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Accueil » Fictions » 3 Histoires parodiques
par
Max B.
Ses autres fictions
3 Histoires parodiques Janvier 15, 2008
Illustrations © Lysander


De la renaissance du thugisme dans le Royaume-Uni sous l'influence déléterre du professeur Fumarty

Mr Homes,
Rendez-vous sur le quai Daybrum ce soir à minuit. Il s'y passe des choses mystérieuses en lien avec le Pr Fumarty.
Signé: Un ami qui vous veut du bien.


Homes relut cette lettre anonyme qu'il venait de trouver glissée sous sa porte. Peut-être était-ce une blague, et pas de très bon goût, mais même s'il y avait qu'une chance sur cent que celà aboutisse à quelque chose de concret, le jeu en valait la chandelle* Le professeur Fumarty était un danger pour l'ordre et la sécurité du Monde civilisé sur lequel il rêvait de régner sans partage. Et nul à part lui, Homes, n'en avait conscience ! Les hautes autorités, dûment informées par ses soins, l'avaient poliment éconduit, non sans un petit sourire moqueur, lui conseillant gentiment de prendre un peu de repos. Même Watdaughter, l'ami fidèle, le compagnon des bons comme des mauvais jours ne l'avait pas pris au sérieux et avait prétexté des journées chargées suite à une épidémie galopante de gastro-entérite ! Qu'importe, il sauverait l'humanité envers et contre tous, quelque soit l'ampleur de sa tache ! De tout temps, les génies ont toujours été incompris et désespérément seuls !!
Il consulta sa montre. Onze heure et demi, il avait tout juste le temps de faire le trajet. Enfilant un vêtement de pluie car l'averse menaçait, il prit sans plus attendre le chemin des docks. Après avoir marché d'un bon pas, il arriva à bon port* à minuit moins cinq. Le quai Daybrum, désaffecté depuis quelques années, était sinistre à en glacer le sang dans les veines. Un terrain vague jonché d'ordures d'un côté, sur le fleuve une péniche délabrée qui servait apparemment de refuge à des clochards et à d' autres exclus de la société.. Tout sentait l'abandon, la misère. Sortant on ne sait d'où, quelques rats faméliques détalèrent en couinant à son approche. Plus loin, Homes manqua trébucher sur un corps étalé sur les pavés gras. Il posa un genou en terre pour l'examiner. C'était un marin ivre-mort qui venait sans aucun doute de boire sa solde dans le bar sordide qu'on devinait dans le brouillard poisseux et d'où émanaient les échos sombres d'une musique funèbre.
Tout autour de lui n'était que ruine et désolation !! C'est alors que, sortant de derrière une caisse qui les dissimulait à sa vue, deux silhouettes que les ténèbres nimbaient d'une aura de mystère se dirigèrent dans sa direction. Dans la lumière chiche qui émanait du bar à matelots où ne restaient que quelques épaves abrutis par l'abus du mauvais gin, Homes vit qu'il s'agissait de deux hommes qui semblaient animés d'intentions belliqueuses. L'un d'eux, un marin au vu des tatouages qui recouvraient ses bras aux muscles noueux, tenait dans sa main droite un coutelas au manche ouvragé et à la lame courbe sur laquelle la lune se réfléchit un court instant. Son regard fixe et inexpressif, avec ses yeux qui ne cillaient jamais, ses mouvements raides et saccadés, étaient caractéristiques des Ravish-Ankars, ces morts-vivants que Fumarty utilisait pour ses sales besognes ! L'autre, Homes l'identifia au premier coup d'oeil, était Deb Khumar Mukherjee, le chef spirituel du Thugisme en Angleterre et accessoirement bras droit du Napoléon du crime. Même s'il n'était apparemment pas armé, Homes savait que, des deux, ce serait, et de loin, son plus dangereux adversaire ! Il était doté d'un réel talent d'hypnotiseur qui l'avait fait surnommé "le cobra" et on ne comptait plus les volontés qu'il avait brisées par le seul magnétisme de son regard de braise !!(1)
Homes regretta fortement de ne pas avoir pris la magnifique canne-épée que Watdaughter lui avait offert pour son anniversaire, le 26 juin dernier ! Il regarda rapidement autour de lui. Toute fuite semblait impossible ! Il était dans une impasse qui se terminait par un mur trop haut pour être franchi rapidement. Des deux côtés, de sordides habitations, des maisons borgnes dont il savait bien que les habitants, déchets de l'humanité abrutis par l'alcool et la drogue, êtres apeurés qui tremblaient au seul nom de Fumarty, ne pourraient lui être d'aucun secours ! Il se campa solidement sur ses jambes, muscles bandés, poingts serrés devant son visage, quand l' Hindou, avec un sourire montrant ses muqueuses rougies par l'usage du Bétel, lui dit :
« N'ayez pas peur, gov'nor, on n'vous veut pas d'mal, on voulait juste un peu d'feu pour s'fumer un p'tit bidies ! »
Homes, rasséréné, se fit la réflexion que la cocaïne le rendait bien parano ces derniers temps et qu'il était temps qu'une affaire vienne se présenter, sinon il allait finir par devenir patient de ce docteur Ziggy dont Watdaughter lui parlait beaucoup depuis quelques mois.

