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Accueil » Critiques » Le chien des Baskerville
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Le chien des Baskerville
par
Professeur Alpenstock
Ses autres critiques
Un Sherlock insupportable Décembre 28, 2004

Le film commence d'une manière très classique par l'attente de Sir Baskerville (le vieux) à 11h du soir sur la pelouse où le chien de sa famille ne pas tarder à rappliquer pour faire ses besoins. Mais avant, l'animal a le temps de faire avaler son bulletin de naissance au propriétaire des lieux, qui tombe lourdement sur un parterre de chrysanthèmes.

Un mot du chien : on dirait... euh... une créature sortie du Muppet's Show, genre le rat Rizzo, si vous voyez... Un long nez pointu, des canines de vingt centimètres, de la peluche sur le dos et deux cerises à la place des mirettes. Pas étonnant que le vieux soit mort... de rire.

Bon.

La scène suivante nous amène à Londres dont l'honnêteté oblige à reconnaître la qualité de la reconstitution. Plus précisément dans l'appartement de nos amis. J'ai eu du mal à reconnaître Jim Carrey qui s'était déguisé en Matt Frewer (ou le contraire). Par contre, Watson (Kenneth Welsh) est très ressemblant... au Watson de la BD de Barral et Veys. C'est dire si la recherche des acteurs a été soignée. L'épisode de la canne est épique : après la tentative de Watson, on se demande si Matt Frewer ne va pas lui en coller une ! C'est une engueulade en bonnet difforme comme celui que porte Matt lorsqu'il joue du violon dans la scène suivante (à remarquer également sa robe de chambre qui ressemble à un dessus de lit molletonné).

Le docteur Mortimer débarque ensuite au 221 b et conte la légende du chien maudit avec images à l'appui. Visiblement la production a confié le tournage de la scène à un caméraman parkinsonien : on croirait le film de vacances que tourne chaque année la tante Zézette. L'image est floue et la caméra est placée sur un pois sauteur du Mexique. Mais c'est sans doute un effet artistique.

Bien sûr, Holmes se gausse. Il a bien raison, vu le ridicule de la scène. Mais il décide de donner un coup de main au jeune Sir Henry, débarqué fraîchement des States pour prendre possession de l'héritage. L'acteur qui incarne Sir Henry doit avoir 13 ou 14 ans (que fait le Ministère de l'enfance?) et est sapé comme le Docteur Couine, femme médecin (un nanar de M6). On voit qu'il sera très crédible dans le rôle. Après l'épisode de l'avertissement anonyme expliqué par Holmes sous les yeux ébahis de ses interlocuteurs (Watson et Sir Henry n'arrêtent pas de se faire des clins d'oeil - y'aurait-il une ouverture entre ces deux-là ?), le grand détective accepte que Watson joue les nounous auprès du jeune Henry.

Scène suivante : Henry, Watson et Mortimer traversent la lande de Dartmoor reconstituée fidèlement en Suisse romande. Il ne manque que la vache Milka et les cors des Alpes. Deux soldats sont là pour traquer Selden, le forçat évadé, qui se cache derrière un arbre (mais lequel ?). Arrivée à Baskerville Hall et accueil par les Barrymore : sans la barbe de Monsieur, il eût été difficile de distinguer l'homme de la femme. Mme Barrymore est sexy comme une endive (et le Professeur a connu des endives plus sexy) et le couple ressemble un peu aux personnages du tableau célèbre représentant deux fermiers américains posant avec une fourche devant leur grange (mais en moins marrant). Le ton est donné : Sir Henry peut oublier Las Végas ! Ca va être une "totale éclatche", comme dirait Chico, la mascotte de SFR. Fiesta sans arrêt ! Confettis et cotillons !

Le professeur plaisante.

Le lendemain, Watson et le gosse font le tour des lieux. Sir Henry s'extasie devant son héritage : "Et l'arbre là bas, c'est à moi ?

- Oui, sir Henry.

- Et le caillou ?

- Bien sûr...

Sir Henry découvre quatre pierres plantées n'importe comment par la production :

-Vous m'aviez pas dit que j'avais Stonehenge ! Et le mouton avec son drôle de chapeau ?

- Non, ça c'est le berger.

- Ah bon ?

Etc, etc...

Rencontre avec les Stapelton. Un binoclard hèle nos amis : "Prenez à droite ! Malheureux ! Ne vous éloignez pas du sentier !". Les deux autres qui n'avaient pas l'intention de s'éloigner du sentier obtempèrent quand même (c'est écrit dans le scénario). C'est à dire qu'ils ne font rien et retrouvent le voisin de Sir Henry, qui leur explique, en jetant une branche morte dans une flaque d'eau, que "c'est le grand bourbier de Grimpen".

