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Accueil » Fictions » L'Affaire du faux docteur volant
par
Thierry Gilibert
Ses autres fictions
L'Affaire du faux docteur volant Septembre 24, 2007
Illustrations © Lysander


Est-ce le caractère des cieux qui influence celui des hommes ou est-ce l'inverse ?
Lors de distrayantes pérégrinations dans des contrées méridionales, j'ai pu noter l'influence positive d'un bel ensoleillement sur la gent locale, positive pour l'humeur s'entend ! Car pour ce qui est de l'acuité intellectuelle, elle confinait à la nullité !
De là, à déduire qu'un climat où prédomine la grisaille et l'humidité, soit propice aux prouesses intellectuelles chez ceux qui y sont exposés, il n'y a qu'un pas ! A moins que par le biais d'un raisonnement mystique, l'on admette que la toute puissante entité qui gouverne l'univers, tantôt s'amuse de la bêtise humaine en irradiant son plaisir et tantôt, s'agace du sérieux consternant de ses sujets en déversant son chagrin en représailles.
A mon humble avis, il serait pertinent de privilégier l'hypothèse plus hérétique, qui consiste à faire de soi le catalyseur principal de sa propre destinée. En proie au pessimisme, nous jugerons notre entourage à l'aune de cette morosité si fertile à l'épanouissement de notre conscience alors que nous mettrons dans nos cerveaux, les nuages du firmament qu'une aveuglante jovialité dissipera !
Ce théorème expressément formulé, qu'advient-il de son application au spécimen le plus londonien qui soit ?
Au sortir de la mémorable aventure « des mystères de Whitechapel », la subtile fragrance de la victoire échappée d'un flacon siglé d'un V majuscule, imprègne tout son être, soumettant sa bouche à l'effet élastique d'une navrante niaiserie, pendant que ses glabres joues se teintent du rayonnement solaire envahissant son logis. Il réalise bientôt que cette aura de douce satisfaction tend à se transformer en un halo d'absurdité puérile et il suffit à cet homme de croiser son portrait dans le tain d'une cruelle psyché pour sombrer dans une profonde affliction.
Inévitablement s'aigrit-il, désabusé par son état, peiné par l'inertie de sa réflexion, d'ordinaire si brillante. Emporté par une onde de lucidité, il se noie peu à peu dans une eau charriant le dégoût pour ses traits ainsi que pour la chaleur environnante, muant ses charmes en épouvante.
Il faut dire qu'un mois de juin, paré d'atours importés de France ou d'Italie, écrase actuellement, notre capitale, sous une chape de plomb ; étouffant apparemment, toute velléité criminelle.
N'importe quel britannique de souche, dépouillé de son ambiance, d'habitude si pittoresque, a le sentiment de l'exil.
Notre fog, loin d'empoisonner notre existence, semble après tout, faciliter l'éclosion de notre feu intérieur, de notre flegme ; en résumé : de notre force !
Dans ces circonstances, matérialisez donc Sherlock Holmes, phare de la triste et industrieuse Albion, brisé par cet implacable climat et plaignez plus encore que lui, son fidèle rapporteur, contraint de subir son inconsolable abattement et ce qui est pire : le cynisme mordant dont il use en riposte à son exagérée sollicitude !
Pour être plus juste, représentez-vous, un aigle à l'oeil inquisiteur, dont les ailes repliées se froissent dans une inusable robe de chambre gris souris, s'effondrant dans son fauteuil favori, dans le coin d'une pièce, où le désordre est un trompe-l'oeil figurant l'insolite organisation de son curieux cerveau.
Donnez simultanément forme, au sein de ce décor, à l'intrus parfait : une sorte de saint-bernard guindé ; un ex-militaire, doublé d'un héritier zélé d'Hippocrate, solennel jusqu'au bout des rondeurs, que la maturité et une certaine prospérité ont accolées au vernis d'un tempérament sans originalité. Ajoutez à ces images, maintenant gravées dans votre esprit, la violente synergie née de la confrontation des genres et testez en l'explosif résultat !
- Allons Holmes ! Venez avec moi ! Hyde Park vous procurera l'ombre et la fraîcheur qui fait défaut à cet appartement.
- Allez au diable Watson ! Proposez moi une balade en landau tant que vous y êtes, et demain, les gazettes à scandales annoncerons nos fiançailles ! D'autre part, vous seriez aimable de me regarder en face quand vous vous adressez à moi! Ma personne vaut amplement, le sordide spectacle de la rue !
