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Accueil » Fictions » La Faculté des métamorphes romanesques
par
Thierry Gilibert
Ses autres fictions
La Faculté des métamorphes romanesques Novembre 29, 2007
Illustrations © Lysander


Ce matin-là assis sur les bancs de la faculté des Sacrés Usurpateurs d'Idoles Feuilletonesques (la SUIF académie pour les cochons d'habitués comme notre Mask !), je chantonnais :

Des yeux vifs, un nez aquilin
Un menton carré qui souligne sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
D'un grand homme au mètre quatre-vingts !

Quand il ne prend pas d'tabac,
Il se pique le bras
Pour voir la vie en rose,
Il déduit le tout d'un rien
C'est un vrai magicien,
Lestrade en sait quelque chose !
Son entrée dans la rue Baker,
Y met 221 b(bé) bonheurs
Dont je couche la prose,
Watson, c'est moi
Lui c'est Holmes le Génie
Stamford me donna
Ce limier pour ami !
Et dès que lui m'aperçoit
Alors je sens avec émoi
Qu'il lit en moi !


Tout ça pour impressionner la filleule qu'on m'avait confiée : Gorilla Scout, la bien nommée.
Cette jeune femme, loin d'avoir le physique d'une velue primate, était d'une beauté GraceKellyenne et se piquait de fanatisme pour deux personnages qui firent les beaux jours d'Hollywood : King-Kong et Sherlock Holmes ! D'où son étrange pseudonyme ! Ça tombait bien, car l'hôte de Baker Street était un modèle courant d'emprunt pour mes batifolages dans l'au-delà plumitif.
J'avais commencé par me présenter en lui racontant mes exploits de la veille (voir le récit de « l'école des Caméléons livresques »), ce qui la fit s'esclaffer dans un premier temps puis réfléchir dans un second. Au terme de sa cogitation, accoucha-t-elle de la pertinente question :
- C'est bien joli ton laïus mais ça s'rait pas du bobard ?
- Ben pourquoi tu dis ça Ouistiti-le-louveteau, la charriais-je ?
- Comment as-tu fait pour sortir de ta poche le carnet de Watson ? Celui qu'il utilisa pour raconter la saga du « tueur au Deerstalker ». Alors que tu t'évanouissais dans les vapeurs de combustion de la Ouais-cuvée, l'aventure se terminait à peine et matériellement monsieur le « gagne-pain » de Conan Doyle n'avait pas la possibilité d'en coucher l'intégralité par écrit !?
La « petite », en employant l'argot des spécialistes de l'emprunt corporel à la banque du conte, frimait un max ! La Ouais-cuvée était synonyme de W-Q-V, initiales de Dominic Weiss-que-vaille, le manitou concepteur du composé magique indispensable à nos chevauchées prosaïques.
- On voit que t'es novice simiesque majorette, lui rétorquais-je, je ne peux te répondre car nos cavalcades homériques ne laissent aucun souvenir afin dit-on de ne pas fragiliser la trame spatio-folliculaire. Cependant tu sais qu'il est impératif avant toute épopée hyper-scripturale de déposer un plan d'aventure, au bureau des Voleurs d'Ames de Personnages Expressément Utilisés en Rituel Savant (autrement dit l'office des Vapeurs). Or en consultant son registre, il me suffisait de suivre mes traces à reculons sur le tissu des scribes de la geste spoliée et de me glisser dans la peau de Watson pour lui extirper le fruit de sa récente écriture. Le rapport de fin d'odyssée inter-opus ou post-tomatique est aussi obligatoire en ces murs, tu dois le savoir.

- Comme de bien entendu cher Duclampin! Ou élémentaire-ROAARR ! Pour employer mon expression favorite commenta la belle arrivante avant d'exploser de rire !

