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Accueil » Fictions » Sale temps pour les loups-garous
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
Sale temps pour les loups-garous Novembre 18, 2007
Illustrations © Lysander


Une aventure de Sherlockonio et du Dr Berutson

Ce petit texte sans prétention est, comme pourront le constater les plus perspicaces d'entre vous, un hommage à Jean-Paul Sartre, l'auteur bien connu des aventures du commissaire San Antonio.

L'ami Sherlockonio avait encore violoné toute la nuit.
Dans mon plumuche, j'm'étais derviché comme si ma vie en dépendait, histoire d' essayer, malgré le boucan de chez Denfert, de grapiller quelques minutes de sommeil au père Morphée.
Pour finir, lassé comme une paire de godasses, j'm'étais réfugié dans des lectures culturelles. Plus cul que turelles, pour être honnête.
Du coup, quand le soleil commença à soleiller à travers la nappe de brouillard, j'avais la morosité érigée en flamberge.

Heureusement qu'il a des neurones à faire pâlir d'envie un lauréat du concours Lépine, le Sherlockonio. Passke, sinon, comme coloc, y vaut pas un pet de mouche!
Mais, bon, étant donné que, perso, j'ai plutôt été aromatisé à la connerie, l'intelligence de mon vieux zami a toujours exercé sur moi le même genre de pouvoir que celui déployé par une araignée pour capturer un saucisson de Lyon dans ses filets. Je supporte toutes ses petites maniques et il accepte mon cerveau lent: c'est ça l'amitié, la vraie, la virile, la poilue.

- Je constate que t'as encore feuilleté des revues cochonnes jusqu'à une heure aussi avancée qu'un camembert oublié sous le pas d'un cheval, mon gros Berutson.
Et voila. C'était reparti pour une séance de chignage de crépon. Mon Sherlockonio était d'humeur déductive et, quand je viens à peine d'émerger du pageot, y'a rien qui me chatouille autant les nerfs.
Sortir du lit est un p'tit pas pour l'humanité mais un vachement grand pas pour moi.
- Qu'est-ce que tu voulais que je fasse pour m'occuper, Konio ? Pas moyen d'en écraser en toute quiétude avec les miaulations de ton instrument de torture. Et pis d'abord, comment t'as deviné que j'ai passé en revue ma collec' de Playhouse ?
Sherlockonio exhiba ses trente-deux touches de piano et émit son rire caractéristique. Un son des plus zétranges et des plus pénétrants, savoureux mélange de galets roulés sur la plage, de patins baveux roulés au fond des bars obscurs et de rots d'éléphant.
- C'est pas compliqué, le gros. A part le catalogue de "La Redoute", tu lis jamais que ça. Or, le catalogue de "La Redoute", j'l'ai utilisé pour occuper mes loisirs aux toilettes pas plus tard qu'hier soir et, en pinçant ton gros tarbouif, t'as prétendu, je cite, que "tu préférerais encore être transformé en jambon-beurre que de t'approcher des lieux d'aisance après mon passage".
- Quand t'expliques, tout devient limpide comme une bière luxembourgeoise, mon Konio.
A ce moment une forte odeur d'oignons mal digérés et de sueur de l'avant veille nous avertit complaisamment de l'arrivée de l'inspecteur Pinuchestrade.
Le limier de Cocotte Landyard avait sa tête des grands jours. A peu de choses près, on aurait dit une marmotte myope ayant hiberné dans le cul d'un ours en se croyant dans les grottes de Lascaux.
- Bon sang, Pinuchestrade, t'as l'air d'avoir vu le fantôme de ta régulière en train de préparer de la choucroute pour le grand gala de charité de la police et des pompiers! s'exclama Sherlockonio en allumant sa vieille pipuante.
Le petit inspecteur, tout ébouriffé, s'avachit sur le canapé et rafla avec dextérité une bouteille de gros qui tache oubliée sur un gai ris donc.
Après avoir humecté sa glotte, il prit la parole d'une voix aussi blanche que Michael Jackson après sa quarantième opération de litturgie esthétique.
- M'en parle pas, mon vieux Konio. Le chef m'a mis sur une affaire qui relègue les exploits de Jack l'éventreur au rang d'amusette pour lecteurs de Carcara Bartland. Je patauge dans le couscous que j'te dis que ça ! Et j'serais soulagé d'une poix si t'acceptais de me filer un coup de paluche pour lever les tentures du mystère.