Rien à côté de celui où se sont empêtrés les scénaristes, pourtant.

Stapelton demande à Sir Henry s'il s'y connaît en champignons... L'autre fait "Euhhhhhh..." Et le voisin de lui dire "Venez, je vais vous en montrer un gros !". Et ils disparaissent derrière un gros chêne. Watson, qui les attend patiemment, voit rappliquer une donzelle habillée de façon très adéquate pour courir la lande (Grande robe d'organdi, bottines à talons hauts, etc). Elle prévient solennellement Watson en lui expliquant que s'il veut toucher sa prochaine pension, il ferait bien de calter fissa (mais en mettant les formes, bien sûr). C'est Béryl, la soeur (hum, hum) de Stapelton,qui se rend compte de sa bévue en découvrant les joyeux drilles qui ont fini d'étudier les champignons. Et se barre en invitant Sir Henry pour le thé.
? Retour à Baskerville Hall. C'est la nuit. Sir Henry entend un bruit, tire le rideau de sa chambre et découvre, derrière la vitre, l'infâme Muppet's qui grince des dents et parait très énervé (il vient de lire la fin du film). Stupeur de Sir Henry ! Il ne se demande même pas comment le chien a fait pour se retrouver à la fenêtre du deuxième étage. Soudain un autre bruit : Watson retrouve Henry et découvre que Barrymore fait des ombres chinoises avec une bougie, sans doute pour faire rire un spectateur éventuel sur la lande. Cette explication ne convainc pas nos amis. Barrymore est menacé d'être viré (de toute façon, il s'en fout, puisque il avait dit à Sir Henry que lui et sa femme allait ouvrir une boutique de vélos grâce aux 400 £ léguées par leur ancien maître. C'est dire s'ils sont pointus en investissements, les Barrymore ! Mais bon...).

Mais sa femme, qui était cachée derrière un vase de nuit, déballe tout : "C'est mon frère, le forçat Selden, qui s'ennuie sur la lande. On attend lundi, le prochain départ du paquebot de "la Croisière s'amuse", on le colle en cabine double avec jacuzzi, et vous n'entendrez plus jamais parler de lui !". Les deux compères hésitent. "Il est innocent ! glapit la vieille Barrymore, il ferait pas de mal à une mouche et il a le cerveau d'un veau qui vient de naître !". Rassurés par cette image, Watson et Sir Henry acceptent de laisser fuir Selden. Pour le remercier de sa magnanimité, Barrymore dévoile un indice : le seul jour de l'année où il nettoie la cheminée, il a trouvé dans l'âtre une lettre qui achevait de se consumer. Avant qu'elle ne s'autodétruise sous les doigts boudinés du larbin, ce dernier a le temps d'en lire un bout : "Mon gros loup, attends moi à la porte du garage, demain soir, à 11h00, signé L.L". En réalité, il n'est pas inscrit "mon gros loup", parce qu'avec le chien des B... qui rôde, le vieux ne serait pas sorti et aurait continué à faire ses mots fléchés.

Watson et Sir Henry sont stupéfaits. Barrymore ignore qui est "L.L.". Sir Henry, en bon amerloque, pense immédiatement à Lucky Luke, mais que viendrait-il faire dans cette histoire ? Watson ne pense plus, ça le fatigue. Et si d'aventure il pense, c'est à rien, donc il se tait.

Mme Barrymore demande à Sir Henry si elle peut donner ses anciennes fringues à son frère. L'autre opine du chef en se demandant si Selden va tenir dans du "quatorze ans" et pense qu'un forçat a moins de chance de se faire repérer dans un costume rayé que déguisé en John Wayne taille garçonnet. Mais s'il n'y a que ça pour faire plaisir à la mère machin, alors pourquoi pas ? Mais pour assurer leurs arrières, ils préviennent quand même les Barrymore qu'ils parleront la nuit prochaine à Selden.

Ca tombe, bien, nous voilà déjà à la nuit prochaine. Nos amis sont allés faire la nouba chez des voisins. Ils y retrouvent les Stapelton, Mortimer et son chien, le vieux Frankland et deux ou trois poivrots. Sur le chemin du retour, qui ressemble à un sentier du bois de Boulogne, ils tombent sur Selden. Watson tente de l'approcher en lui murmurant des paroles apaisantes et en lui offrant un Pépito qu'il a dérobé à la soirée. L'autre - qui je le rappelle - a le cerveau d'un veau qui vient de naître, fait "Meu !" en s'approchant. Soudain, un hurlement brise la sérénité de cette scène émouvante. Le forçat meugle une dernière fois (mais sur un autre ton, pour signifier qu'il a oublié quelque chose sur le feu) et s'enfuit épouvanté.

