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Accueil » Fictions » Les vers inconnus de la science
par
Thierry Gilibert
Ses autres fictions
Les vers inconnus de la science Janvier 21, 2008
Illustrations © Lysander


Certains d'entre vous, lecteurs abonnés aux publications mettant en scène mon ami, monsieur Sherlock Holmes, célèbre à plus d'un titre, dont un hélas posthume, se demandent sans doute comment pouvaient se remplir les espaces ménagés par le destin entre deux de nos mémorables aventures. Avec les larmes qui me montent aux yeux, et alors que la foule anonyme des rues de Londres agite d'un même mouvement une vaine protestation contre la fatalité, la ceignant d'un brassard noir de deuil, il me revient un souvenir poignant. Je ne peux me résigner à garder le secret sur cette affaire, ne serait-ce qu'égoïstement pour partager l'immense chagrin qui me broie le cœur ou pour répondre à l'une de vos implicites questions.
Souvenez vous de ce que je présentais en préambule de l'aventure du « problème du pont de Thor » : Isadora Persano le journaliste et duelliste bien connu fut retrouvé fou devant une boîte d'allumettes contenant un ver mystérieux que la science ignorait.
Ce que vous pouviez légitimement supposer jusqu'alors comme une histoire restant à raconter ne fut en fait que le fruit d'un innocent jeu de société entre deux vieux complices. Pour appréhender la signification de tout ceci, vous allez devoir décrypter le curieux langage des élucubrations ludiques dont Holmes et moi-même usâmes pour tromper notre ennui.
Laissez-moi vous servir de guide...
Tout d'abord, si vous convenez que le prénom d'Isadora n'est pas courant, vous savez sans doute qu'il est en vogue depuis la consécration d'Isadora Duncan : cette danseuse décriée par certains mais que personnellement j'encense pour sa beauté autant que pour son art sensuel.
L'origine du nom de Persano est moins connue. Carlo Pellion de Persano a été un politicien et un amiral , notamment commandant de la flotte italienne lors de la bataille de Lissa, qu'il perdit avant de tomber dans l'opprobre et l'oubli.
Pour le reste, les plus avertis parmi vous, savent déjà que je ponctue volontairement mes récits d'anachronismes ou d'invraisemblances, moins pernicieusement que pour aérer les tragédies transposées au moyen d'une « superficialité » bien commode. Vous ne serez donc pas étonnés d'apprendre qu'un des dialogues de « la boîte en carton » a été ainsi détourné. Je livre ci-après la version rétablie de ce dialogue et vous renvoie à son terme pour qu'un rayon de vérité transperce enfin la brume artificielle dont Isadora Persano s'enveloppa un temps.
Attrappez sans délai le fiacre de l'horloger universel sur le chemin du passé vers Baker street et parés du sortilège d'invisibilité que laisse le sillage de sa vitesse, soyez les témoins attentifs d'une situation peu banale...

Holmes me semblait trop absorbé pour bavarder avec
Moi, j'avais rejeté mon journal et, m'adossant sur ma chaise, j'étais tombé dans une profonde rêverie. Soudain la voix de Sherlock Holmes s'immisça dans mes pensées.
« Vous avez raison. Watson ! Me dit-il. C'est une manière tout à fait absurde de régler nos différends.
– N'est-ce pas ? Tout à fait absurde ! » M'exclamai-je.
Et subitement, je me rendis compte qu'il avait fait écho à ma pensée la plus profonde. Je me redressai et le regardai avec ahurissement.
« Qu'est-ce à dire, Holmes ? M'écriai-je. Voilà qui dépasse l'imagination. »
Il s'esclaffa bruyamment.

../..

