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Accueil » Fictions » Le mystère de la pièce jaune
par
Anonyme (Fig Mag)
Ses autres fictions
Le mystère de la pièce jaune Août 31, 2002

Le mystère de la pièce jaune
paru à l'origine dans le Figaro Magazine n°18059, p.84-85, du 31 août 2002
Cette nouvelle est la huitième partie d'un feuilleton intitulé "Le bichon de la reine"
Auteur anonyme (mais signé Sir Arthur Conan Doyle)


Résumé des chapitres précédents :
Après huit semaines d'un suspense insoutenable, on n'a toujours pas retrouvé le bichon de l'Elysée. La classe politique est en haleine. Gustave Flaubert étant de mauvaise humeur, nous avons demandé à Conan Doyle de tirer au clair le mystère de la disparition de l'insupportable animal.
Huitième chapitre : LE MYSTÈRE DE LA PIÈCE JAUNE

« Pourquoi remettez-vous votre pantalon, Holmes ? » demandai-je a l'heure du thé dans le salon de notre appartement de Baker Street.
« Parce que je n'aime pas jouer du violon en caleçon, répondit mon ami. Vous le sauriez si vous n'étiez pas plongé dans le prochain livre de Christine Bigot, à paraître en septembre chez Stock. »
« Par Juppé ! Holmes, ceci est prodigieux. Vous me tournez le dos, comment savez-vous que je suis en train de lire la Constipation ? »
« Mon cher Watson, quand je ne vous entends plus, je sais que vous ne parlez pas ; quand vous ne parlez pas, je sais que vous dormez ; quand vous dormez, je sais que vous venez de lire une page à une page et demie, selon ce que Mrs Hudson nous a donné à déjeuner. Je n'ai pas entendu le froissement caractéristique du Times et votre ronflement avait une profondeur particulière. J'en ai déduit qu'il était causé par l'ingestion du début d'un volume écrit en français, que j'évalue à un kilo vingt-trois grammes, en corps garamond douze, et dont j'ajouterai qu'il dépassait, hier soir, de sous votre oreiller. Voilà pourquoi je puis vous affirmer que vous êtes en train de lire Christine Bigot, à laquelle nulle insomnie ne résiste. »
« Cette fois je comprends », dis-je émerveillé.
« C'est bien heureux ! dit Holmes en haussant les épaules. Mais je vois que vous avez encore fouillé dans mes papiers, Watson. »
« Je l'avoue, dis-je en rougissant. Je suis tombé sur un dossier que je ne connaissais pas : le mystère de la pièce jaune. M'autorisez-vous à en prendre connaissance pour raconter cette histoire à mes lecteurs ? »
« Ma foi, dit Holmes, vous avez raison. Cette affaire date de mon séjour à Paris quand je vivais sous un faux nom pour échapper à l'infâme Moriarty. J'ai été assez heureux pour rendre service au gouvernement de la République française. Peut-être vous souvenez-vous du scandale causé par la disparition du bichon de la reine ? Les journaux en ont abondamment parlé. »
« Vaguement, répondis-je. Il me semble que la crise était à Son comble. il y avait des rumeurs de guerre et d'une autre dissolution de l'Assemblée nationale. Mais à l'époque nous n'habitions pas ensemble, Holmes. J'étais encore marié à Mrs Watson... »
« Vos déviations sexuelles ne m'intéressent pas, dit Holmes sévèrement. Le premier à me parler de la disparition du bichon fut un ministre du gouvernement français que je reconnus aussitôt pour tel bien qu'il eût la précaution de porter un passe-montagne. »
« Comment avez-vous su qu'il se dissimulait ? »
« Un passe-montagne au mois d'août, Watson! »
Je fus à nouveau ébloui par les dons du prodigieux détective.