La riante intervention d'un rai de lumière vient malicieusement étayer cette affirmation. Traversant d'abord une vitre poussiéreuse, sa trajectoire rencontre un alambic coloré et biscornu, sur un minuscule guéridon nappé de coupures de presse, puis ricoche sur le cylindre gradué d'une seringue rangée sur le manteau d'une cheminée passablement encombré, et infléchit enfin sa course contre la glace d'un miroir, taché par Dieu sait quoi, reflétant la silhouette dégingandée du beau parleur en exercice et il faut avouer que « le sordide » du cadre dans lequel il évolue, amplifié par son comportement impétueux soutient avantageusement la comparaison avec celui de l'extérieur.
Insensible au sarcasme de l'astre du levant, mû par le ressort de la susceptibilité, le médecin, fait une volte-face, pleine de fatalisme, puis inspire formidablement avant d'expirer un valable argument de défense du tréfonds de son être.
- Mon intention n'était pas de vous offenser mon ami, quant à nos fiançailles, rassurez-vous en vous disant que nul ne songerait à les envisager ! Mon penchant pour le sexe faible est de notoriété publique !
De plus, si cela n'était pas totalement convaincant, mon mariage... La phrase reste inachevée car son auteur en profite pour choir lourdement dans une moelleuse bergère et le gémissement qui ponctue la manoeuvre, gêne le détective qui ne contre-attaque pas avec sa vélocité légendaire.
- Votre mariage mais lequel ? Le premier ou le deuxième ? A moins que les incohérences de vos écrits n'éludent un mensonge patent pour vos lecteurs. N'oubliez pas qu'ils sont accoutumés à de fabuleuses déductions ! Sans doute, y a-t-il parmi eux, des adeptes de ma méthode !
- Holmes vous me blessez !
- Comme une balle jézaïle peut-être ? Mais à la jambe ou à l'épaule ?!
- Maudit persifleur ! J'ai plus qu'assez de vos enfantillages. Plutôt que de me railler bêtement, trouvez une solution à votre désoeuvrement !
- Une solution à 7 pour cent vous conviendrait-elle, vielle branche ?
Au bord de l'explosion, le visage cramoisi par l'effort de sa retenue, l'interpellé se rassérène en vomissant une pique meurtrière :
- Je préfère encore le massacre symphonique, que vous tirez d'un stradivarius bon marché !
- Touché Watson ! Touché mais pas coulé ! Je vous octroie une autre possibilité qui ménagera vos oreilles au détriment de votre nez !
- Ah non ! Pas votre chimie nauséabonde ! Je cours chercher notre logeuse pour vous y faire renoncer !
Joignant le geste à la parole Watson, sous le levier de son exaspération, quitte son séant pour se figer en un clin d'oeil. Debout devant lui, Holmes, à la hauteur de son torse interpose sa dextre, dont il présente la paume à la manière d'un César pacificateur.
Les deux co-locataires se ravisent ensuite en esquissant une bizarre révérence à l'effet rétrograde dont l'éloquence permet l'installation d'une pause éphémère dans une joute verbale, trop durement engagée. La reprise des hostilités qui ne se fait pas attendre est prononcée d'une voix doucereuse presque suave.
- Watson ! Une éternité, flanqué à mes basques, sans rien apprendre ! Vous me décevez à un tel point que j'hésite à convoler avec vous ! Je n'évoquais point la science mais un expédient, issu de babouche persane mon cher !
- Cela signifie-t-il que votre intellect, accaparé par un problème ardu, a besoin d'être exhorté ?
- L'âge vous rendrait-il pompeux docteur ? Cependant j'avais tort, vous avez finalement acquis certaines notions de bon sens, en me fréquentant !
- Vous étiez sur une enquête et je ne le savais pas ! Mais bon sang ! Holmes ne suis-je pas votre confident ? Pourquoi me traiter comme, comme...
- Comme le suspect numéro un dans cette affaire !
A cette exclamation, la glotte de Watson se soulève en réaction à une remontée acide. Une nouvelle et minime interruption s'insère froidement dans un dialogue où le tac au tac, sans répit, éprouve les glandes salivaires.
- Un suspect mais de quoi ? Et dans quelle affaire, je vous prie ?
- Dans l'affaire du faux docteur volant James !
