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Accueil » Critiques » Menace sur Londres
Menace sur Londres Critique de
Menace sur Londres
par Austin MITCHELSON / Nicolas UTSCHIN
chez Chantecler
1 janvier 1979
» voir la fiche bibliographique
par
Eric S.
Ses autres critiques
N'oubliez-pas de prendre votre arme, Watson ! Août 5, 2012

Dans le cadre de mes recherches personnelles sur les antédiluviennes publications relatives aux Sherlock Holmes oubliés, voici l’épisode d’aujourd’hui : « Menace sur Londres » (et, non, il ne s’agit pas de la météo, comme on va le voir).
Vous ne trouverez les ouvrages holmésiens d’Austin Mitchelson et de Nicolas Utschin (qui ça ?) que dans les brocantes ou sur les sites d’occasions. Il n’existe à ce jour que deux ouvrages connus : Les oiseaux du meurtre et Menace sur Londres, publiés en langue française aux Editions Chantecler, Aartselaar (c’est-à-dire en Belgique néerlandophone) en 1979. Les versions originales américaines ont été publiées chez Belmont Tower, Inc. New-York, en 1976 et 1977, ce qui laisse penser que les auteurs sont américains, tout cela est élémentaire mon cher Watson !
Cette conclusion est rapidement corroborée à la lecture de Menace sur Londres, par le scénario conçu à la manière des « films catastrophes » hollywoodiens, l’antibolchevisme primaire, et par la banalisation très peu british de l’usage des armes à feu, que Watson dégaine sans état d’âme dès lors qu’il se met en situation de légitime défense.
Pour mémoire, en Angleterre, même les bobbies ne sont pas armés lorsqu’ils déambulent sur la voie publique. Dans le canon holmésien, Sherlock enjoint souvent Watson de « prendre son arme » lors des sorties qui s’annoncent périlleuses. Mais Watson en fait-il usage pour autant ? Je n’en ai aucun souvenir, à part sur le malheureux chien des Baskerville.
Ici, Holmes et Watson traquent un suspect dans un bois, et Watson raconte : « Un buisson s’agita devant moi et mon adversaire apparut. C’était un géant, il mesurait bien sept pieds minimum. Je le vis se dresser, un couteau à la main. Je ne disposai que de quelques centièmes de seconde avant qu’il ne le jette, mais cela suffit. Je tirai une seule fois et je vis le géant s’abattre sur le sol. Ma balle l’avait atteint à la tête. » Ajoutons que c’est la première fois que Watson et Holmes croisent la route de ce personnage, qu’ils ne lui ont pas parlé, que nous ne savons pas de quel crime il est accusé, qu’on ne prend même pas le temps de l’interroger, et qu’il est donc abattu sans sommation ! Bienvenue en Cornouailles of America !
Dans la toute dernière scène, Watson fera de même, piloté par Holmes, « pour sauver l’empire ». On ne pourra valider la théorie de Holmes et on ne découvrira l’identité de la victime qu’après le coup de feu. En résumé, on tire dans le tas, et on regarde ensuite si c’était justifié.
En dehors de ces petits travers peu « canoniques », et si on passe sur quelques petits problèmes de traduction, le roman se lit avec beaucoup de plaisir, car les fondamentaux sont respectés. L’action se situe en 1906, les descriptions de Londres sous la neige, les conversations au coin du feu dans le salon de Baker Street, les taquineries et les prouesses divinatoires de Holmes, tout cela est parfaitement respecté. Aucun des personnages secondaires du canon ne manque à l’appel : le frère Mycroft, Mrs Hudson, les Irréguliers, Irène Adler, Sébastian Moran, Moriarty ! Et, pour faire bonne mesure, ce casting est complété par les personnages réels de haut rang qui interviennent dans le récit : le roi Edouard VII, le tsar Nicolas II, Raspoutine, Winston Churchill ! Hé oui, il faut bien être à la hauteur de l’enjeu, de cette « menace sur Londres » qui viserait également tout l’empire britannique ! Mais on peut aussi reconnaître dans ce scénario « people » la fascination qu’ont les américains pour les têtes couronnées.
Malgré un démarrage grandiloquent et un peu emphatique, il faut bien le dire, le scénario ne s’avère finalement pas aussi ridicule qu’on pourrait le croire. L’histoire bascule lorsque Holmes reprend la main sur Watson et relate l’épisode russe. Le lecteur découvre la nature du complot et la réalité de la menace. Celle-ci devient alors beaucoup plus terrifiante, plus concrète, et le récit se poursuit en mode thriller presque à la façon d’un Tom Clancy ou d’un Mark Frost. Les auteurs se moquent bien de la crédibilité historique en réalité (concernant les avancées technologiques et scientifiques par exemple, on se trompe d’une guerre, nous sommes bien là dans l’approximation hollywoodienne), mais l’important est de rester efficace dans l’élaboration de l’intrigue. Ce livre reste une vraie découverte holmésienne, il est dommage que la série se soit arrêtée à deux opus.

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