–Vous avez lu dans mes pensées par le truchement de ma physionomie ?
– De votre physionomie, oui et spécialement de vos yeux. Peut-être ne vous rappelez-vous pas comment a débuté votre rêverie ?
– Ma foi non !
– Alors je vais vous le dire. Après avoir jeté votre journal, geste qui a attiré mon attention, vous êtes demeuré assis pendant une demi-minute avec une expression vide. Puis vos yeux se sont portés vers le portrait nouvellement encadré de l'amiral De Persano.
Et j'ai vu d'après l'altération de vos traits qu'un train de pensées avait démarré. Mais il n'est pas allé bien loin. Votre regard s'est dirigé presque aussitôt vers le portrait du cardinal Tosca qui est placé au-dessus de mes livres. Vous l'avez regardé attentivement, comme si vous essayiez de lire son caractère d'après ce portrait. Puis vous avez cessé de froncer le sourcil, tout en continuant de regarder dans la même direction, et votre visage est devenu pensif. Vous évoquiez la mort étrange du cardinal. Je savais bien que vous ne le pourriez pas sans songer à la mission consécutive que j'entrepris pour le compte de sa sainteté le Pape et dont je reviens tout juste. Je me rappelle votre indignation lorsque je refusais votre collaboration au prétexte que vos convictions religieuses conjuguées à vos délires d'écrivain ne feraient qu'embrouiller les fils d'un mystère dont la résolution ne requerrait qu'une bonne dose de cartésianisme et de froide justice. Je me rappelle encore votre feinte indifférence quand je vous fis part de mon échec, dupé que je fus par un tyrolien machiavélique. Quand, un moment plus tard, j'ai vu vos yeux s'éloigner du tableau, j'ai senti que votre esprit s'était plongé dans la bataille de Lissa que De Persano perdit contre d'autres autrichiens. Et puis, sardoniquement, votre physionomie s'est éclairée ; vous avez hoché la tête. Vous méditiez alors sur des horreurs : ma vanité, mon égocentrisme et la punition divine qui me ravala au rang d'un amiral transalpin déchu. Vous avez porté la main à votre carnet, et un sourire a flotté sur vos lèvres : j'en ai déduit que vous vous promettiez de casser le mythe du détective privé dont vous fîtes la renommée en publiant une fiction, version exagérément diffamante de ma mésaventure vaticane. Enfin votre regard s'est porté sur la une du Times donnant l'information de la prochaine représentation dans notre capitale d'Isadora Duncan, danseuse dont vous n'ignorez pas que contrairement à vous, je trouve ridicule et à la limite de l'obscénité. Vous avez eu alors la malice extraordinaire de combiner la science du déguisement qui me fit défaut en Italie à cette femme pour m'imaginer la proie d'un étrange ballet, vêtu de tissus transparents ne cachant rien de ma nudité. De nouveau vous fixâtes la toile représentant De Persano, offrande de monsieur Sydney Paget et un rictus vous avilissant, vous avez envisagé de demander à cet illustrateur de me caricaturer selon votre fantasme dans son prochain travail pour le magazine de vos exploits littéraires.
– Parfaitement exact ! Dis-je. Et maintenant que vous avez tout expliqué, j'avoue que j'en suis confus.

- Mon cher camarade et néanmoins adversaire d'aujourd'hui, si vous voulez absolument évacuer votre ressentiment à mon égard, je vous propose un duel sur votre terrain !
- Comment vous voulez me défier plume à la main ?
- Tout à fait Watson. Remémorez vous l'entrefilet du Times annonçant un concours de poésie sur les maux de notre société victorienne, et donc, si vous ne vous défilez, portons nous candidats. Le mieux classé des deux dans l'ordre des récompenses sortira vainqueur de notre sympathique affrontement, qu'en dites-vous ?
- Par dieu Holmes vous êtes fou mais j'accepte à la condition expresse que nous prenions des pseudonymes. Je tiens à garder intacte ma réputation de nouvelliste !
- Va pour les sobriquets, Sigerson La Science m'ira très bien !
- Et quant à moi... Ah ! Ah ! Je pense qu'Isadora Persano devrait m'aller comme un gant !
- Bravo Watson la vivacité de votre esprit de compétition fait des étincelles ! Mais qu'allez vous choisir comme thème pour vos vers ?
- Hum... La chirurgie plastique ou l'art décoratif moderne peut-être....Et vous ?
- Le spleen du cocaïnomane bien sûr. J'ai adoré la traduction française que fit Baudelaire des œuvres de Poe et compte m'en inspirer.
- Alors que le meilleur gagne Holmes, nous avons deux jours pour remettre nos compositions.
- Le jeu est en pied Watson, bonne chance vielle branche !

