du thé. Daisuke nous expliqua qu'il n'arrivait pas à se faire aux chaussures occidentales, et c'est pour ça qu'il portait ces tabi et waraji, il voulait passer inaperçu et s'était, malgré son inconfort, résigné à porter le costume du gentleman anglais. En permanence avec lui à sa ceinture était dissimulé un wakisashi, arme utilisée contre Bouffier. Ce fut pour Holmes et moi-même un moment mémorable de tradition orientale.
Les tabi sont des sortes de chaussettes qui montent jusqu'à la cheville et séparent le gros orteil des autres. Elles se portent en intérieur sont souvent blanches où noires, en extérieur on porte en complément les waraji qui font office de semelle pour les longs voyages. Les waraji sont des sandales japonaises faites de corde de paille de riz. Elles sont composées d'une semelle et de lanières de corde, les lanières servant au laçage qui se fait autour de la cheville. Le wakisahi est plus petit qu'un katana (sabre japonais) il fait entre 30 et 60 cm, prévu pour être manipulé à une main. L'ensemble katana et wakisashi s'appelle le daisho.
Il était 19h30 quand Holmes décida de faire route vers Covent Garden afin de s'assurer que la rencontre n'allait pas se faire avant. Sur place, nous nous sommes dispersé et aucun de nous ne constata une potentielle entrevue. Nous avons donc attendu fébrilement 22h, la fin de la représentation. A la sortie on s'est dispersé sur le trottoir à l'affût de l'homme et de la situation décrite par Holmes. Je constatais une scène similaire assez rapidement, je cherchais du regard Holmes pour avoir son avis et je le vis surgir derrière moi en me confirmant mes soupçons. Nous entreprîmes donc de suivre discrètement le fiacre et de l'arrêter dans une rue plus lointaine. Nous suivîmes à pied la voiture roulant lentement sur environ 30 mètres, puis tournant dans une rue sur la droite, Holmes décida alors que c'était le moment d'agir. Je couru jusqu'à la hauteur du cochet à qui j'intimais vivement l'ordre de stopper le fiacre sous la menace de mon pistolet. Holmes et Daisuke se précipitèrent alors chacun à une porte latérale de la voiture. Daisuke reconnu Bouffier et l'extirpa de l'habitacle avec les Densho encore à la main. Holmes se débattait avec l'autre homme quand celui-ci le projeta à terre emportant au passage la porte latéral gauche. Surpris par cette projection violente de mon ami, j'eus un instant d'inattention que le cocher su mettre à profit pour fouetter les chevaux, à terre Holmes s'écria :
- Moriarty !! Watson, nous devons l'arrêter à tout prix...
Je reprenais mes esprits et voyais déjà le fiacre rouler à vive allure. Holmes et moi-même entreprîmes en vain la poursuite à pied, mais bien vite, nous nous sommes arrêté et nous nous vîmes forcés de constater qu'une fois de plus Moriarty nous échappait. En revenant sur nos pas, nous trouvâmes le cadavre de Bouffier. Daisuke se tenait debout à coté et rangeait précieusement ses Densho. Nous repartîmes tous les trois prestement, afin d'éviter toute explication avec la police pour les raisons évoquées plus haut.
Le lendemain matin à l'heure du petit déjeuner je découvris en ouvrant la porte du salon, Daisuke qui enseignait à Holmes des techniques de jujutsu. Ils avaient écarté le mobilier sur le coté pour bénéficier ainsi d'une grande surface d'entraînement. Je regardais, à l'écart, tout en dégustant le petit déjeuné que venait de m'apporter Mrs Hudson, qui semblait bien troublée par le nouvel usage du salon. Daisuke nous quitta vers midi pour commencer son voyage de retour chez lui. À son départ, Holmes me dit pensif, le violon à la main et le regard absorbé par la rue où tombait encore de gros flocons :
- Cette nouvelle panoplie de technique m'aidera peut-être lors mon affrontement final avec Moriarty.



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