Le tintement de la cloche annonçant l'imminence des cours retentit soudainement coupant court à nos envolées spirituelles.
A notre grande surprise, ce fut Lex Le Hic l'appariteur qui nous apparut alors que nous attendions Papa Pipenbec.
Lex Le Hic, le parolier du silence comme je le surnommais était un curieux homme à la langue mal pendue qui ne s'exprimait que par bribes voire par onomatopées.
Il ouvrit la bouche suspendant dans son vol la course des nuages, insignifiante conséquence de l'interruption de la rotation terrestre et prononça douloureusement les syllabes :
- Pipenbec malade, je le remplace !
Un frisson d'horreur parcourut l'échine des étudiants car cela signifiait qu'une victime allait battre l'estrade, jeu de mots vaseux évoquant la convocation « au tableau » de l'un de nous pour le compte-rendu de ses prouesses en une région littéraire inexplorée.
Ce vice-président au verbe rare, employait à qui-mieux-mieux le stratagème de l'interrogatoire esquivant généralement par ce biais, sa tâche d'orateur.
Mise à l'index par le doigt du presque exécuteur des hautes oeuvres du jour, ce fut Gorilla-Scout qui fut désignée.
Crânement, monta-elle sur l'échafaud des récitations et entama-t-elle l'histoire qui, selon Le Hic (présentateur pour le coup et forcé d'usé de sa précieuse salive), la fit lauréate du prix de la Croisée des Chemins Foliés des Egéries. Il s'agissait d'une épreuve de maîtrise de notre art (dont je fis une tentative malheureuse avec James-Sherlock-Frankenstein) mêlant les mots et les créatures de deux auteurs référencés par nos soins après respiration des émanations alchimiques adéquates.
« Tu parles d'une garce surdouée » m'exclamais-je en sourdine, elle m'avait bien chambré ! Moi qui pensais avoir été promu Gentil Parrain, suivant ses dires, je comprenais maintenant qu'elle était plutôt une de ces fouines au foie jaune de « censeurs de témérité » dont le détestable rôle, les faisait surveiller les éléments les plus incontrôlables de notre mouvement, et voilà-t-y pas que je venais d'avouer sous la torture de son charme, une escapade interdite !!!
Nul n'est besoin de vous dire que je n'en menais pas large en écoutant « ses tribulations de la chèvre de monsieur de Baskerville » ainsi ficelées…

