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Accueil » Fictions » La fugue
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
La fugue Juillet 23, 2007
Illustrations © Lysander


L'été, par ici, c'est tout ou rien . Ou bien il fait chaud comme à l'intérieur d'un four à micro ondes aux heures de pointe ou bien il pleut et il fait froid comme en novembre ou en Norvège.
Depuis deux semaines (depuis le début des vacances en fait), les extrêmes alternent.
Et moi aussi, j'alterne: je dessine ou je lis. Je dessine des gags de Sherlock Holmes pour le site de la SSHF et je lis des trucs qui n'ont rien à voir avec Sherlock Holmes. Suis pas monomaniaque non plus ! Faites pas la tronche, c'est comme ça, on y peut rien, crime de lèse-majesté et tout le bataclan, je sais, j'assume.
Depuis ce matin, il pleut. Pas la grosse pluie sauvage qui vous donne envie de rester sous la couette avec un bon bouquin, si vous aimez lire, ou avec votre femme, si vous en avez une, voire avec les deux si vous avez une femme qui aime lire et rester sous la couette quand il pleut. Non, juste des petits crachins sporadiques qui vont et qui viennent comme un futur père dans la salle d'attente de la maternité.
Après avoir dessiné quelques gags dont les idées m'étaient venues juste avant de m'endormir, je me suis installé sur le canapé pour lire un peu. Quand il fait plus ou moins beau, je vais lire dans le jardin. Il y a moins de choses aptes à me distraire dans le jardin: pas de télé, pas d'ordi. Du coup, je trace plus facilement, particulièrement à travers la prose des bouquins qui se trainent un peu en longueur et que j'aurais tendance à abandonner si j'étais au milieu de mes objets familiers. C'est de cette façon que je suis arrivé, l'été dernier, au bout des Mystères de Paris, du transpirant Eugène. Faut dire qu'il faisait beau l'été dernier.
Quoiqu'il en soit, aujourd'hui, le temps ne le permet pas. Heureusement, mon bouquin n'est pas trop chiant. Une espèce de thriller science-fictionnel, à la sauce américaine dont je ne vais pas citer l'auteur pour la bonne raison que je l'aurai oublié dans deux jours et vous aussi si je vous le disais.
Mais, je m'égare. J'en reviens au moment où je m'installe sur le canapé avec ledit bouquin.
Les chats, suivant leur habitude, sont en train de se souffler dessus comme s'ils allaient se bastonner mais, au final, ça n'arrive jamais. La grosse n'est pas très courageuse, plutôt Sancho que Don Quichotte, et le petit s'en fiche, il souffle sur la grosse pour la refroidir je suppose.
Ma femme est sortie. Elle est allée voir je ne sais plus laquelle de ses copines et, à cette heure, elles doivent être toutes deux confortablement installées au fond d'un salon de thé, très occupées à manger des gâteaux et à ressasser je ne sais quoi à propos d'une troisième copine qui a simplement le tort d'être absente.
J'ai pas dormi des masses la nuit dernière. D'ailleurs, mes yeux commencent à se fermer et ça fait trois ou quatre fois que je lis la même phrase.
Tout à fait le genre d'état de demi sommeil qui, pour une raison qui m'échappe totalement, nous pousse, tous autant que nous sommes, à répondre "mais non pas du tout!" quand notre femme nous fait remarquer que nous nous endormons devant la télé. Exactement comme si on était honteux de s'endormir.
Soit !
Tout soudain, me voilà bien réveillé. Je me rue sur le stylo à bille et la feuille de papier posés en évidence sur le coffre en bois qui fait office de table, de repose-pieds, de tremplin pour le chat (le petit: la grosse est vraiment trop grosse pour jouer à ça), de bureau et de différentes autres choses qui ne me passent pas par la tête en ce moment.
Le nom de Sherlock Holmes vient de me sauter au visage.
Enfin, quand je dis " me sauter au visage", l'image est peut-être un peu audacieuse, voire carrément ridicule. Toujours est-il que le nom de Sherlock Holmes vient de se détacher clairement de la litanie de mots qui commençait à provoquer ma somnolence insidieuse.
Or, je ne sais pas si vous le savez ( ou même si vous en avez quoi que ce soit à fiche ) mais, sur le site internet de la Société Sherlock Holmes de France, il y a une rubrique consacrée aux citations dans les romans non holmésiens, c'est à dire, pour être plus clair ( ou moins confus... ou tout simplement répétitif ) les phrases où il est question de Sherlock Holmes et de son univers dans des livres qui n'ont aucun rapport avec ceux-ci. Suis-je clair ? Je vais supposer que oui sinon cette histoire n'avancera jamais.
