DOSSIER

Par Thierry SAINT-JOANIS

Christopher MORLEY, père des BSI
Les principes de Morley
Premier - s’amuser avant toute chose, et ne jamais prendre ni vous ni n’importe qui au sérieux dans cette activité.
Deuxième - les personnages des aventures de Sherlock Holmes ont existé.
Troisième - il vaut mieux penser que Sir Arthur est l’agent littéraire du docteur Watson pour protéger sa mémoire et laissez à ce bon vieux Watson la responsabilité de ses erreurs.

Christopher Morley u commencement de l’holmésologie, il y a eu Ronald Knox et sa conférence Studies in the Literature of Sherlock Holmes. Ce n’était pas tant une présentation savante sur le personnage de Sherlock Holmes qu’une satire pseudo-savante parodiant les études érudites que l’on consacre habituellement à des sujets plus "sérieux". Au deuxième jour de la création fut Christopher Morley. Ayant bien compris que l’étude du père Knox était un ironique canular sur les études littéraires ("La façon de faire semblant d’analyser des sujets d’amusement avec le plus grand des sérieux est la meilleure voie pour se moquer de ceux qui approchent les sujets les plus sérieux avec un esprit trop pointilleux. Ce nouveau pied-de-nez dans la critique était la bienvenue..." The Standard Doyle Company, de Steven Rothman, Christopher Morley on Sherlock Holmes 1990, Fordam University Press, pp.6-7), et entraîné par son intérêt pour Sherlock Holmes, il inaugura le Grand jeu (The Grand Game), l’holmésologie.
Cette graine avait germé pendant ses repas littéraires qui réunissaient l’élite littéraire et intellectuelle de New York, les Three-hour lunches of the literary. De là, l’holmésologie a fleuri pour devenir le passe-temps de milliers de personnes dans le monde d’aujourd’hui. D’un certain plaisir ludique sophistiqué, elle est devenue une activité intellectuelle de groupe, sans prétention, où règne une ambiance de franche camaraderie. Christopher Morley n’aurait sans doute pas renié cette évolution.

Christopher Darlington Morley : 5 mai 1890 - 28 mars 1957
Christopher D. Morley est né à Haverford, en Pennsylvanie. Il est le fils d’un professeur de mathématiques de l’université de cette ville où il fut, lui-même, diplômé. Il fut lauréat de la Phi bêta Kappa (la récompense universitaire la plus ancienne et la plus respectée aux Etats-Unis depuis 1776) et bénéficia d’une bourse pour aller étudier au New College d’Oxford, en Angleterre, où il arriva en 1910. C’est en 1911 que sa vieille passion holmésienne est ravivée par la conférence du jeune Ronald Knox, donnée au Trinity College d’Oxford.
De retour au pays, Morley devient chroniqueur de presse et rédacteur pour plusieurs périodiques. Il a également écrit beaucoup de romans et bien d’autres travaux littéraires. Les plus fameux sont Where the Blue Begins, Thunder on the Left, Kitty Foil (plus tard adapté au cinéma), Parnassus on Wheels et The Haunted Bookshop.
Morley a travaillé pour l’éditeur Doubleday et a épousé Helen Fairchild en juin 1914. à Philadelphie, il a travaillé pour le Ladies Home Journal et le Evening Public Ledger. Puis, en 1920, il s’installe à New York et tient une chronique pour le Evening Post, The Bowling Green. Il collabore aussi à la rédaction du supplément du samedi du Literary Review. Quand ce supplément disparaît, Christopher Morley part fonder le Saturday Review of Literature qu’il dirigea pendant plusieurs années. Dans cette position, Christopher Morley pouvait inciter les intellectuels du moment à le rejoindre dans son nouveau passe-temps holmésien.
Il crée le Three-Hours for Lunch Club, un club très particulier (mixte) rassemblant ses amis de plume, qui ne se réunissait pas régulièrement mais chaque fois que ses membres en avaient l’envie. Il n’y avait pas d’adhésion officielle. C’est dans ce cadre (et ce groupe) que naquirent les Baker Street Irregulars.
Christopher Morley avait un sens de l’humour particulièrement vif et parfois paillard. Il a entretenu un échange des lettres factice au sujet de Sherlock Holmes avec une correspondante imaginaire nommée Jane Nightwork. Si vous suspectez que nightwork soit un jeu de mots sur la profession de la dame, vous pouvez avoir raison. (voir l’Henry IV de Shakespeare, partie 2, III, ii)
Fort d’une vaste connaissance de la littérature, d’un sens de l’humour, d’une imagination espiègle et d’une énorme joie de vivre, M. Morley aimait les sorties joyeuses avec ses amis. L’important, c’était qu’il s’amuse. Lançant l’holmésologie, il n’eut presque jamais l’impression qu’il avait donné naissance à un nouveau culte. Ces futurs disciples allaient s'appeler les sherlockians (holmésiens en Europe), heureuses victimes du sherlockisme (Sherlockimus) de Christopher Morley.
Tout holmésien prendra plaisir à lire son In Memorium: Sherlock Holmes, publié, pour la première fois le 2 août 1930 dans sa rubrique Bowling Green, puis en préface de l’édition The Complete Sherlock Holmes chez Doubleday, pour en apprendre sur Sherlock Holmes et surtout pour apprécier le talent de Christopher Morley.