Sherlockonio darda (ahah!) sur Pinuchestrade un regard à dégeler un transatlantique pris dans les glace du pôle Emile Victor.
- Raconte, inspecteur. J'me languis, j'm'impatiente, j'suis suspendu à ta lipe pendante. Allez, vas-y, jacte, je suis tout oreille: marteau, pavillon, tympan et tout ça rien qu'au bénéfice de tezigues. Dégoise et sois pas radin sur les détails.
- J'me lance, lança Pinuchestrade pour ne pas se contredire. Le quartier de Tringleton est comme qui dirait en proie à la terreur. Plusieurs quidams ont été retrouvés aussi égorgés que des moutons qu'on égorge, si tu vois c'que j'veux dire. Crouic. D'une esgourde à l'autre. Un travail salopé en diable, une vraie charcuterie, et pas fine mon Konio ! A croire que le céréale killeur fait ça avec ses quenottes. Les résidents, riverains et autres habitants du coin commencent à parler de loup-garou.
Je jugeais le moment importun pour mettre mon grain de sel dans la conservation.
- Un loup-ragoût ?!? Dis donc, inspecteur, t'aurais pas fait des gargarismes à l'absinthe ou fumé un truc dont tu serais pas foutu d' épeler le nom ? Un loup-ragoût, j'te demande un peu ! Et pourquoi-pas le monstre de Frank Machin ou le comte Raducul ? Faudrait voir à pas prendre les rennes du père Noël pour des coureurs cyclistes !
Le Pinuchestrade aurait haussé les épaules s'il en avait eu. Il préféra se gros qui tacher une nouvelle lampée en me jetant un coup d'oeil ironirique.
- Me prends pas pour une clanche, Berutson. J'fais que répéter ce que les Tringletonais colportent au quatre vents de chez qui mieux mieux. Moi, chuis carré comme une chambre de caporal et j'ai pas les deux têtes dans le même bonnet. Les loups-garous c'est du flan, d'la denrée pour feuilletoneux, de l'article pour forcer les niards à ingurgiter leur soupe, de l'échappé de chez ma mère l'oye. J'y crois pas plus qu'en ton intelligence, gros. Mais bon, Konio m'a demandé de faire dans le détaillé alors j'dentelle mon rapport, j' couds-main, je troufignole la forme. Pour terminer mon histoire, si toutefois, tu t'abstiens d'y faire sans cesse irruption, ma grosse, je dirais juste que ce matin, on a encore retrouvé un corps aussi raide que la satue de Nelson au sommet de son pied des stalles. C'était le patron du "Joyeux marinier édenté", un bistrot fréquenté principalement par les pros de la stitution. J'me suis dit comme ça, Konio, que tu pourrais venir zyeuter les lieux du crime et, ptête bien, si que t' as le temps, m'accompagner à la morgue pour examiner le cadavre et ses grands frères.
Sherlockonio, sans se fatiguer à répondre, ôta son épluchure d'intérieur, revêtit sa redingote et coiffa sa casquette en forme d'avion.
- On se bouge, les gars. Ton affaire m'intéresse, inspecteur. C'est pas vraiment que le sort des riverains de l'East End m'empêche de dormir ou de gratter mon violon en nocturne, mais cette histoire de loup-garou, c'est de l'inédit, c'est du grotesque, c'est du bizarre, c'est du pas banal, c'est du défi pour le Sherlockonio.
Une paire de minutes plus tard, on s'encabait tous les trois et en route pour Tringleton.
- Ca fait un bail que je me suis pas transporté dans les quartiers pauvres, fit observer Sherlockonio (lui qui, en général, préférait garder pour lui les choses qu'il observait). J'ai presque l'impression de m'offrir un trip à Bornéo, un tour du monde, une croisière qui s'amuse.
Le cab pénétra bientôt dans Tringleton, enchevétusté de ruelles puantes et d'impasses compissées .
Des gosses couraient cul nu, des tapineuses tapinaient , des marchands de poisson poissonnaient, tout le monde beuglait, riait, pleurait, mangeait de la mauvaise brouette, se torgnolait pour des pneus de cerises.
- Charmant endroit, sherlockonia Sherlockonio.
- C'est la poubelle de l'Empire, mon vieux Konio. Tu devrais sortir plus souvent de ta tour d'y voir ! pinuchestrada (de Fellini) Pinuchestrade.
- Tout ce ce que j'voudrais, c'est trouver un débris de boisson: j'crève de soif ! berutsonai-je.