- Je m'appelle John voyons ! Vous délirez ! Aboie le médecin, dont le soubresaut d'orgueil, lui occasionne un léger recul de la tête en phase avec la contraction de ses mâchoires.
A l'opposé, Holmes, complètement relâché, replie ses longues jambes devant lui, avance avec nonchalance sa main gauche sous son menton, puis pose son coude au dessus de sa cuisse. Il s'assure ainsi d'un appui et d'une détente adéquats afin de décocher sa flèche alors que ses dards oculaires visent immanquablement son interlocuteur.
- Absolument pas ! James est votre prénom et votre patronyme ...... Moriarty !
- Là, vous me faites peur Holmes, votre état nécessite un internement d'urgence, je vais de ce pas, prévenir votre frère Mycroft...
Watson essaye vainement de s'extraire du siège qu'il maltraite, vivement cueilli par une cinglante réplique.
- Vous n'en ferez rien, James ! Le colonel Moran, votre âme damnée, a été écarté du Diogene's club, il n'aura fait que piètre illusion dans son déguisement. Mycroft, le vrai, va d'ailleurs arriver d'ici peu, suivi de près par Lestrade, pour corroborer votre anéantissement ! Mais auparavant, vous me direz ce que le vrai Watson est devenu !
Dans le souffle d'Hadès, un ange volète, auréolé d'un deerstalker.
- Pitoyable pantin ! Parce que mon masque tombe, ma défaite serait inéluctable ?!
Qu'il soit déjà l'heure, s'il vous chante, d'affronter votre Némésis !
Je suis armé pauvre naïf ! Armé d'un fusil miniature à air comprimé, qui ne manquera pas d'éveiller en vous, outre une extrême douleur, une certaine nostalgie !
Pour le reste, j'exauce volontiers votre prière de connaître le sort réservé à votre fidèle chien de compagnie, sans qu'il s'agisse de l'inégalable Toby ! Il se vautre manifestement, dans bras langoureux d'une mienne créature.
La muse idéale de Jack l'éventreur, si elle n'était pas tueuse ; experte de surcroît !
- Mon cher vous crânerez moins quand vous saurez que Watson et Jack l'éventreur ne font qu'un et que je soigne provisoirement sa schizophrénie, en le gardant sous une étroite surveillance, dont vous l'avez malencontreusement soustrait.
Je crains que votre Jill n'ait les tripes à l'air en ce moment !
- Pauvre comédien ! Votre ironie m'indiffère et je vais la faire cesser à jamais ! Malgré cela, ôtez moi d'un doute : pourquoi, à l'encontre de votre rituel, vouloir fumer, si vous avez mené votre enquête à son terme et pourquoi l'avoir baptisée : l'affaire du faux docteur volant ?
En guise de commentaire, Sherlock Holmes se lève, porte lentement à sa bouche une pipe en merisier et.... Sortant lestement un révolver de sa fameuse pantoufle orientale, fait feu sur son vis-à-vis, qui s'en va à reculons percuter la fenêtre derrière lui, pour s'écraser lamentablement sur le trottoir du 221 b Baker street !
Le théâtre est un art majeur qui fait de quelques mètres carrés, le réceptacle de l'imaginaire et ce qui s'y déroule lui confère un volume fantastique.
La destruction d'une baie n'y étant bien sûr pas étrangère, en cette minute, le petit meublé qu'occupe le sagace limier, prend la dimension de Charing Cross. Alternativement mélangés par le souffle agréable d'une brise printanière, y résonnent soudainement les sons les plus divers, comme le gentil pépiement d'oisillons ou le méchant fracas des roues des fiacres, ou encore les vociférations éraillées des vendeurs de journaux.
Dans cette atmosphère, le rideau se ferme temporairement sur le personnage central, un détective consultant, la main droite pantelante, qui atténue la fureur résiduelle d'un geste tragique, par un murmure destiné à sa victime.
- Je ne mens que rarement James ! Je voile simplement la réalité, quand cela s'avère utile. Ainsi, vous incitant à croire que j'allais allumer une pipe, j'extirpai ce « petit calibre » de son fourreau exotique et vous tuai.
Quant au faux docteur volant, il fait référence à la grâce aérienne qui vous habita, pendant votre défenestration. L'ultime lueur dans votre regard, contenait cette vérité, je suppose. Bon voyage en enfer !