* En français dans le texte.
(1) Quelques années plus tard, repenti, Mukherjee écrira ses mémoires sous le titre de "Chronique des années de regard de braise".


Le neveu de Mme Montgomery, fantaisie anhéroïque sur une musique de Rameau

Je prends moi-même la plume pour relater cette courte histoire car je suis bien persuadé que mon cher ami Watdaughter ne le fera pas, et vous comprendrez aisément pourquoi en lisant ce qui suit ! Cette affaire, ou plutôt cette anecdote car il ne s'agit, vous allez le voir, nullement d'une enquête, se passa dans les premières semaines de l'année 1913, pendant la période trouble qui suivit l'énigme du scaphandrier du Ben Nevis. Etrange affaire dans laquelle un homme fut retrouvé mort par noyade dans un scaphandre parfaitement étanche au sommet du point culminant des Grampians, très loin du plus proche point d'eau !
. Cette enquête aboutit à un dénouement qui dépasse ce qui peut humainement se concevoir pour un esprit un tant soit peu rationnel et je pense que Watdaughter en fera un compte-rendu par ailleurs, compte-rendu bien entendu comme toujours pas très fidèle. Mon ami n'a jamais su brider sa tendance naturelle à l'outrance et au lyrisme, enjolivant ses récits de mille détails oiseux, me prêtant souvent des sentiments et des pensées que je n'ai pas, mais qu'il aurait peut-être souhaité être miens.
L'inaction qui suivit cette étrange affaire fut d'autant plus dure à supporter que l'enquête avait été trépidante et riche en rebondissements de toutes sortes. J'eus alors recours, comme trop souvent dans ce cas de figure, à la cocaïne, une solution à 7% que, certes, ce cher Watdaughter diluait de moitié, mais comme je doublais les doses...
Mais venons-en aux faits.
Ce jour-là, je m'étais absenté de notre home de Butcher Street pour m'en aller récupérer mon violon que j'avais donné à réparer chez un luthier de Blackchurch qui était le nec plus ultra en ce domaine. M'apercevant au bout de 10 minutes que j'avais oublié mon chéquier dans le tiroir de mon secrétaire, je revins sur mes pas.
Mme Montgomery m'ouvrit la porte car j'avais également oublié mes clés. Elle eut l'air pour le moins surprise de me voir, et j'eus le très net sentiment que mon retour intempestif la mettait fort mal à l'aise.
- Mr Homes, nous ne vous attendions pas si tôt ! articula-t-elle laborieusement.
Puis elle répéta la même phrase un ton plus haut avec un regard désespéré vers la porte du salon.
J'avais vraiment l'impression d'arriver comme un chien au milieu d'une partie de cricket. Ecartant Mme Montgomery doucement mais fermement, je poussai la porte. A ma grande stupéfaction, je vis Watdaughter en grande conversation avec un être outrageusement fardé, portant des vêtements aux couleurs criardes et des chaussures d'une longueur telle qu'elles auraient pu lui permettre de dévaler des pentes enneigées sans utiliser de skis. Mon ami, après un petit cri de surprise, arbora la mine penaude de l'enfant pris en faute. Quant à notre logeuse qui était restée sur le pas de la porte, elle triturait le bas de son tablier de fine batiste tout en se balançant d'un pied sur l'autre
- Que signifie ceci, Watdaughter? questionnai-je, à la fois intrigué par cette situation et amusé par l'embarras manifeste de mon ami et de ma logeuse.
- Euh, Homes, il va falloir que je vous explique... c'est compliqué... temporisa-t-il d'une voix chevrotante. Par où commencer….
- Watdaughter, vous avez ce regard fuyant vers la gauche qui vous trahit lorsque vous vous apprêtez à mentir. Qu'y-a-t-il donc que je ne puisse entendre ?
Pendant ce temps, le clown essayait de passer inaperçu, ce qui, vu son accoutrement, n'était pas une mince affaire !
- Et bien, Monsieur, l'apostrophai-je, qui êtes-vous et que venez-vous faire ici? Avez-vous une quelconque affaire à me proposer ? Elle serait la bienvenue, je puis vous en assurer !
