- The Science of Sherlock Holmes: From Baskerville Hall to the Valley of Fear d’E. J. Wagner vient d'être récompensé par un Edgar des Mystery Writers of America dans la catégorie Meilleure étude critique ou bibliographique.
L’Association Mystery Writers of America a distingué, lors de son banquet annuel du 26 avril 2007, le livre d’E.J. Wagner, The Science of Sherlock Holmes: From Baskerville Hall to the Valley of Fear (John Wiley & Sons, 2006, ISBN 0-471-64879-5) en lui accordant un Edgar Award dans la catégorie « Meilleure étude critique ou bibliographique ». Notons que l’Edgar de la meilleure pièce de théâtre a également été attribué à une œuvre holmésienne, à savoir la pièce de Steven Dietz, Sherlock Holmes: The Final Adventure (Arizona Theatre Company).

Mystery Writers of America est une association très importante aux États-Unis, existant depuis 1945 et regroupant de très nombreux auteurs et lecteurs de romans policiers. Tous les grands auteurs du genre y ont participé (Georges Simenon en a même été le président) ou y participent encore et il faut d’ailleurs noter que de très nombreux Holmésiens y ont joué un rôle de premier plan (ne citons ici, parmi de très nombreux autres, que John Dickson Carr, Howard Haycraft, Anthony Boucher, Rex Stout et Chris Steinbrunner). Chaque année, l’association organise un symposium, suivi d’un banquet au cours duquel sont remis les Edgars, récompenses au nom et à l’effigie d’Edgar Allan Poe.

E.J. Wagner est une journaliste s’étant spécialisée dans l’histoire du crime et de la police scientifique. Dans The Science of Sherlock Holmes, dont le sous-titre, très explicite, est « From Baskerville Hall to the Valley of Fear, the Real Forensics Behind the Great Detective’s Greatest Cases », elle s’attache à rechercher, derrière les aventures les plus célèbres de Sherlock Holmes, les fondements scientifiques des remarques, recherches et déductions faites par ce dernier.
Elle démontre ainsi, dans les treize courts chapitres de son ouvrage, qu’Arthur Conan Doyle était, en tant que médecin et grand lecteur de faits divers, particulièrement averti des progrès de la police scientifique de son époque, et qu’il a de plus eu des intuitions qui se sont souvent avérées fort justes dans ce domaine (voir déjà, en ce sens, Edmond Locard, Policiers de roman et de laboratoire, Payot, 1924, spéc. dans son chapitre III, pp. 89 à 145 : « La méthode policière de Sherlock Holmes »).
Dans cet ouvrage particulièrement bien documenté, l’auteur part, à chaque fois, d’une citation tirée d’une des aventures de Sherlock Holmes, et en profite pour développer dans chaque domaine de la police scientifique l’état de la science à l’époque du Maître et une ou plusieurs affaire(s) ayant défrayé la chronique et ayant été réglées grâce aux connaissances de l’époque. Le livre constitue ainsi une introduction de qualité aux différents domaines de la police scientifique, et plus précisément à l’histoire de cette science, laquelle se décompose en plusieurs spécialités, allant de la médecine légale à l’expertise des écritures, en passant par la balistique, l’analyse des empreintes digitales ou encore la toxicologie.
Il faut préciser qu’E.J. Wagner démontre, tout au long de son livre, une véritable connaissance du Canon, qu’elle cite fréquemment, et toujours à propos. D’ailleurs, dans sa préface, elle démontre d’emblée avoir une parfaite compréhension de Sherlock Holmes : ce dernier, écrit-elle très justement, « est peut-être un personnage de fiction, mais ce que nous apprenons de lui est réel. Il nous enseigne que la science n’apporte pas de réponses simplistes, mais une méthode rigoureuse permettant de formuler les bonnes questions, les seules pouvant conduire à de vraies réponses. Holmes est un symbole de la Raison, mais avec un don pour l’amitié (il peut prétendre n’être qu’un cerveau, mais il trahit une intense émotion en menaçant le méchant dans Les Trois Garrideb : "Si vous aviez tué Watson, vous ne seriez pas sorti vivant de cette pièce"). Holmes possède un esprit incisif, un cœur vaillant, et une dimension artistique – puisqu’il joue du violon avec talent. Inutile de se demander pourquoi j’ai été, comme tant d’autres, ensorcelée par ce héros » (p. viii de la préface). Il est toujours agréable de savoir, dès le début d’un ouvrage, que Sherlock Holmes sera certes le prétexte a une étude, mais par un auteur en ayant d’une part une excellente connaissance et donc une parfaite compréhension et, d’autre part, par quelqu’un ayant une vraie passion pour lui (on apprend d’ailleurs sur le site d’E.J. Wagner qu’elle a appelé son labrador retriever... « Dr Watson » !)
Vous pourrez lire la suite de cet article de Stephen Almaseanu dans le numéro 2 de notre magazine SSHF, Le QuinCahier.