« Ce passe-montagne portait indubitablement la marque du Vieux Campeur. Il était de taille 62 ; les hommes qui portent des passe-montagnes de taille 62 au mois d'août place Beauvau ne sont pas nombreux. Une déduction rapide fondée sur ma monographie des crânes du gouvernement français de 1974 à 2002, que j'ai fait paraître à Vienne et que vous avez peut-être lue, me fit reconnaître Nicolas S... »
« Le ministre de l'I... », dis-je stupéfait. Holmes m'interrompit d'un mouvement de son archet :
« Chut, Watson ! N'oubliez pas qu'il s'agit d'une affaire délicate qui mettait en cause l'honneur d'une femme. Il m'expliqua que le moral du pays exigeait que l'on retrouvât le bichon au plus vite ; la police française, comme d'habitude, s'y bouchait les narines *. Je lui demandai de visiter la pièce où vivait ordinairement le bichon. »
« Monsieur Holmes, me répondit-il, ce que vous me demandez est impossible. Entrer à l'Elysée ! Savez-vous qu'à l'exception du 14 juillet, le palais est gardé comme un saint sacrement ? ** Même les journalistes n'y ont pas accès. »
« Dans ces conditions, je me retire. Mais je crains que tout retard ne soit fatal au bichon, et je décline toute responsabilité quant aux conséquences internationales de votre refus. »
« Mon hôte se leva et ôta son passe-montagne. »
« Monsieur Holmes, dit-il vaincu, vous m'avez convaincu. J'obtiendrai l'autorisation nécessaire. Soyez à 5h35 à l'angle de
la rue de l'Elysee et de la rue Saint-Honore. »
« A l'heure dite, j'étais au rendez-vous. »
Je retins mon souffle et laissai Holmes reprendre le sien :
« Mais comment avez-vous trouvé l'endroit ? » dis-je.
« En consultant le plan du métro », répondit Holmes.
« Sidérant! Vraiment, Holmes... »
« Bah, dit mon ami. Arrivé sur place, je retrouvai mon illustre interlocuteur toujours vêtu de son passe-montagne. Nous pénétrâmes dans le palais par une porte dérobée. A cette heure déserte, je commençai par mesurer la cour, la rapportai au nombre de marches du perron et à l'âge des huissiers du premier étage, puis j'en extrayai la racine carrée et attendis patiemment qu'il soit vingt-trois heures douze minutes et six secondes exactement pour ressortir de la pièce où vivait ordinairement le bichon. Imaginez, Watson, une chambre jaune sans fenêtre, avec une porte fermée, un plancher recouvert de moquette jaune et aucune issue apparente. Le panier du bichon était jaune, sa gamelle jaune et le nom de cette chambre était: la pièce jaune. »
« Stupéfiant ! » dis-je.
« N'est-ce pas ? dit Holmes. Mais cette fois je vous ferai remarquer que je n'y suis pour rien. Un détail, cependant, retint mon attention. Je me mis à quatre pattes. Le panier était tiède ; la gamelle encore humide. Je rentrai à mon hôtel, fumai quarante-quatre pipes et accueillis à l'aube l'homme au passe-montagne. »
« Eh bien ! me dit-il, avez-vous trouvé, M. Holmes ? J'avoue que je suis au bout. »
« Cette histoire aussi, dis-je. Monsieur, je vais vous donner la clé de l'énigme mais j'ignore si elle vous conviendra. »
« Je prends le risque. »
« Parfait. La principale caractéristique de cette affaire est que personne n'avait revu le bichon. C'est ce que vous m'avez déclaré ; ce que j'ai lu dans les journaux. Mais je découvris très vite que la date et l'heure de cette disparition étaient inconnus ; d'autre part, quand j'examinai la pièce jaune, je pus établir qu'elle était hermétiquement close et qu'il n'y avait aucun moyen d'en sortir quand on y était entré, sauf par la porte. Or les expériences auxquelles je me suis livré dans une affaire précédente me permettent d'affirmer qu'un bichon n'est pas capable d'ouvrir une porte dont la serrure est située à un mètre zéro sept de hauteur par rapport à une moquette de trois centimètres d'épaisseur. Donc il a failli que quelqu'un ouvre la porte de l'extérieur. »