Le rideau se déchire. Absorbé par son soliloque, l'illustre pensionnaire de Mrs Hudson, ne perçoit pas l'entrée de deux opportuns visiteurs. L'un est un soucieux géant au déhanchement poussif, l'autre trottinant : mi-rongeur, mi-plantigrade et leur réunion est digne d'un innovant conte de fées dans lequel, l'intrigue se veut policière.
- C'est fini Sherlock, assieds-toi !
- Oui asseyez-vous ! Monsieur Holmes, votre frère et moi-même sommes là !
- Suffisamment ponctuel pour éviter les ennuis, Lestrade, à ce que je constate !
- Allons bon ! Vous gardez la maîtrise du verbe, tout va bien ! D'autant, soyez en soulagé, que Watson est sauf. Il lèche ses insignifiantes plaies non loin, dans l'un de nos cabriolets les plus confortables. Il a réussi à se débarrasser de sa geôlière.
Je ne sais comment ma foi, il a pu se saisir de son scalpel de médecin, mais il l'a fait et bien fait ! Car dans un spasme désespéré, il a véritablement éventré la femme de main de Moriarty. Nous l'avons récupéré couvert de sang, ce qui ne l'empêchait pas de sourire. Quel homme ce docteur tout de même ! Ah ! Il a du en faire des ravages en Afghanistan !
- Epargnez moi vos pitreries Lestrade et ramenez le au plus vite ! Il a besoin de moi !
- Certes ! Mais pourriez vous parfaire ma formation de pourfendeur du crime en me dépeignant comment vous avez percé à jour votre infâme adversaire, s'il vous plaît ?
- Dussé-je faire souffrir ma proverbiale modestie, il me plaît de le faire ! Souvenez-vous Lestrade, que dans ses récentes publications, le pseudo Watson se qualifiait invariablement : d'observateur de mon génie. Observateur Lestrade ! Un mot que notre « soupe au lait » Watson n'aurait probablement pu attacher à son nom, sachant que je ne ratais pas une occasion pour lui rappeler sa quasi cécité ou, ce qui ne vaut guère mieux, son ingénue clairvoyance dans l'élucidation des cas que nous traitions ensemble ! Ce fut le début d'une méfiance qui se confirma dans l'intimité ! Mais tournons désormais la page ! Du vent ! Lestrade, du vent ! Laissez moi savourer la quiétude de l'instant auprès de mon frère bien aimé, en dégustant le thé de Mrs Hudson et un petit verre de cherry, qui glisseront dans mon gosier, comme les chutes de Reichenbach dans leurs helvétiques gorges ! Ah! J'oubliais ! Ayez la bonté de me dépêcher un vitrier aux frais de Scotland Yard !
Fuyant l'aquilin courroux, l'homme-rat du Yard, s'efface en haussant les épaules.
Tandis que l'écho persistant des ses petits pas martèle l'escalier, la conversation recommence avec fièvre.
- Sherlock, il subsiste des points obscurs, dans cette affaire ; par exemple comment as-tu pu être berné par le travestissement de Moriarty ? Toi excepté, aucun homme sur cette terre, ne peut se targuer de contrefaire l'apparence de l'un de ses congénères, au grand jour, sans qu'on le remarque aussitôt !
- Assimilerais-tu ton cadet à un imbécile Mycroft ? L'élite de tes subordonnés est à l'origine d'une nouvelle technique thérapeutique qui autorise bien des miracles. Fixe minutieusement le corps de Moriarty, et scrute les infimes cicatrices autour des yeux, ou derrière la nuque. Plus spectaculaire ! Relève le bas de ses pantalons et découvre les stigmates de l'opération qui diminua la taille de ses tibias et péronés. Dans la même veine, explore la chevelure du cadavre et focalise ton attention sur la surprenante largeur des pores où s'enracinent les follicules pileux ! Etrange, n'est-ce pas ?
- Je ne peux te cacher que le royaume possède, à l'insu de ses sujets, une médecine d'avant-garde exclusivement dédiée à nos agents les plus spéciaux. Néanmoins, cette confession ne saurait être divulguée à la population ! Me fais-je bien comprendre ?
- Trop bien Mycroft, trop bien ! C'est après son Waterloo suisse, que le Napoléon du crime a été chirurgicalement reconstruit à l'image de celui que tu considères comme mon faire-valoir. Mais la question en suspend c'est : qui a fait procéder à de tels soins ? A coup sûr, un homme de pouvoir, un homme habile à manier les individus les plus retors, c'est-à-dire des mercenaires dont la vénalité égale l'absence de scrupule. N'est-il pas curieux que les meilleurs soldats de la patrie puissent être ceux qui d'ordinaire crachent sur ses valeurs ?!