L'homme s'inclina devant moi d'une manière outrée qui frisait l'insolence
- Je me présente, Samson Zavaglione. Point n'est besoin de vos extraordinaires facultés de déduction, Mr Homes, pour voir que je suis clown !
Watdaughter, que je n'avais pas vu aussi gêné depuis que je l'avais surpris en tenue légère avec Mme Detrales (laquelle brandissait une souple cravache de cuir au-dessus du postérieur de mon ami et s'apprêtait apparemment à l'en flageller),Watdaughter, disais-je, avait par mimétisme adopté le même balancement que Mme Montgomery tout en se frottant nerveusement les mains l'une contre l'autre.
- Homes, je crois qu'il va falloir que je vous explique...
- En effet, il me semble qu'une explication est nécessaire !
Poussant un soupir déchirant, mon ami, sans me regarder, entama sa confession.
- Mon cher Homes, il ne vous a sans doute pas échappé que ma clientèle, lassée de mes absences répétées lors de nos enquêtes, a préféré s'adresser à mes confrères ! Notez que je ne m'en plains pas, les sempiternelles maladies que je rencontre dans ma pratique quotidienne finissent par me lasser. Mais ma pension militaire ne me permettant pas de vivre décemment et mes économies fondant rapidement, j'ai du trouver une solution ! C'est alors que Mme Montgomery m'a présenté cet homme qui se trouve être son neveu. Mr Zavaglione a une excellente réputation dans le monde du spectacle. Depuis peu, il a beaucoup de mal a renouveler son répertoire et il cherchait quelqu'un qui puisse écrire pour lui de petites saynètes. J'ai alors eu l'idée d'une association dans laquelle nous trouverions tous les deux notre compte. Moyennant un honnête pourcentage sur son cachet, je mettais ma plume à sa disposition ! Et depuis six mois, notre collaboration est plus que fructueuse et la salle où il se produit ne désemplit pas !
Le regard toujours fuyant de Watdaughter m'incita à lui demander plus de précisions.
- Et qu'écrivez-vous donc, mon cher ? J'espère que vos textes n'offensent pas cette pudeur qui plus tard sera qualifiée de victorienne !
Alors, avec un long soupir, il se jeta à l'eau et bredouilla sa confession :
- Et bien voilà, mon cher Homes, j'écris des sketchs inspirés par nos aventures. Mais rassurez-vous, j'ai modifié nos noms ! Nous apparaissons sous les pseudonymes de Shermes Hollock et John Sonwat !!
- Pseudonymes bien transparents, mon cher Watdaughter ! Et que racontent vos sketchs ?
- Et bien, par exemple, "L'aventure du 4/4 disparu" raconte le vol d'un gâteau, un 4/4 comme l'indique le titre, gâteau confectionné par Mme Montgomery, que j'ai baptisée Mme Hounds à la scène. Quant à "Lucien des Baskervilles", je l'ai écrit avec un copain de Zavaglione, un "pote" , comme il dit, appelé Franck Margerin. " Le litre de rouquin" est un drame naturaliste à la Zola sur les méfaits de l'alcool, "L'allée de la voile et de la vapeur" se passe dans les milieux gay ! Je préfère vous taire ce que j'ai écrit à partir du "Vampire du Sussex" car je crains que votre pudibonderie naturelle en soit fort effarouchée ! Et Zavaglione joue même une saynète sortie de A jusqu'à Z de mon imagination, "Le mystère de Tarl House", qui m'a été inspiré par la vie édifiante de l'acteur Jéremette Bry !
La suite se trouve dans les carnets de Watdaughter où on trouvent ces quelques mots :
Quelques jours plus tard, en me levant, je trouvai Homes penché sur son bureau, apparemment absorbé par une tâche très sérieuse ! Il m'appela, je m'approchai. Et à ma grande stupéfaction, je vis alors en quoi consistaient ses travaux. Il y avait trois feuilles de papier devant lui. Sur chacune, un synopsis. L'un avait pour titre "Le pouce de l'ingénue", un autre "Les Holmes dansants" et le dernier "Un scandale en BM".*

* Anachronisme, la firme allemande BMW fut créée en 1916 ! Décidément, le continuum spatio-temporel est une vraie passoire !


