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Accueil » Fictions » Le dindon des Baskertown
par
Jean-Claude Mornard
Ses autres fictions
Le dindon des Baskertown Juin 12, 2007
Illustrations © Lysander


Une aventure de Shamrock Horse et du docteur Hansom

Ce matin là, Shamrock Horse était roux.
Ca lui arrivait de temps en temps mais moins fréquemment que ce que les mauvaises langues ont pu laisser supposer. En fait il était roux sans raison particulière. La veille, il s'était couché châtain foncé et, au petit déjeuner, je le retrouvais roux.
De toutes façons, ce détail capillaire n'a aucune importance quant au déroulement de mon histoire. Pour être honnête je ne sais trop si quoi que ce soit a vraiment une importance quelconque quant au déroulement de mon histoire.
- Vous avez mauvaise mine, Hansom ! Remarqua Horse en mâchant bruyamment un morceau de hareng qui traînait dans sa tasse de thé.
- C'est celui qui le dit qui l'est, répondis-je en beurrant mes pantoufles.
- Je vois que vous n'êtes pas d'humeur causante ce matin, poursuivit le détective tout en allumant deux ou trois cigarettes.
A cet instant précis ( à mois que ce ne fût cinq minutes plus tard, je ne sais plus exactement ), Mrs. Hickson entra dans le living et, après avoir chassé d'un coup de pied bien placé un jeune cireur de chaussures chinois qui se prélassait sur la carpette, tendit vers Horse un index accusateur.
- M.Horse ! Je vous ai déjà demandé cent fois de ne plus jouer du tromblon pendant la nuit ! Ca empêche mes poissons rouges de dormir !
Horse éclata d'un rire discret comme un régiment de highlanders dans une fabrique de poupées russes.
- Vous dites n'importe quoi, chère Mrs. Hickson ! Je ne joue que du tuba ! Ce que vous avez entendu, ce sont les ronflements de Hansom.
Maintenant que j'y songe, cette scène devait plutôt se dérouler cinq minutes avant que Horse n'allumât ses trois cigarettes, au moment ou Mrs. Hickson avait monté le petit déjeuner.
Mais non, pourtant ! Dans ce cas, je n'en aurais pas été témoin puisque j'étais toujours couché !
Soit ! De toutes manières, on s'en fiche, le tout est de ne pas perdre le fil.
Or donc, ce matin là, Shamrock Horse était roux... euh... pardon...en parlant de perdre le fil, je n'y suis plus du tout, moi !
Ce n'est pas bien grave, on va reprendre au début.
Je me lève, Horse est roux, il pleut, le petit déjeuner n'est pas très bon, ma vieille blessure au membre de votre choix me fait souffrir, ça sent la chicorée, il pleut toujours, le petit déjeuner ne s'améliore pas et il pleut de plus belle.
A un moment donné ( désolé de n'être pas plus précis mais, en ce moment même - enfin, je crois - ma femme, pour des raisons connues d'elle seule, me tape sur la tête avec une cuiller en bois et ça m'empêche de me concentrer ), Horse me tendit une espèce de télégramme.
Un examen plus appronfondi me démontra qu'il s'agissait bel et bien d'un télégramme.
- Lisez, Hansom ! M'enjoignit Horse d'une voix sonnante et trébuchante, tandis que je m'apprétais à marmelader d'oranges ledit télégramme.
- C'est de sir Henry Baskertown ! Hurlai-je de joie. Comment va-t'il, ce vieux trumeau ?
- Lisez, Hansom ! Répéta bêtement Horse.
J'extirpai mes lunettes de la poche intérieure du veston de Horse, pendu aux bois d'un élan qui passait par là.
- Bon sang ! L'affaire est grave ! Il semblerait que la lande qui entoure le manoir de Baskertown soit hantée par un gigantesque dindon fantôme !
- Je ne crois pas aux dindons fantômes, cracha Horse avec mépris.
- Moi non plus, mais ce n'est pas une raison pour ne pas voler au secours de ce vieux fou !
- Je ne crois pas aux vieux fous, cracha Horse avec sa bouche.
- Mais enfin, nous devons agir, nom d'un chien !
- Je ne crois pas aux chiens, cracha Horse en direction de l'âtre.