DEFINITION
L’holmésologie ou la Sherlockiana

ans l’holmésologie, ce que les Américains appellent la Sherlockiana, rappelons qui fait quoi. Les individus qui s’intéressent à Sherlock Holmes et qui prennent plaisir à faire partager leur intérêt à d’autres se sont baptisés sherlockians s’ils résident aux Etats-Unis et holmesians (holmesiens) s’ils sont du reste du monde. Leur but est de conserver toujours vivante la mémoire du maître. Les activités des sherlockians portent le terme générique de Sherlockiana (holmésologie en France). L’étude se limite à la partie de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle qui concerne Sherlock Holmes et, plus précisément, se consacre à tous les personnages qui y apparaissent (leur vie, leurs activités, les lieux où ils évoluent, etc.). L’holmésologie se pratique en écrivant des articles et en présentant des communications (sérieuses et humoristiques) sur des sujets holmésiens les plus variés.
Le premier exemple connu d’holmésologie humoristique fut une parodie de Sherlock Holmes. Il s’agissait d’un sketch de music-hall intitulé Under the Clock, créé et interprété par Charles Brookfield en 1893 au Royal Court Theatre de Londres.
L’holmésologie plus savante voit, elle, ses origines avec un article publié dans le Cambridge Review du 23 janvier 1902, signé Frank Sidgwick, intitulé Lettre ouverte au Dr. Watson, dans lequel l’auteur dénonce des erreurs de dates dans Le Chien des Baskerville.
Cependant, celui qui restera comme le père fondateur de l’holmésologie est Ronald A. Knox (plus tard, Monseigneur Ronald Knox). Enfant, avec ses frères, pour parodier les études critiques de travaux littéraires et religieux, il a écrit une critique du Signe des quatre. Plus tard, alors à l’université, Knox poursuivit en étudiant tous les écrits du Dr. Watson, dans un article intitulé Studies in the Literature of Sherlock Holmes, édité dans la publication des étudiants de l’université d’Oxford, The Blue Book, en juillet 1912. Réédité dans son recueil Essays in Satire en 1928, ce texte connut une grande diffusion et devint le modèle de milliers de travaux pour les décennies à suivre. Il est très important pour comprendre le principe de départ de l’holmésologie, autrement baptisée The Great Game ou The Grand Game (le grand jeu). Le postulat de départ est que Sherlock Holmes a vraiment existé, qu’il était le premier détective consultant de l’histoire et qu’il est encore vivant (parce que sa nécrologie n’est pas encore apparue dans les colonnes du Times de Londres). Des soixante aventures éditées de Sherlock Holmes (désignées sous le nom de Canon ou textes sacrés), toutes, sauf quatre, ont été écrites par son ami et collègue le Dr. John H. Watson (deux sont de la main de Holmes, lui-même, et deux d’une main inconnue). Ceci, tout logiquement, élimine Sir Arthur Conan Doyle d’une quelconque création et son seul rôle serait celui d’agent littéraire du docteur Watson.