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Accueil » Critiques » Les Lunes de sang 2 : La lune noire
Les Lunes de sang II : La Lune noire Critique de
Les Lunes de sang II : La Lune noire
par Anaïs Cros
chez Mortelune
5 décembre 2007
» voir la fiche bibliographique
par
Manu Baranovsky
Ses autres critiques
De la fantasy avant tout ! Avril 10, 2008

La forme matérielle, d'abord.

« Les lunes de sang 2 » est édité – par l'auteure - au même format que le tome 1, malgré le changement d'éditeur : ouf ! Ce bel objet, proprement relié, ne dépareillera donc pas dans le rayonnage à côté de son prédécesseur. Visuellement, j'ai tiqué au début sur une mise en page contenant beaucoup de tabulations, commençant des mini-paragraphes. Je pense qu'une tabulation plus petite, ou bien pas de tabulation du tout le plus souvent, aurait donné un rendu visuel meilleur.

Forme littéraire, ensuite.

La continuité contextuelle et celle des personnages, en suite du tome 1, sont bonnes. Cros nous dresse bien, petit à petit, un territoire complexe, elle l'étend un peu dans le tome 2 et surtout elle le creuse.
Le quartier de la Lune Noire, la relation entre les Nains et le reste du peuple de Lunargent, mais aussi les tensions politiques et enjeux d'influences entre le roi, son conseiller, son fou, le frère maléfique de Listak, tout vise à nous faire entrer plus avant dans les subtilités d'un monde complexe, attaché juste ce qu'il faut aux stéréotypes du genre. Car la « fantasy » et l'aventure priment ici sur la détection, que cela soit clair pour le lecteur Holmésien.
La dynamique générale du m'a plu. Des temps forts, l'intensité dramatique qui monte, les ressorts du genre sont utilisés avec intelligence : le voyage, le pouvoir, les quêtes personnelles, les alliances, le savoir, la science, la magie… sont présents, dans leur dimension initiatique puisque chaque personnage se découvre à mesure des évènements. Ils présentés à bon escient, comme éléments nécessaires de l'intrigue et pas comme artifices de sa résolution. En conséquence, la construction de l'intrigue est plus linéaire que celle d'un récit d'enquête où l'on errerait dans des recherches d'abord infructueuses puis fructueuses. C'est normal.

Listak est moins un détective qu'un héros dramatique.

Et pourtant... La scène du crime principal, déclencheur de l'action de nos héros, est très précisément décrite, ainsi que la méthodologie de Listak, qui est similaire, pour l'étude des faits, à celle d'un Sherlock Holmes. De même, les attitudes et le « jeu d'acteur » du détective (alternance de froideur et de rares considérations sensibles, sautes d'humeur…) sont assez proches de celles du locataire du 221B Baker Street. Parfois, elle sont des hommages évidents : « Vous regardez mais vous n'observez pas ! », dit par exemple le détective à son Watson, le nain - médecin Evrahl. L'analyse de poussières ou bien encore l'enrôlement d'une bande de gamin des rues renforcent également l'impression d'un monde parallèle à celui de Sherlock Holmes, mais où les moyens et les enjeux sont propres à la fantasy.

Généreuse, Anaïs Cros donne sa chance à chacun de ses personnages

Faire évoluer plusieurs personnages principaux présente en soi l'intérêt de pouvoir quasiment les « laisser » interagir : au delà de la possibilité de plusieurs actions simultanées, leurs échanges, leurs humeurs, leurs pensées (surtout celle d'Evrahl, le narrateur)… nous rapprochent davantage d'eux, les humanisent aux yeux du lecteur.
Par exemple, l'amitié entre Evrahl et Listak s'approfondit, c'est évident. Un an après le tome un et les drames qui ont décimé sa famille, le nain a trouvé une réelle place auprès de ses amis.
J'ai eu du mal à cerner la place qu'Amhiel tient dans l'équilibre du trio : le rôle « entier » qu'elle semblait être amenée à prendre vers la fin du tome un est finalement en suspens dans le tome deux, oscillant entre celui de femme de maison (raison initiale de son embauche), celui de guerrière aux ordres de Listak. Elle le sert à la guerre, en enquête comme à la cuisine, mais elle est aussi femme, avec ses humeurs, sa sensibilité, ses frustrations et envies. Avec le recul, ce petit manque d'unité (mais qui est « un » ?) est peut-être un défaut, mais également une liberté pour la suite et l'évolution du personnage.
Les autres personnages gagnent en profondeur : Evrahl, qui est beaucoup moins un faire-valoir pour Listak que le docteur Watson pour Sherlock Holmes, fait des crises de Thynine suite aux péripéties du tome un ; et la situation du peuple nain ne s'arrange pas, dans un contexte d'intolérance qui nous serre le cœur. Le chat, Brise, a certainement une histoire particulière, et même si son côté « Rintintinesque » éveille mes réticences, je suis curieux de savoir ce que l'auteure a imaginé derrière ses particularités. Le fou du roi nous allèche par des compétences étonnantes dont nous ne saurons pas encore les tenants… Listak, même, dévoilera ses origines à ses amis, et l'histoire qui le relie à Torn. Ses motivations pour servir son roi seront ainsi éclairées, de même que certaines de ses souffrances. Son allégeance royale ainsi que sa relation avec son frère damné donnent des arguments pour une suite intéressante.
De fait, tout au long du livre, on sent qu'Anaïs Cros sait où elle emmène son récit : les révélations, les épreuves, les enjeux… sont autant de jalons posés pour une suite possible. Je la lirai volontiers, même si au final, en tant qu'holmésien, je ne suis pas autant emballé que pour le tome un qui présentait selon moi un potentiel de récits de détection au détriment duquel l'auteure a pour l'instant favorisé l'intrigue et le conflit, affirmant un ancrage réussi dans le genre fantasy.

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