Le gaillard commençait à m'énerver sérieusement ! Sans lui laisser le temps de respirer, je frappai violemment Horse avec un morceau de fromage et quelques olives.
Le choc ramena mon vieil ami à de meilleurs sentiments vis à vis des dindons fantômes, des vieux fous et des chiens ( sans parler des méduses: on a pas le temps ! )
- Vous avez raison, Hansom ! Après tout, l'inaction me pèse ! Mieux vaut une affaire de dindon fantôme que pas d'affaire du tout !
Sur ces paroles viriles, il enfila sa casquette, chaussa ses bottes en caoutchouc, remonta la pendule, colla , sans raison apparente, deux timbres sur une enveloppe, fit un tour de cartes que je ne connaissais pas et se précipita hors du living.
- Venez Hansom, le machin est chosé !
- Comment ?
- Le truc, là...le bazar est afoot, vous voyez ce que je veux dire ?
En vérité je ne voyais pas trop... et je m'en fichais un peu pour tout dire.
Rapidement, je m'enduisis d'huile d'arachide et rejoignis Horse.
Après un bref voyage en fiacre, train, charette à boeufs, rickshaw, péniche et trottinette, nous arrivâmes au manoir de Baskertown.
C'était une grande bâtisse sombre mais néanmoins obscure, éternellement battue par le vent de la lande, les lavandières du Portugal et Kasparov quand elle se mettait en tête de jouer aux échecs.
Sir Henry nous accueillit avec un soulagement manifeste.
Aussitôt qu'il nous vit, il tendit sa perruque à Shamrock Horse, en signe de bienvenue.
Ce dernier l'accepta humblement et la coiffa par dessus sa casquette.
C'était une espèce de vieux rituel entre les deux hommes et ça les fit bien rire pendant un très long moment tandis que je me reculai discrètement jusqu'au piano dont je me mis à frapper machinalement les touches avec un marteau.
- Allez-y doucement, Hansom, s'étrangla sir Henry. Il vaut cher !
- C'est un piano de grande marque ?
- Mais non, imbécile ! Pas le piano, le marteau ! C'est le seul souvenir qui me reste de ma première épouse !
Horse posa une main amicale sur la tête de sir Henry.
- Si nous en venions au fait, cher vieil ami ? Quelles sont ces billevesées à propos d'un dindon fantôme ?
Le vieillard lança à Shamrock Horse un regard plein d'appréhension et de conjonctivite.
- Ce ne sont pas pas des billevesées, malheureux !
- Si vous y tenez. Quelles sont ces conneries à propos d'un dindon fantôme ?
Sir Henry soupira et se laissa choir plus qu'il ne s'assit dans le panier du chien.
- Je l'ai vu, Horse ! De mes yeux vu ! Il est énorme, grand comme un porte-avions ! Il flamboie dans le noir comme...comme...je ne sais pas, moi, comme un machin qui flamboie dans le noir ! Et ses glougloutements lugubres m'ont glacé le sang ! On aurait dit...une genre de...une sorte de...comme un...comme un disque de Céline Dion sur lequel on aurait versé de l'acide sulfurique !
Malgré son courage légendaire et son écharpe tricotée par Mrs.Hickson, Horse ne pût s'empêcher de frissonner.
- Et où était-il, ce dindon, lorsque vous l'avez vu ? Sur la lande ?
- La première fois, oui. La seconde fois, il était dans le placard à balais. Et, pas plus tard qu' hier soir, il était couché au pied de mon lit !!!
- Drôle d'animal, fis-je d'une voix lointaine parce-que j'étais dans la cuisine en train de terminer un reste de nouilles chinoises à peine moisies.
Shamrock Horse se mit à faire les cent pas sur la peau d'ours étalée devant la cheminée.
- S'est-il montré menaçant, ce dindon ?
Sir Henry Baskertown, avec un effort visible dû à son grand âge, haussa lourdement les sourcils.
- Oui et non. Il ne m'a pas vraiment attaqué mais il a ...euh...il a fait ses besoins dans mes meilleures chaussures !
Ce disant, le vieillard s'empara d'une bouteille de whisky qui traînait sur un plateau porté par son majordome et, sans façon, la vida entièrement d'une seule goulée.
- Apportez-en une autre, Babymore !
Le majordome se gratta la tête avec componction.