« M. Holmes ! Vous êtes fantastique ! » dit le passe-montagne.
« Vous me connaissez, docteur. Je suis insensible aux compliments. Je coninuai donc : l'examen de la cour de l'Elysée m'avait convaincu qu'aucun des suspects ne l'avait franchie le jour de la disparition. Je vous rappelle qu'il avait plu
le 13 juillet et toute la nuit du 14. Je disposais donc d'une magnifique et complète série d'empreintes de pas que je comparai aussitôt rentré à mon hôtel avec ma collection personnelle d'empreintes de pas des différents gouvernements français depuis la création de la Ve République. Je m'assurai alors d'un second élément : si personne n'était venu du dehors, c'est qu'on était venu du dedans. Maintenant Watson vous disposez, comme l'homme au passe-montagne, des trois clés qui devraient vous permettre de résoudre aisément cette affaire. »
« Je résume, déclarai-je : personne n'avait revu le bichon ; l'impossibilité de sortir de la pièce jaune ; l'absence d'empreintes dans la cour. Eh bien, je donne ma langue au chat. »
« Excellent, Watson ! »
« N'est-ce pas ? dis-je assez content de moi-même. Mais franchement, Holmes, Je ne vois pas... »
« Le chat, Watson, le chat ! »
« Quel chat ? »
« Il n'y a pas de chat dans cette histoire, Watson ! Or vous connaissez l'expression française : s'entendre comme chien et chat. Puisqu'il n'y avait pas de chat, c'est qu'il n'y avait pas de chien. »
« Mais le bichon ? Le bichon de la reine ? Il est mondialement connu. »
« Le bichon, mon cher Watson, existe bel et bien. Mais il n'a jamais été volé. »
« Quoi ? »
« Eh non, docteur ! SI LE BICHON N'A PAS QUITTÉ L'ÉLYSÉE, C'EST QU'IL N'EN EST JAMAIS SORTI ! »
« Mais l'enquête ? Les journaux ? L'émotion populaire ? Le ministre de l'Intérieur ? »
« Poudre aux yeux, Watson ! Illusion ! Fantasmagorie ! Ou comme me l'a dit le ministre lui-même dans cette admirable langue française: un piège à cons. »
« Mais pourquoi, Holmes ? »
« Ah ça, Watson, je vous laisse juge. Si j'en crois la physionomie abasourdie du ministre, sans doute ce coup monté. était-
il destiné à pousser chacun à déclarer ses ambitions et à révéler son véritable caractère. Il venait d'y avoir des élections ; il s'agissait pour l'Elysée de savoir qui était contre qui. Les grands de ce monde agissent supérieurement, Watson ; nous ne sommes que des nains à côté d'eux. »
« Vous voulez dire que l'auteur de ce coup monté serait la... »
« Plus haut, Watson ! ».
« Le... »
« Vous y êtes, Watson ! Aussi je vous suggère, compte tenu de ce que vous avez deviné, d'appeler cette histoire : le Mystère
de la pièce jaune. »
Mon ami prit le dossier, en tira un document et le flaira avec délices. C'était la photocopie d'un chèque tiré sur les fonds secrets de la Banque de France, à son ordre et pour un montant très généreux.
« Vraiment, Holmes, vous êtes le plus grand détective que je connaisse et surtout, vous racontez comme personne. Je me demande. comment vous faites »
Sherlock Holmes se redressa et agita le chèque :
« Alimentaire, mon cher Watson ! »

Par Sir Arthur Conan Doyle

FIN DU BICHON DE LA REINE

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* Expression anglaise. En français : « s'y casser les dents » (NdT)
** En français dans le texte (NdT).



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