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Accueil » Critiques » Sherlock (BBC) : The Abominable Bride
Critique film
Sherlock (BBC) : The Abominable Bride
par
Fabienne Courouge
Ses autres critiques
Sherlock au 19e siècle : plaisant, mais confus Janvier 3, 2016

Sherlock BBC: The Abominable Bride

Deux ans après la fin de la Saison 3 et a priori un an avant la diffusion de la saison 4, Steven Moffat et Mark Gatiss ont offert à un public en attente, et à une communauté de fans en ébullition (8,4 millions de téléspectateurs), un épisode spécial, annoncé comme autonome du reste de la série : Un « Sherlock » replacé dans l'époque victorienne.

Leur pari est réussi de ce point de vue : Tout comme ils avaient su ingénieusement transposer Sherlock Holmes au 21e siècle, Ils ont réussi à effectuer le paradoxal mouvement inverse : garder l'esprit de « leur » Sherlock en le rétablissant dans l'époque de Conan Doyle.

On retrouve en effet, dans « The Abominable Bride, » les ingrédients qui ont fait le succès de la série : les décors soignés (gothiques à souhait dans cet épisode : neige, brumes, jardins labyrinthes ou église en ruine), les clins d'œil malicieux au Canon (j'en ai noté plus d'une dizaine : Le Manoir de l'Abbaye, les cinq pépins d'orange, le Problème Final, le Rituel des Musgrave, etc. et je suis sans doute passée à côté de nombreux autres).

On retrouve également ce qui fait de cette série une des meilleures adaptations de ces dernières années : une écriture moderne, nerveuse et intelligente, un humour incisif, des dialogues vifs et affutés, une interprétation impeccable aussi bien pour les rôles titres que pour les personnages secondaires.

A ce titre, une des plus belles réussites de The Abominable Bride est d'avoir espièglement adapté les personnages qui ont séduit le public : Un Mycroft redevenu obèse et pariant sur le nombre de ses jours restants à coup de plum-pudding, une Mary Morstan se languissant d'action, une Mrs. Hudson en mal de reconnaissance, un Lestrade naïf flanqué de rouflaquettes luxuriantes, une Molly Hooper habillée en homme pour pouvoir travailler à la morgue et un Moriarty provocateur et sur le fil de la démence.

De même, les deux protagonistes principaux gardent, malgré le voyage dans le temps, les traits qui les ont rendus plausibles et attachants dans la version moderne : un Watson au caractère trempé, émancipé de son rôle de faire-valoir, et un Holmes habile à la joute verbale mais cachant mal sa fragilité émotionnelle.

L'intrigue, telle que posée au début de l'épisode, est classique, mais efficace : le fantôme d'Emilia Ricoletti, qui s'est suicidée dans sa tenue de mariage, semble hanter les rues de Londres en commettant des crimes théâtralement mis en scène et Holmes, en amoureux de la logique refusant une explication surnaturelle, tente de démêler les fils du mystère.

Le lien à la série d'origine, est même intelligemment induite par la suggestion qu'Holmes porte essentiellement intérêt, non pas aux crimes eux-mêmes, mais à la façon dont le "fantôme" a simulé son suicide, pour réapparaitre ensuite, comme semble l'avoir fait Moriarty à la fin de la saison 3 alors qu'Holmes venait de s'envoler pour une mission suicide.

Puis, à coups de fondus enchainés, on croit comprendre, que toute l'enquête n'est en fait qu'un voyage intérieur du Holmes moderne dans son palais mental. Pour résoudre le mystère de l'apparent retour de Moriarty, il a fait, tandis que l'avion le ramenait de son exil de 4 minutes, appel à sa connaissance exhaustive des affaires criminelles du passé. (There's nothing new under the sun, it all has been done before, STUD) Le twist est joli, malin et cohérent.

Mais ce serait encore trop simple et c'est là qu'à mon goût tout s'égare : même ce retour vers une apparente réalité se révèle être finalement un délire narcotique de Sherlock, qui s'est drogué jusqu'à l'overdose avant son départ. Dès lors s'enchainent des allers-retours entre les différents niveaux de récit (par des artifices narratifs qui font immanquablement penser à "Inception" : des chutes d'univers en univers), qui laissent le spectateur dans un état d'incertitude permanent.

Non seulement la cohérence, mais également l'intérêt de l'épisode y perd considérablement car l'intrigue initiale est alors délaissée et sa résolution bâclée, délivrant même, au passage, une vision du féminisme fort douteuse : les crimes de la mariée fantôme n'était qu'un complot d'un groupe de suffragettes composée en partie des femmes qu'Holmes a manipulées dans les épisodes précédents, revêtues de tenues du KKK relookées en violet (c'est plus glamour ?) se réunissant dans des églises en ruines et chantant en latin (?) complot visant à punir et terroriser les maris indélicats (?). Pire encore, c'est Mary Morstan, engagée par Mycroft, qui a découvert les coupables (un duo Holmes-Watson alternatif ?).

Si vous ajoutez à cela des plaisirs agaçants d'autocitation de la part des auteurs, et un usage abusif des face à face « Holmes-Moriarty » (Il y en a trois au cours de l'épisode dont, à mon avis, au moins un de trop), la dernière demi-heure de l'épisode laisse un arrière-goût de gâchis qui, à mon sens, aurait facilement pu être évité avec un peu plus de sobriété et un peu moins de nombrilisme.

En conclusion, c'est un épisode imparfait, mais dans lequel tous les publics (fans, holmésiens et grand public) trouveront en partie leur compte car il allie humour et suspens, dans un univers victorien mais avec un traitement moderne. Enfin, pour terminer sur une note sibylline, la dernière réplique de l'épisode, prononcée par Holmes : « Moriarty est définitivement mort, et je sais exactement ce qu'il s'apprête à faire... » saura nous tenir en haleine jusqu'à la saison 4.

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