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Accueil » Critiques » Sherlock : Révélation
Sherlock, T1 : Révélation Critique de
Sherlock, T1 : Révélation
par
chez Glénat
4 janvier 2008
» voir la fiche bibliographique
par
Thierry Saint-Joanis
Ses autres critiques
Une étude en clichés Mars 29, 2008

Je n'ai pas aimé. Mais alors pas du tout.

Le titre nous annonce une révélation. Moi, je pensais que c'était sur Sherlock Holmes. Eh bien, je crois plutôt que c'est sur la valeur des auteurs...
Visiblement, les aventures de Sherlock Holmes, aucun d'eux ne les a lues (ou ne s'en souvient). Cela ne les empêche pas de vouloir "ajouter" leur grain de sel à la geste holmésienne en inventant ce qui n'a pas encore été révélé sur les origines familiales de Sherlock Holmes par ce bon docteur Watson, ou Holmes lui-même.
Mais au lieu de nous proposer une version crédible, on a droit à un grand "n'importe quoi".
Un exemple : première case, on nous annonce que l'action se déroule en 1877 en Egypte (ce qui est confirmé quand on nous précise que Sherlock Holmes a 23 ans, si l'on estime que le détective est bien né en 1854). Sherlock reçoit une lettre lui annonçant le décès de sa mère et il rentre illico en Angleterre. Page 24, on découvre la pierre tombale de sa maman et on y lit qu'elle est décédée en... 1881 !
Bon, donc, je viens de le dire, la maman de Sherlock est morte. Mais pas celle de Holmes, car Sherlock ne s'appelle pas encore "Holmes", mais "Matthiews" (en fait, l'album va nous expliquer comment un Sherlock Matthiews devient un Sherlock Holmes).
On y apprend aussi qui est Moriarty et pourquoi il en veut à mort à Sherlock. Je ne vous révèle pas ce mystère, rassurez-vous, mais je me demande si le monde est prêt à découvrir une théorie aussi idiote...
Bref, le scénario ne tient pas debout et il n'apporte rien à la chronologie holmésienne. On se demande ce que les auteurs ont voulu démontrer ou prouver. Ce qui est évident, c'est leur inculture holmésienne et une imagination bien pauvre (vous comprendrez en lisant l'album, si vous en avez le courage). On fait sans doute mieux, aujourd'hui, dans les productions télé des séries Z du Kazakhstan.
Cette histoire "incroyable" est servie par des dialogues affligeants. Les personnages parlent comme au XXIe siècle, avec les formules et le vocabulaire d'aujourd'hui. Les différences de classes sociales ne sont pas marquées par un emploi de mots appropriés. Tout le monde parle de la même façon. Et il semble que la mode soit, dans ce coin de l'Angleterre, en cette année 1877/81, à utiliser le mot "galure" (ou "galurin") pour désigner un "chapeau". Tous les personnages l'utilisent, ou presque. De toute ma vie, je ne l'avais pas vu aussi souvent en si peu de pages...
Page 34, on découvre que Sherlock est une grande perche "aussi maligne qu'une couleuvre". D'habitude, selon l'expression consacrée, on est malin comme un singe, alors que l'on est feignant comme une couleuvre ! Ah, la culture...
Page 39, alors qu'il pleut des "chats et des chiens", un vieux serviteur de la maison Matthiews offre un cadeau au jeune Sherlock qui sort "sans cesse tête nue sous la pluie". Une deerstalker ! Et le domestique de préciser : "Je serais étonné que vous en trouviez une semblable chez Coldwell..."
Coldwell, c'est un chapelier de Southampton où, en 1877/81, on trouvait des deerstalkers sans problème puisque ce couvre-chef (ou galure...) était très à la mode à l'époque et depuis plusieurs années. Les auteurs doivent croire que cette casquette était très originale. Eh bien non ! Il n'y a bien que Sherlock Holmes à ne l'avoir jamais portée à son époque...
Enfin, parlons de la cocaïne. Poursuivant dans les clichés (auxquels se limite leur culture holmésienne, semble-t-il), les auteurs font du jeune Sherlock un "accro" à la cocaïne. Autant je me suis amusé des erreurs précédentes, autant je suis surpris, voire choqué, par la façon dont la drogue est présentée dans cette bande dessinée dont on peut imaginer qu'elle est lue par des enfants et des adolescents. Alors que le docteur Watson est révolté chaque fois qu'il évoque (assez rarement) le vice de son ami dans notre Canon, ici, les auteurs glissent régulièrement et gratuitement des réflexions du jeune homme qui est en manque pendant tout le récit : "Je grelotais et une sueur froide me coulait dans le dos. J'aurais donné mon âme pour un peu de cocaïne." Et il nous balance presque le nom de son fournisseur : "J'avais gardé des amitiés au laboratoire de chimie du St Bartolomew (avec une faute d'orthographe à Bartholomew...) Hospital... dont celle d'un préparateur qui me fournissait autrefois !" Heureusement, on ne le voit jamais se piquer. En haut de la page 48, on peut cependant supposer qu'il vient de le faire ou alors il doit son état à cette étrange cigarette tordue qu'il fume (en arrière-plan d'un gazogène qui a l'aspect d'un seltzogène... ah, les clichés...).
Les dernières cases sont un feu d'artifice avec un port de deerstalker et de macfarlane en plein coeur de Londres. Se promener ainsi accoutré dans Londres, quel péquenot, ce Sherlock... Holmes, nom choisi, précisent les auteurs, en souvenir de la musicienne Augusta Holmès : "La dernière fois que j'ai entendu maman jouer, il s'agissait d'un poème symphonique magnifique qui s'intitulait Les Argonautes, je crois..."
De cette confidence, nous pouvons déduire deux éléments.
Primo, que les auteurs n'ont vraiment aucune notion de leur chronologie puisque l'oeuvre Les Argonautes a été présentée au public en 1880, ce qui rend impossible que Sherlock puisse l'entendre jouée par sa mère avant 1877 et son séjour en Egypte, à moins que l'inscription sur la pierre tombale (1881) soit celle qui corrige l'erreur du début d'aventure (dans ce cas, Sherlock a 27 ans, ce qui ne correspond plus vraiment avec l'adolescent décrit dans tout l'album)...
Secundo, que l'on sait maintenant comment prononcer le mot "Holmes" : Holmès avec un "è" à la fin comme dans le nom de cette chère Augusta.

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