Le lendemain, Watson reçoit un télégramme de Holmes, dans lequel il leur est demandé de rejoindre Londres rapidos, car "le jeu est bientôt terminé".

Le docteur tombe par hasard sur son confrère Mortimer, qui va achever ses malades. Celui ci le prend en stop dans sa charrette et lui propose de voir l'une de ses patientes. C'est Laura Lyons (tu parles d'un nom ! Pourquoi pas Mauricette Marseilles ?). Watson a l'illumination du siècle ! "L.L" ! C'est L ! pense t-il tout haut. Et se met en devoir de faire cracher le morceau à la bougresse qui reconnaît avoir écrit un mot au vieux Sir Charles parce qu'elle avait besoin d'un crédit gratuit, mais elle n'a pas honoré son rendez-vous parce qu'elle avait trouvé mieux à Cofinoga (et les employés ont une haleine plus fraîche que son habituel bienfaiteur). Watson rejoint le manoir, persuadé d'avoir trouvé un indice intéressant.

Comme il n'y a pas d'électricité à Baskerville Hall, les soirées de nos amis sont tristes à mourir. Rien de tel qu'un petit tour sur la lande, de préférence à l'heure "où s'exaltent les puissances du mal" (en gros de 23h45 à 1h15) pour se dégourdir les jambes.

Les puissances en question n'en peuvent plus de s'exalter. D'ailleurs, un hurlement lugubre déchire la quiétude de cette belle nuit étoilée. Watson et Sir Henry décident de se lancer à la poursuite (en ordre dispersé) d'une ou deux des puissances en question pour leur faire passer le goût de l'exaltation (ou pour les obliger à changer leurs horaires : plutôt vers 11h00 ou midi).

Quelques minutes après, Watson, épouvanté, aperçoit un chien diabolique qui se jette sur un homme qu'il croit être Sir Henry. Les deux chutent du haut d'une falaise. Le bon docteur se précipite au bas du précipice et découvre que la victime est Selden, déguisé en cow-boy. Le chien devrait être équipé d'un parachute, car il est introuvable.

Stapelton, qui passe ses nuits sur la lande, l'air inspiré, en lisant du Barbara Cartlande, arrive en courant. Il prétend avoir ouï un cri et a craint pour Sir Henry, puisqu'il lui avait proposé un invitation à dîner ce même soir. Ce dernier arrive également en beuglant : "Malheur ! C'est Sir Henry ?" en voyant les fringues de Selden. Les deux autres, dépités, le rassurent en lui affirmant qu'il est bien vivant et lui rappellent que le forçat avait endossé ses anciennes nippes. Et chacun regagne ses pénates.

Le lendemain au petit-déjeuner : Sir Henry est tout guilleret en lisant un message de Béryl Stapelton : "J'ai besoin de vous. Ca urge. Retrouvez moi à côté de la porte du chenil, ce soir, à l'heure où les puissances du ... euh... vers 11h00. Signé Béryl".

Watson fronce les sourcils. A l'instar du chien des Baskerville, il flaire (comme tous les téléspectateurs ou n'importe quelle andouille) un gros piège. Il consent à laisser partir son ami, mais il l'accompagnera. L'autre, qui n'a pas l'intention de se faire ruiner le coup du siècle, accepte, mais Watson devra se boucher les yeux et les oreilles pendant les séquences les plus osées.

Pendant la journée, Watson parcourt la lande, coiffé d?une casquette en cuir style Village People, et tombe sur le vieux Frankland qui lui montre son gros télescope.

Cet engin lui permet "de voir sans être vu". En réalité, vu la taille de l?engin et comme il l?a planté en plein milieu d?un pré, sous un parasol et avec une charrette à côté, seul un non-voyant pourrait le louper. Bref, Frankland indique à Watson qu?il a retrouvé la cache de Selden et qu?un gosse des rues le ravitaille en pizzas et en revues licencieuses. Watson va vérifier de visu. Il trouve une entrée de caverne fermée par un rideau de douche (avec les anneaux). A l?intérieur, il remarque un panier à provisions (pêches au sirop, saindoux, donuts, sodas, etc) et un billet : « Watson est allé à la poste ». Stupeur du docteur qui quitte les lieux. S?il avait encore fouillé, gageons qu?il eût trouvé : « Watson est allé deux fois aux toilettes, ce jour » ou « Watson est allé trois fois chez la mère Lyons cette semaine, ça doit lui coûter sa pension » etc.

