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Accueil » Critiques » From Hell
Critique biblio
From Hell
par
Bernard Oudin
Ses autres critiques
Dessin inégal et sources douteuses voire faisandées Janvier 17, 2001

From Hell, une autopsie de Jack l'éventreur, Alan Moore et Eddie Campbell, traduit de l'anglais, Editions Delcourt.

Je crains d'être très critique sur l'album From Hell d'Alan Moore et Eddie Campbell, doté d'un sous-titre alléchant et bien propre à éveiller mes appétits : Une autopsie de Jack l'éventreur. Je ne peux pas dire que je sois resté sur ma faim, car le plat est consistant, mais il est franchement indigeste. J'ai appris qu'il avait reçu un prix à Angoulême et j'ai pu le voir exposé à la Fnac parmi les "coups de coeur" du libraire. J'avoue mon étonnement, pour ne pas dire ma consternation.

Premier reproche, mineur j'en conviens : la taille de l'ouvrage. Un album de 575 pages, gros comme un annuaire, c'est comme un film de 8 heures : on aura beau me dire que c'est un chef d'oeuvre, on se sent un peu fatigué d'avance...
Mais, après tout, la quantité ne fait rien à l'affaire. Ce qui est plus grave, c'est l'extrême médiocrité du dessin d'Eddie Campbell. L'artiste oscille bizarrement, d'une case à l'autre, entre plusieurs styles. Parfois son trait se veut précis, parfois il est flou, brouillé, voire inachevé. Et dans tous les cas il donne une impression de maladresse, voire de puérilité. Peut-être me dira-t-on que c'est voulu, ce qui ne me convaincra pas pour autant que c'est bon. Ajoutons que le décor est réduit à sa plus simple expression, le plus souvent escamoté : le fond du dessin est en général un à-plat tout noir ou tout blanc (car cette BD est en noir et blanc, ce qui n'arrange rien). Là encore - on m'excusera pour cette redite - on imagine ce qu'un Tardi, un Bilal ou un Claes pourrait faire de Jack l'éventreur.

Le scénario appelle des réserves d'un autre genre. Alan Moore a pioché son sujet et on ne peut que saluer son souci de faire figurer en fin de volume 40 pages - pas moins - de notes détaillées, comme on en trouve plus souvent dans les travaux universitaires que dans les BD. J'ai également apprécié son souci de préciser dans ces notes ce qui relève de son imagination personnelle et ce qui provient de sources historiques. Hélas, hélas, ces sources ne sont pas seulement douteuses, elles sont carrément faisandées. Alan Moore nous ressert ce vieux plat concocté par Stephen Knight en 1976 sous le titre Jack the Ripper : the Final Solution et qui, on s'en souvient, mettait en cause le duc de Clarence, le Dr Gull, médecin de la famille royale, et le peintre Walter Sickert. Déjà à l'époque nous avons été quelques-uns à dire et à écrire que cette histoire rocambolesque puait le bidonnage à plein nez. Le grand public, qui fonce tête baissée dans les pires escroqueries littéraires, ne s'y trompa pas : le livre fut un best-seller. Deux ans plus tard le principal "témoin", le fils de Sickert, avouait que tout ceci n'était qu'un canular. Sa rétractation ultérieure ne l'a pas rendu plus crédible. Aujourd'hui, sans aucun recul ni esprit critique, Moore reprend cette histoire dont le seul mérite est d'avoir inspiré un honorable film holmésien, Murder by decree. Dans son dernier ouvrage, Le Livre rouge de Jack l'éventreur, Stéphane Bourgoin a une fois de plus fait justice de Stephen Knight et de sa théorie (en admettant qu'elle mérite ce terme). Mais décidément il y a des mythes qui ont la vie dure...

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