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Accueil » Critiques » L'aventure du Détective Triomphant, une étude du mythe holmesien
L'aventure du Détective Triomphant, une étude du mythe holmesien Critique de
L'aventure du Détective Triomphant, une étude du mythe holmesien
par Sophie Bellocq-Poulonis
chez Oeil du Sphinx
30 août 2004
» voir la fiche bibliographique
par
Manu Baranovsky
Ses autres critiques
Un compendium bien construit Mai 4, 2006

Que voilà du joli travail ! Et pourtant?
Il est un peu effrayant, ce livre au premier abord : 378 pages, aspect austère, tranche marron nicotine, couverture noire, souple (dommage, il mériterait du cartonné, pour assurer une meilleure longévité à son précieux contenu), peu d?illustrations, assez moches de surcroît? Question de goût, bien sûr, ici c?est un avis personnel, pas un cours d?art...
Dépassant ce premier stade et avançant dans la prise en main de l?objet de « La bibliothèque d?Abdul Alhazred » (référence à l?auteur du Nécronomicon ? Tiens ! Mysticisme et Canon feraient bon ménage ?), je me suis rassuré en parcourant ses pages : structuré, aéré, organisé? Tout pour me plaire.
Plongeant, donc, dans le contenu, une seconde réaction m?est venue : l?écriture un peu ampoulée renforce l?impression d?austérité. Pourvu que ce bouquin ne soit pas trop élitiste, me suis-je dit, car l?avancée me confirmait que c?était bien d?un très sérieux travail de relecture du Canon, de recherches, de synthèse et d?affirmation de parti pris qu?il s?agissait. Heureusement, cette entreprise « universitaire » revient assez rapidement à des termes abordables (pour même finir parfois par laisser passer quelques fautes d?accord ou coquilles, c?est dire !), et sa lecture en devient même agréablement fluide.

Le texte est toujours clair, et on sent au travers la volonté d?honnêteté de l?auteure : quand S. Bellocq-Poulonis prend parti, elle en prévient le lecteur. Et cela va être une partie non-négligeable de son propos. Mais prenons les choses dans l?ordre, pour respecter a minima l?organisation bien structurée de cette étude. En effet, ce compendium est aussi un digest très pratique des plus classiques thèmes de recherches Holmésiennes. Dans ce sens, il regorge d?outils simples et efficaces : chronologies, biographies, analyses et théories? Un vade-mecum de l?Holmésologie ?

Dans la partie biographique, l?approche se veut orientée : l?auteure prend le parti de montrer en quoi A. Conan Doyle s?incarne dans le personnage de Sherlock Holmes bien sûr, mais aussi surtout dans celui de John H. Watson. Nous y (re)découvrons un Doyle totalement investi dans son époque, humaniste, pour la justice et le progrès. Cette mise en contexte dans la fin d?une ère (l?époque Victorienne) et de ses valeurs déclinantes, nous permet d?autant mieux de comprendre quelles ont été les relations entre Conan Doyle et Sherlock Holmes, comment la création d?un auteur est devenue une créature lui échappant, et préfigurant déjà de son vivant le mythe qu?elle allait devenir.
Sophie Bellocq-Poulonis veut ensuite montrer, de manière assez argumentée d?ailleurs, en quoi Doyle n?est pas si innocent dans cette émancipation - soi-disant malgré lui- du détective. Pour cela, elle souligne en quoi Sir Doyle fût, peut-être inconsciemment, un ingénieux manipulateur qui a mis en place une machination implacable pour rendre réaliste son personnage : caution morale d?un docteur naïf, et donc le crédit d?une personne au statut respectable, jeux de dates, contextes réels?

Une parenthèse.
Je me suis alors posé la question du rapprochement que nous pourrions effectuer entre Sir Arthur Conan Doyle et un docteur Frankenstein à qui sa création, lui aussi, échappe en devenant créature? Si quelqu?un veut ouvrir ce débat dans les pages de la Société Sherlock Holmes, je suis preneur ! A moins que ce thème n?ait déjà été étudié par un-e Holmésien-ne ? Sinon, je mets une option dessus avec qui veut, pour nos longues pipe-buffing discussions des soirées de l?hiver prochain? Ou avant !
Fin de parenthèse.