De bien tristes sires dans le cabinet des figures de cire

Ce jour-là, j'avais fini de visiter mes patients plus tôt que prévu. Comme ma dernière consultation m'avait conduit non loin de Butcher Street et comme ma femme était partie passer quelques jours au chevet d'une parente malade, je décidai d'aller me replonger pour quelques heures dans le bain de jouvence que représentait pour moi chacune des rares incursions que j'effectuais dans le logement que j'avais partagé pendant quelques années avec Dearwreck Homes.
Mme Montgomery fut si contente de me voir qu'elle sortit un peu de sa réserve habituelle et me confia qu'elle était très inquiète pour mon ami. Elle me fit entrer sans même m'annoncer. Un feu brûlait dans la cheminée du spacieux salon qui était dans la pénombre, éclairant par intermittence les boiseries de chêne et les meubles massifs. Me dirigeant vers la plus proche fenêtre, j'écartais les rideaux. Dehors, le vent soufflait fort, venant parfois faire crépiter la pluie battante contre les carreaux. Dans la faible clarté, je regardais alors Homes, et je compris l'inquiétude de mon ex-logeuse. Il était prostré dans un fauteuil, le regard fixe, et pendant une fraction de seconde, la lividité de son teint et la couleur bleue de ses lèvres me firent craindre le pire. Il me revint alors avec violence un rêve récurrent qui m'avait laissé tremblant dans ma couche une bonne dizaine de fois ces dernières semaines : Homes était mourant, empoisonné par une substance dont je possédais l'antidote, mais alors que je me dirigeais vers lui pour le lui faire ingurgiter, mes jambes se tétanisaient et je ne pouvait plus avancer.
- C'est vous, Watdaughter ?
Ces mot, prononcés d'une voix à peine audible me rassurèrent. Je m'approchais pour l'examiner et saisit son poignet pour prendre son pouls. D'un mouvement vif et dédaigneux, il se dégagea.
- Allons, Watdaughter, gardez çà pour vos patients ! Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais parfaitement bien
- Non, Homes, je ne pense pas que vous allez bien ! Vous êtes dans cet état qui suit chez vous une consommation effrénée de cocaïne. Vous savez très bien que ce poison, qui produit chez vous une exaltation de l'humeur et un sentiment de toute puissance, provoque, dès son arrêt, une profonde dépression doublé d'un sentiment d'indignité !
- J'en ai besoin, Watdaughter, j'en ai besoin ! Lorsque aucune affaire ne vient se présenter, la vie me semble si peu digne d'être vécue !
Et vous vous dîtes : "A ce moment précis, comme par hasard, quelqu'un va venir proposer une affaire intéressante à Homes. Un peu gros comme ficelle !"
C'est pourtant exactement ce qui arriva. On sonna et Mme Montgomery vint nous annoncer un visiteur qu'elle introduisit. Mon ami sembla reprendre vie et se redressa. Le regard, éteint jusque là, s'anima ! Entra alors un homme d'une banalité affligeante. Rien chez lui ne semblait devoir retenir l'attention, ni son physique passe-partout, ni ses vêtements d'un gris très sobre. Rien n'émanait de lui ! Je n'avais que rarement vu un visage aussi peu expressif, un visage que l'on oubliait à peine ne l'avait-on plus sous les yeux. Comme il semblait extrêmement fatigué, nous le priâmes avant tout de s'asseoir dans un de ces confortables fauteuils de cuir fauve qui meublaient notre salon.
Mme Montgomery frappa et, à l'invitation de Homes, entra et lui remit un pli qu'il parcourût d'un oeil distrait .
- Je verrai çà plus tard, dit-il en posant le pli sur une table basse. Quel est le motif de votre visite…. Mr Harrison ?
J'étais stupéfait ! L'inconnu -qui ne l'était apparemment pas pour Homes- ne s'était pas présenté ! Comment mon ami savait-il son nom ?
L'homme eut un petit sourire las et amusé :
- J'ai remis mon manteau et mon chapeau à votre gouvernante, mon nom est brodé sur la coiffe ! Elle l'a écrit sur le pli qu'elle vient de vous remettre ! Enfantin !
Homes regarda l'homme comme j'aurais souhaité qu'il me regardât parfois, c'est-à-dire avec ce qu'il me sembla être de l'admiration. Quant à moi, je n'étais finalement pas mécontent de le voir pris en défaut !