- Continue Sherlock, continue, je sens que ton raisonnement atteint son apogée !
- Ce serait insulter ta grandeur que de ne pas obéir Mycroft ! Je poursuis donc la description de ce haut commanditaire. C'est un phénoménal pourvoyeur de moyens logistiques. Métaphoriquement, je dirais que sa capacité irait jusqu'à tisser et offrir sa toile immense, à l'aranéide le plus horrible ; qui n'aurait plus qu'à se lover en son milieu pour se métamorphoser en empereur du mal.
- Que voilà un inquiétant quidam ! Bien pire que Watson, dont je reconnais les bruyantes et pataudes enjambées.
- Regagnez votre place à mes côtés docteur ! Et ayez l'obligeance de me confier votre sacoche, elle ne vous sera plus d'aucune utilité !
- Bonjour Watson ! Je vous enjoins de ne pas déranger notre passionnante discussion dans laquelle pointe l'imminence de troublantes révélations !
Accompagnant le signe approbateur de Sherlock Holmes, qui opine du chef, Watson se conforme docilement à cette consigne.
- Je termine Mycroft ! Je termine ! Le parangon de l'ignominie dont je dresse le profil doit évidemment passer pour un héros modeste, inimitable, pour ne pas être soupçonné par ses proches. Quelqu'un qu'on vénérerait et défendrait comme la prunelle de ses yeux, un peu comme l'on t'a défendu en expulsant Moran de ton trône du Diogene's club. Il est d'ailleurs stupéfiant que tes subalternes aient dénoncé la supercherie aussi vite, alors que me concernant il me fallut un temps conséquent pour déceler l'imposture « Watsonnienne ». Je pense avoir éclairci ce point, examine donc ceci Mycroft !
Sherlock Holmes fouille alors, le sac de cuir que Watson lui avait abandonné et d'un mouvement extraordinairement rapide et précis, il lance le scalpel du médecin, qui va se ficher mortellement dans la pupille gauche de son frère.
Watson bondit sur ses pieds et frappe dans ses mains, applaudissant à tout rompre son mentor et complice de tant d'aventures.
- Watson, finissez la besogne, cela vous défoulera ! J'ouvre à Lestrade. Il s'impatiente sur notre perron et je m'en voudrais qu'il l'usât trop !
- Elémentaire mon cher Holmes ! Elémentaire ! Exulte Watson, puis fond littéralement sur feu Mycroft, retirant le bistouri de son oeil pour l'enfoncer dans sa panse avec une telle rage qu'il la découpe entièrement.
Un bref claquement et une fraction de seconde plus tard, c'est au tour de Sherlock Holmes de démontrer une émotion intense quand chute subitement, la pesante carcasse de son ex-compagnon, sur la dépouille ornementale d'un ours !
- Et de trois Lestrade ! Je suis heureux que votre bras n'ait pas tremblé pour régler son compte à cette pathétique abomination !
- Débarrasser l'Angleterre de ce monstre avec son propre Webley fut une joie pour le vengeur que je suis, monsieur Holmes. Ce monstre ou cet artiste ! L'abdomen de Mycroft est cisaillé si finement qu'il ne saigne pas. De la belle ouvrage « bloody Watson-Jack » ! L'apothéose de votre carrière, ma foi !
Assène-t-il, avec bravache, se moquant de celui qu'il perfora d'une balle dans le dos.
- Lestrade ! Passe, qu'une engeance de la sorte vous émerveille ! Mais de grâce, servez vous du peu de matière grise que votre crâne déformé abrite, pour réfléchir ! Ne vous êtes vous jamais étonné, que mon aîné et moi ayons autant de dissemblances corporelles ?
- Comment ? Vous n'auriez pas la même mère ou le même père ? Pour sûr cela justifierait bien des choses !
- Le ciel m'est témoin des sommets de votre bêtise ! Quand votre théorie se vérifierait, comment provoquerait-elle la coagulation fulgurante d'une hémorragie ?!
- Heu... ! À part la magie, il est exact que je conçois mal....
- La magie d'un as du camouflage, inspecteur ! Mycroft n'avait pas autant d'embonpoint, qu'il voulait le montrer. En fait, si de simples sous-fifres ont aussi aisément, combattu la tentative de coup d'état du colonel Moran, c'est parce que ce faux frère ne s'est pas départi de sa factice bedaine, ainsi qu'il devait le faire, à chacun de ses conseils directoriaux !