Monsieur Hugolin de Baskerville n'avait eu que du malheur avec ses biquettes.
Toutes le fuyaient selon le même scénario au grand dam des seigneurs invités.
Elles sautaient par la fenêtre de sa chambre et s'en allaient dans la lande où là-bas,
un chien de la dynastie des toumenteurs de la famille des Baskerville les égorgeait.
Ni les caresses de leur maître sire Hugolin, ni la peur du mâtin malin, rien ne les faisait rester en place. C'était paraît-il des filles à papa bouc, de caractère, voulant sans retenue connaître le frisson du tapin de plein air, du libertinage vénal !
Le trop classique Hugolin, en son mas clos, qui ne comprenait rien au tempérament érotique caprin était désespéré. Il ânonnait :
- C'est terminé ; les chèvres se morfondent dans leur studio, je n'en maquerais plus une seule.
Néanmoins, il n'était pas abattu pour autant, et après avoir vu s'échapper 6 chèvres de pareille façon, il en recruta une septième. Par contre, nouvellement la choisit-il au berceau pour qu'elle s'accoutumât à se sédentariser.
Ah ! Qu'elle était affriolante la petite chèvre d'Hugolin avec son regard de braise, sa fourrure câline, ses sabots-aiguilles à paillettes, ses reliefs au goût poiré et sa longue crinière platine qui lui faisait une traîne de mariée. C'était presque aussi attirant que le cabri de Messaline ; et puis obéissante, pas chatouilleuse pour deux sous, se laissant faire sans ruer, sans prendre ses pieds de manière importune en les mettant dans le plat. La Vénus des petites chèvres…..
Monsieur de Baskerville, sur les derrières de sa propriété, faisait en terrasse l'entreposage de tout un tas d'instruments spéciaux. C'est cet endroit qu'il réservât à sa lolita caprine. Il lui mit un collier à pointes prolongé d'une laisse en cuir fixée à une colonne entourée de vigne vierge. Cette laisse avait assez de mou pour lui permettre de se trémousser à loisir et parfois jetait-il un œil protecteur pour vérifier que tout allait bien. La chèvre semblait se contenter de son sort et s'ébattait de si bon cœur que Hugolin se pâmait à sa vue.
- Finalement songea le bonhomme en voici une qui ne s'embêtera pas chez moi !
Monsieur de Baskerville faisait fausse route, sa chèvre, de cette routine se fatigua.
Une nuit, elle pensa en observant la lande :
- Ça doit être génial là-bas ! Quel pied de se rouler sur un parterre naturel, sans cette satanée laisse qui vous égratigne la gorge….Que des vulgaires pouliches, voire des poules s'en satisfassent, pourquoi pas mais les biquettes, elles, elles veulent palper à « la fraîche » !
Dès cet instant, les légumes se livrant à domicile lui semblèrent moins généreux. La morosité la saisit. Elle dépérissait, ses mamelles ne produisaient plus avec le même effet. L'on prenait pitié de la voir essayer de se déchaîner, les yeux braqués sur la lande, et poussant de déchirants « mais... ! »
Hugolin de Baskerville voyait parfaitement que sa protégée périclitait sans se douter de la cause.
Un soir après que son maître eût soulagé son appétit, elle se retourna et dans son argot chevrota :
- Entendez maître Hugolin, sur votre paillasse je m'enquiquine à en crever, autorisez moi à m'établir sur tapis de la lande.
- Oh ! Par Belzébuth ! Encore une ! Jura M. de Baskerville, interloqué et d'un bloc, il en perdit ses moyens ; ensuite se mettant en tailleur à côté de sa chèvre :