- C'est pas ça qui manque dans le coin, mais on a pas le temps de s'arroser l'entresol, pas plus que de jouer aux gars qui lipettent, alors évite de jeter des zyeutages concupiscents à la féminine engeance, le gros. Et puis, on a assez perdu de temps, amenez vos framboises pas mûres, les gars, j'vais vous montrer l'endroit où qu'on a retrouvé le dernier refroidi.
Sur ces belles paroles, l'inspecteur nous entraîna dans son cirage et nous arrivâmes (3.000) dans une ruelle sordide, encore plus sordide que les autres ruelles sordides de ce quartier sordide. Elle sordidait carrément par tous les pores de ses briques, elle sordidait comme j'ai rarement vu sordider, elle sordidait encore plus que les rues de Whitechapel ouske Jack l'éventripeur évidait les pépites de pattes d'esthéticienne jusqu'à-ce qu'elles n'aient plus le moindre boyau dans le corps (du délit).
Sherlockonio pencha sa carcasse en avant jusqu'à ce que son blair arrive presque à niveau des pavés si luisants qu'on aurait dit des limaces.
Il humait le macadam comme si on lui aurait fait renifler des rillettes de m'man ou de l'andouillette virée.
Ensuite, il sortit une loupe de sa profonde une loupe et inspecta les alentours (loupette).
- Nous fais pas tout ton numéro, Konio, fis-je avec une pointe d'ail dans la voix. C'est pas qu'on s'embêtasse, le Pinuchardeau et mezigue, mais on va point y passer la journée non plus. Y'a plus rigolo dans la vie que de te reluquer en train de jouer aux six youx ou au berger teuton. D'ailleurs, si tu veux bien me passer cette indélicatesse de langage, fais gaffe: ton blair va entrer en collision avec une merde de chien.
- Euréka, mugit le Konio en se redressant comme un ressort monté sur un diable.
- Kesta trouvé ? demanda le Pinuchardinet en s'archéologuisant la narine gauche. Un trèfle à quatre feuilles ? Une pièce d'un shilinguos ? Un trace de pas ? Une passe de trois ? Un billet gagnant de la loterie ?
- T'occupes, Pinustradeau, tout vient à point à qui n'amasse pas mousse. Tu sais bien que chuis pas du genre à déballer les cadeaux de nouvel an à la veille de Noël. J'ai trouvé kétchose qui pourrait bien être un indice vachement capital voire même carrément important. Mais chaque chose en son temps et les vaches seront bien gardées.
- Et c'est quoi, ton indice importun ? que je demandais.
- Dis donc, le gros, t'es sourd des oreilles ou quoi ? Ou alors t'es vraiment fragilisé du bulbe ? J'finis de dire à l'inspecteur que je garde les indices par devers moi , histoire qu'ils grandissent, qu'ils mangent bien leur sousoupe et qu'ils deviennent des bonnes grosses preuves bien grasses.
- Ouais, que je râlais. Laisse les indices grandir dans ton derrière si ça t'amuse mais, moi, j'en ai marre d'être toujours en retard de six gares ! Faut absolument que tu joues ta diva, hein ? Que tu fasses le ménage dans tes effets de surprise ? Que t' attendes les dernières lignes de l'histoire pour sortir tout ce que tu sais ? Que tu me laisses nager dans l'ignorance histoire que je passe encore un peu plus pour une courge au nez du lecteur, hein ?
- Te frappe pas, mon gros. Tiens, pour une fois, j'te prends au mot: tu veux savoir ce que j'ai pêché ? Et b'in c'tun poil, un gros poil tout noir et épais comme une cuisse de grenouille ! Ca t'avance la lanterne ?
Je faillis m'étranglotter tout en étouffant d'étonnement.
- Un poil ? Un poil vrai de vrai, un authentique, un poilu ? Mais alors, bon dieu de vérole de moine! ça voudrait dire que cette histoire de loup-ragoût à un fondement de vérité vraie ?
- L'est trop tôt pour le dire, gros. N'empêche que ça donne du corps aux racontars.
Le Pinustradada se moucha dans un genre d'essui à vaisselle, avec un bruit qui lui aurait interdit toute possibilité de soirée en tête à tête avec Nadine de Rotshild.
- J'y crois pas, à c't'histoire ! Ton poil, c'est juste un poil tombé d'un jupon de trottineuse ! Ou alors c't'un poil de chien, ou de chat, ou de rat ou d'une autre denrée animale qui traîne dans le coin !
- C'est pas possible, mon Pinurlututu. Ce poilichon ne provient pas d'une bestiole du cru. Il ne provient pas d'une bestiole du tout. En fait, il est synthétique.