Comme beaucoup d'autres membres de la société, chaque fois que je rencontre le nom de Holmes dans un roman, je le note et je l' envoie pour la rubrique en question.
Vous ne me croirez sans doute pas (encore que je ne vois pas trop pourquoi vous ne me croiriez pas ), mais il m'arrive très souvent de tomber sur des citations de ce genre. Même s'il ne s'agit que de bêtes petites phrases du style "vous êtes un vrai Sherlock Holmes" ou "vous me suivez, Watson ?".
Cette fois encore, je note la phrase en question ("Que ferait le grand Sherlock Holmes pour se sortir d'une telle situation ?") et, bien réveillé, je me replonge dans la lecture.
J'en suis arrivé au moment où le héros, un chasseur de rats qui trafique des organes dans une société vaguement futuriste ( ou extra-terrestre, j'ai pas tout capté ) se retrouve enfermé dans une cage de verre avec une douzaine d'araignées mutantes. Il est prisonnier d'une espèce de chasseur de primes intergalactique dont je n'ai pas trop compris les motivations, m'arrêtant plutôt à des détails du genre de ses six bras et de ses antennes hypersensibles. Sans parler de son sabre à deux lames, trempées dans un genre de curare local.
Bon, c'est pas que je veuille vous ennnuyer avec cette histoire mais faut quand même que je vous livre quelques détails si vous voulez comprendre l'anecdote que je me propose de vous raconter.
Le mec est donc dans sa cage avec les araignées et il est sur le point d'avaler son bulletin de naissance, où qu'il soit né: dans la banlieue d'Alpha du Centaure ou le quartier bohéme de Mars. Le gros chasseur de primes à six bras ricane (oui, j'ai oublié de signaler qu'il était gros. Il transpire beaucoup aussi. De la sueur verte ) et lui balance des insultes et des trognons de je ne sais quel fruit du cru.
Subitement, la cage s'écrase dans l'arène circulaire au dessus de laquelle elle est suspendue par un genre de câble.
Patatras, y'a des fragments de verre intergalactique qui volent tous azymuts. Les araignées se carapatent et notre héros se croit sauvé (sauf que les ricanements de son gros tourmenteur redoublent et que, vu qu'il n'est pas trop con pour un chasseur de rats qui trafique des organes, notre héros flaire quand-même quelque chose de louche) mais voila que s'ouvre une grande porte à double battant et qu'une étrange créature déboule dans l'arène.
- Vous pouvez me dire ce que je fais ici ? demande la créature avec un accent anglais prononcé.
Et là, je relis la phrase plusieurs fois, parce-que, même si j'ai rien bu, j'ai vachement l'impression d'être victime d'une cochonnerie genre délirium trémens.
L'anglais est coiffée d'une deerstalker et nul besoin d'être Sherlock Holmes pour s'apercevoir que c'est justement lui...Sherlock Holmes donc !
Pour tout dire, je me pose la même question que lui: qu'est-ce qu'il fait là ?
Je poursuis ma lecture, dans l'espoir de recevoir quelque explication mais c'est peine perdue. Aussitôt apparu, Sherlock Holmes s'en retourne d'où il est venu et est remplacé par un genre de rhinocéros extra-terrestre, dont j'ai vaguement le temps de comprendre que sa corne génère des décharges électriques" capables de foudroyer un Wooloof (?!?) dans la force de l'âge", avant de jeter à l'autre bout de la pièce ce tissu d'inepties.
En voilà une histoire !
Je me lève pour boire un verre d'eau dans la cuisine, vu que j'ai comme un drôle de goût dans la bouche.
Peut-être que je souffre d'hallucinations dues à une mauvaise digestion du clafoutis aux pruneaux préparé par ma femme ?
Faut dire qu'elle est en pleine phase "clafoutis aux pruneaux" ! Tous les jours ou à peu près , on y a droit !
Cependant, d'ordinaire, les problèmes de digestion se posent au niveau de mes intestins plutôt que de mon cerveau.
A mon retour dans le salon, je ramasse le livre et je cherche à nouveau le passage en question, histoire de m'assurer que je n'ai pas rêvé.
Faut croire que si parce-que ledit passage n'y est plus !
De toutes façons, j'en ai soupé de cette histoire et, après avoir rangé le bouquin sur une étagère de la bibliothèque, j'ouvre le livre suivant sur ma pile en attente.