- Diantre ! Un bedon bidon ! C'est hilarant ! Ce qui l'est moins, c'est ce que je vais devoir inventer aujourd'hui pour couvrir l'orgie de ces lieux !
- Au contraire, Lestrade ! En recevant les honneurs pour la capture de l'éventreur, vous vous excuserez de n'avoir pu éviter l'assassinat d'un des plus nobles serviteurs de sa majesté, qui avait requis votre aide, après que vous ayez démasqué Jack, devant son parent abasourdi ! Occulter le double jeu de Mycroft est essentiel ! Vous perdriez toute crédibilité en racontant que ma bête noire oeuvrait pour lui et vous me dispenserez ainsi de la publicité honteuse que redoute la famille, dont je suis hélas, l'unique survivant.
- Mais, que dire du corps du « deuxième Watson », Moriarty ne transparaît sous ces traits et ce serait incroyable de...
- Laissez moi donc ce macchabée en surplus, je saurais m'en divertir !
- Je suis votre débiteur Holmes ! Vos désirs aussi morbides soient-ils seront respectés !
- Adieu ! Lestrade, adieu ! Ne faîtes languir notre reine, ni la gloire avant qu'elles ne disparaissent toutes deux...
- Adieu monsieur ! Votre optimisme vous perdra !
Pour clore cet épisode, il me faut rectifier la comptabilité des talents de Sherlock Holmes car Watson omit de signaler son excellence en le métier de taxidermiste. Je pardonne son ignorance ! Pour qu'il en fût autrement, il eut fallu que ce prétendu biographe ait vécu en permanence avec le « Grand Homme », comme je l'ai fait assidûment tout au long de sa vie, sans hiatus, cela va de soi !
Dans le futur, si vous osez visiter la demeure que j'ai mis si longtemps à sa disposition, vous serez ébahi par la facture de la statue qui orne l'entrée du 221b baker street, statue à l'effigie de ce « bon »vieux docteur Watson que Mme Tussaud à eu le culot de refuser pour son musée. Sachez que son merveilleux éclat, dans la lignée du buste que Oscar Meunier fit pour Sherlock Holmes, n'a de la cire que l'aspect. Comme le plus splendide des trophées de chasse, il est le fruit d'un adroit empaillage que j'entretiendrais avec adoration jusqu'à mon dernier soupir.
Je retiens mon envie de couper court à cet exposé macabre, n'étant singulièrement pas férue de roman à sensations car je devine que de nombreuses interrogations minent vos pensées.
Pourquoi Moriarty se grima-t-il en une copie de Watson ?
Comment Watson se changea-t-il en Jack l'éventreur ?
Pourquoi Sherlock Holmes fit-il de Jack l'éventreur son patient avant de le faire occire ?
Pourquoi et comment Mycroft Holmes se consacra-t-il « imperator horribilis », s'engageant outrageusement, dans une lutte fratricide ?
Quel intérêt motive le grotesque emploi d'une « prothèse abdominale » pour le désigné patron des services secrets de l'Angleterre ?
Pourquoi le colonel Moran complotait-il pour renverser le principal résident du Diogene's club ?
Comment Sherlock Holmes se résolut-il à supprimer la vie de son plus fourbe ennemi, celle de son frère et indirectement celle de son indissociable camarade, créant quasiment un plagiat anachronique du tiercé fatal d'Arsène Lupin dans 813 ?
Comment l'inspecteur Lestrade accepta-t-il de se plier aveuglément aux ordres de Sherlock Holmes au risque de trahir sa sacro-sainte hiérarchie ?
Qui se dissimule réellement derrière le pseudonyme de sir Arthur Conan Doyle ?
Comment sir Arthur Conan Doyle put-il relater, sans complication, la suite des péripéties du héros, dont le dessin fut immortalisé par Sidney Paget, après une aussi « énorme » histoire ?
In fine, en complément de ces lignes inquiétantes, quel deus ex-machina va démêler cet écheveau ?
Bien que je remette à un avenir lointain, le détail de ma nature bohème, à ceci, je peux répondre immédiatement, en me déclarant maîtresse de la situation car je suis...
Votre dévouée Mrs Irène Hudson, fière et convaincue d'être l'égérie et l'authentique femme de coeur du plus fantastique des détectives que le monde ait enfanté.



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