- Vraiment Blandinette tu souhaites t'en aller ?!
- Oui M. de Baskerville.
- L'herbe n'est-elle pure chez moi ?
- Si ! Si ! monsieur Hugolin.
- Mon attachement est trop pressant, tu désires que je desserre tes liens !
- C'est inutile monsieur Hugolin.
- Mais enfin de quoi manques-tu ? Qu'exiges-tu ?
- Je demande un peu de Dartmoor, monsieur Hugolin.
- Imbécile heureuse, ignores-tu que s'y promène un chien d'enfer… Comment agiras-tu lorsqu'il t'attaquera ?
- Je lui assénerais une ruade bien placée, monsieur Hugolin
- L'horrible monstre s'en bat... l'oeil de ton jeu de jambes. Il a égorgé des biques autrement chaussées que toi... Tu la connaissais intimement, l'expérimentée Irène qui logeait là, l'an passé ; elle s'est défendue de ce dogue géant, une nuit entière et à l'aube naissante, le chien démoniaque lui arracha quand même la tête.
- Mazette ! Pas de chance pour Irène mais tant pis monsieur Hugolin, donnez moi votre aval pour mon voyage sur la lande !
- Diable quel malheur ! Hurla M. Hugolin. Quel fléau s'est donc abattu sur mon cheptel ? Une autre que le maudit chien va dévorer ! Certainement pas! J'empêcherais ta bêtise que tu le veuilles ou non petite sotte ! Et par crainte que tu ne brises tes liens, je vais te cloîtrer dans ma chambre et tu n'en bougeras jamais !
Ainsi fut-il fait, non sans mal ! Une décision complémentaire était nécessairement requise.
Sur ce, maître Hugolin réclama l'aide du célèbre Sherlock Holmes, l'envoyant chercher par un petit berger du nom de Mortimer. Trop occupé en France par l'affaire Montpelliéraine du trouvère inconnu du Père Sanneau, dit le père la patience, le détective de l'impossible ne put se déplacer. Il dépêcha sur place son associé le docteur Watson. Ce dernier se dévoua corps et âme à la garde rapprochée de Blandinette, hélas une nuit ou en sueur elle lui dit avoir trop chaud, il ouvrit la fenêtre, le dos tourné à la mignonnette, et se prit sur le dessus du crâne un méchant coup de sabot.
La chèvre de monsieur Hugolin de Baskerville s'évada et dans les marais de Grimpen se perdit.
Elle eut le malheur d'y croiser Selden le forçat qui la força à commettre le pire. Elle se débattit toute la nuit, songeant à la brave Irène dont elle s'efforçait d'imiter le courage, mais rien n'y fit. A l'aurore, elle rendit les armes et mourut le cou tranché. Watson arriva trop tard, découvrant son cadavre aux pieds d'un homme dont il perça le déguisement de bagnard : Sherlock Holmes ! Le talentueux enquêteur n'était autre que Jack l'égorgeur, quel cauchemar ! Sortit d'on ne sait où, un caniche nain déboula, montant les crocs. Holmes l'envoya se perdre dans le bourbier d'un magistral coup de botte, si fort que s'en cassât son collier. Watson, le ramassant y lut « cave canem, mon nom est Belle et j'appartiens à Sébastien Stapleton ». Une adresse faisait la suite de l'anodine et gravée inscription.
L'égorgeur, ancien élève du professeur Charcot, se servit de l'hypnose pour endormir son biographe horrifié et lui conta une légende dont il ferait sans doute roman à succès.
N'est-il pas curieux que le destin fit un bucolique évènement de la naissance d'un anglais assassin ? Quoiqu'il en soit cette découverte d'un infernal "coupe gorges" fait à cette anecdote une étrange fin. N'est-ce pas Duclampin ? Conclut Gorilla Scout, m'apostrophant malicieusement sous les applaudissements estudiantins.