Cette fois, c'est une histoire d'horreur, pure et dure, genre Stephen King, avec un prof qui part en vacances au bord de la mer. Il loue une villa mais ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle est construite sur une espèce d'entrée de métro qui donne droit sur l'enfer ou un autre endroit sympa du même genre. Dès le troisième chapitre, ça grouille de milliers de minuscules démons qui courent dans toute la maison en bouffant tout ce qui leur tombe sous les crocs: le chien, la voisine ( qui, justement, apportait un clafoutis aux pruneaux en gage de bienvenue ), un flic, une bande de scouts et que sais-je encore...
Aux environs de la page 50, je commence à sentir mes paupières s'alourdir.
Le prof est coincé dans la cave par un genre de créature plutôt douée pour baver, rouler des yeux, parler avec la voix de votre oncle mort et faire tous ces trucs qui fichent la frousse.
Soudain, une silhouette émerge de sous un tas de charbon, époussette son Mc Farlane et demande:
- Vous pouvez me dire ce que je fais ici ?
Cette fois, je pousse un grognement dans la plus pure tradition "sanglier blessé" et referme le livre violemment !
Trop c'est trop !
Un autre verre d'eau plus tard, je range le bouquin sur la même étagère que le précédent. Ca commence à bien faire cette histoire ! Honnêtement, ça m'a coupé l'envie de lire ! Je pourrais dessiner, regarder les frasques bavaroises de Derrick ou de Matula à la télé ou même jouer mon Gene Kelly et aller faire un tour sous la pluie... mais je suis du genre persévérant.
Le temps d'allumer une cigarette et j'ouvre le troisième livre de la pile d'un air viril et décidé (et réciproquement).
Cette fois, je décide de ne pas perdre de temps. Je survole en vitesse les premiers chapitres, juste assez pour piger qu'il s'agit, sous couvert d'une histoire de politique-fiction, d'un banal thriller dans lequel un flic mal embouché course un truand sympa mais nécrophage. Ainsi que je m'y attendais, au bout de quelques chapitres, Sherlock Holmes fait son apparition (il surgit, cette fois, d'un congélateur que le méchant de l'histoire vient d'ouvrir pour y entreposer une paire de jambes d'enfant destinée à son diner du surlendemain) et pose , une fois de plus, la même question:
- Vous pouvez me dire ce que je fais ici ?
J'allume encore une cigarette sans me rendre compte qu'il y en a déjà une qui fume toute seule dans le cendrier.
Qu'est-ce que c'est que ce mic mac ?
Un à un, je passe en revue les bouquins de la pile. Y'en a pour tous les goûts. En vacances, j'aime la variété.
J'ouvre Courteline: Sherlock Holmes se balade au Bureau des Dons et Legs !
Dumas: Sherlock Holmes bouscule d'Artagnan à l'entrée de l'hôtel de Tréville !
Leroux: Sherlock Holmes boit un café dans un bistrot en face de l'Opéra !
Jerôme K. Jerôme: en comptant Sherlock Holmes, les trois hommes dans un bateau sont quatre, sans parler du chien !
La tête me tourne.
Pris d'une impulsion subite, je me précipite vers la bibliothèque et commence à feuilleter fébrilement tous mes livres. C'est pas croyable ! Sherlock Holmes est partout ! Il descend au centre de la terre avec le professeur Lidenbrock, il fait partie de l'expédition qui retrouve Lord Greystoke-Tarzan dans la jungle, il traque Fantômas aux côtés de Juve et Fandor, il file un coup de main à Quasimodo pour enlever Esmeralda, il tente de secourir le docteur Jekyll, il est poursuivi par Jack Torrence dans les couloirs de l'hôtel Overlook, il erre en compagnie d'Heathcliff aux abords des Hauts de Hurlevent, il combat un gros méchant calembour dans un San Antonio !
Au début, comme une litanie, il pose sans cesse la même question:
- Vous pouvez me dire ce que je fais ici ?
Mais, finalement, il semble s'adapter à chaque nouvelle situation, à chaque nouvelle intrigue, influant sur les évènements, les provoquant parfois.
D'une main hésitante, je saisis (si j'ose ainsi m'exprimer) "Les onze-mille verges", tout en me disant que, non, Sherlock Holmes ne peut pas avoir trouvé sa place entre ces pages. Mais si pourtant ! Et il a l'air de bien s'amuser , le bougre !
Au bout d'une heure ou deux, je délaisse la bibliothèque et, le cerveau en ébullition, je vais respirer un peu d'air frais dans le jardin.
C'est l'un de ces moments où il pleut comme bovidé qui urine mais je n'en ai cure. La pluie semble me calmer un peu, si tant est que ça soit possible.