Le soir, à l'heure dite, Sir Henry retrouve Béryl. Mais il n'a même pas le temps de la prendre par la taille ou le menton : Stapelton débarque, en fureur. "Comment tu parles à ma soeur ?" hurle t-il. Il lui sort que pour les galipettes il pourra se brosser, etc. En des termes moins vulgaires, le professeur vous l'accorde.

Sir Henry est abattu. Il ne comprend plus rien? Et il est obligé de repartir, tel un chien dépité, l?appendice caudal en position basse. A propos de chien dépité, Stapelton libère le sien et le lance aux trousses de Sir Henry en lui faisant renifler l?une de ses godasses. Vous imaginez bien que l?animal devient fou. C?est inhumain, cette odeur ! Et s?enfuit en couinant, en empruntant le chemin pris par Sir Henry, ce qui ? somme toute - arrange Stapelton.

Watson, qui s?était caché derrière un seau, n?a rien perdu de la scène. Il se précipite sur Stapelton pour lui en coller une. Comme la différence d?âge est en faveur du collectionneur de champignons, Watson se prend une raclée bien méritée. Mais reprend ses esprits pour se lancer à la poursuite de son ami.

Retrouvons ce dernier flânant (tel le chaperon rouge) dans les bois, ramassant fleurettes et champignons, sans se douter qu?une créature vomie par l?enfer est à ses trousses ! L?attaque est d?une sauvagerie inouïe ? et pour tout dire, ridicule. Sir Henry, qui ressemble à un maître chien faisant une démonstration de défense, agite frénétiquement son bras d?où pend la créature en question. Coup de théâtre ! Et coups de feu ! Le chien des Baskerville s?est pris une balle dans le postérieur. Il couine pour signifier son mécontentement et rebrousse chemin.

Arrivée de Watson, accompagnée de Béryl, qui découvrent (ouf !) que Sir Henry est indemne. Béryl hurle : « Mon dieu ! Henry ! Vous pouvez vous asseoir ? ». L?autre grogne et s?apprête à lui dire que le monstre l?a mordu au bras et pas au derche, mais voilà que l?auteur des coups de feu apparaît : c?est Holmes, « déguisé en vieux berger ». On croirait plutôt qu?il s?est déguisé en marsupilami. Le détective explique qu?il s?est empêtré dans sa barbe et qu?il n?a pas pu tirer plus tôt (ce n?est toujours pas le nom du chien). Sir Henry n?est pas content : il rappelle à Holmes que ce dernier lui avait affirmé qu?il ne risquait rien?

Le chien, sur ces entrefaites, retrouve son maître, près du grand bourbier de Grimpen. Stapelton lui refait le coup de la godasse en lui disant « Retrouve le ! ». Le clébard a déjà donné. L?odeur insupportable le rend fou une deuxième fois. Il se jette sur l?autre andouille et tous deux disparaissent dans une flaque d?eau.

De retour à Baskerville Hall, Holmes donne la solution de l?histoire : Stapelton, qui s?appelle en réalité Jack Baskerville, souhaitait se débarrasser de son cousin et récupérer l?héritage. D?ailleurs, Sir Hugo, le Baskerville à l?origine de la légende, était son portait craché, comme le prouve Holmes en montrant un vieux tableau (qui n?est pas Madame Barrymore). Bon, pour le portrait craché, on distingue mal, car l?image est floue? On dirait que le caméraman a craché sur l?objectif, ou alors l?artiste n?était pas doué, car on ne sait pas si le tableau représente Sir Hugo Baskerville, Groucho Marx ou la Reine Victoria.

Stapelton avait engraissé un chien pour le manger à Noël, mais également pour éliminer les prétendants. Il l?avait rendu aveugle en lui greffant des cerises à la place des yeux. Il avait soudoyé Laura Lyons pour donner un rendez vous bidon à Sir Charles et avait forcé son épouse Béryl à faire la même chose à Sir Henry. Habile stratagème ! Mais c?était sans compter la participation de Sherlock Holmes...

Cette version avec Matt Frewer a une grande qualité : on n?y voit très peu Matt Frewer, justement. Il campe un Sherlock insupportable et suffisant. Pour le reste, l?histoire est ? a part certaines libertés prises par la production ? à peu près fidèle au roman. Le tout se regarde sans déplaisir mais ne restera pas gravé sur une bande magnétique dans la vidéothèque du professeur Alpenstock.

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