C'est en français que fut asséné ce bon mot par mon compagnon. Je maudissais vite ce dernier car je le vis s'enfermer dans sa chambre non sans s'être muni de son nécessaire à poison.
Une solution à 7% allait être sa muse. C'était proprement révoltant !
Quoi qu'il en fut, je reproduis ci-dessous nos odes respectives en commençant irrévérencieusement par la mienne. Je trouvais malin d'y mêler les deux sujets d'actualité, objets premiers de mes interrogations sociales du moment sous la forme parodique d'une fable de Jean de la Fontaine pour taquiner le gaulois penchant de mon colocataire....

Par Isadora Persano : Le siège assiégé

Il est ainsi des paradoxes
Quand le bois se meurt dans l'âtre
Que l'on puisse parler de feu de joie
Un feu devant lequel l'on suffoque
Ou l'on se sent las.
Et quand bientôt, les flammes se taisent,
La bouche de dragon sans plus de braise
Redevient avec les cendres, de pierre grisâtre.

Du fauteuil que l'on avait approché,
Il advient d'être la proie de l'ombre.
Bien que l'on ne voie son cuir basané,
L'on sait qu'encore la chaleur le cuit
Et que malgré l'obsédante pénombre,
Il fait bon y être blotti.

Puis, sans qu'elle sonne forcément
L'heure avance ses aiguilles et ses tourments.
Alors à la chaude lumière de la cheminée
Succède celle d'un froid plafonnier.
Soudain de la vision et de l'estime qu'on avait du fauteuil
Tout bascule !
L'on quitte ses bras puissants, l'on se recule,
L'on considère son siège d'un nouvel œil.

La déception se lit.
La surprise se fait lueur
Le regard s'étonne et s'agrandit
Pour s'avérer pleureur !
Le fauteuil n'est précisément pas beau.
La croûte est pelée, son teint plein de défauts.
Son fond même garde l'empreinte d'un bas du dos
Trahissant la fatigue qui l'a creusé.

Mais alors, que faire, que dire, qu'oser
Sans de se tromper prendre le risque ?
Peut-être faudrait-il le changer ?
Non ! Non ! Ce serait trop monstrueux, dramatique !
Pourtant si l'on y songe, serait-ce idiot
Puisque autrement l'on en perdrait le repos.

Finalement, la nuit portant conseil,
Surtout, cette nuit sans sommeil,
L'on se dit que si l'amour n'est toujours aveugle,
L'on s'attache facilement à un meuble,
Meuble où l'on s'est assis à satiété,
Où l'on a somnolé, sur les accoudoirs les poings fermés.
A son avis l'on aurait donc bien tort
De découcher, de renier ce décor.

Cependant, l'on veut corriger l'aspect !
Aussitôt pensé, accompli aussitôt !
L'on court chercher matière nouvelle,
L'on sort ses outils en vrai professionnel.
Enfin, le fauteuil a fait peau neuve.
Des larmes, les compliments pleuvent,
Et de s'asseoir revient l'envie.

L'électricité s'éteint, les bûches fument.
L'on ne tient plus debout, le joli tissu assume.
Mais peu à peu, le plaisir apparaît suspect.
Un instant plus tard, il disparaît !
Le fauteuil ne bruisse ni ne craque,
Son épiderme reste froid et muet.

Dès lors, l'on se sent patraque.
La gorge sèche, l'on se lève,
Et de rage, la glotte se soulève.
A réparer, l'on ne garde que l'erreur !
Presque fatale, presque ! A la bonne heure !
Car, l'enveloppe : chère, vieille et si tendre,
N'est ni vendue, ni tuée,
Ni jamais à prendre !
Maintenant, c'est l'évidence,
Il faut agir à rebours.
L'on use science et patience
Afin de dégrafer le velours
Et se reposer avec le vieux cuir.
Enfin le foyer se rallume !