- Mais bon, continua Harrison, assez perdu de temps, il faut que je vous expose le but de ma visite. Voilà, je dirige un cabinet de figures de cire. Dans une salle consacrée aux grands détectives, nous avons la statue de Sherlock Holmes, ainsi que celle du Dr Watson, et celles de quelques figures épigoniques : Herlock Sholmes, Loufock Holmes, Fleshwreck Heaulmes, Harry Dickson, et d'autres.... Or, ces derniers jours, des visiteurs ont mutilé ces statues, coupant une main à l'un, les oreilles à un autre, entachant leur vêtements de peinture indélébile. Et ils ont signé leur méfait d'une inscription à la peinture rouge sur un mur: VENGEANCE ! A part moi, il y a juste un employé, nous avons cinq salles et il ne peut toutes les surveiller correctement.
- Et toutes les figures ont subies des outrages ?demanda Homes.
- Seules celles de Sherlock Holmes et de Watson ont été épargnées, je ne sais pas pourquoi.
Homes prit cet air entendu qu'il savait rendre si exaspérant.
- Je crois que cette affaire sera vite réglée.
A sa demande, nous convînmes de nous retrouver là-bas le lendemain peu avant l'ouverture.
A ma grande surprise, l'employé s'avéra être un ancien compagnon d'arme, blessé comme moi à la bataille de Verdun. Nous échangeâmes quelques souvenirs dont l'évocation de certains devant Homes, qui en eut l'air pour le moins amusé, me fît rougir.
- J'imagine que pour vous, Watdaughter, cet homme ne saurait en aucun cas être soupçonné, et que vous garantissez son intégrité ! affirma-t-il plus qu'il ne questionna.
Après avoir réfléchi quelques instant et s'être concerté avec Harrison, Homes me demanda de me déguiser en statue et de passer la matinée à observer ce qui se passait. Cela ne m'enchantais guère, mais je n'ai jamais rien pu refuser à mon ami. Je revêtis donc un habit d' Arlequin aux couleurs si éclatantes qu'elles auraient pu provoquer une crise chez quelqu'un atteint du haut mal. Je me postai ensuite dans un coin chichement éclairé pour ne pas éveiller les soupçons, pendant qu'Homes et Harrison allaient dans le bureau de ce dernier.
Mon attente ne fût pas longue. Un quatuor d'individus au comportement suspect attira rapidement mon attention. Pendant que les trois autres regardaient aux alentours, l'un d'eux s'approcha subrepticement des statues de cire. Sortant un couteau de sa poche, il entreprit d'entailler leurs vêtements, les réduisant rapidement en charpie ! Je bondis alors de mon coin d'ombre tout en appelant mon ami aussi fort que je le pouvais !
- Misérables, arrêtez ! les exhortai-je. Homes, je les tiens !
Homes arriva rapidement et les mit en joue avec son revolver. Les quatre hommes ne firent même pas mine de résister et, à la demande de mon ami, s'alignèrent docilement contre le mur.
- Mr Harrison, permettez que je vous présente le gang des "anti-pastiches". Ce sont des Holmésiens français qui ne jurent que par Le Maître! On en a beaucoup parlé ces derniers temps dans les journaux d'outre-Manche. Ils détruisent tout ce qu'ils estiment être une atteinte à son Image ! Pastiches, goodies, statues en la circonstance...
L'air bravache, l'un d'eux, fièrement cambré, apostropha mon ami avec insolence.
- Je le ferai encore si j'avais à le faire ! affirma-t-il avec des accents très cornéliens, De toute façon, pour nous, Mr Homes –et il chargea sa voix de tout le mépris dont il était capable en prononçant ce nom- vous n'êtes qu'un… ersatz !
Homes le regarda sévèrement.
- La France demandera sûrement votre extradition. Je crois que quelques années de bagne dans l'enfer de Cayenne vous feront un peu réfléchir et vous amèneront à plus de tolérance ! Et quand vous reviendrez en France, ce beau pays qui est ma seconde patrie, trouvez un moyen plus positif de servir Sherlock Holmes !
Ainsi finit cette courte affaire qui me vit me déguiser en cette papillote géante qu'on appelle un Arlequin. Je m'étais déjà déguisé en saucisson brioché dans l'affaire du charcutier fou de Soho, en réverbère dans l'affaire du caniche mutant de Serpentine avenue (ce qui me valut de me faire copieusement compisser par ce charmant animal) et en ballerine dans l'affaire du Sumatra de l'opéra. Ah, la vie aux côtés de Homes n'est pas toujours facile, cependant, je ne changerais ma place avec personne, non, avec personne.



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