Étude : Le mystère de la Mary Celeste ou de la Matilda Briggs ?
Un article de Sherlock Holmes Encyclopedia.
« Matilda-Briggs n'est pas le nom d'une jeune femme, Watson. C'était un navire qui fut mêlé à l'affaire du rat géant de Sumatra (histoire à laquelle le monde n’est pas encore préparé). »
Sherlock Holmes dans Le Vampire du Sussex.
Le nom, à lui seul, fait rêver. La Mary Celeste, une goélette partie un mois plus tôt de New York, est retrouvée le 5 décembre 1872 dérivant dans l'Atlantique à mi-chemin entre le Portugal et les Açores. Le voilier est en bon état, mais il n'y a ni capitaine à la barre ni équipage sur le pont. A bord, aucune trace de combat. La cargaison, 1 701 barils d'alcool industriel qui devaient être livrés dans le port de Gênes, est intacte. La cabine du capitaine, Benjamin Briggs, est en grand désordre, mais les couchettes des matelots sont parfaitement rangées. Sur le journal de bord, la dernière entrée date du 25 novembre. La Mary-Celeste erre donc depuis dix jours.
que l'affaire soit criminelle d'abord. Conan Doyle, ensuite, qui publie en 1884 une nouvelle reprenant les faits déjà connus, en y ajoutant des détails à faire frémir comme une tasse de thé prétendument retrouvée fumante à bord de la goélette.
On en revient au 5 décembre 1872. Les marins du cargo anglais Dei Gratia découvrent la Mary Celeste en haute mer. Les écoutilles sont ouvertes. Le canot de sauvetage manque. Ils convoient le navire jusqu'à Gibraltar, espérant toucher la prime qui leur revient sur la valeur marchande de l'épave. Ils sont pressés de repartir. C'était sans compter sur l'ardeur procédurale du procureur général. Ce dernier imagine d'abord une mutinerie provoquée par l'alcool, pourtant réputé imbuvable. Il soupçonne ensuite les marins du Dei Gratia d'avoir assassiné ceux de la Mary Celeste pour s'emparer de la cargaison. Dans sa sagesse, le tribunal de Gibraltar ne conclut pas sur les circonstances qui ont transformé la Mary-Celeste en vaisseau fantôme. Bien des hypothèses ont été échafaudées depuis.
Une solution ? L'alcool avait été chargé à New York par temps froid. Il faisait nettement plus chaud à la latitude des Açores. Des vapeurs d'alcool ont pu s'échapper des barils. Une reconstitution en laboratoire montre que celles-ci peuvent provoquer une explosion impressionnante sans déclencher un incendie. Affolé, le capitaine Briggs aurait fait monter tout le monde à bord du canot de sauvetage.
Ce qui est certain, c'est qu'il n'y avait pas de repas chaud sur la table de la cuisine. Cette histoire est due à un roman de Sir Arthur Conan Doyle. Le lieutenant Deveau n'a jamais trouvé de repas chaud à bord de la Mary Celeste (il n'y avait pas non plus de chat attendant tranquillement les secours). Cette légende, persistante, est dû à une nouvelle d'Arthur Conan Doyle, où le cuisinier tue tout l'équipage avant de s'enfuir devant le Dei Gratia.
« J. Habakuk Jephson's Statement » (1884) (« Déposition de J. Habakuk Jephson »)
Un navire, nommé la « Marie Celeste », ayant été abandonné, s'en est emparé, avec des complices, un passager noir qui en prit le commandement, fit voile vers l'Afrique et assassina les passagers et l'équipage.
La nouvelle était basée sur les événements réels survenus à la « Mary Celeste ». Le 4 décembre 1872, la brigantine britannique « Dei Gratia » se trouvait à environ six cents milles au large de la côte du Portugal. La vigie aperçut une autre voile à l'horizon. Comme les deux bateaux se rapprochaient, le capitaine Morehouse de la « Dei Gratia » reconnut l'autre navire comme étant la « Mary Celeste » qui était sous le commandement d'un ami de Morehouse, Benjamin Briggs.
Elle était en difficulté : quelques-unes de ses voiles manquaient tandis que les autres battaient inutilement dans le vent ; plus alarmant encore, personne n'était à la barre. Morehouse et quelques-uns des membres de son équipage montèrent à bord de la « Mary Celeste ». Ils découvrirent que le navire ne souffrait quasiment d'aucun dommage. Ils trouvèrent même les voiles qui manquaient. La cargaison était intacte. Il y avait à bord plein de nourriture et d'eau. Cependant, il n'y avait aucun signe de la présence du capitaine Briggs, de sa femme, de leur fille et d'aucun membre de l'équipage. La chaloupe était toujours là . L'évacuation avait dû être effectuée avec une incroyable hâte. Aucune des provisions et aucun des effets personnels ne manquaient. Si Briggs et les autres avaient pris la chaloupe de sauvetage, ils ne devaient guère avoir que les vêtements qu'ils portaient. Qu'avait-il pu se produire pour forcer un capitaine expérimenté à commander une évacuation aussi rapide d'un navire en état de naviguer? Personne ne le saurait jamais. Aucun membre de l'équipage ou passager de la « Mary Celeste » ne fut jamais trouvé.
Cette nouvelle, publiée anonymement dans le prestigieux « Cornhill magazine », fut un des premiers réels succès littéraires de Conan Doyle. On le paya l'équivalent d'un loyer d'un an. Elle souleva une certaine controverse, car son histoire était si prenante que des lecteurs prirent la fiction pour un article de journal. Frederick Solly Flood, procureur de Sa Majesté à Gibraltar, qui s'était occupé du sauvetage de la « Mary Celeste » révéla que la « Déposition de J. Habakuk Jephson » était « une fabrication du début à la fin » et que ce faux rapport allait compromettre les relations de la Grande-Bretagne avec des pays étrangers.
Horatio J. Sprague, consul des États-unis, demanda au « Cornhill magazine » d'enquêter sur l'origine de l'article frauduleux. Conan Doyle fut amusé de constater que sa nouvelle était si bien tournée qu'elle pouvait passer pour un vrai compte rendu des événements, que des centaines de lecteurs, qui ne comprenaient pas que le texte était fictif, pensait qu'il avait été écrit par un homme connu pour ses histoires d'aventures : Robert Louis Stevenson.