Ceci est une imposture madame le censeur me révoltais-je, ce méli-mélo ne rime à rien en comparaison d'un authentique périple d'inspiration Ouais-cuvéridique.
Je montais sur scène, euh sur l'estrade et obligeant Gorilla Scout à reculer, je gagnais l'auditoire à ma cause rebelle en lui narrant comment une Nième fois possédant le corps de Sherlock Holmes, je lui permis de vivre l'aventure des « détectives de l'âme » à laquelle, de surcroît participa le sieur Charcot. Je vous la révèle telle qu'elle fut publiée dans la rubrique « Et après » d'un grand quotidien illustré de la Belgique voisine...



Bien avant que l'ami de sir Arthur Conan Doyle, Monsieur Bram Stoker ne publiât son roman Dracula, Holmes et moi-même faisions connaissance avec le vampirisme et rencontrions à cette occasion, deux détectives autoproclamés, venus de France.
Décidément 1886, serait l'année des « études en rouge ».

Tout commença par l'introduction en l'appartement de Baker Street, d'une cliente qui nous était familière, puisqu'il s'agissait de notre logeuse : Mrs Hudson.
Par un jour humide et froid de janvier, elle allait déposer sur notre table, le plateau dévolu au cérémonial du thé de la fin de l'après-midi, quand par un geste inhabituel et malencontreux, elle échappa le contenu du pot au lait, en grande partie sur mon gilet.
- Eh bien que se passe-t-il que vous n'osiez nous avouer et qui vous fait trembler de la sorte ? Intervint Holmes, se reculant avec sa chaise et prenant ses distances avec les coulures du liquide renversé.
- Pardonnez ma maladresse, messieurs je vais réparer…
- Ne serait-ce pas plutôt à nous de réparer les dégâts faits à votre légendaire aplomb madame ? Rudoya mon ami.
Holmes fit mouche, plus qu'il ne l'eut souhaité, je suppose car je dus faire asseoir d'urgence, Mrs Hudson dans un fauteuil, tant ses jambes fléchissaient.
La brave femme était violemment secouée par des sanglots aussi soudains qu'inattendus chez une forte nature.
- Allons, allons chère amie, vous pouvez compter sur les talents de Mr Holmes et ma solidarité pour soulager vos maux. Confiez- vous donc à nous sans peine ! Dis-je plein d'une sincère compassion.
- Oh merci docteur ! Je savais que je pouvais compter sur votre bonté à tous deux, mais ce qui vient de m'arriver est si… si bizarre que je ne pouvais me résoudre à vous parler.
Je continue d'avoir peur que vous ne me preniez pour une folle !
- Ma chère que cela ne vous arrête, l'excentricité n'est-elle pas de mise en cette maison, sous le commandement de l'homme qui s'exerce au tir sur ses murs ?
- Mr Holmes, je crains de ne pas apprécier votre humour à sa valeur, mais je consens à vous apprendre ce qui m'a mise dans le triste état où vous me voyez.
La divine émule des étrusques Pénates, se lança alors dans la relation, concise et claire que voici...
A l'aube, je suis sortie, vous le savez, pour aller prier sur la tombe de mon cher Norton, au cimetière de Brompton. J'étais penchée sur la dalle où je déposais un joli bouquet de chrysanthèmes toute à l'attention de son tendre souvenir, quand je sentis une présence derrière moi. Je n'eus que le temps de me retourner et de faire un léger bond de côté en ressentant une vive douleur à la main.
Je n'ai fait qu'apercevoir mon agresseur. Il tenait autant de la bête sauvage que de l'homme. Ses yeux fixes étaient rougis à l'extrême et sa bouche dégoulinait de bave. Son vêtement était ample et sombre et son élément le plus remarquable était une interminable cape, dont les bords extérieurs de l'encolure se relevaient en pointes !
Je réalisais vite que ce fou m'avait mordu et je prenais mes jambes à mon cou.
Je suis resté une bonne demi-heure paralysée derrière un imposant mausolée de pierre noire avant d'oser sortir et rejoindre la rue. Je me jetai ensuite sur le premier fiacre venu pour regagner tremblante, la sécurité de ma loge. Ne pouvant manquer à mes devoirs, ce n'est que pour vous servir le thé, que je retrouvais ma mobilité et mes esprits.
- Ah ! Louons la vertu insoupçonnée de nos traditions, commentais-je, mettant un point final au récit qui concentra notre attention et saisissant délicatement la main de Mrs Hudson, dans la mienne.
Nous y observâmes la trace de deux piqûres fort curieuses. Prodiguant rapidement quelques soins élémentaires à notre douce propriétaire, pour lui éviter une éventuelle infection, je la rassurais d'un « ne vous inquiétez pas, la blessure est bénigne ! »
Prononçais-je juste ces mots qu'Holmes enfilait les Mc Farlane et Deerstalker à sa portée. (Il utilisa cette tenue de campagne pendant l'affaire de l'écureuil élégant et ne l'avait pas encore remisée).
- En route pour le pays des morts Watson, tonitrua-t-il d'une voix de stentor, ajoutant « allons venger la morsure d'une veuve ! »
