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Accueil » Critiques » La Maison de soie
La Maison de soie Critique de
La Maison de soie
par Anthony Horowitz
chez Calmann-Lévy
3 novembre 2011
» voir la fiche bibliographique
par
Guillaume Lequien
Ses autres critiques
Honnête et sympathique à défaut d'être révolutionnaire Décembre 31, 2014

Sans révolutionner réellement le genre, Anthony Horowitz nous offre ici un pastiche
assez honnête et habile de l'univers holmésien.

L'intrigue se divise en deux affaires assez distinctes : dans les cinq premiers
chapitres Holmes enquête sur l'apparition d'un homme menaçant devant la demeure
aristocratique d'un galeriste d'art, Edmond Carstairs, qui croit reconnaître le chef
d'un gang de Boston auquel il a eu affaire par le passé ; cette affaire est notamment
construite sur le modèle de la Vallée de la peur, avec un chapitre entier relatant
les aventures américaines qui sont à l'origine de l'intrigue policière anglaise. Mais
si Holmes commence à entrevoir des indices clés sur l'identité des protagonistes, une
coïncidence l'éloigne très rapidement de cette affaire pour le plonger dans une
seconde, bien plus sombre : le jeune Ross, l'un des enfants membres des Irréguliers
de Baker Street, disparaît et meurt victime d'une organisation mystérieuse dénommée
"la Maison de Soie". C'est cette affaire qui occupe la plus grande partie du livre,
et permet une plongée dans les bas-fonds de la société victorienne, voulant
manifester sa charité envers les plus démunis mais refusant d'admettre au grand jour
leur exploitation réelle au service de ses plus bas instincts.

Ce roman est bien écrit, assez fidèle au style de Conan Doyle à quelques réserves
près. C'est Watson qui relate l'affaire avec une grande distance historique,
décrivant depuis l'époque de la première guerre mondiale les événements se produisant
en 1890, et on peut comprendre qu'il digresse régulièrement dans un pathos inhabituel
: il reconstitue avec nostalgie la chaîne des heureux hasards qui ont permis sa
rencontre avec Holmes et sa propre carrière de chroniqueur de ses aventures ; il
regrette d'avoir décrit des milieux trop privilégiés sans s'attarder sur la misère
sociale régnant dans l'Angleterre victorienne ; il se rend compte qu'il ne s'est
jamais intéressé aux peines carcérales infligées aux criminels arrêtés par Holmes ;
ou qu'il ne s'est jamais préoccupé suffisamment des sentiments de la fidèle Mrs
Hudson. Le récit est ponctué de clins d'oeil réguliers à la mythologie holmésienne
(comme le préambule où Holmes "lit" le cheminement des pensées de Watson, rappelant
l'aventure de la Boîte en carton), et d'apparitions de personnages canoniques comme
Lestrade, Wiggins ou Mycroft ; et même par l'intervention anonyme de Moriarty qui
manifeste un curieux souci de venir en aide à Holmes et d'en finir avec la Maison de
Soie, pour rendre le monde "meilleur"!

J'ai apprécié la retenue de l'auteur, qui aurait pu se complaire à offrir au lecteur
de polars modernes des descriptions frontales et outrancières de l'horreur des crimes
en question, comme un Bob Garcia dans Le Testament de Sherlock Holmes, mais qui
préfère rester sur le mode de l'allusion, fidèle à l'esprit de l'époque ; le
personnage de Holmes y apparaît plus humain qu'à l'ordinaire, se reprochant la mort
du jeune Ross, mais aussi bien imprudent par la suite (comme dans de nombreux
pastiches où le développement de l'intrigue sur plusieurs centaines de pages suppose
que le criminel garde longtemps une longueur d' avance sur le détective) : on est
surpris de le voir se précipiter dans un piège qu'il avait identifié comme tel, juste
pour voir (et subir passivement) ce que ses adversaires lui réservent. L'intrigue est
aussi émaillée de quelques coïncidences fort improbables, mettant en jeu un médecin
débiteur de Holmes occupant un poste où il peut justement lui rendre service à un
moment désespéré, ou un inspecteur de Scotland Yard et plusieurs aristocrates
acceptant de compromettre publiquement leur réputation pour entraver l'enquête. Il
est également dommage pour la construction générale du roman que l'histoire repose
sur 2 intrigues disproportionnées et fort éloignées l'une de l'autre, au point qu'on
finit par oublier la première : ce déséquilibre finit par être rattrapé dans le final
où Holmes parvient magistralement à les réunir, en faisant enfin preuve des qualités
déductives qui lui manquaient dans les trois autres quarts du roman.
En dépit de ces quelques maladresses, un bon pastiche qui réalise assez bien ce qu'on
attend de lui, sans nous éblouir totalement.

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