Une idée me tourne autour de la tête sans donner l'impression qu'elle a envie de se poser.
Soudain, un éclair illumine le ciel en même temps que l'idée volante se décide enfin à atterrir.
Quelques secondes plus tard, je suis de retour dans le salon. Comment n'y ai-je pas songé plus tôt ?
Le canon, ainsi que tous les ouvrages entretenant un quelconque rapport avec Sherlock Holmes, est rangé sur une armoire à étagères, contre le mur opposé à celui où se trouve la bibliothèque.
Je saisis le premier livre qui me tombe sous la main. C'est "Le signe des quatre".
Ainsi que je m'en doutais déjà, le premier chapitre s'ouvre sur le Dr Watson en train de se lamenter tout en jouant machinalement avec la montre de feu son frère. Il est assis, seul, dans le living du 221B Baker Street et répète inlassablement:
- Mais où diable est-il passé ?
Fièvreusement, je feuillette tous les volumes. Il faut me rendre à l'évidence: Sherlock Holmes s'est échappé du canon !
Peut-être que vous n'êtes pas pleinement conscient de l'ampleur de la catastrophe ? Vous vous dites : bah, qu'il se promène un petit peu n'est pas bien grave. Il a bien le droit de changer un peu d'horizon.
Et bien non, justement !
Bon sang ! J'ai le vertige rien qu'à songer à tous ces holmésiens de par le monde qui se retrouvent avec un canon dont Holmes est absent ! Un canon où il n'y a plus rien à étudier ! Un canon où le Dr Watson éconduit poliment les clients en leur disant qu'il ignore quand Sherlock Holmes sera de retour ! Un canon où les histoires se résument au susnommé Dr Watson en train de faire les cent pas dans le salon de Baker Street tout en se rongeant les ongles et en répétant comme un leitmotiv:
- Mais où est-il passé ?
En proie à une rage sans nom, je me plante, bras croisés, devant la bibliothèque parmi les volumes de laquelle Sherlock Holmes a trouvé refuge.
- Sortez de là, Holmes ! Vous avez perdu le sens commun ou quoi ?
Pas de réponse, comme de bien entendu.
- Voyons, dans quel livre vous cachez-vous en ce moment ? Je vous préviens que si je vous attrape...
Une redoutable chasse à l'homme s'engage. Holmes sait que je suis sur ses talons. Je crois le découvrir au détour d'une page de Wells, fuyant un raid martien avec des dizaines d'autres londoniens, mais il s'est déjà éclipsé du côté de chez Frankenstein. Il m'échappe de peu dans les glaces du pôle nord et je finis par retrouver sa trace dans un bar glauque ou Philip Marlowe est en train de se beurrer en toute tranquillité. Je le piste jusqu'à l'entrée de Malpertuis mais il se fond dans une ruelle ténébreuse.
Il réapparait brièvement dans l'Orient Express, semant la perturbation parmi l'assemblée de suspects qu' Hercule Poirot a réeuni dans le wagon restaurant. Pendant un long moment, je vais de droite et de gauche sans l'apercevoir. Soudain, au beau milieu d'un chapitre de "Guerre et Paix" et de Moscou en flammes, je vois clairement Holmes désarçonner Napoléon et s'enfuir sur le cheval blanc de l'empereur. Bientôt, il chevauche dans les rues de Prague sur lesquelles se profile l'ombre inquiétante du Golem mais, le temps pour moi de réagir et il s'est déjà réfugié... dans un album de Tintin !
- Mille millions de mille sabords ! Si on commence avec les bandes dessinées, on est pas sortis de l'auberge !
Holmes fait la sourde oreille, il est déjà dans un Lucky Luke.
Découragé, je m'écroule sur le canapé et, pour changer, j'allume une cigarette.
Si seulement je pouvais trouver une idée pour obliger Holmes à regagner le canon !
Je ne peux tout de même pas passer ma vie à le poursuivre parmi toutes les pages, toutes les phrases de tous ces livres, ma santé n'y résisterait pas !
- Quelle histoire !
Soudain, mon regard se pose sur mon matériel de dessin et l'idée jaillit.
Comme toutes les grandes idées, elle est très simple. Simple comme l'oeuf de Colomb, le potage en sachet ou le chewing-gum à la fraise.
Pour se matérialiser dans les BD, Holmes a dû adopter une forme graphique. Machinalement, il a pris l'apparence qui lui est la plus familière. En l'occurence, celle que lui confère Sidney Paget sur ses illustrations. Je ricane: il est fait comme un rat... mais il va falloir faire vite, avoir de sacrés réflexes ! S'agit pas de mollir, les p'tits gars !