Même les 107 « untolds stories », soigneusement citées, référencées et commentées, dans un outil de plus de ce livre décidément bien utile, feraient partie de cet héritage que l?auteur aurait volontairement laissé derrière lui, avec d?autres indices, pour que Holmes lui survive. Doyle aurait ainsi (inconsciemment ?) prémédité son mythe : c?est diabolique !

Des thèmes classiques sont ensuite abordés, toujours de manière claire et synthétique : les abréviations canoniques, la mort (et la résurrection !) de Sherlock Holmes, le lien quasi-organique entre le détective et la ville de Londres, avec toute la mythique qui entoure déjà la mégapole, les querelles d?universitaires et les fondements de l?Holmésologie, l?influence des méthodes de Holmes pour la police d?aujourd?hui, les pastiches, les -fameux !- mariages du bon docteur, une étude du personnage de Watson et de son rôle narratif?
A ce sujet, mise en garde importante, Bellocq-Poulonis attire notre attention sur le prisme avec lequel nous, lecteurs non-avertis, découvrons Londres, la société Victorienne et ses valeurs. En effet, au travers de l?écriture d?un Watson, caution de crédibilité du détective auprès d?un lectorat tout d?abord à conquérir, c?est bien avec une vision semi-bourgeoise du monde que nous appréhendons l?environnement et les valeurs dans lesquelles les enquêtes se tiennent. La misère sociale de cette fin d?époque est bien peu détaillée dans le Canon, il faut en avoir conscience?

Un dossier « Sherlock Holmes Vs Jack the ripper » est aussi entrouvert par l?auteure. Elle nous y montre en quoi, selon elle, ce sont des raisons sociales (trop peu précisées par elle !) qui ont empêché la rencontre de Holmes et de L?éventreur, du moins sous la plume de Doyle. Je penche quand à moi pour une simple question de décence, que Sophie Bellocq-Poulonis n?aborde pas : il aurait certes été indécent pour Doyle de mêler fiction et réalité sur une tel thème, touchant aussi brutalement la population la plus pauvre, et déjà bien délaissée par une police et une justice bourgeoises. Et surtout, si Holmes avait résolu l?affaire dans la fiction et que les crimes s?étaient poursuivis dans le réel, le détective aurait été discrédité tant comme personnage fictif que comme personnage potentiellement réel ! Pat contre, si Holmes, toujours dans la fiction, avait échoué, il aurait été considéré comme responsable de l?éventuelle poursuite des massacres péripapéticiens. Décidément, si Sir Doyle, dans la réalité, a été sollicité pour donner son avis sur cette affaire, Holmes, lui, avait tout à y perdre à cette époque. Ce qui n?a pas empêché, bien après, que la rencontre alors manquée se tienne ensuite sous la plume plus ou moins talentueuse de plusieurs pasticheurs.


Tous ces points de vue et outils sont donc réellement enrichissants pour qui s?intéresse à notre héros. Sans avoir nécessairement à se les approprier, ils viennent compléter nos savoirs et nos grilles d?analyse de le geste Holmésienne, dans une sorte de vade-mecum.
Mais une fois appréhendées toutes ces théories, il reste à cette « étude du mythe Holmésien » une dimension qui fait que toute personne intéressée par Holmes et Cie en ré-ouvrira nécessairement les pages. L?auteure a effectué un travail de relecture intégrale du Canon, pour tirer l?essentiel de chaque nouvelle et roman, hors aspects littéraires purs. Nous disposons donc, avec « L?aventure du détective triomphant », de fiches-outils bien structurées, une par aventure, et organisées comme suit : résumé, première parution, situation chronologique au sein du cycle, personnages principaux, lieux cités, références scientifiques, littéraires ou artistiques citées, la presse, allusions criminologiques, citations, aphorismes Holmésiens, informations apportées sur Sherlock Holmes, informations apportées sur le docteur Watson, éléments du décor de Baker Street, Untold stories citées, autres remarques, annexes chronologiques.

Ce travail de fourmi fait aussi de ce livre un document précieux pour l'amateur ou le passionné. Voilà pourquoi il va venir tenir avec quelques autres une place de pivot dans ma bibliothèque Holmésienne.

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