- Tu veux dire que le loup-ragoût se balade dans la nature avec sur le crâne une authentique perruque en cheveux de chez moumoute ?
- C'est pas vraiment ce que j'avais en tête, Pinuchestradinou. Mais on est encore trop jeunes dans la journée pour en causer: conduis nous au dépôt de viande froide, histoire que je puisse examiner les regrettés éternels.
En chemin, j'm'avalais vite fait un sang d'viche au cheddar que j'avais emporté juste en cas que. C'est que chuis reglé comme un horloger, moi. M'faut mes six repas par jour sinon je souffre de crampes d'estomac et j'deviens mauvais. Pour être tout à fait franc, j'me serais bien arrêté quelques minutes pour faire la conservation avec une de ces dames qui patinaient le trottoir. Mais, bon, j'savais que le Sherlokonio (qu'est à peu près aussi porté sur la gaudriole qu'un curé ne l'est sur la danse du ventre) allait tirer la gueule si je faisais mine de passer à l'acte.
Le Pinuchestradamus nous entraînait (à tort et) à travers un labyrinthe infernalement crasseux: un gosse qui courait a bien failli m'envoyer un coup de boule dans les horse guards et me les faire remonter directos dans la gorge; une mèmère édentée comme un poisson-chat, postée derrière une charette à bras, beuglait "chauds les marrons" aux quatre vents (sauf que, vu l'absence de touches à son piano, ça ressemblait davantage à " fau les agnons"); une jeune femme au visage entartiné de mascarade, sifflotait un air d'en avoir deux, voyez le style ? Bref, et pour en finir avec cette étude sociologique des moeurs et coutumes en us à l'époque que je je vous cause, je dirais juste que le reste de la populace était à l'avenant du même genre.

Pinustradadirladada s'arrêta net (et nous aussi, du coup) devant un bâtiment qui ne devait rien à la marine de not' Majesté. Une vieille bicoque bricailleuse et morne comme un papillon sous verre, comme une luciole arrosée par un urineur beurré, comme un chien malade de la gale, comme une fable de La Fontaine accrochée au mur des toilettes: j'ai nommé: la morgue de Tringleton.
- C'est là qu'on est arrivés, fit l'inspecteur en expectorant un truc d'une drôle de couleur (c'est pourtant vrai, ma mère, que le quartier est malsain !)
Sherlockonio , après avoir essuyé ses pieds sur les marches vu qu'y avait pas de yasson et qu'c'est, l'un dans l'autre, un gonze bien élevé, nous précéda dans la fourgue aux allongés.
- Ca formole grave ! lança-t'il en grimaçant.
- J's'ens rien, ajoutais-je pour dire kék chose même si c'était l'immaculée vérité.
- Normal, le gros. Le formol, tu baignes dedans à longueur de temps ! Tu fouettes plus qu'une pharmacie ! Quand que t'as le vent dans le dos, on croirait que les abbatoirs se baladent en ambulance !
- C't'à crever de rire. J'vais me l'emballer dans mes chausettes pour me marrer à l'aise quand on sera de retour à Baker Street.
Sherlockonio se mit à inspecter les refroidis.
On peut dire, sans risque de passer pour un menteur au yeux d'un mythomane que les corps (du délit) étaient dans un sale état: j'avais déjà vu des hachis parmentier qui présentaient un meilleur aspect. D'ailleurs, la preuve, c'est que les avais bouffé alors que ça me serait jamais passé par la tête de bouloter ces cadavres malgré que j'avais pourtant les crocs.
- Z'ont été à moitié dévorés, ces pauv' types, marmotta Sherlockonio. Et je peux jurer sur les jupons de mon alma mater que le gros ici présent a un alibi en béton.
- C'est ma fête ou quoi ? m'emportai-je sur les ailes d'une fureur légitime comme mon épouse. On a décidé de me chambrer comme un pot du même nom, de s'offrir ma fiole en guise de cadeau de Noël, de se rater la dilate aux frais de mézigues ? Allez-y donc, mes p'tits agnelets, tout ce qui se mange se paye! Un de ces quatre, c'est moi qui vais me boyauter de première quand vous aurez, l'un ou l'autre ( voire les deux, chuis pas regardant) fait une connerie grosse comme moi.
Sherlockonoio interrompit le flot tumultueur de mon cou roux et leva en l'air une main (la sienne) qui tenaient du bout des doigts le cousin germain du poil en toc déniché ce tantôt sur les lieux où qu'on avait trouvé la dernière victime.