J'extirpe une pile de BD des rayons de la bibliothèque et je la pose sur le coffre en bois précédemment cité.
Ce dont j'ai besoin est à portée de ma main.
Après une courte recherche, je déniche Holmes dans la troisième BD de la pile, un album d' Astérix où la silhouette fine et précise, en noir et blanc, dessinée par Paget, est aussi facile à repérer qu'une courgette dans un cageot de tomates.
Holmes me voit, il tente de réagir en se réfugiant derrière la forge de Cétautomatix, bousculant au passage Ordralfabetix armé de deux poissons. Trop tard !
Cette fois, j'ai été le plus rapide.
Furieux, Holmes se débat , coincé entre la feuille de papier calque, sur laquelle ma main gauche fait pression , et la page de l'album. On dirait un peu un papillon sous une plaque de verre.
Rapidement, par peur d'étouffer le détective, je décalque au crayon gras, les grandes lignes du dessin de Paget.
Une fois plus ou moins satisfait du résultat, je soulève le calque en retenant mon souffle.
Gagné ! Sherlock Holmes n'est plus dans l'album !
Pas une minute à perdre. Je repasse rapidement au crayon sur les traits qui transparaissent à l'envers du calque et, brandissant mon croquis, je me précipite vers l' édition illustrée du canon.
Voyons... ce dessin de Paget pour " Un scandale en Bohème" devrait faire l'affaire.
Je pose le calque sur l'illustration, à l'endroit cette fois, et, avec une certaine rage, toujours au crayon gras, je noircis la feuille, transposant peu à peu la silhouette de Holmes dans le salon de Baker Street.
Et voila ! M'en aura fait baver, l'animal !
Un rapide coup d'oeil aux différents volumes du canon me confirme que tout est rentré dans l'ordre: Holmes est de retour à Baker Street, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, les vaches sont bien gardées et toutes ces sortes de choses.
Et dire que, quand ma femme va rentrer, tout à l'heure, elle va me demander un truc du genre " rien de spécial pendant mon absence ?".
Meuh non, chérie, presque rien, il pleut toujours ? Comment va Machine ? Z'avez mangé des éclairs au chocolat ?
Epuisé, je retourne m'étendre sur le canapé.
Plus question de lire quoi que ce soit aujourd'hui ! Je prèfère encore regarder n'importe quelle ânerie à la télé !
Pourtant, du coin de l'oeil, je m'aperçois que la petit pile "à lire" est toujours posée contre le mur, sur le dossier du canapé.
Machinalement, je m'empare du premier livre.
C'est encore une des ces assommantes histoires de science-fiction. En dehors du fait que ces petits livres aux couvertures criardes ne sont pas chers et qu'on en trouve des tonnes chez les bouquinistes, je me demande ce qui me pousse à les acheter...
Au bout de quelques pages survolées, je me rends compte que je suis, comme malgré moi, vaguement pris par l'histoire. Il s'agit cette fois de l'aventure d'un type qui a plus ou moins le pouvoir de lire les pensées des autres et qui utilise ce pouvoir pour devenir un genre de caïd sur la planète où il crèche. Mais, dans des grottes situées au coeur d'une région volcanique, vivent des espèces de mutants, avec une tête de chauve-souris et un corps d'écrevisse, dont le héros ne peut pas lire les pensées pour une raison sur laquelle l'auteur préfère ne pas s'appesantir. Le chef des mutants, qui a un compte à regler avec notre télépathe, en profite pour l'attirer dans un piège. Le gars se retrouve au coeur d'un labyrinthe vivant, dont toutes les parois sont trouées de bouches hérissées de crocs empoisonnés. Il court comme un dératé ( mettez vous à sa place ! ) sans arriver à s'échapper et finit par aboutir au centre du labyrinthe où il rencontre une très belle femme en bikini léopard, sourde et muette, prisonnière comme lui, dont il découvre, en lisant ses pensées, qu'elle connait un passage secret. Au moment où ils vont réeussir à fuir tous les deux, le passage secret en question est envahi par de drôles de machins qui ressemblent à des limaces volantes et carnivores, en plus dégueu'. Le télépathe fait un rempart de son corps à sa compagne mais il est salement blessé au bras (pourquoi toujours au bras ?) et se met à saigner comme un cochon...
Et c'est pile-poil à ce moment-là que le Dr Watson fait son apparition et lui demande s'il a besoin d'aide.



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