Si pleine de promesses est l'assise
Que l'échine en soupire de grâce exquise.
Et tandis qu'en éventail au dessus du plancher,
Des pieds n'en finissent pas de s'ouvrir,
Sur le parchemin, les doigts sont des plumes
Qui écrivent leur gaîté !
Quant à la morale de cette fable, c'est un fauteuil
Qui s'y vautre et vous la prodigue...

Le confort n'est pas esthétique,
Il est intérieur !
Peu importe que les yeux vous piquent,
L'essentiel est dans la chaleur.
Désormais, sachez que la beauté que l'on brigue
N'est que le reflet naïf de l'œil
Et la laideur,
Le produit embué d'une myopie de cœur !

Savourez maintenant de par la fantaisie de :

Sigerson La Science : D'acuité en vacuité !

Donjon de l'Albion. Eden carcéral
Ta large douve, remplie de mystère et de brume.
A l'oeil, cette lumière que tamise l'amertume.
Pure et acre. Une larme. Sel et cristal.
Une perle sous la paupière.
Une goutte d'acide pour une bouche amère.
Insipide fumée de l'ennui.
Londres : capitale du mal endormi.

Le brouillard. Partout. Linceul de tous les esprits.
Esprits voyeurs de vapeurs et de suies.
Renifleurs de gaz et de puanteurs.
Esprits auditeurs des stridences du mouvement.
Manieurs de cendres, de boues de poussières.
Esprits viveurs. Cocaïnomanes à sept pour cent.
Doctes amis. Femme de coeur.
Finalement fantomatiques adversaires.

Des araignées. Plein Baker street.
Chez moi. Au coin de mon regard oblique.
Là. Parmi l'hétéroclite.
Entre pipettes et alambics.
Et sans cesse cette danse effrénée.
Tarentelle de l'arantèle. Hommage hallucinatoire
Pour feu l'empereur de la malignité.
Mon seul ennemi : un paradoxal désespoir !



Conformément au règlement du concours, le Times publia les résultats une semaine après la date butoir du dépôt des œuvres des participants. De très loin, d'après le rédacteur en charge de l'article, les lecteurs, arbitres votants de la joute poétique, à ma stupéfaction la plus totale, avaient victorieusement plébiscité Isadora Persano, lui faisant un vrai triomphe.
Sigerson La science n'avait pas démérité et se classait en dixième position sur quatre cent cinquante rimailleurs.
- Bravo cher ami, je n'ai jamais douté de ma défaite ou plutôt de votre succès devrais-je dire !
Holmes m'adressa ces félicitations du bout des lèvres visiblement très désappointé. Nous étions alors en train de prendre un petit déjeuner succulent riche des prouesses matinales de Mrs Hudson et mon appétit comme mon humeur étaient au beau fixe, tranchant singulièrement avec la pénible moue d'un compagnon littéralement défait, moue dont l'inusable robe de chambre semblait faire sienne tant elle paraissait tirebouchonnée.
- Allons Holmes soyez beau joueur, notre lutte était purement symbolique.
- Cher Watson ! Quand je sollicite votre avis sur un cas puis que je souligne vos erreurs en mettant en exergue mes talents déductifs, ne vous sentez vous pas souvent vexé ?
- Euh si je l'admets...
- Et bien à fortiori bien que ça ne soit pas ma partie, quand après avoir mis tout mon cœur voire un peu plus dans quelques lignes et que le fruit de mes efforts fond comme neige au soleil, ce soleil rayonnant de la plume de celui qui se targue d'être mon biographe, cela me donne quelques aigreurs dont je me passerais bien, voyez-vous ?
- Ne serait-ce pas plutôt la jalousie qui vous taraude ? J'ai gagné un séjour d'un week-end à Paris, ville des poètes s'il en est. Soit, je n'aurais pas la chance de loger à Montmartre, mais le petit hôtel de l'avenue de Wagram qui m'est promis fera mon affaire ! Au fait vous aussi avez eu un prix n'est-ce pas ?
- Je vous l'échange volontiers docteur, admirez cette fabuleuse boîte de tabac à pipe Prince Albert assortie de sa joyeuse boîte d'allumettes ! A quoi tout ça rime-t-il je vous le demande Watson ?!
- Je vous le répète soyez beau joueur, allez je fais un geste, j'accepte le cadeau de la boîte d'allumettes contre un bibelot pittoresque de la ville lumière, que je compte vous rapporter !
- Marché conclu l'artiste déclara Holmes. Il le fit à mon grand soulagement sur le ton enjoué que j'affectionnais lui entendre utiliser.