- Ca fera la quinzième aujourd'hui, sir Henry ! Et ce n'est même pas encore l'heure de l'apéro !
A cet instant précis ( cette fois, j'en suis sûr ! ), le vieux Baskertown devint blanc comme un linge, porta ses mains à sa poitrine et hurla :
- Regardez ! Regardez ! Vous le voyez ? Vous le voyez ? Il est en train de saloper mon piano !!!! Sale bête !!!
- Sir Henry ! Surveillez votre langage ! S'étrangla Babymore.
Horse se précipita vers le piano.
- Il n'y a rien, cher vieil ami ! Pas l'ombre d'un dindon ! Pas même un dindonneau !
Le vieillard extirpa de la poche de son pantalon une autre bouteille de whisky dont le contenu suivit le même chemin que celui de la précédente.
- Vous me croyez fou, hein ? Mais je le vois, moi ! Et je l'entends ! Ecoutez ! Glou glou, glou glou, glou glou, glou glou ! C'est infernal !
Babymore se tapota la tempe avec l'index et sortit de la pièce d'une démarche amidonnée.
- Glou glou, glou glou, glou glou ! Poursuivait sir Henry , de plus en plus hystérique.
- Abattez-le, Hansom ! S'écria Horse.
- Le dindon fantôme ? Mais...c'est à dire que je ne le vois pas !
- Mais non abruti, y'a pas de dindon ! Abattez sir Henry ! Il va me rendre dingue !
Je sortis mon revolver de sous mon chapeau et, prudemment, je visais le vieillard aux jambes.
Aussitôt, Sir Henry s'écroula, frappé à l'épaule.
- Ca fait un mal de chien ! Bougre de c...!
Horse ôta une de ses bottes en caoutchouc et l'abattit violemment sur la tête du vieux.
Ce dernier sombra aussitôt dans une bienfaisante inconscience. Surtout bienfaisante pour nous, d'ailleurs.
- Vous avez compris ce qui s'est passé ici, Hansom ? Me demanda Shamrock Horse tout en allumant sa pipe à l'aide d'une des deux cigarettes qui fumaient dans sa main.
- Je ne suis pas idiot, Horse ! Vous avez frappé sir Henry avec votre botte et, moi, je lui ai tiré dessus ! Un enfant comprendrait ça !!!
- Ce qui s'est passé à propos du mystérieux dindon fantôme, Hansom, espèce de crème de cassis à la menthe !!!
- Ah ? Ca ? Pas la moindre idée !
Le détective se coucha sur la peau d'ours et, dans un geste machinal, joignit les extrémités de ses narines sous son menton.
- Veuillez jeter un oeil sur la bouteille de whisky qui dépasse de la chaussette gauche de sir Henry, Hansom. J'attire particulièrement votre attention sur l'étiquette !
Je m'exécutai.
- Vous comprenez à présent? Poursuivit Horse en se roulant langoureusement sur la peau d'ours.
- Et bien oui, c'est du whisky. Et alors ?
Horse soupira et tira une bouffée de sa pipe tout en lançant le tisonnier dans ma direction.
- En fait, Hansom, c'est du bourbon ! Du "Wild Turkey", pour être précis ! Obnubilé par cette étiquette représentant une dinde ( ou un dindon, c'est du pareil au même ) et ivre en permanence, selon sa vieille habitude, sir Henry a finit par avoir des hallucinations. Quoi de plus naturel, dans son cas, que d'imaginer un dindon gigantesque, flamboyant dans le noir comme un....comme un machin qui flamboie dans le noir, et poussant d'effrayants "glou glou" ! Des "glou glou" qui étaient suggérés à notre vieil ami par le bruit peu ragoûtant que lui-même produisait en buvant au goulot !
- Bon sang, Horse ! Vous êtes un sorcier ! Encore une fois vous avez mis dans le mille !
Le détective se releva et écrasa sa pipe sous son talon.
- C'était élémentaire, Hansom. A présent, passez-moi mon violon, afin de terminer cette aventure sur une mélancolique note musicale.
- Votre violon ? Euh... Nous ne sommes pas à Baker Street, Horse !
Shamrock Horse lança des regards étonnés autour de lui.
- C'est pourtant vrai, Hansom. Vous êtes décidément plus observateur que vous ne voulez bien le faire croire !



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