- Encore un poil en pet de lapin, fit-il sur le même ton qu'avait dû employer Archimètre quand il s'était mis en tête de mesurer le fond de sa baignoire.
- Tu vas pas nous faire du cinoche, mon Konio ? Un poiluche, et alors ? Le mec, pardon, j'veux dire le refroidi, le cadavre, le ravi à l'affection de ses proches est chauve comme un neuf ! Probabeule qu'il arborait une moumoute de chez Poiltoc qu'a dû choir dans la canivache quand il a été attaqué sur l'intégrité de sa personne?
- On l'aurait retrouvée, ta moumoute, le gros, non ? Tu pourrais pas, de temps en temps, genre une fois ou deux par an, essayer de faire fonctionner l'éponge qui marine sous ton chapeau melon? J'viens de faire le tour du frigidaire et j'ai retrouvé des poils de la Sainte Farce sur tous les corps !
- Et t'en déduis quoi ? demanda Pinuchardonneret. Attends, me le dis pas, laisse moi faire travailler le moteur à explosions: tu penses que le loup-ragoût existe bête et bien mais qu'c'est un faux, comme qui dirait un ersatz, un mascaradé, un mec comme toi et moi qui serait couvert d'une pelisse en toc de chez carton pâte ?
- J'te le fais pas dire, inspecteur. On a affaire à un cintré de la chaufferie, un dévissé de l'atelier, un type qu'a perdu le contact avec la tour de contrôle: en un mot comme en sang, un fou. Et un fou qui se prend pour une bête féroce et qu'a un appétit qui ne l'est pas moins.
- On est pas dans le court bouillon, fis-je d'un air grave comme l'organe d'un corbeau en période de muette.
- Y'a aut' chose, continua le Konio sur son élancement. Les victimes se baladaient toutes avec un saucisson dans le troufignard.
L'inspecteur et mézigue, on en est, pour tout dire, restés comme deux rondelles de citron flottant dans une tasse de thé au jasmin.
- Tu veux dire, lançai-je à la canonnade, que ces trépassés avaient de la charcuterie dans le fondement, c'est bien ça ? Ca devient zarbi c't'histoire ! Moi, chuis du genre pèpère de la vieille garde, grognard de chez les missionnaires; ce genre de perversitations, c'est pas mon seau à glace ! A ton avis, c'est le loup-ragoût qui leur a élargi la sortie des artistes ?
Sherlockonio se frotta le menton pour faire son mystérieux avant de lâcher (façon de parler):
- J'crois pas. J'flaire quelque chose de plus sordide.
- Bon mon colon, si j'ose ainsi m'exprimer en de telles circonstances, qu'est-ce qu'il te faut question sordidité ? s'emporta le Pinusité.
-Faut que j'cause au boucher-charcutier du coin, répondit le Konio comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
- Si tu veux, mon Konio, avança le Pinudiste. Mais j'te préviens que j'lai déjà interrogé et que j'en ai rien tiré de plus que de ma femme en dix ans de mariage.
Mes neurones se faisaient la course à l'échalotte sous la cascade soyeuse de mes cheveux clairs et semés.
Pinustralaitou nous mena par la menotte aux abords d'une boutique de viande et salaisons derrière le comptoir de laquelle trônait un gros moustachu au teint rose comme l'intérieur d'un steak à peine saisi.
- Qu'est ce que vous voulez encore, inspecteur ? charcuta le quidam roséolé quand il reconnut la face fouinesque du funeste flicaillon. J'vous ai déjà déballé tout ce que je savais sur cette affaire sanguine et dolente ! Z'allez pas venir me poser des questions zoiseuses tous les jours non plus ? J'ai de la bidoche à débiter, moi, m'sieur ! Faut que j'gagne mon steak pour faire vivoter mes femmes et mon enfant. J'ai pas de temps à perdre avec la marée des chaussés cloutés de chez poulaga !
Sherlockonio interrompit cette manifestation de l'hire charcutière et pointa un doigt sec comme un os rongé sur le boudinez du fourgueur de salami.
- Fais pas le mariolle, tête de veau ! T'es mal barré si tu veux me croire.
Et, ce disant, le Konio ramassa un poiluchon de chez tocard qui se prélassait sur le tablier de l'homme de lard.