Un bref salut et un haussement d'épaules de ma part, précédèrent notre course effrénée en direction de South Kensington. A Brompton, sur la consigne de mon ami, nous nous cachâmes derrière l'ornement statuaire d'un riche caveau et attendîmes longtemps, dans un silence funèbre et oppressant. La fumée s'échappant des cheminées environnantes nous rappelait chaque seconde la chaleur qui nous manquait et conséquemment combien notre situation était pénible. Déjà sournoisement installée, la nuit étendait ses sinueux et noirs tentacules depuis l'ombre de nos frustes mouvements dans la blafarde clarté lunaire quand subitement je me sentis agrippé au cou. Je me dégageai par un brusque réflexe de cette douloureuse emprise, et me retrouvais sur mon séant aux pieds d'un Holmes dont le profil halluciné s'offrait aux canines (les plus longues et acérées qu'il m'ait été donné de voir chez un humain) de celui qui vraisemblablement effraya Mrs Hudson.
« Holmes est perdu ! » songeais-je désespérément regrettant de ne m'être muni de mon fidèle Webley.
Le bruit d'un souffle court et puissant me détrompa. La créature d'épouvante s'effondra face contre terre. Deux voix croisant leur timbre fusèrent dans l'air hivernal et nous entendîmes confusément « Je l'ai eu Jean Martin ! » et encore "bien joué Sigmund !"
La fin de cette histoire se décanta au sein d'un véhicule hippomobile chargé, en plus du cocher, de 4 personnes engourdies filant dans l'obscurité. Une ambulance, déjà en route, selon les déclarations d'un barbu à l'accent allemand, se chargerait, quant à elle, de rapatrier le corps endormi du "vampire" en un endroit approprié.
Balancés par les cahots qu'engendrait le heurt des roues sur les pavés, se présentèrent enfin à nous, des personnages insolites en ces lieux, deux docteurs, spécialistes de l'hystérie, les éminents Freud et Charcot, l'un autrichien et l'autre français.
D'apparence très respectable, ces messieurs, d'égale et moyenne taille semblaient s'amuser comme des enfants à la foire.
Les fils inextricables du destin les avaient menés sur les traces du patient d'un de leurs confrères : le professeur Bell. Ce dernier avait tenté de guérir par l'hypnose, le stupéfiant Vladimir T. Sfar, qui possédait une malformation dentaire le dotant de crocs inouïs dont ne se déparerait pas la mâchoire d'un loup !
Ce malade avait développé une folie, assez prévisible, le persuadant qu'il incarnait un vampire et le poussant à en satisfaire les besoins sanglants. Bell dépassé par son évasion du centre hospitalier, placé sous sa responsabilité avait immédiatement télégraphié aux sommités de sa profession, sollicitant leur concours plutôt que celle de Scotland yard, redoutant une mauvaise publicité. Ces gentlemen qui savouraient le confort de leur hôtel londonien, après leur exceptionnelle participation à un congrès traitant des multiples psychoses du monde moderne, prêtèrent leur aide de bon gré.
- Mais comment avez-vous terrassé votre étrange schizophrène messieurs ? questionnais-je.
Monsieur Sigmund Freud me répondit en sortant de l'épaisseur de son manteau, une sarbacane et ce que je devinais être une fléchette enduite d'un âpre somnifère.
D'ordinaire, ce jouet de son invention, lui servait opportunément dans les pires des situations, à calmer ses patients les plus difficiles.
- Belle arme ! S'exclama mon compagnon.
- Et je vous remercie infiniment du secours que vous m'avez porté grâce à son habile utilisation. Je vous crois fumeurs. Que diriez vous d'accepter quelques cigares en gage de ma considération chers docteurs ? Poursuivit-il s'adressant à ses trois compagnons de voyage heureux d'accepter son offre.
Comprenant, au terme de mes explications sommaires que Sherlock Holmes et John Watson étaient des détectives en marge de la police officielle, Charcot, auréolé par de chaudes volutes tabagiques ponctua définitivement cette aventure en s'écriant joyeusement :
- Alors, ce soir, chers collègues, célébrons la victoire de Freud et Charcot, les détectives de l'âme !
Evidemment vous vous en êtes doutés le cigare que je fumais de concert (de cancer pour les autres) ne venait pas de La Havane, mais de la réserve directe du mage W-Q-V ! Il me fournit, par exhalaisons interposées, mon billet de retour C.Q.F.D !
Alors cher chimpanzé éclaireur, ça vous en bouche un coin non ?
Mon cher Duclampin, nous aurons l'occasion d'en débattre puisque je vous convie à un cocktail mondain dans le bureau du recteur dès qu'il sera remis !
Et merde ! Une fois de plus j'avais gaffé !
Penaud je regagnais ma chaumière du vingtième étage quand je croisais le chemin de Mask T-M, Némésis de mon cœur dont le visage masqué signifiait tout autant qu'il voulait préserver son anonymat que cacher l'ingratitude de ses traits, aux bras d'une pulpeuse et blonde demoiselle.
- Je te présente Forza d'Eden Alouest, universitaire néophyte dont je suis désormais le chaperon dévoué !
Sale journée ! Je ne vous dis plus que ça mes trésors !



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