L'issue de cet épisode vint avec ma visite en une petite boutique de Pigalle dont le nom anglais : Chez Dickson, m'avait intrigué, et dans laquelle je repérais une casquette, à la « Rouletabille » que j'imaginais déjà remplacer avantageusement une satanée deerstalker sur la précieuse tête d'un certain détective. Ravi de ma trouvaille je l'achetais et pour prolonger le bonheur de l'instant, m'asseyais sur un banc public avec la volonté ô combien simple d'assouvir l'envie de fumer une petite pipe.
Extirpant de ma poche la boîte d'allumettes, trophée insolite dédié à la seule envolée lyrique qui anima à ma connaissance, monsieur Sherlock Holmes, j'en ouvrais le tiroir de carton et poussais mon juron préféré en renversant son contenu sur le pavé. Avant de me pencher pour réparer ma bévue, je maudissais ma maladresse, ahuri devant la boîte ouverte. Les yeux soudain écarquillés par la surprise, et sans retenue aucune, je me fendais d'un fou rire inextinguible à la vue de la formule publicitaire minutieusement tracée en lettres minuscules au fond de la boîte :

Messire point besoin maintenant d'être grand clerc
Pour deviner qu'il faut racheter des allumettes L'éclair !

Rentré à Londres, et après avoir été complimenté par Holmes et Mrs Hudson (que je n'avais pas oubliée) pour mes modestes présents, je narrais à mon ami la désopilante farce que le hasard me joua au sortir de « chez Dickson ». Je ne résistais pas à narguer Holmes en modifiant quelque peu le slogan déclencheur de ma joie en :

Messire point besoin maintenant d'être détective ou poète
Pour deviner qu'il vous faut racheter des allumettes !


Après avoir ri de bon cœur à ma plaisanterie, Holmes me suggéra ensuite au détour de la conversation, de fil en aiguille pourrait-on encore écrire, de pimenter mes récits par une forme de publicité sibylline, sorte de leurre annonçant la rédaction ultérieure d'une histoire au parfum sensationnel. J'adoptais bien vite cette idée et ainsi en introduction du « problème du pont de Thor », de la même façon que j'avais modifié le slogan des allumettes L'éclair, je transformais
La vérité à savoir : « Isadora Persano alias John Watson, écrivain réputé pour ses duels verbaux avec son colocataire fut pris de fou rire devant une boîte d'allumettes contenant des vers facétieux que La Science Sigerson alias Sherlock Holmes n'allait pas longtemps ignorer » ; en :
« Isadora Persano le journaliste et duelliste bien connu fut retrouvé fou devant une boîte d'allumettes contenant un ver mystérieux que la science ignorait !»

Chers et estimés lecteurs vous voici rendus à la fin de l'explication de notre petit secret.

Sherlock Holmes par bien des côtés était un personnage déroutant. Que notre association fut émaillée de bizarreries telles que je viens de vous conter ne vous choquera pas outre mesure. Ne gardez en synthèse de ce texte que la preuve de l'incroyable complicité qui nous unissait, joyau aux mille facettes que je vous laisse partiellement contempler (en attendant des jours meilleurs) pour vous remercier de votre soutien, dérivation indispensable à la peine qui m'accable. Jamais Sherlock Holmes ne réussit à faire de moi un apprenti détective digne de ce nom, cependant retenez que la plus formidable déduction à laquelle j'ai abouti fut que cet excentrique incontestable était le plus génial des amis.



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