- C'est quoi, ça ? Hein ? Tu vas pas me faire croire que c'est un survivant égaré de ta dernière séance de spéléologie tartaupoilesque sous les jupons de madame !?! Tu veux que j'te dise ce que j'pense au fond de ma tête ? Depuis que chuis arrivé dans ce quartier, j'vois des gosse et des femmes éliques qui courent le cul à l'air et qui se frottent la couenne sur la jambe des touristes du West End pour qu'on leur lance un os ou un peu de steak tartare récupéré dans une dent creuse. Et toi, gors lard, t'es là, dans ta boutique, à étaler ta luisance graisseuse au milieu de la cochonaille que tu vends à des prix prohibitifs. Du coup, j'crois bien que des zigues plus affamés que les autres affamés se sont ligués pour te faucher des sauciflards et autres boudins qui n'ont rien à voir avec ceux qui tapinent les crottoirs !
- Ca c'est sûr! bouchonna le boucher. Des vols à la tirelire, y'en a pas plus tard que tout le temps ! C'est pour ça que vous êtes là ? L'était temps que les autorités des hautes instances du pouvoir s'intéressent à mon malheureux cas. J'perds mon futal à force que tous mes bénefs partent en quenouille dans l'estomac de ces voleurs de saine bidoche.
- Ta gueule! sherlockonia grâcieusement mon vieux camarade de chambrée enfumée. J'finis le pitch du scénario de mon histoire, si t'y vois rien à redire ! Un beau jour, ou un jour pluvieux, j'en sais rien et j'men tape, t'as décidé de te venger en prenant ta revanche ! Tu t'es mascaradé en chaud fauve et t'as violenté tes voleurs de chipolatas avec du boulogne avant de leur égorger la gorge à coups de dents, histoire de faire croire à l'intervention d'une espèce de genre de loup-garou . Ose nier et j't'en colle une ! D'ailleurs la preuve est là: au cas que ce poil de chez factice et rigolade ne serait pas suffissant, j'vois la queue de ton déguisement qui dépasse du bas de ton tablier !
A ces mots, le boucher ne fit ni une, ni deux, ni même trois p'tits cochons: il s'empara d'un saucisson de bonne taille et, avec un hurlement à vous gélifier le miel d'oreille, il sauta par dessus le comptoir et se rua sur le Konio.
Il avait déjà réeussi à déculotter mon vieux coloc, qui couinait comme un porcelet en regardant avec terreur le sauciflard s'approcher dangereusement de sa sortie de secours, quand je me souvins de la quincaillerie que j'avais empoché dans ma poche avant de partir pour nous en aller.
Je fis donc saillir mon revolver et, sans autre forme de procédé, envoyai le saucissodomiseur au pays des ânes pâtrés en lui logeant une balle dans le gras de l'oeil.
- T'as pris le temps, le gros !!! hurla le Konio en se repantalonnant. Encore un peu et je ne chiais plus que de la confiture de coing pour les treize années à venir !!!!
Pinuchestradinet partit d'un gros rire velu et je l'imitai par imitation.
- T'aurais vu ta tronche, mon Konio, ricana le flic de la police. On aurait dit un oiseau qui regarde un chat qui le regarde ! Ca valait de l'or en bâton ! J'regrette pas d'être venu rien que pour cet épique episode: ça me va faire des souvenances à raconter aux p'tits enfants de ma voisine quand j'aurai pris ma retraite !
Sherlockonio, sans maudire, balança une bonne droite dans la façade pinuchardesque et envoya l'inspecteur dinguevaler au milieu des bidocheries encombrant la boutique.
- T'en veux aussi, le gros ? me lança-t-il de l'air du mec qui, de toute façon et quelle que soit ma réponse, va m'allonger un marron entre les sourcils.
Heureusement, à cet instant précis de la seconde présente, la boucherie fût prise d'assaut par une horde d'affamés en tout genre qui, sans faire dans le détail de la dentelle, emportèrent toute la bidoche de l'étal y compris Pinuchestrade.
- Tu crois qu'y vont le bouffer ? demandai-je sans avoir l'air de toucher ma bille.
- J'm'en tape dans les grandes largeurs, le gros ! Y peuvent le bouffer, le violer, en faire leur femme de ménage engourdie des portugaises ou l'empailler dans leur cave ! J'm'en tape, j'm'en tape, j'm'en tape et j'veux rentrer à la maison pour jouer du tuba !
- Tu veux dire "du violon" ?
- J'en ai ma claque du violon, ça te défrise ?
Après un soupir à décorner les cocus, j'me décidai à fermer ma boîte à vacheries qui rient et je suivis mon Konio en direction du Holmes sweet Holmes.



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